Le vent froid commençait à migrer vers d'autres contrées, plus ou moins lointaines. Pas trop tôt. Surtout qu'il risquait de revenir, histoire de bien emmerder son monde. Ce qui créait encore une raison pour venir à l'Impérial. Une plausible pour le reste du monde. Car lui savait que la raison qui le poussait, le tiraillait, le torturait, était bien évidemment de pouvoir répondre au défi qui lui avait été donné.

Car comment pouvait-il le voir autrement ?

Un sourire fendit son visage. Rien n'était fait. Tout était encore à jouer. Qui lira saura qui sera Gagnant.

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Lettre II :

« Quand un pyschopathe s'amuse... »

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Bonjour Bonsoir !

Votre réponse m'a fait plus plaisir que vous ne pourriez l'imaginer. Et je réfute vos propos. Je suis un homme honorable, jeune serveur ! Etrange, je peux à la limite vous l'accorder. Après tout, on me connait souvent pour mon comportement.

Je ne me suis jamais posé la question quant à mon degré de socio-pathologie, je dois vous l'avouer. Mais je doute être placé dans les derniers degrés de la chose. Ma position sociale m'en empêche, voyez-vous ?

Gérer mille et une choses ne peut vous laisser loin du monde trop longtemps.

Et je tiens à vous préciser que je ne vous harcèle pas. Ne le prenez pas mal, vous avez piqué mon intérêt. Au pire, je paierais mon amende et je vous achèterai un bouquet de roses blanches et bleues. Et je ne maltraite pas vos serviettes. Elles font du gringues à mon stylo, bien trop enjoué, je vous l'accorde.

Ce qu'il m'a prit de vous écrire ? Eh bien... la même chose certainement qui me pousse à vous répondre maintenant. Essayez de deviner, tiens ! (Et oubliez donc la case psychopathe je vous prie, je suis sain d'esprit. La preuve, je vous écris sur des serviettes de mauvaise qualité.)

Après tout, je ne menace personne de violences contre papier peint, moi ! Mais, je ne vais pas me plaindre, vous me faites découvrir une facette que je ne soupçonnais qu'à grand peine. Après votre altercation avec la demoiselle de la dernière fois, je ne vous imaginais pas du genre lion. Comme quoi, vous êtes à double face !

Ce qui n'est pas sans charme, je vous l'avoue.

Quant aux traces sur le papier, il est vrai que des idées plus saugrenues les unes que les autres m'ont sautées dessus. Comme celle comme quoi vous m'écrivez de votre bain, nu. Ou encore entre deux verres lors de votre service, ma présence occupant vos pensées, vous rendant encore plus tête en l'air que vous ne l'êtes déjà. Ou bien des larmes de rage. Mais vraiment, celle là était celle qui me rendait le plus mal à l'aise. Je ne souhaite guère de voir un tel événement. Surtout si j'en suis la cause.

Vos yeux me sont trop précieux.

Laissez moi m'expliquez avant de hurler au fou furieux.

Vous rendez vous seulement compte du pouvoir qu'ils contiennent ? Ô combien ils ensorcellent le pauvre homme que je suis ? A quel point sont-ils capables de retranscrire le tumulte d'émotions que vous tentez de retenir lorsque cette cliente gênante vous demande de nettoyer pour la sixième fois sa tasse ? Non ? Et bien moi je le vois. Et cela me captive. Cela me transporte.

Je ne saurais définir l'attraction qu'ont vos yeux sur ma personne. Je la redoute autant qu'elle me plait.

Un filleul vous dites ? Il a de la chance de vous avoir comme famille. Mais cela veut-il dire que vous logez avec ses parents ? Est-il le fils de votre patron ? Dois-je en conclure que vous vivez avec ? C'est à dire, en tant que compagnon d'un de ses parents ?

Une arme à feu ? Dois-je me sentir préoccupé ? Menacé peut être ?

Mais... savez-vous seulement qui je suis ? Ou suis-je l'Ombre qui vous hante, qui vous pourchasse dans la nuit ? Qui vous rend parano ? Qui vous rend fou ?

Vous devez néanmoins avouer que ma distraction vous a permis de vous concentrer sur autre chose que vos autres problèmes (que je veux tout de même connaître!), n'est ce pas ?

Vos cernes sont bien moins marqués. Vous m'en voyez ravi. Même si, d'après vos propos, vous n'en avez cure. Mais après tout, nous avons tout notre temps pour apprendre à nous apprécier à notre juste valeur bien que la mienne, je doute que vous puissiez la connaître…

Malgré tout, je ne m'attendais pas à ce que vous me disiez de but en blanc que je vous terrifie. Que je crée de la Peur en vous.

Je ne sais encore si je dois en être fier, ou si je dois m'en mordre les doigts, de remord... je dois dire que le premier me plait et me reflète bien plus. Le sadisme héréditaire sans aucun doute ! Après tout, rien ne vaut de se réjouir des tours que l'on occasionne, n'est ce pas ?

Puis-je en déduire que vous êtes une poule mouillée, très cher serveur ? Auriez-vous avalé et recraché tout le courage qu'un homme peut avoir ?

Ne pensez pas à me dire « Oui mais vous, vous vous cachez derrière des serviettes en papier », je vous en prie. Ce serait faux. Car vos serviettes sont bien trop fines et mal fichues pour aider à quoi que ce soit.

Je suis certain que vous vous réjouissez de voir tout ce monde avoir du mal avec vos fichues serviettes. De la morue, vous dis-je !

Et je suis désolé de vous annoncer que votre silence par papier n'est pas très éloquent. Ni très communicatif. J'en suis la preuve vivante. (Enfin, vivante. Jusqu'à ce que vous trouviez qui je suis. Et que vous me truffiez de balles sans remords, dans un rire digne d'un méchant de Marvel qui se fera botter le cul comme un jouet par un grand truc vert. Véridique.)

Enfin. J'attends votre réponse véhémente avec impatience !
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( PS : Mon mot de passe était excellent je vous ferais dire!)

(PPS : Pas besoin d'un psy. Le chocolat, c'est fait pour ça!)

(PPPS : J'adore quand c'est violent.)

(PPPPS : Merci d'avoir mis le tas de serviettes près de ma table!)

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Le temps s'était adouci. Il était temps de mettre les voiles et d'aller rejoindre les bureaux. Il était temps d'attendre la réponse. Il était l'heure d'affronter les requins du boulot. De la vie. De protéger cette petite bulle d'air qu'il s'était trouvé.