Avertissement : Rien dans celui là, rien de rien, promis ! Ah si, un abandon de peluches ! On vous rassure tout de suite, toutes ont retrouvé une famille aimante !
Un grand merci à Mey qui béta et corrige beaucoup des chapitres de cette fic, et bien d'autres.
Bonne Lecture !
Yzan et Lili.
~ Chemins de traverses ~
Chapitre 19: Continuer sur sa lancée.
Shizune sortit une nouvelle fois de la maison, les joues cramoisies. Décidément, ça commençait à vraiment devenir une manie chez Sasuke. Elle avait l'impression que dès que les cours de préparation prenaient une tournure un peu trop concrète, le jeune Uchiwa avait une envie subite qu'il faisait parfaitement comprendre à Naruto. Ce dernier, tout penaud, finissait toujours par craquer et entrer dans son jeu. Bon, pour la défense du petit protégé de Tsunade, il fallait bien avouer que l'héritier de la pupille à virgules avait des arguments forts convaincants, même enceinte.
Elle s'arrêta près du portail où elle salua Kakashi dont l'unique œil visible brilla d'un éclat amusé à sa mine rougie et gênée.
- Je suppose que Sasuke a encore fait des siennes ? demanda-t-il, plus par acquis de conscience.
- On ne peut rien vous cacher, Kakashi. C'est souvent comme ça ?
- Oh, en ce moment tout le temps, répondit-il en rigolant doucement. Naruto a même acheté un livre sur les positions sexuelles pendant la grossesse, histoire d'être sûr de ne pas faire de mal au bébé.
La médic-nin brune écarquilla les yeux et porta une main à sa bouche, consternée.
- Je ne sais pas ce qui est le pire pour lui : ça où les envies alimentaires de Sasuke. Hier soir, trois de ses clones sont partis comme des boulets de canons à trois heures du matin pour lui trouver des umeboshi, ces prunes salées dont Sasuke visiblement raffole, termina le junin.
La pensée de clones blonds retournant tout le village à la recherche de prunes à trois heures du matin soutira à la kunoichi un magnifique éclat de rire.
- En tout cas, vous n'avez pas l'air de vous ennuyer ! répondit-elle,les larmes aux yeux.
- Oh ça non. Et c'est encore meilleur quand Naruto fait des courses pour le bébé. L'autre jour, il est même revenu avec un vélo. Si vous aviez vu la tête de l'Uchiwa, c'était à photographier. Et la dispute qui a suivi était particulièrement drôle, entre un Naruto qui s'imaginait apprendre au bébé à faire du vélo et un Sasuke qui essayait de lui faire comprendre qu'un bébé ne fait pas de vélo !
- J'imagine ! répliqua joyeusement Shizune.
- Plus sérieusement, comment ça se présente pour lui ?
- C'est assez compliqué. Tsunade fera tout ce qu'elle peut, mais on est sûre de rien. Et Sasuke n'y met pas vraiment du sien non plus de son côté. Naruto est le plus impliqué des deux.
- C'est bien ce qu'il me semblait. Dites à Tsunade que je viendrai lui faire mon rapport un peu plus tard aujourd'hui.
- Entendu.
La jeune femme salua le chef d'équipe et reprit sa route vers le centre du village et l'hôpital de Konoha. Oh oui, elle aurait payé cher pour être là quand Naruto était revenu avec un vélo ! Un sourire resta plaqué sur ses lèvres alors qu'elle remontait la rue tranquille. Hier soir encore, elle avait découvert la Godaime endormie dans son bureau, ses bras croisés sur les planches anatomiques qu'elle étudiait. Cette naissance ne s'annonçait décidément pas des plus simple...
Son sourire mourut sur ses lèvres, faisant place à l'inquiétude. Plus Sasuke approchait de son huitième mois de grossesse et plus sa compagne blonde se montrait soucieuse et tendue. Le conseil ne semblait pas non plus décidé à lâcher prise sur le porteur du sharingan. L'avenir ne s'annonçait pas des plus radieux pour les deux adolescents et cet enfant à venir. Soufflant intérieurement, elle salua quelques connaissances sur son chemin. Non, personne ne pouvait prédire comment les choses allaient tourner.
~ oOo ~
Sasuke était passé en mode marmotte sur le canapé, sa tête posée sur les cuisses de Naruto qui lui caressait doucement les cheveux, l'édredon coloré recouvrant son corps couché sur le côté pendant que la télé marchait en sourdine. Depuis quelques temps, le brun était comme véritablement atteint de narcolepsie et s'endormait de plus en plus fréquemment dans la journée, laissant parfois juste le temps au jinchuriki de le rattraper dans ses bras.
Tout semblait l'épuiser au plus haut point. La nuit par contre, c'était une toute autre histoire. S'ils arrivaient à dormir deux heures d'affilée c'était bien tout. Entre les cauchemars ou les crises d'angoisse, et le fait qu'il avait de plus en plus de mal à trouver la bonne position dans le lit, Sasuke ne restait pas tranquille plus de trois secondes. Et ça, c'était sans parler de ses envies alimentaires improbables à des heures pas possibles, et compter les sautes d'humeur.
Naruto souffla, ses yeux détaillant le profil de statue grecque endormi dans son giron. Quand il avait demandé à l'Uchiwa si Sakura pouvait revenir passer un peu de temps avec eux, ce dernier s'était refermé comme une huître sans même lui répondre. Il l'avait par contre surpris une fois ou deux en train de discuter avec Neji ou bien ce dernier lui tenant silencieusement compagnie pendant qu'il faisait quelques pas dans le jardin de plus en plus printanier.
Pour ce qui était du bébé, si la chambre était prête, vêtements et appareillages inclus, le sujet restait sensible. Les séances avec Shizune qui devraient permettre à son brun de mieux gérer son accouchement ne servaient qu'à favoriser ses hormones en folies. Pas que lui s'en plaigne hein, il adorait faire l'amour à Sasuke, mais ce n'était pas vraiment le but non plus. Son amant était en proie à toute sorte de craintes et d'angoisses qu'il n'arrivait à lui confier la plupart du temps que du bout des lèvres et sur l'oreiller. Naruto ne savait plus quoi faire pour que son ancien coéquipier ait un peu plus confiance.
Shizune lui avait recommandé de tout faire pour que le futur père se détende et se relaxe car le stress permanent pouvait être mauvais pour le fœtus et pourrait bien déclencher l'accouchement avant le terme. Ils passaient donc beaucoup de temps sur le toit, endroit qui permettait apparemment au brun de se détacher un peu de sa situation, dans le jardin, ou bien dans la baignoire. Il lui massait souvent le dos, les épaules ou les jambes, le berçait assis dans son dos, caressant son abdomen qui avait encore grandi, quand le bébé se montrait agité.
Le fait que Sasuke soit réticent à s'impliquer dans tout ce qui concernait la vie de leur bébé une fois né l'inquiétait. Et si celui qu'il aimait n'avait plus jamais abordé le sujet de son potentiel départ, il ne donnait en tout cas aucun espoir à Naruto sur le fait qu'il allait rester. Naruto sentit une pointe d'appréhension lui percer le cœur. Lui aussi avait lu le livre que Shizune leur avait laissé et les risques sur l'accouchement étaient plus que réels dans leur cas, vu que le porteur de l'enfant à venir était un homme. Il réprima un frisson craintif à ces pensées.
Sasuke était assis sur une nappe de pique-nique à carreaux rouges et blancs. Le soleil radieux perçait à travers les frondaisons de l'arbre sous lequel il était assis. Un peu plus loin, dans la prairie herbeuse, les éclats de rire d'un enfant résonnaient. Une main sur son épaule lui fit tourner la tête sur le côté. Itachi était assis à côté de lui, un sourire affectueux égaillant ses traits, Itachi, son frère, le gentil Itachi, celui de ses souvenirs d'enfance.
- La paternité te va bien, Otouto.
Sasuke se renfrogna gentiment à la remarque. Des exclamations rieuses lui firent détourner la tête de son frère pour l'attirer dans leur direction.
- Sas'ke !
- Papa !
Naruto se découpait en contre jour, avançant vers lui, un enfant blond comme les blés sur ses épaules. Le petit garçon riait aux éclats à ce que lui lançait le blond adulte et que Sasuke ne percevait pas. Ils se rapprochèrent peu à peu de lui et Naruto fit glisser le bambin vers le sol. Le petit garçon était la photocopie conforme de son ancien coéquipier, les moustaches sur ses joues et le survêtement orange en moins.
Les billes d'un bleu brillant se plissèrent dans le visage poupin quand le garçonnet se jeta sur lui avec un grand sourire, accrochant ses petits bras autour de son cou alors qu'un babillage sans fin et précipité, auquel il ne comprit goutte, sortait des petites lèvres charnues. Naruto s'installa à son tour sur la nappe, revêtu de la tenue caractéristique des Hokage, lui décochant un immense sourire à l'image de celui du petit visage levé vers lui.
- Aujourd'hui, il a lancé ses premiers kunai et Iruka m'a dit qu'il s'en était très bien sorti. Le premier de la classe même ! A mon avis, ça a beaucoup à voir avec votre petite séance de l'autre jour, dit-il fièrement alors qu'il posait son chapeau dans l'herbe proche.
- J'ai tout réussi Papa ! J'ai fait comme tu m'as dit et comme tu m'as montré ! s'exclama l'enfant joyeux.
Naruto ébouriffa les cheveux courts dorés comme les blés.
Sasuke resserra son étreinte autour de la taille élancée de Naruto, un léger sourire détendant ses traits alors que la sensation fantomatique des lèvres chaudes du blond adulte de son rêve évanescent se posaient sur les siennes.
- ...ruto... murmura-t-il, un sentiment étrange envahissant et gonflant sa poitrine.
- Je suis là. Tout va bien. Dors, souffla le jinchuriki en passant une main le long du flanc à sa portée, par dessus l'édredon confortable.
~ oOo ~
Koharu fixait d'un œil torve la personne qui lui faisait face, surprise que celle-ci demande un entretien avec elle. Cependant, si elle en croyait le discours de son vis-à-vis, elles pourraient effectivement trouver un accord.
- Tu dis que tu es en mesure de pouvoir nous débarrasser de l'élément perturbateur ?
Un sourire machiavélique se dessina sur les lèvres fines de la personne.
- Ce sera un jeu d'enfant. Croyez-moi, je sais déjà comment m'y prendre. J'ai déjà commencé en fait.
La vieille femme fronça les sourcils, et questionna d'une voix dure.
- Et dans le cas où cela ne se passerait pas comme prévu ? Ces deux-là sont parfois imprévisibles. Et il serait dommage que le jinchuriki se retourne contre nous.
Un léger ricanement retentit dans la pièce sombre et bien protégée des oreilles indiscrètes.
- Il nous reste un atout, et un de taille à jouer au cas où. Bien évidement, il faudra jouer serré dans ce cas, mais si besoin est, on peut toujours faire appel à eux indirectement bien sûr.
Le regard entendu qu'échangèrent les deux interlocuteurs leur soutira un sourire malfaisant. Oui, Sasuke Uchiwa ne serait bientôt plus qu'un lointain souvenir, et le village pourrait récupérer un porteur du sharingan bien plus malléable, et certainement bien plus puissant aussi.
~ oOo ~
Sasuke observa son reflet dans le miroir de la salle de bain, maugréant dans sa barbe inexistante. Il écarta l'encolure du Kimono mauve foncé qu'il portait jusqu'à découvrir son torse. Ses mamelons apparurent, roses, très roses, érigés et boursouflés, sensibles, trop sensibles. Il ne supportait plus les affleurements du tissu sur ses deux boutons devenus fragiles. Ça le brûlait, ça le démangeait, ça le gênait au plus haut point. En bref, ce n'était plus supportable !
Et ça, c'était sans compter sur Naruto qui n'arrêtait pas de les lui masser, les lui lécher et les aspirer dans sa bouche dès qu'ils faisaient l'amour. Et comme en plus ses fichues hormones ne le laissaient pas tranquille, en ce moment, ils faisaient souvent l'amour, beaucoup trop souvent même, jusqu'à plusieurs fois par jour. Au point que des fois, il ne pouvait même plus s'asseoir de toute la journée. Car, même si Naruto faisait preuve de retenue, son corps à lui, le sien, ne suivait plus, à sa grande honte d'ailleurs.
Mais... il avait tout le temps envie... il lui suffisait de poser les yeux sur son ancien coéquipier pour que tout son être s'enflamme comme une torche. Et il finissait toujours par céder à ses pulsions et sauter d'une manière ou d'une autre sur le jinchuriki. Et quand ce dernier se montrait un tant soit peu réticent, il le vivait comme un véritable rejet, ce qu'il ne supportait pas. En bref, Naruto finissait toujours par lui donner ce qu'il voulait, le noyant dans le plaisir de la chair le plus éhonté.
Ses doigts glissèrent sur sa poitrine glabre et vinrent effleurer avec légèreté et appréhension les deux monts qui s'avérèrent durs et sensitifs, presque douloureux. Il mordit violemment sa lèvre inférieure pour ne pas geindre de la plus pitoyable des manières. Kamisama qu'il en avait marre de tout ça ! En plus, il avait l'impression qu'il avait encore grossi du ventre. Il se faisait l'effet de ressembler de plus en plus à une baleine. Son dos s'était creusé et il se sentait lourd, si lourd. Se déplacer était devenu une véritable gageure, tout comme s'asseoir.
Sasuke maugréa de plus belle. Ridicule, il se sentait complètement ridicule. Il ouvrit les placards jusqu'à trouver ce qu'il cherchait, à savoir du sparadrap et du coton. Découpant soigneusement deux bandes autocollantes, il confectionna ensuite deux boules peu épaisses, semblables à deux petits nuages, avec le coton qu'il plaça ensuite au centre des deux rectangles autocollants. Prenant son courage à deux mains, il plaça les sparadraps sur ses mamelons hypersensibles et remit ensuite de l'ordre dans sa tenue traditionnelle, soulagé de ne plus sentir le frottement inconfortable du tissu sur ces deux zones. Un souffle désabusé et mortifié s'échappa de ses lèvres.
~ oOo ~
Sasuke était appuyé contre le torse de Naruto, les bras du jinchuriki l'entourant et posés sur son ventre qu'il caressait doucement. Il était assis entre les jambes du blond, sur le toit de la maison. Un clone avait fait suivre une paire d'oreillers et la couette colorée pour qu'il soit bien calé et au chaud. Ses orbes sombres se levèrent vers le ciel qui s'obscurcissait à vue d'œil maintenant que le soleil s'était couché. Les premières étoiles firent leur apparition, une à une, petits points scintillants perdus sur la voûte céleste.
La crainte de mettre cet enfant au monde revint le hanter. Il en avait pourtant marre de ressembler de plus en plus à une baleine, et de tout ce qui allait avec : ses hormones, ses sautes d'humeur, et ainsi de suite. Il avait hâte de redevenir enfin lui-même. Pourtant, s'il devait être tout à fait honnête, il n'était pas particulièrement pressé d'accoucher. En plus, il y avait aussi des bons côtés : tous ces moments où Naruto prenait soin de lui, le massait, lui faisait l'amour, se pliait en quatre pour lui. Être traité comme un prince était parfois bien agréable.
Comme maintenant d'ailleurs; il était bien là, calé sur son ancien coéquipier, à regarder le ciel qui avait progressivement changé de couleur au fur et à mesure que le soleil disparaissait derrière l'horizon. Les rumeurs lointaines de l'agitation du village s'étaient tues et peu à peu les lumières s'étaient allumées derrière les fenêtres des maisons dans le calme silencieux. Les mains de Naruto naviguaient doucement sur son ventre qu'il trouvait énorme,
masqué par l'édredon, les siennes sagement posées sur le sommet de ce mont qui renfermait leur enfant.
A chaque fois qu'il passait devant la chambre refaite à neuf, il ne pouvait s'empêcher de s'y arrêter, essayant d'imaginer ce petit être dedans. Naruto y avait ajouté un nouvel élément aujourd'hui, un grand fauteuil à bascule en rotin, arguant que ce serait utile pour bercer le bébé tout en lui donnant le biberon. Quand l'hôte du démon renard l'avait invité à essayer l'objet, il avait eu un mouvement instinctif de recul. Le blond ne lui en avait pas tenu rigueur, mais il avait bien vu la lueur blessée qui avait traversé les yeux bleus.
Tsunade était venue elle-même l'examiner aujourd'hui suite à un réveil difficile. Naruto s'était affolé quand il avait grimacé de douleur, incapable de mettre un pied sur le sol. Sa jambe droite avait refusée catégoriquement de lui obéir, une douleur, semblable à un coup de poignard, pulsant dans toute sa cuisse jusqu'au genou. La Godaime avait débarqué, empressée et soucieuse, accompagnée de Shizune, comme s'il était sur le point d'accoucher.
Ça lui avait fait un mal de chien. Tout ça pour finalement découvrir que le fœtus appuyait sur son nerf sciatique. Heureusement, après un bon massage de Naruto, les choses étaient à peu près rentrées dans l'ordre. Mais la mine inquiète de la Hokage à son arrivée dans la chambre n'avait rien eu pour le rassurer. Elle avait beau lui dire que tout allait bien, il ne pouvait s'empêcher de ne la croire qu'à moitié, malgré la confiance aveugle que Naruto témoignait à la sannin.
Les cours de préparation avec Shizune, sensés le préparer et le rassurer pour le jour J, avaient plutôt l'effet inverse. Cela rendait beaucoup trop concret le déroulement des choses. Pour une fois dans sa vie, il aurait préféré ne pas savoir ce qui l'attendait, vraiment ! La médic-nin semblait en plus se sentir obligée d'en rajouter une couche à chaque séance ! A ce rythme, il ne garantissait pas sa coopération le jour J.
Il était peut être le ninja le plus doué de sa génération, mais ce coup là franchement, il ne le sentait pas, pas du tout même. Un frisson le parcourut, la scène de ce film atroce où une bête immonde sortait du ventre de l'homme allongé sur une table lui revenant en mémoire. Oui, il avait authentiquement peur de ce qui allait arriver... Naruto caressa ses bras et ses épaules, se méprenant sur le frémissement qui l'avait traversé.
- Tu as froid ? Tu veux qu'on rentre ? entendit-il tout contre son oreille.
- … Hn...
Se blottir dans les bras de Naruto, dans le lit, lui ferait sans doute le plus grand bien. Cela ferait au moins taire ses angoisses l'espace d'un instant, et ils pourraient en profiter pour faire des choses bien plus plaisantes qui avaient le don de lui faire tout oublier.
~ oOo ~
Éberlué, Sasuke regarda la montagne de couleurs vives qui trônait dans la chambre du futur bébé. Lentement, il tourna la tête vers un Naruto extatique et fier de lui qui babillait sur le résultat de ses courses du jour. Un doigt pâle pointa l'amas d'objet bigarrés alors que la voix glaciale du porteur du sharingan interrompait le discours du blond.
- … C'est quoi ça ?
Surpris, le jinchuriki fixa son amour les yeux écarquillés et répondit sur un ton d'évidence :
- Ben, des peluches. Ça se voit non ?
Les sourcils noirs se froncèrent et le futur père rétorqua d'un ton polaire :
- … Je le vois bien, baka ! Mais pourquoi autant ?
Naruto se gratta l'arrière de la nuque un peu gêné.
- Ben... Je savais pas quoi choisir... Alors j'ai tout pris !
Les yeux bleus croisèrent ceux si noirs de son compagnon, qui se contenta de lever un sourcil dubitatif, avant de se reposer sur l'amoncellement de peluches diverses et variées qui occupait une grande partie de l'espace devant lui. Bon ok, il avait peut-être un peu abusé, mais elles étaient toutes trop mignonnes et les bébés adoraient les peluches, non ? En plus comme ça leur enfant aurait le choix, c'était une bonne chose. Et pour être honnête, il n'avait pu se résoudre à se décider pour un modèle plutôt qu'un autre.
-... Hors de question que l'on garde tout ça ! Soit tu fais le tri... Soit je m'en charge !
La menace fit frémir le jeune Uzumaki. Si c'était Sasuke qui s'en chargeait il ne resterait plus rien... ou si peu. A contre cœur, il se dirigea vers le tas et commença à prendre un à un les animaux pelucheux, les examinant soigneusement, incapable de choisir lequel était le plus beau ou le plus doux.
Décidé à ne pas laisser son ami sans surveillance, ce crétin n'en ferait qu'à sa tête et serait bien capable d'en cacher jusque sous leur lit, Sasuke s'assit dans le rocking-chair et observa l'amateur de ramen qui semblait en proie à un dilemme cornélien. Un soupir désabusé lui échappa quand celui-ci tourna vers lui des yeux de chiens battus, et lui tendit deux peluches. Le ton suppliant de la voix de son colocataire aurait, en d'autres circonstances, pu avoir raison de sa volonté mais, pas cette fois.
- Regarde Sas'ke ! Elle est trop mignonne cette vache, avec son petit chapeau à fleur... et elle fait "Meuh" quand tu lui tires la queue ! Et ce chat noir, il est trop adorable ! T'as vu ses moustaches ? Trop choupi ! Oh, et regarde celle là ! Un nounours ! Et cette grenouille ! Elle saute et elle coasse ! Et ce chien... Il remue la queue, et il s'assoie quand tu lui tends son os ! Et cette souris, elle est toute douce ! Et...
- … Tsss ! Baka ! La plupart de ces trucs ne sont même pas adaptés pour un nourrisson ! Regarde leurs yeux... S'il les arrache et les met dans sa bouche, il va s'étouffer !
L'argument fit taire Naruto qui était parti pour détailler et défendre chacune de ses acquisitions. Interloqué, son regard alla du brun dans le fauteuil en rotin aux yeux des peluches, puis prit d'une illumination subite, il s'écria enthousiaste.
- C'est pas grave ! On les gardera dans notre chambre et quand il sera en âge, on les lui donnera !
Le brun ne prit même pas la peine de répondre. Sortant du rocking-chair avec difficulté, il tria rapidement les peluches, ne conservant que celles qu'il jugea appropriées. Poussant le tas restant, il entreprit de le sortir de la chambre, puis de la maison.
Inquiet, Naruto suivit son bien-aimé, et la montagne de jouets pelucheux, jusque sous la véranda. Son inquiétude grandit quand arrivé là, le brun abandonna son chargement et interpella les ninjas chargés de leur surveillance. Un véritable hurlement indigné lui échappa quand Sasuke demanda aux cinq shinobis aguerris de le débarrasser de tout ça et d'en faire don aux enfants de leur entourage, ou à l'école et l'orphelinat du village.
Il fallu que Yamato immobilise le blond, pour permettre à leurs clones d'emporter les nombreuses peluches loin de la maison. Le brun satisfait de sa manœuvre, récupéra à la dernière seconde la fameuse grenouille sautante et coassante et la tendit à un jinchuriki abattu en lui disant :
- … Garde la ! Mais je te préviens que si je l'entends ou la vois trop, elle atterrira dans la cheminée ! Je suis sûr que ça brûle bien !
Affalé dans son canapé crème devant sa série fétiche, Sasuke ne prêtait aucune attention à un Naruto boudeur qui jouait avec sa grenouille sur son sofa rayé. Depuis près de deux heures maintenant celui-ci maugréait contre lui, le traitant de tueur de peluches en série. Cela lui importait peu, et les aventures de Phoebe à Las Végas étaient bien plus passionnantes. Une phrase du jinchuriki retint cependant son intérêt.
- … Allez saute, Sasugatchi !
Les orbes sombres se tournèrent vers le canapé voisin, histoire d'être bien sûr et certain d'avoir compris ce qu'il craignait de comprendre.
- … Croasse Sasugatchi !
Non... Ce crétin avait osé...
La voix grave qui retentit sortit Naruto de sa conversation passionnante avec son jouet.
-... Usuratonkachi …?
- Quoi ?! Tu vas me dire que Sasugatchi fait trop de bruit ?
-... Sasu... gatchi ?
Un large sourire fendit le visage marqué de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches.
- C'est un joli nom, non ? Ça lui va bien en plus. Qu'est-ce que tu en penses ?
L'énervement du brun se fit clairement entendre dans le grognement qu'il émit, mais au moment où il ouvrit la bouche pour répliquer, la sonnette retentit, les interrompant dans la dispute qui s'annonçait. Les deux garçons échangèrent un regard surpris, puis le blond se leva et avec un sourire lança moqueur :
- C'est peut-être les peluches qui reviennent !
Il n'attendit pas de voir la réaction de son interlocuteur et sortit dans le jardin pour voir qui donc venait leur rendre visite.
Toujours installé dans son sofa, le brun fusilla du regard la grenouille abandonnée sur la table basse, s'interrogeant sur l'identité de leur visiteur. Ce n'était pas Shizune, celle-ci étant passé plus tôt dans la matinée, Iruka venait rarement, et à cette heure-ci il devait être en train de donner des cours à l'académie, Tsunade ne venait qu'en cas de problème et tout allait bien aujourd'hui... Qui d'autre pouvait donc venir les voir ? Gaara ? Si le kazekage était de passage à Konoha c'était tout à fait possible.
Il eut rapidement la réponse à ses interrogations quand une voix féminine, et bien trop connue à son goût, résonna dans le vestibule, lui déclenchant un frisson d'horreur. Naruto et leur visiteuse impromptue arrivèrent dans le salon, la jeune fille le saluant timidement.
- Bonjour, Sasuke-kun.
L'interpellé ne prit même pas la peine de répondre à la politesse, posant un regard dur et peu avenant sur son ancienne coéquipière, Sakura.
La jeune fille, mal à l'aise devant l'expression fermée et hostile de son amour de jeunesse, lui tendit un paquet et dit d'une voix où perçait l'embarras :
- Tiens, c'est un cadeau pour le bébé... Et je voudrais m'excuser pour l'autre fois, je ne sais pas ce qui m'a pris de te dire des choses pareilles... La situation n'est pas facile pour moi... Je suis désolée...
Conscient de la tension qui habitait son brun, Naruto saisit le cadeau que la rosée tenait toujours, et la remercia chaleureusement, l'invitant par la même occasion à s'asseoir. Peu désireux de laisser seul en tête à tête les deux anciens compagnons d'armes, il invoqua un clone pour préparer le thé, et s'assit sur le canapé crème, laissant la kunoichi prendre place sur le sofa rayé. A peine fut-il assis que l'élu de son cœur se colla contre lui en s'appuyant de tout son poids.
Les yeux verts furent traversés d'une lueur douloureuse à la vue des deux hommes de sa vie collés l'un à l'autre de façon si intime. Elle avait beau le savoir, le voir de ses propres yeux lui faisait mal. Prenant sur elle, elle sourit aux deux garçons et s'enquit de la santé du plus vieux des deux. Naruto déballa rapidement le paquet que sa coéquipière leur avait offert pour y découvrir un chat en peluche noir et blanc.
Il remercia chaleureusement la jeune femme, empêchant, d'un coup de coude bien placé, le brun de faire la moindre réflexion. Une grimace douloureuse tordit un bref instant les traits aristocratiques, avant que les orbes sombres ne le fusillent sur place. Le jinchuriki se pencha vers son amour et lui baisa tendrement la tempe, apaisant celui-ci. Le geste naturel et innocent poignarda plus profondément le cœur de Sakura qui n'en montra pourtant rien.
Le clone revint avec un plateau chargé d'une théière fumante et de trois tasses qu'il déposa sur la table basse avant de disparaître. L'Uzumaki fit le service, entamant une discussion anodine et amicale avec la kunoichi. Il prit bien soin de donner à Sasuke sa tasse personnelle, se souvenant encore de la crise démentielle que celui-ci avait fait lors de l'une des précédentes visites de la jeune fille.
Durant tout le temps que la demoiselle aux cheveux roses resta avec eux, le descendant du clan décimé ne dit pas un mot, écoutant d'une oreille attentive la discussion entre les deux amis, s'appropriant régulièrement l'attention du blond d'une manière ou d'une autre. Il ne supportait pas la manière dont leur visiteuse regardait son crétin personnel, oui, le sien à lui. Il n'avait qu'une hâte c'était qu'elle s'en aille, loin d'eux, le plus vite possible.
La conversation dériva sur un nouvel épisode de souvenirs de missions communes avec Sai et une pointe de jalousie cuisante le tarauda. Pourquoi se sentait-elle toujours obligée de lui faire sentir qu'il avait été absent, et que pendant ce temps, ils avaient continué leurs vies, sans lui ? Sasuke s'autorisa à penser avec une pointe de fierté que de toute manière, le peintre ne rivaliserait jamais avec lui, son lui dans la pleine possession de ses moyens, bien évidemment.
Ses doigts s'entremêlèrent à ceux tannés, avec lesquels il joua, presque... innocemment, ramenant l'attention de son blond sur lui, pressé de se débarrasser de la présence intruse. Naruto désolidarisa avec douceur sa main de la sienne, mais le geste lui fit froncer les sourcils et serrer les mâchoires, ses dents grinçant silencieusement. Les yeux verts de la jeune femme ne manquèrent pas le mouvement discret de leurs mains qui se défirent sur la cuisse du jinchuriki.
Elle se pencha un peu plus en avant alors qu'elle se resservait une tasse de thé, poursuivant sa conversation avec Naruto, échangeant avec lui quelques sourires. Une exclamation feutrée les surprit tous les deux, les coupant dans leurs échanges anodins.
- Ha !
Le visage de Sasuke se froissa de souffrance alors qu'il portait une main à son ventre rebondi, recouvert par le tissu vert bouteille du kimono que l'héritier du clan décimé portait.
Pour une fois, il était presque content de le sentir bouger et lui donner un coup celui-là, même si là c'était particulièrement gratiné. Le bébé s'agita, appuyant sur ce fameux nerf sciatique qu'il n'était pas foncièrement heureux de savoir à cet endroit. Une douleur fulgurante lui traversa la jambe droite, comme si on venait de lui planter un kunai dans la fesse et d'ouvrir ses chairs jusqu'au pied. Un sifflement lui échappa alors qu'il palissait à vue d'oeil. Il n'en demandait pas tant !
Naruto se retourna vers l'Uchiwa qui venait de se raidir contre lui, puis de se plier légèrement.
- Sasuke, est-ce que ça va ?
-... à ton avis... grinça le brun.
- Tu ne te sens pas bien ? Je peux peut-être t'aider ? proposa Sakura, faisant affleurer du chakra médicinal sur ses paumes alors qu'elle se levait du canapé et s'approchait du futur père.
Sasuke se tendit un peu plus, ne tenant pas vraiment à ce que son ancienne coéquipière pose ses mains sur lui et son bébé. Naruto, voyant la réaction de son amour et sentant le chakra de ce dernier s'agiter à vitesse grand V, s'interposa lentement mais fermement entre les deux.
- Je te remercie Sakura-chan, mais ça va aller. J'ai l'habitude, ajouta-t-il avec un sourire d'excuse.
Le jinchuriki entreprit de malaxer le bas des reins endolori de son compagnon, échoué sur le flanc sur le sofa, qui tritura l'un des coussins entre ses mains pour se distraire de la douleur. La jeune médic-nin sentit son cœur se serrer en voyant avec quelle douceur son coéquipier massait le brun. Se sentant de trop, et peu désireuse d'assister à un étalage de tendresse si douloureuse pour elle, elle se leva et prit poliment congé de ses hôtes.
Naruto raccompagna le jeune fille jusqu'à la porte, la remerciant chaleureusement de sa visite, lui assurant qu'il serait ravi qu'elle revienne. Le cœur un peu plus léger Sakura passa le portail. Oui, elle reviendrait, la mauvaise humeur du brun ne lui faisait pas peur et elle était assez forte pour supporter le fait que les deux hommes qui comptaient le plus pour elle soient heureux ensemble... sans elle.
Étendu sur le canapé, Sasuke fixait la télé sans vraiment la voir. Après le départ de la kunoichi, son attitude envers elle l'avait perturbé. Pourquoi avait-il eu ce besoin irrépressible de montrer à la rosée que Naruto tenait à lui plus qu'à elle ? Avec le recul, il se fit l'effet d'une épouse jalouse et possessive... et ça le gêna un peu. Une des conversation qu'il avait eu avec Neji lui revint. Le porteur du Byagukan lui avait fait remarquer que si son attitude n'était dû qu'aux hormones, embrasser quelqu'un d'autre que Naruto ne devrait pas lui poser de problème.
Mais la simple idée de poser ses lèvres sur celles de qui que ce soit d'autre le révulsait. Non, il n'y avait qu'avec Naruto qu'il pouvait faire ça... et plus encore. Pourquoi ? Était-ce parce qu'il était le père de son enfant ? Ou parce qu'il avait confiance en lui ? Y aurait-il autre chose ? Peut-être... Mais quoi au juste ? De l'amour ? Non ! Il ne pouvait pas être amoureux d'un baka pareil, impossible !
L'amour, c'était pour les faibles. Il le savait déjà après le massacre de son clan et le voyait tous les jours dans les séries et films à l'eau de rose qu'il regardait. Être amoureux, c'était compliqué et douloureux. Avec Naruto, c'était... compliqué... et parfois douloureux. Voilà, parfois seulement ! Donc non, il n'était pas amoureux de son ancien coéquipier ! Rassuré par sa brillante conclusion, le futur père se replongea dans les aventures animées d'un groupe de six lycéens, et une lycéenne, richissimes et beaux qui jouaient aux hôtes pour se distraire.
~ oOo ~
Sasuke entra dans la salle de bain et se déshabilla dans l'optique de prendre une douche, l'horrible tabouret de plastique jaune ayant fait sa réapparition dans le bac depuis que rester trop longtemps debout le fatiguait. Le kimono noir orné de grands éventails blancs accompagnés de fines lignes verticales de kanjis glissa sur sa peau pâle. Son profil au ventre proéminent et à la taille épaissie se refléta dans le miroir au dessus des vasques.
Un détail attira son attention. Qu'est-ce que c'était que ce truc sur son ventre ? S'observant de plus près, il constata, à sa grande horreur, qu'il s'agissait d'une ligne violette qui partait de dessous son nombril et allait jusqu'à son pubis. Passant ses doigts dessus, il sentit comme un creux au centre de la ligne. La réalisation soudaine le frappa de plein fouet... C'était une vergeture ! Il en avait vu dans les livres que Shizune leur avait prêté sur la grossesse et avait prié pour ne pas en avoir.
Épouvanté, il s'examina sous toutes les coutures, se contorsionnant autant que possible devant le miroir à la recherche d'une autre de ses horreurs qui défiguraient sa peau d'albâtre. Une envie de pleurer le saisit à la gorge quand il en trouva deux sur le haut de l'intérieur de chacune de ses cuisses. Kamisama ! Qu'allait-il faire ? Il se souvint soudain d'avoir vu des crèmes anti-vergetures dans les placards, crèmes que Naruto avait par mégarde acheté lors de sa toute première razzia au supermarché.
Le brun entama des recherches frénétiques pour retrouver les pots qui lui sauveraient la vie, du moins l'espérait-il. Une fois qu'il eut trouvé son bonheur, il lut attentivement le mode d'emploi qu'il suivit à la lettre, massant énergiquement une quantité considérable de crème pour la faire pénétrer, souhaitant plus que tout gommer ces crevasses disgracieuses. A sa grande déception, elles ne disparurent pas instantanément comme il l'avait escompté.
Blessé dans son orgueil et surtout dans son intégrité, une nouvelle constatation le frappa alors que le miroir lui renvoyait son reflet. Il était horrible... son ventre trop rond et trop imposant creusait son dos de la plus disgracieuse des manières, ses jambes avaient perdues leurs lignes élancées pour devenir un peu plus empâtées... et maintenant, ça... Comment Naruto pouvait-il encore vouloir poser ses mains sur lui ? Il était loin d'être... désirable... dans cet état.
Naruto regarda son brun qui faisait la cuisine, soucieux. Depuis quelques jours, celui-ci était plus distant avec lui, pas à un point particulièrement inquiétant mais, suffisamment pour qu'il l'ait remarqué. S'il restait câlin et l'embrassait sans problèmes, dés qu'il voulait pousser les choses un peu plus loin, Sasuke le repoussait. Est-ce que les hormones de celui qu'il aimait plus que tout étaient en berne ? Pourtant, il n'en avait pas l'impression. C'était plus comme s'il faisait un blocage... comme avant, quand il était encore traumatisé par ce que lui avait fait subir Kyuubi.
Le jinchuriki s'approcha de la silhouette épaissie, cambrée et alourdie par un ventre de plus en plus rond, qui lui tournait le dos, concentrée sur ses préparatifs culinaires. Il le trouvait magnifique, même enceinte, surtout enceinte en fait. Il trouvait que le corps d'ordinaire si longiligne et masculin était comme... épanoui par la présence de ce bébé, leur enfant, dans le renflement de cet abdomen devenu une véritable colline au fil des mois. Il aurait aimé pouvoir dire que la grossesse avait également épanoui le futur père, mais c'était loin d'être le cas.
Le temps avait passé si vite... Il se souvenait comme si c'était hier de son inquiétude et de son angoisse quand il avait passé les portes de Konoha avec Sasuke sur son dos, inconscient, et de son soulagement quand il avait enfin reprit connaissance à l'hôpital, et enfin de l'annonce de Tsunade sur la cause de son malaise et de son état de santé peu brillant. Les jours s'étaient écoulés sans qu'il ne s'en rende compte, et maintenant, la date fatidique de la délivrance approchait à grand pas. Leur enfant serait bientôt de ce monde... Et cet heureux évènement serait suivi du départ de celui qui était le centre de son univers.
Il le quitterait dès qu'il serait en mesure de le faire, il l'avait compris. Il n'avait pas renoncé à sa vengeance, il ne lui avait rien promis. Il repartirait dès qu'il en aurait l'occasion et les capacités. Même si lui, Naruto, ne pouvait s'empêcher d'espérer le contraire, tout en sachant pertinemment qu'il se berçait d'illusions. Avoir un enfant de lui, avec lui, ne semblait pas être un lien assez fort pour retenir le brun de reprendre son chemin pavé de sang et de vengeance.
Sasuke fut surpris quand il sentit soudain une main caresser ses reins fatigués par le poids de son ventre. Il leva ses yeux vers son ancien coéquipier qui darda sur lui un regard doux et infiniment tendre. Ses orbes sombres tombèrent sur les lèvres charnues qu'il embrassa finalement, avec légèreté, avant de retourner son attention sur le plat qu'il préparait. Son blond déposa un baiser papillon dans sa nuque, lui soutirant un petit frisson délicieux.
Une main tannée se posa sur son abdomen distendu, mis en évidence par le kimono bleu marine orné de hérons aux ailes déployées qu'il portait. Kamisama, que c'était dur de résister. Sentir les mains de Naruto sur sa peau nue, et tout le reste... il en crevait d'envie. Mais il n'imposerait pas à celui qui l'aimait la vision d'horreur qu'il était devenu. Il ne supporterait pas qu'il le rejette, le trouvant affreux, ou pire, que le désir du jinchuriki pour lui ne meure dès l'instant où il se déshabillerait. Il préférait s'épargner les affres d'une humiliation qu'il n'était pas sûr de pouvoir surmonter.
Des doigts chauds vinrent sombrer dans les mèches de ses cheveux à la base de sa nuque, pendant que les lèvres charnues se posaient derrière son oreille. Il n'y a pas si longtemps, ça aurait été lui qui se serait emparé de cette bouche sucrée, et son blond aurait répondu à sa fièvre gourmande, et ils auraient continués jusqu'à... jusqu'à ce qu'il oublie tout entre les bras bronzés, fondant littéralement dans l'union de leurs corps.
Il posa une main fine sur le torse couvert d'orange et de noir, trop près de lui, beaucoup trop près, et le repoussa doucement.
- … Dobe, tu me gênes... je cuisine...
Naruto croisa ses bras sur sa poitrine, perplexe. Avant, c'était lui qui devait défendre sa vertu des assauts répétés de l'Uchiwa, et ce même plusieurs fois par jour. Et maintenant, pas moyen de l'approcher. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond, et il était bien décidé à en avoir le coeur net.
- Sasuke, qu'est-ce que tu as ? Ça fait des jours que tu ne me laisses plus te toucher, finit-il par lâcher, tout en caressant le dos qui se raidit à son contact.
- … fiche moi la paix... répondit-il froidement tout en assaisonnant sa préparation de viande et de légumes qu'il se préparait à jeter dans le wok.
- Non, pas tant que tu ne m'auras pas répondu, rétorqua Naruto en le saisissant par le coude et en l'obligeant à se tourner vers lui.
Ses yeux noirs naviguèrent de l'océan azuré posé sur lui aux doigts qui tranchaient sur le tissu de son vêtement. Il se dégagea de la prise légère sur son bras et se retourna vers le plan de travail, jetant la préparation dans le creuset qu'il avait mit à chauffer.
- … pas envie... rétorqua-t-il, le bruit de la friture couvrant presque ses paroles.
C'était un mensonge éhonté et il le savait. Le shinobi à la chevelure dorée se gratta l'arrière du crâne, pas vraiment convaincu par sa réponse.
Il vérifia le riz qu'il avait placé dans l'autocuiseur et le remua pour éviter qu'il ne soit trop collant. Une exclamation surprise lui échappa alors qu'il se retrouvait brutalement retourné et ceinturé par deux bras puissants, coupé de toute retraite par le plan de travail dans son dos. Une bouche chaude et sucrée s'écrasa sur la sienne avant qu'une langue mutine ne vienne rejoindre sa jumelle. Sasuke noua ses bras autour du cou bronzé, ne pouvant s'empêcher de répondre à la provocation sensuelle avec un petit, tout petit gémissement contrit. Kamisama, qu'il en avait envie... tellement envie...
Il se sépara pourtant de ces lèvres si tentantes, cherchant à mettre un peu de distance. Ses mains se posèrent sur le torse athlétique qu'il tenta d'éloigner de lui. Mais cette fois, sa poussée légère rencontra un mur d'obstination, appuyé par un regard fermement décidé planté dans le sien. Il sentit avec une acuité torturante les deux bras puissants autour de sa taille.
- Ne me dis pas que tu n'as pas envie, parce que je sais que ce n'est pas vrai. Alors, dis moi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
-... le repas va finir par brûler, baka...
Naruto fronça les sourcils devant l'attitude butée de son ancien coéquipier. Il finit par détacher ses mains des hanches épaissies, mais il ne bougea pas pour autant. Sasuke leva un sourcil quand il le vit exécuter les signes du jutsu de multiplication. Un clone blond fit son apparition dans un nuage de fumée et prit le relais dans les préparatifs culinaires.
- Et maintenant que ton repas est sauvé, tu va me dire ce que tu as, parce que je ne te lâcherai pas, reprit l'hôte du démon renard, sa paume chaude se posant sur une joue pâle.
- … Tchhh...
Sasuke croisa ses bras par dessus son ventre, pas plus décidé que ça à se laisser tirer les vers du nez.
- Sas'ke, il est où le problème ? Parce que là moi, je comprends plus. J'ai envie de toi et tu as envie de moi, je le sais. Alors c'est quoi qui te bloque ? En plus, tu es très beau dans ce kimono. J'en peux plus moi, tu comprends ? souffla Naruto, prenant le visage altier en coupe entre ses mains et ravissant rapidement les lèvres fines boudeuses.
- … c'est pas vrai... trancha froidement l'héritier de la pupille à virgule.
Naruto le regarda sans comprendre, les deux puits noirs plongeant dans ses yeux bleus déconcertés.
- Qu'est-ce qui n'est pas vrai ? reprit-il en écho.
Sasuke se cala contre le comptoir derrière lui, ses bras toujours fermement croisés sur son torse, son expression fermée.
- … je ne suis pas... beau... je suis... je suis difforme... finit-il par expliquer, excédé par les pupilles inquisitrices posées sur lui.
Naruto leva les yeux au plafond, soulagé, avant d'embrasser à nouveau l'élu de son cœur.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que tu es beau... tu es magnifique même... chuchota-t-il contre la bouche délicieuse, esquissant un sourire amoureux alors qu'il étreignait le corps pâle.
- … ce n'est pas vrai... tu dis ça, mais je sais bien que ce n'est pas vrai... Je suis devenu monstrueux... tu essayes juste de me rassurer ! Qui aimerait faire l'amour à un homme qui ressemble à une baleine, qui a des jambes comme des poteaux et... et qui est couvert de vergetures ? s'emporta-t-il, repoussant son blond loin de lui.
- Je suis horrible Naruto ! Alors ne dis pas n'importe quoi ! Je ne suis pas beau ! Je ne suis pas magnifique ! Je ne suis pas... Je ne suis même pas désirable ! Alors arrête avec ça et laisse moi tranquille ! acheva-t-il presque à bout de souffle, sa colère l'étouffant presque.
L'hôte du démon renard souffla profondément. Et bien, il n'était pas au bout de ses peines.
- Sasuke... Sasuke, regarde-moi.
Les orbes sombres se fixèrent enfin sur lui.
- Je t'aime, d'accord ? Alors pour moi tu seras toujours le plus beau, même enceinte, même vieux, même blessé, estropié ou défiguré.
-... Défiguré, hein ?
- Oui ! Et plus encore, si ça peux te rassurer. Même vieux et tout ratatiné comme une vieille pomme, je t'aimerai encore et je te trouverai magnifique. Et puis, c'est quoi cette histoire de vergé... machin là ? Je t'aime, peu importe ce à quoi tu ressembles, ou ce que tu fais. Tu portes notre enfant alors c'est normal que ton corps change, mais pour moi ça n'a aucune importance parce que...
- … Parce que quoi ?
- Parce que ce que j'aime chez toi, c'est ton caractère. C'est le fait que tu sois fort, que tu sois fier, que tu sois buté aussi, que tu sois doué et intelligent, et toutes ces petites choses qui font de toi ce que tu es.
Les joues de Naruto rougirent à cette dernière déclaration. Il se gratta à nouveau l'arrière du crâne, gêné.
- Je t'aime Teme, c'est aussi simple que ça. Et je voudrais que tu le comprennes et que tu me fasses enfin confiance...
Sasuke planta ses orbes sombres dans l'océan bleu lumineux posé sur lui. Naruto l'aimait, ça il le savait. Mais même laid ? Même estropié ou défiguré ? Même... vieux ? Il l'aimait... pour ce qu'il était lui, à l'intérieur... Et même s'il partait après la naissance de leur enfant, il le lui avait dit. Quoi qu'il fasse, il l'aimerait quand même... C'était Naruto, Naruto, le ninja le plus déterminé qu'il connaisse, celui qui tenait toujours ses promesses... Naruto... Son Naruto...
Il vit son brun faire enfin un pas vers lui puis un autre, jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de lui, face à lui, ses yeux ne quittant pas les siens une seule seconde. Est-ce qu'il avait enfin compris ? Il ne se débarrasserait jamais de lui, quoi qu'il fasse, peu importe ce à quoi il ressemble. Une main pâle se posa sur sa joue marquée de trois cicatrices parallèles pareilles à des moustaches et les lèvres fines se posèrent finalement sur les siennes.
- … Usuratonkachi...
Il retrouva avec soulagement le corps plus si délié que ça contre le sien et noua ses mains dans le dos creusé. Les bras pâles s'enroulèrent autour de sa nuque et ils s'embrassèrent encore, et encore et encore, tendrement, passionnément, avec une fièvre renouvelée. Le jinchuriki entraîna petit à petit son précieux fardeau collé à lui vers leur chambre dont il ferma la porte d'un coup de pied. Ils échouèrent sur le matelas qui accueillit leurs flancs, leurs bouches ne se quittant à aucun moment.
Quand leurs lèvres se désolidarisèrent, Naruto écarta les longues mèches brunes qui encadraient son visage, et Sasuke fondit complètement sous le regard aimant et adorateur posé sur lui, si chargé de sentiments tendres et affectueux qui l'enveloppait lui, que son cœur battit plus fort dans sa cage thoracique. Il sentit la ceinture de son kimono être dénouée et quitter sa taille et peu à peu le kimono dont il était revêtu lui être retiré avec des gestes empreint de douceur et de respect.
Il posa son avant bras sur ses yeux alors qu'il était basculé sur le dos. Il allait les voir, il ne pourrait pas les manquer, c'était sûr. Une main câline passa sur son ventre, trouvant et retraçant du bout des doigts la crevasse violacée qui marbrait maintenant la peau de son abdomen. Le futur père frissonna, redoutant tout de même la réaction de son amant, une réaction qui ne se fit pas attendre.
Naruto retraça la zébrure profonde et marquée qui défigurait l'épiderme laiteux, partant de sous le nombril et descendant jusqu'au pubis de son brun. Alors, c'était ça une vergé... bidule ? Franchement, y avait pas de quoi fouetter un chat. Des cicatrices et des marques, Sasuke en avait d'autres, c'était un ninja après tout. Et c'était ça qui lui avait fait croire que lui ne voudrait plus le toucher ? Qu'il ne le trouverait plus désirable ? Qu'il n'aurait plus envie de le faire sien ? Et bien, il allait lui montrer que c'était loin d'être le cas.
Une bouche chaude se posa sur l'horrible marque qui était apparue sur sa peau couleur de neige, retraçant la fissure sur le derme laiteux. Son avant bras quitta enfin ses yeux et ses deux mains plongèrent dans la masse d'or de la chevelure de son compagnon, ses yeux se perdant dans l'océan d'amour et de désir qui le contemplait. La pointe d'une langue taquine redessina la craquelure violacée et il trembla quand elle poursuivit plus bas encore, tout son corps se tordant contre cette bouche sensuelle et torride.
Naruto sut faire oublier à Sasuke que son corps changeait, et il sut lui prouver que son apparence n'avait aucune importance pour lui. Il lui communiqua toute la force de son amour pour lui, une déferlante puissante et dévastatrice, passionnée et ardente qui lui fit tout oublier et guérit une fois de plus tous ses maux et fit s'envoler tous ses doutes l'espace d'une étreinte. Une étreinte électrisante et bouillonnante qui balaya tout, le laissant alangui et apaisé entre les bras tannés réconfortants.
Après ça, Sasuke ne douta plus du désir de Naruto pour lui et les jours reprirent leur course, leur quotidien à nouveau émaillé par l'union de leurs corps, de leurs petites chamailleries sans importances, des cours de préparation avec Shizune et des examens médicaux pratiqués de temps en temps par Tsunade. Sakura revint leur rendre visite sporadiquement, au grand dam du brun qui en prit son parti, bon an mal an.
Sasuke passa de plus en plus de temps collé à Naruto d'une manière ou d'une autre, au fur et à mesure que son corps changeait et que l'accouchement approchait. Ses craintes et ses angoisses étaient loin d'être apaisées en ce qui concernait la naissance, et ses questions quant à son avenir et à "l'après" restaient entières et sans réponses. Il se raccrochait à son blond, devenu son phare dans cette tourmente qui le happait parfois, se soldant par des cauchemars.
Sakura discutait tranquillement avec Naruto, échangeant des nouvelles de leurs amis : Hinata, Ino, Lee, et tous les autres. Sasuke était calé contre son blond qui lui tenait la main et entourait ses épaules. Le brun regarda la kunoichi, ne pouvant s'empêcher de se sentir énervé et agité par la présence de la jeune fille aux cheveux roses. Il passa une main apaisante sur son ventre, sentant le bébé bouger. Le jinchuriki perçut son geste et y joignit également sa paume.
Il eut l'impression que son ventre se durcissait et une contracture douloureuse lui vrilla les reins, lui arrachant une grimace, lui coupant presque la respiration. Il serra les dents, perplexe. Il avait bien entamé son huitième mois de grossesse et ce cap s'était accompagné de tout un tas de nouveaux symptômes pas des plus joyeux. Il était encore plus fatigué qu'avant, même faire la cuisine ou étendre le linge était devenu véritablement difficile.
Avec la fatigue, son ventre était devenu encore plus gros et ses cuisses aussi parce qu'il faisait de la rétention d'eau, lui avait expliqué Shizune. Ses reins étaient régulièrement en compote sans parler de ses pieds et se déplacer lui pesait de plus en plus. Dormir était une véritable gageure la nuit car il ne trouvait plus aucune position adéquate, quand il ne cauchemardait pas. Il se sentait perpétuellement ankylosé et au ralenti, et ses sautes d'humeur étaient de plus en plus variables et incontrôlables. En bref, c'était tout un poème...
Ses mains se crispèrent sur le dessous de son ventre qui lui semblait aussi dur que de la pierre.
- Sasuke, ça va pas ?
- … Hn... ça va... passer...
Il s'obligea à souffler tout doucement pour faire refluer la douleur. Après un petit moment, la contracture disparut aussi vite qu'elle était apparue.
La jeune femme les quitta une bonne demi-heure plus tard, tout sourire, Naruto se chargeant de la raccompagner à la porte. Sasuke fronça les sourcils, pas très rassuré. Mais qu'est-ce qu'il lui arrivait encore ? Il pouvait toujours sentir l'ombre de la crampe qui avait emprisonnée ses reins dans ses muscles endoloris. Son blond revint vers le canapé, le scrutant d'un œil curieux.
- Tu es sûr que ça va ?
- … Hn... mal aux reins. Aide-moi... Je veux prendre un bain.
Le jinchuriki aida son brun à se lever et l'accompagna dans la salle de bains où ce dernier se détendit dans l'eau chaude, la sensation bizarre quittant définitivement ses muscles. Rasséréné, il profita du massage capillaire dont l'hôte du démon renard le gratifia, faisant mousser à profusion le shampooing à l'odeur de pomme dans ses mèches brunes, puis passant l'éponge savonneuse à l'odeur de vanille sur tout son corps avec dextérité et douceur.
La contracture revint un peu plus tard alors qu'il faisait tant bien que mal la cuisine, le prenant une nouvelle fois au dépourvu, puis elle repartit tout comme un peu plus tôt dans la journée, le laissant simplement vaguement endolori. Il décida de taire ce détail à Naruto qui le surveillait déjà comme du lait sur le feu, s'affolant à la moindre alarme comme si le bébé allait se pointer d'une seconde à l'autre. Pour lui c'était déjà bien assez angoissant pour qu'il n'ait en plus sur les bras son crétin personnel constamment en mode panique, l'avoir à ses côtés anxieux au moindre de ses froncement de sourcil était déjà amplement suffisant.
Retrouvant une respiration régulière, il reprit son activité première. Oui, il n'allait rien dire à Naruto. Ce bébé arriverait quand il arriverait, mais ce n'était pas pour maintenant. Tsunade avait dit neuf mois, alors ce serait neuf mois, foi d'Uchiwa. Il n'en était pas encore à la moitié du huitième, alors il y avait encore du temps. Oui, il y avait encore du temps, tout plein de temps. Encore beaucoup de jours à passer, ici, avec Naruto aux petits soins pour lui, et de nombreux moments à passer avec lui devant la télé, dans le jardin ou sur le toit, et surtout dans leur chambre.
Les spasmes prirent leur place dans la vie quotidienne de Sasuke, au chapitre des menus tracas, là où il avait décidé de reléguer la manie de bébé de s'appuyer sur son nerf sciatique, ce qui arrivait fréquemment. Ils allaient et venaient environ dix à quinze fois par jour, le surprenant n'importe quand et repartant comme ils étaient apparus, plus ou moins intenses, le laissant avec ses lombaires en compotes qu'il soignait à coup de bains et de douches chaudes, serrant vaillamment les dents.
~ oOo ~
La nuit était tombée et ils étaient descendus du toit. Même descendre l'escalier lui avait coûté tout autant que le monter mais Sasuke n'en avait rien montré ou presque. La soirée était chaude, on sentait que l'été approchait. Ce mois de Juin était particulièrement clément et ensoleillé. Neji lui avait dit que l'été serait probablement très chaud cette année. Il approchait de son terme, mais pas tout à fait. Selon Shizune il fallait à présent se montrer particulièrement vigilant car il n'était pas rare que les bébés naissent avant la date prévue.
Naruto avait passé toute la journée d'hier à ne pas le quitter des yeux ou presque, tout ça parce qu'il était légèrement superstitieux sur les bords et qu'on était Vendredi treize. Au final, l'Uchiwa avait fini par se moquer de lui, lui rétorquant vertement que ce bébé là ne naîtrait pas en avance, et qu'ils avaient encore deux bonnes semaines de tranquillité. Alors pour l'amour de Kamisama, il valait mieux pour lui qu'il se calme, sinon il allait l'étrangler lui-même de ses propres mains.
Leur éclat sous la véranda avait provoqué la presque hilarité de l'équipe de surveillance de Tsunade, dont certains membres avaient assaisonné la mini dispute de quelques commentaires de leurs crus. Le "galère" soufflé par un Shikamaru ayant été le plus notable, accompagné des éclaircissements de Sai tout droit sortis de l'un de ses bouquins sur les superstitions. Le jinchuriki s'était enfin détendu, refroidi par un brun d'une humeur polaire.
Ils s'étaient définitivement réconciliés un peu plus tard sur l'oreiller, même si Sasuke avait joui bien plus vite qu'il ne l'aurait cru. Il s'était complètement endormi juste après, abandonnant un Naruto obligé de se finir de son côté. Ce qui arrivait de plus en plus fréquemment ces derniers temps. Mais le blond n'en tenait jamais rigueur à son amour, bien conscient que c'était les aléas de la grossesse et que Sasuke n'y pouvait rien.
Naruto abandonna le futur père dans la cuisine, préférant vérifier pour la énième fois que tout était prêt dans la chambre de bébé et que le sac qui les accompagnerait le moment venu à l'hôpital contenait bien tout ce qu'il fallait pour Sasuke et leur enfant. Contenu du dit sac qui avait d'ailleurs donné lieu à une petite confrontation entre eux, Naruto ayant acheté une immense valise d'un jaune canari absolument hideux qui déplut immédiatement au porteur du sharingan et qu'il refusa catégoriquement. La suivante rouge et jaune à petits pois n'eut pas plus de succès.
Au final, un sac de taille moyenne, rouge, blanc et noir, avait été accepté après bien des essais infructueux de la part du jinchuriki qui avait dévalisé une fois de plus les rayonnages de valises, valisettes et sacs en tous genre des magasins de Konoha. Le débat suivant avait porté sur le contenu, dont chaque élément avait été discutaillé âprement, Sasuke ne voulant que le strict minimum et Naruto préférant pallier à toute éventualité. Le résultat du compromis chèrement négocié, parfois à coup de baisers, s'étala sous ses yeux.
Il sortit la liste de la poche de côté du sac et vérifia un à un que tous les éléments étaient bien là, des bodys, grenouillères et bonnets assortis aux kimonos de Sasuke. Préparer ses affaires en vue d'accoucher avait déclenché une véritable crise de colère angoissée de la part du futur père qui avait argué qu'ils avaient encore le temps de se préoccuper de ce genre de choses. L'hôte du démon renard avait réussi à calmer la crise, amenant le sujet avec un peu plus de légèreté.
Sur sa liste figurait aussi la couette colorée, qu'il avait subrepticement rajoutée à l'insu de son brun. Il ne savait pas si l'objet aurait droit de cité dans l'hôpital, mais il comptait bien l'y faire entrer. Il savait pertinemment que cet objet revêtait une importance toute particulière pour Sasuke et avait des vertus apaisantes et anti-stress sur l'Uchiwa, même si ce dernier nierait fermement une telle chose.
Naruto referma le sac avec un soupir de soulagement. Depuis quelques temps, Sasuke n'était pas à prendre avec des pincettes. Le ninja le plus imprévisible de sa génération mettait cela sur le compte de l'accouchement qui arrivait et sur le fait que le corps de son amour semblait de plus en plus soumis à rude épreuve au fil des jours. Il passait son temps à le masser et à le surveiller dans la grande baignoire, quand Sasuke ne dormait pas tout simplement sur lui en journée ou bien à moitié assis, calé contre lui devant la télé.
Quelque part, il avait hâte que le bébé soit là, car entre les nuits trop courtes et les courses effrénées dans tous le village pour trouver tel ou tel aliment ou bien telle ou telle chose qui faisait envie à son bien aimé, même Kyuubi commençait à avoir du mal à suivre. Et ça, c'était sans compter les cauchemars, les sautes d'humeurs, les prises de becs et tout le reste. Il essayait de garder son calme et de relativiser en toutes circonstances mais des fois, honnêtement, il saturait et envoyait de plus en plus régulièrement un clone chez Iruka qui lui prêtait une oreille compatissante.
Mais cette naissance était aussi quelque part synonyme d'inconnu et de départ... prochain. Alors oui, il avait envie que le bébé soit enfin là, mais pas tant que ça non plus. Sasuke allait souffrir pendant l'accouchement, et il n'était pas vraiment pressé d'assister à ça, surtout avec le chakra de Kyuubi au milieu. Et dès que tout serait rentré dans l'ordre pour lui, le possesseur de la pupille à virgule le quitterait, car c'était ce qui allait se passer. Or, il n'avait pas envie qu'il le quitte. Même si, des fois, il se comportait comme un véritable glaçon sans cœur...
Un grand fracas retentit dans la cuisine, le faisant se précipiter vers l'origine du bruit. Il trouva Sasuke pratiquement plié en deux, accroupi devant le plan de travail. Un bol qui avait contenu du riz s'était brisé sur le sol, les grains blancs répandus autour des pieds nus et pâles. Livide, le brun se tenait le ventre d'une main tout en se raccrochant au rebord de bois au dessus de lui, un masque de souffrance répandu sur ses traits.
- Sasuke ! Est-ce que ça va ? dit Naruto précipitamment en s'agenouillant à ses cotés, anxieux.
- … c'est... c'est rien... juste l'une de ces fichues... contractions... ça va... ça va passer... haleta le futur père.
- Comment ça "L'une" de ces "contractions" ? Parce qu'en plus c'est pas la première ?
Le brun fusilla le blond du regard, se fustigeant mentalement pour avoir parlé sans réfléchir alors qu'il respirait profondément pour que ça passe, comme les autres fois.
- … ça va passer... je sais que ça va passer... elles finissent toujours par passer... siffla-t-il.
- Et depuis quand ça t'arrive ! Pourquoi tu ne m'en a pas parlé ? s'inquiéta le blond tout en aidant Sasuke à se relever, l'appuyant sur lui alors qu'il l'emmenait vers le salon pour l'installer sur le canapé.
- … pas la peine... tu te... serais inquiété pour rien... c'est... comme ça depuis... deux semaines... après... ça passe... souffla le brun alors qu'il touchait enfin le canapé.
- C'est pas normal. Je vais faire prévenir Tsunade. Tu aurais dû m'en parler ! s'emporta Naruto tout en aidant le porteur des Sharingan à s'installer sur le sofa.
Une main fébrile se referma sur l'une des siennes, l'empêchant de former les signes nécessaires pour son jutsu de clonage.
- … ça va... aller... elle est certes plus forte que les autres... mais avec... un bon bain... tout sera rentré... dans l'ordre... je n'ai déjà presque... plus mal...
Naruto posa un regard hésitant et anxieux sur le visage défait de celui qu'il aimait plus que tout. Nous étions le quatorze juin, il restait normalement deux semaines avant le terme.
To be continued
Commentaire des auteurs :
Qui a trouvé la référence à Dorothée dans ce chapitre ?
Le grand moment est proche... si, si, on vous jure ! Au bout de dix-neuf chapitres ( au départ, c'était prévu en dix chapitres ! ), Sasuke va enfin accoucher ! A quoi va ressembler ce bébé ? Et Sasuke survivra-t-il ? Vous le saurez au prochain chapitre ! Nous sadiques ? Vous n'avez encore rien vu !
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Sasuke est fermement arrimé à la porte de la maison, bras et jambes tendus alors que ses mains et ses pieds sont ancrés contre le chambranle. Naruto et son clone tirent de toutes leurs forces sur le corps pâle du brun par devant, pendant que les cinq ninjas de l'équipe de surveillance poussent ce même brun récalcitrant par derrière.
- Mais puisque je vous dit que c'est pas le moment ! hurle Sasu.
- Allez Sasu ! Quand faut y aller, faut y aller ! l'encourage Kakashi
- Oui, il faut boire le vin quand il est tiré ! rajoute Néji.
- Et il faut battre le fer, tant qu'il est chaud ! renchérit Sai.
- Avant l'heure c'est pas l'heure, après l'heure c'est plus l'heure ! déclare Yamato.
- Et quand c'est l'heure, c'est l'heure ! soupire Shikamaru.
Naru, son clone et Sasu regardent éberlués les cinqs ninjas. Naru leur demande un brin énervé :
- Et vous croyez que c'est comme ça que vous allez lui donner envie d'y aller ?
- Je veux pas y aller ! hurle Sasu remis de sa surprise.
Une baleine qui passait par là, totalement par hasard, déclare :
- J'ai une gestation de douze mois. Si tu veux je peux demander aux auteurs de te faire la même durée de grossesse.
Sasu relâche soudainement le chambranle et se précipite vers l'hôpital. Arrivé au portail, il se retourne et dit aux sept autres :
- Bon on y va ! C'est pas le tout mais je vous attends là !
Les deux auteurs se tournent vers les lecteurs et déclarent :
- Reviewez, sinon on vous fait un Sasu- baleine !
Rendez-vous au prochain chapitre, chapitre 20 : Convoi exceptionnel.
Les étoiles scintillent et dame Fortune lui sourit, mais ce qu'elle lui réserve est-il vraiment de bon augure ? Comment continuer sa route sur ce chemin de traverse quand il entend son destin rire dans l'ombre.
