-1Nuit Sans Lune
Chapitre 3
EDWARD POV
Une nouvelle journée médiocre - ai-je pensé pour moi-même en me levant ce matin.
Beaucoup de temps s'était déjà écoulé depuis la dernière fois que j'avais vu un rayon de soleil, beaucoup de temps depuis que je ne distinguais plus la nuit du jour, beaucoup de temps depuis que j'avais perdu l'espérance de revoir à nouveau toutes ces choses. Certes mon ouïe et mon odorat s'étaient intensifiés mais cela ne me servait à rien, à part pour remarquer encore plus la perte de ma vue.
Maman gardait encore l'espoir qu'un miracle se produirait, mais moi je l'avais déjà perdu depuis longtemps. Je ne savais même plus si ça valait la peine de me lever de mon lit ; je n'avais plus de raison pour me lever ni pour espérer.
- Chéri, c'est l'heure de prendre ton petit-déjeuner - Dit Esmée, ma maman.
- Ça y est Maman, j'arrive.
Ma mère entra dans ma chambre et m'aida à m'extraire de mon lit, m'emmena jusqu'à la cuisine et comme toujours me donna mon petit-déjeuner. Les autres devaient être partis alors je suis sorti dans le jardin à neuf heures.
Depuis plusieurs mois, ce jardin était ma compagne, mon alliée, l'unique chose dont je savais qu'elle m'attendait quand je me réveillais. Je pouvais essayer d'imaginer les choses qui m'entouraient : les oiseaux, les fleurs, les arbres et toutes les autres choses qui me montraient encore plus l'état dans lequel j'étais.
La porte s'ouvrit, ce qui était une nouveauté.
- Edward ! Quelqu'un est venu te voir ! - Dit Ali
- Me voir ? - Dis-je un peu étonné
- Oui, une vieille amie. Elle peut venir ? - Demanda-t-elle.
Une vieille amie ?
- Oui - Dis-je en soupirant.
- Salut - Dit une voix tremblante qui se brisa. Comment vas-tu Edward ? Il y a longtemps qu'on ne s'est… qu'on ne s'est pas vus.
- Pardon mais… Qui es-tu ?
- Isabella Swan - Dit la voix de la fille. Ou plutôt Bella.
Comment avais-je pu l'oublier ? Elle avait toujours été mon unique amour d'enfance, elle était de ce type de personne que l'on n'oubliait jamais - du moins, que je n'oublierais jamais.
- Salut - Lui dis-je tandis que j'essayais de me la remémorer physiquement dans mon esprit.
Elle devait sûrement avoir beaucoup changé depuis toutes ces années mais il me restait encore un souvenir d'elle très clair quand elle était petite : avec ses cheveux noirs qui lui arrivait un peu en dessous des épaules, ses yeux couleur café obscur et son adorable sourire, en plus de ses joues quand elle rougissait. Mais elle était très petite à l'époque ; elle devait sûrement avoir beaucoup changé depuis toutes ces années. J'aurais aimé la voir, mais cela m'était impossible.
- Comment vas-tu ? - Me demanda-t-elle.
Je notai dans le ton de sa voix qu'elle était un peu triste. Sûrement ce que ressentait les gens en me voyant.
BELLA POV
- Comment vas-tu ? - Lui demandai-je.
Pourquoi ressentais-je cela ? Je sentais comme de l'anxiété en moi, il me rendait nerveuse mais je regrettais, je regrettais énormément de le voir assis là avec un air triste. Il croyait que j'avais de la pitié, mais je ne pouvais pas ressentir de la pitié. Je savais comment il se sentait : sans défense, comme si les gens autour de lui pensaient qu'il n'était capable de ne rien faire de productif pour son compte. Je ne pouvais pas avoir de la pitié, il ne méritait pas ça. Je me suis approchée de lui après avoir posé cette question et m'agenouillais à ses côtés.
- Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas parlés. Beaucoup d'années se sont déjà écoulées - Dis-je maintenant que je contrôlai un peu plus le ton de ma voix.
- J'ai été longtemps en dehors de ce pays, comme ont déjà du te le raconter Emm et Ali.
- C'est ça.
Je respirai à fond et sans le vouloir, ma main toucha la sienne. Une petite décharge électrique traversa mon corps, comme si toute ma chaleur corporelle avait été concentrée sur le miniscule endroit où nos peaux s'étaient frôlées. Je n'avais jamais été bonne pour démarrer une conversation ; la situation dans laquelle j'étais était terrible puisqu'en plus de mon silence, je me sentais mal, comme si je manquais d'air, depuis que j'avais vu Edward. C'était une situation étrange, illogique.
- Et toi ? Comment ça va ? - Demanda-t-il.
Je soupirai de soulagement.
- Eh bien…je ne peux pas me plaindre.
Il rit, peut-être par le ton de ma voix ou de la manière dont je l'avais dit mais cela m'importait peu. C'était le plus beau rire de l'univers.
- Tu sens bon, tu sais ? - Dit-il.
J'ai cru que mon cœur s'étais arrêté pendant quelques instants, pour recommencer à battre encore plus rapidement qu'avant.
- Ah oui ? Merci - Dis-je un peu gênée.
J'ai senti mes joues devenir très, très chaudes et je compris que j'étais en train de rougir.
