Acte III
Surprises éthyliques
Janvier 1978
Judith Isidore de La Garde
« … And afterwards we drop into a quiet little place and have a drink or two...
- Sirius...
- And then I go an spoil it all by saying something stupid like I love you...
- Siriuuuus ?
- … I can see it in your eyes that you despise the same old lies you heard the night before...
- Ducon !
- … And though it's just a line to you for me it's true and never seemed so right before...
- BLACK ! »
Sirius sursaute et arrête enfin de chanter. Grands Dieux merci ! Shirley, la tête au-dessus de la porte de mon placard, le regarde de travers tandis que lui, assis sur mon fauteuil, les jambes balançant sur l'accoudoir, lève un regard ingénue vers moi.
« Qu'est-ce qu'il y a Jude ?
- Tu chantais mal. Du Franck Sinatra.
- Moi ? Tu es sûre ?
- On en est toutes les deux on ne peut plus sûres, intervient Shirley du fond de ma garde robe. Alors arrête de chanter comme une jeune première, tu rendrais notre vie meilleure.
- Pourquoi je suis là au juste ? Demande-t-il. Parce que vous n'avez pas l'air d'avoir envie que je le sois.
- Parce que, je fais en me levant de mon canapé. C'est une affaire importante. J'ai enfin réussit à poser une date pour mon rendez-vous avec Charles et je sais qu'il ne s'y dérobera pas cette fois. Donc j'ai besoin d'une tenue parfaite.
- Ce qui explique la présence de Shirley. Pas la mienne.
- Mais si, j'ai besoin d'un avis masculin, évidement ! »
Cette raison est totalement fausse. Étant donné qu'il est gay, il a un sens inné de la mode, c'est un gène qu'ils ont en plus, c'est pour ça qu'il est là mais pour une raison obscure, il refuse toujours que je le dise à Shirley, ce qui est ridicule parce que c'est une garce totale, elle est donc dotée d'un détecteur pour lire dans les gens. C'est pour ça que les gens comme nous nous entendons bien, parce qu'on devine qui sont les gay et que nous sommes méchantes, ce qui les fait beaucoup rire. Je sais, ça fait beaucoup de clichés d'un coup mais, sérieusement, j'ai tellement observé ce phénomène qu'il doit y avoir une part de vrai dans tout ça.
Mon ami m'envoie un regard lourd de sens et je comprend qu'il a deviné la véritable raison de sa présence. Je lui souris, il se lève.
« Bon, je m'en vais, je ne veux pas finir écrasé par la bêtise féminine, salut.
- Oh, Siriii, je le supplie. Encore une tenue, une seule, je t'en supplie ! Je me suis tellement entrainée pour ce rendez-vous, j'ai lu tellement de livres, il faut vraiment que je sois parfaite ! »
Il soupire et se rassoit en reprenant un tasse de café. Je sais, je fais tellement craquer les gens, c'est si facile de les faire exécuter ce que je désire... Peut-être qu'un jour je me lasserai de tout ce pouvoir... Non, je ne pense pas en fait !
« Bon, fait Shirley en arrivant vers nous avec des vêtements pleins les bras. J'ai sélectionné une neuvième tenue puisque les huit autres n'allaient pas à son altesse. File l'essayer. »
Elle me tend les vêtements et je vais me cacher derrière mon paravent. Elle a choisit un pantalon beige moulant ainsi qu'un chemisier marron à pois bleu. J'enfile le tout et vais me regarder dans la glace près de ma porte.
« Hum.. Oui, c'est mignon. Un peu trop classique, non ?
- Tu as dis que tu voulais avoir l'air intelligente mais être sexy, je te signale. Alors forcément, tu auras l'air d'une fille à papa. Ce n'est pas de ma faute, revois tes critères, s'énerve mon amie. »
Oui, je comprends son agacement. Je sais, je peux être parfois légèrement perfectionniste mais c'est un grand soir ! Je dois faire forte impression !
Shirley revient vers moi avec une paire de botte que j'avais complètement oubliée ! C'est fou ce qu'elles sont jolies, dis donc, je savais que j'avais bon goût, même plus jeune...
Je les enfile et me regarde.
« D'un avis purement masculin, lance Sirius, toujours affalé comme un mécréant sur mon fauteuil et résumant parfaitement mon avis, c'est parfait pour un premier rendez-vous. Comme ça tu pourras lui présenter ton poney ! »
Il se marre comme une baleine sans esprit tandis que je me tourne vers ma meilleure amie en soupirant.
« Il a raison, on dirait que je sors d'un cours d'équitation.
- Tout à fait mais comme ça, ça montre que c'est toi qui commande, même si tu peux être très gentille. Et ça le fera fantasmer, les gars adorent les trucs un peu sado-maso, hein le lion ? »
Voilà, j'en étais sûre, elle l'a deviné. Clair comme de l'eau de roche. Et je n'ai rien dit parce que je suis adorable.
« Bof, je préfère les gentilles filles avec des étoiles pleins les yeux qui promettent de t'aimer éternellement. »
Et lui il ne l'a toujours pas compris. Mais c'est pas vrai, quel incapable... Shirley lève les yeux au ciel, blasée par tant de bêtise. Comme je la comprends.. Sauf que si moi je fais un truc comme ça, je me fais allumer parce que « si tu montres ton agacement à tout bout de champs, c'est évident que tu sais quelque chose sur moi ! ». Et bien OUI, monsieur, je sais quelque chose à propos de toi et ma meilleure amie aussi alors passe au-dessus de ça !
Je regarde ma superbe horloge murale et.. Et merde ! Pourquoi il est déjà si tard ?!
« Bon, disons que c'est parfait, maintenant déguerpissez, je dois encore me maquiller et j'ai rendez-vous dans vingt minutes, oust ! »
En ronchonnant, ils sortent tous les deux, m'insultant plus ou moins dans un borborygme désagréable. C'qu'ils peuvent être soupe au lait, des fois. Une fois seule, je file dans ma salle de bain pour me maquiller habillement. Juste assez pour cacher mes quelques imperfections, faire ressortir la beauté de mon visage mais tout en gardant l'air naturelle. Après plusieurs minutes de réflexions, j'opte pour une queue de cheval, histoire de renforcer le look équestre. Le truc dans la mode, c'est toujours d'y aller à fond.
Inspiration, expiration. J'attrape mon sac et sors de mon appartement.
Quand j'arrive dans le hall d'entré, il est déjà là, avec L'étranger de Camus ouvert devant lui. Je souris. Pile ce qu'il fallait..
« Je sais que ce livre est très prenant mais tu pourrais au moins remarquer quand j'arrive. »
Il lève les yeux vers moi, étourdit, et me regarde de haut en bas avant de me sourire. Hum, j'accorde à Shirley le fait que la cavalière fait toujours son petit effet.
« Tu sais quelque chose sur ce livre ? Allons bon, Garde, tu as essayé une fois de faire semblant, ça n'a pas marché, je te rappelle. »
Haha, petit comique. Charles est donc joueur ? Parfait, je suis extrêmement forte à toute sorte de jeu.
Je le prend par le bras et lui sourit innocemment.
« Je t'en prie, appelle-moi Jude. Et une leçon m'a suffit. Je n'ai peut être pas entièrement fini Céline mais Camus est rapide à lire. Je ne suis pas l'inculte que tout le monde dit que je suis, tu sais. »
Il hausse un sourcil interrogateur et sourit légèrement tandis que je l'emmène dans le parc de Poudlard.
« Ah oui ? Je croyais que tu disais ça de toi-même.
- Décidément, il a vraiment trop de mauvaises langues à Poudlard. Même mon pouvoir de déléguée ne peut pas me faire empêcher ça. Par contre, il me permet ça. »
Nous sommes devant les grilles qui s'ouvrent magiquement. Il se tourne vers moi, interloqué. Et oui, mon tout beau, c'est ça d'être la monarchie de potin-land, on peut ouvrir toutes les portes qui, du temps du joug professoral nous étaient fermées... Ce pouvoir qui coule dans mes veines est tellement important que je peux faire à peu près tout ce que je veux, et c'est ça la vraie magie. Bien sur, cela ne marche que si je trouve une fausse excuse d'urgence assez plausible mais pour ça, je compte généralement sur mes capacités innées à l'exagération. Maman, tes gènes ont enfin trouvé une utilité, amen.
« Nous n'avons pas le droit de sortir de l'enceinte de l'école, dit-il gauchement, surement effrayé de briser une des nombreuses règles de ce dortoir tyranique.
- Toi tout seul peut-être. Toi avec moi, tu as tous les droits. »
Je lui fais un clin d'œil tandis qu'il rit. Avec légèreté et élégance. Bon, certes, c'est peut-être un peu too much, le clin d'œil, mais il faut bien que je trouve un moment où paraître le plus séduisante possible, non ? Et qu'est-ce qui est plus sexy que le pouvoir, franchement ?
« On y va ? Notre réservation nous attend.
- Je vous suis, Milady. »
Et en plus, la soirée s'annonce charmante !
Nous sommes attablés à une charmante table des Trois Balais, j'ai personnellement demandé à madame Rosmerta de nous garder une petite table dans le fond de la salle et de créer une ambiance.. Disons... Intime. Ce qu'elle a parfaitement respecté puisqu'elle a installé de lourds rideaux de velours rouges autour de nous. Madame Rosmerta nous apporte un bouteille de vin et des lasagnes faites maison. C'est fou, même en dehors de Poudlard, je suis toute puissante. C'est merveilleux.
« Et tu comptes réduire le monde entier en esclavage quand tu auras eu ton diplôme ? »
Je rigole en buvant une gorgée de vin, histoire d'avoir l'air intelligente et adulte.
« Tu as les même remarques que Potter, en début d'année. Et non, les gens me rendent des services parce qu'ils m'aiment bien et que je leur en rend en retour. »
Comme verser cinquante gallions pour ce repas. Tout s'achète, vive le consumérisme ! Passons.
« James n'est pas la personne la plus originale du monde, beaucoup de personnes doivent reprendre ses blagues.
- Donc tes blagues ne sont pas originales, je ne sais plus trop ce que je dois penser, tu te dévalorises toi-même..
- C'est de l'humilité, enfin !
- Suis-je sotte, j'aurais dû le comprendre ! »
Il manie bien la verve, comme moi. Sans doute de part le fait qu'il aime les livres. Et, vraiment, les moldus sont beaucoup plus inventifs que les sorciers, littérairement parlant. Sans doute parce qu'ils ne connaissent pas vraiment le merveilleux. Bref.
« Et tu disais que tu avais lu L'étranger ? Comme est-ce que cela a bien pût se produire ?
- J'aime beaucoup la littérature française. Je ne la connaissais pas quand on s'est rencontré la première fois, c'est tout.
- Ah, donc j'ai eu une bonne influence sur toi ! Je crois que je peux dire que j'ai remplis mes B.A de l'année dans ce cas !
- Toutes mes félicitations, tu m'as donné un nouveau terrain sur lequel battre les autres !
- Enfin, si ce n'est que la littérature française, ce n'est pas grand chose, tu devrais te mettre à lire Dostoïevski.
- Laisse-moi d'abord finir en France, on verra après. Je me rapproche de mes origines. Bravo pour ça aussi, mes parents n'ont jamais réussit à m'intéresser à mon patrimoine culturel.
- Tu es française ?
- Oui, mes grands-parents ont immigrés en Angleterre pendant la première guerre mondiale moldue. Ils m'ont dit que Paris devenait trop crasseux, il n'y avait même plus de bals, apparemment, tu imagines ?
- Non, vraiment, ce devait être une horreur. Plus de bal en période de guerre ? Mais où va donc le monde ! »
Il boit une gorgée de vin à son tour, les yeux pétillants d'ironie. Même quand il se fout de ma gueule il est diablement sexy...
« Ne te moque pas, je rétorque. Les bals sont les derniers restes aristocratiques qui se sont maintenues après la Révolution Française, sans ça, c'est comme faire partie du peuple.
- Oh, et une de la Garde ne peut pas se permettre de faire partie du peuple, naturellement.
- À ton avis, pourquoi mon côté paternel a gardé ses deux particules ? Nous sommes de sang noble, il faut bien que cela se voit, ne serait-ce que sur les registres. Et tu peux parler, Parkinson, tu fais partie de l'aristocratie anglaise. »
Il me sourit vraiment, visiblement amusé par ma défense ardente de la monarchie. Mais c'était vraiment mieux, en ce temps-là. Franchement, il y a des choses essentielles qu'on n'aurait jamais dû retirer. Comme les esclaves, par exemple, c'est toujours infiniment utile, un esclave !
« Alors tu as fais des recherches sur moi ?
- Non, pas des recherches. J'ai par hasard mentionné ton nom dans une de mes lettres à mon frère et il m'a envoyé ton arbre généalogique. Ce n'est pas de ma faute, j'aurais bien maintenu le suspens. »
Il explose de rire. C'est si drôle que ça de savoir que mon frère est un psychopathe dont le principal hobby est de passer au peigne fin toutes les familles aristocratiques et royales d'Europe pour choisir sa future femme ? Si j'avais su, je l'aurais sans doute sortie plus tôt dans les diners mondains, je me serais fait plus d'amis.
« C'est donc pour ça que tu es amie avec Sirius !
- Toujours pur, c'est bien connu. C'est ça qui est chouette, comme je ne fréquente que des français, ils se fichent un peu de savoir que Sirius est déshérité. Mais bon, nous ne sommes pas là pour parler de lui.
- Il est marrant, comme garçon, poursuit-il en faisant semblant de ne pas avoir entendu la fin de ma phrase. Il change beaucoup de comportement quand il est avec James de quand il est avec toi.
- Non, il est con dans les deux cas, c'est juste que derrière la cape d'imbécilité de James, ça se voit moins.
- Humm, fait-il mine de réfléchir. Je ne pense pas qu'il soit idiot. Il est plutôt marrant, finalement, et c'est agréable de parler avec lui. »
Je rêve ou mon rendez-vous idyllique c'est transformé en plaidoirie pour ce pauvre Sirius Black ? C'est une blague ? Et puis comment ça « c'est agréable de parler avec lui » ? Quand est-ce que Sirius et Charles ont bien pu parler ensemble, alors que j'avais parfaitement spécifié à mon assistant de ne pas l'approcher ? Je reste sceptique un moment mais je dois bien avouer que ça ne m'étonne guère ; les Gryffondors sont tous des petits vicieux qui ne cherchent qu'à attirer l'attention sur eux. À côté, nous les Serpentards sommes des modèles de vertu et d'intégrité.
« Tu fréquentes Sirius ? Je ne savais pas.
- Ah ? Il ne t'a rien dit ? Je croyais que vous étiez comme les deux doigts de la main, à force de trainer ensemble.
- Non, il est le prototype de l'être humain quand je l'aurais réduit à l'esclavage. Il n'est pas vraiment réussit, c'est pour ça que je laisse en arrière mes rêves de grandeur. »
Il rigole allègrement mais je ne suis plus du tout excité par lui. Je suis foutrement en colère. Comme Sirius a-t-il pu se montrer aussi fourbe ?! Saleté, Super Canon préfère parler de lui plutôt que de mon incroyable et toute nouvellement acquise culture littéraire ! C'est outrageant. Pourquoi c'est Sirius qui ramasse tous les lauriers ?! Je rêve, il n'a pas le droit de s'inviter à mon rendez-vous d'intello galant !
« Il a l'air plutôt difficile à dompter, effectivement, il est plutôt indépendant, non ?
- Huuum, ne m'en parles pas. »
Je vais le tuer et transformer les parties de son corps en confettis que je lancerai sur les invités le jour de son enterrement.. Qu'est-ce que diable il n'a pas compris dans « pas touche » ?! Le pire est sans doute que Charles le trouve « intéressant ». Depuis quand Sirius Black est intéressant ?! Depuis qu'il traine avec moi, sans aucun doute, je rend les autres acceptable, ça donne ça quand ils sont proches de mon charisme incroyable. Hum. C'est vrai que c'est donc un peu de ma faute, mais qui pourrais bien blâmer un aussi joli minois ?
« Mais du coup, comment ça se fait que Sirius et toi soyez devenus amis ?
- Oh, le hasard. On s'est rendu compte qu'on aimait les mêmes choses et de fil en aiguille... On peut dire que c'est un peu de la faute de Dumbledore, aussi, il m'a plus ou moins obligé à le prendre comme assistant. Tu sais, avec mon rôle de déléguée, je suis obligée de me faire un peu aider, c'est un rôle siii difficile, parfois...
- Ah oui, oui. Mais c'est marrant parce que quand je parle à Sirius, il a un peu la même marque cynisme que toi, tu sais, ce second degrés dont tu uses beaucoup. »
Ah parce qu'en plus môssieur me pique mon humour bien particulier ? Je ne vais plus juste le tuer, je vais l'humilier avant. Et pourquoi Charles est si intéressé par lui ?! Il n'est pas gay, pourtant, j'en suis sûre, mon radar de connasse me l'aurait dit. Je suis persuadée que c'est Sirius qui lui a retourné le cerveau, il a bien réussit à le faire avec les trois quart de la population féminine de notre prison scolaire, je ne vois pas pourquoi ce serait différent avec la population masculine. Il est donc sous le charme Sirius, il faut que je le fasse basculer sous le mien. Je trouve que toute cette histoire devient beaucoup trop compliqué. Le nom de Black commence à me donner le tournis, en plus de ça, je trouve qu'il est bien trop souvent prononcé en ma présence...
« Enfin bon, je te dis ça parce que je ne sais toujours pas si je dois vraiment prendre au sérieux sa proposition de venir voir les Clash en concert avec lui.
Rosmerta, est-ce que je pourrais avec un whisky on the rock, s'il te plait ? Avec beaucoup de whisky et peu de glaçons. »
Février 1978
Sirius Orion Black
Je ne crois pas que boire de l'alcool à si forte dose et si tôt dans la soirée soit une bonne idée. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ça va se barrer en sucette. Et je ne dis pas ça parce que le rire de baleine appartenant à Jude m'irrite plus que d'habitude.
C'est marrant, je croyais qu'on était vraiment devenu bons amis, genre les deux doigts de la main, ou de ceux qui vont faire du shopping ensemble mais ces derniers temps, j'ai l'impression qu'elle est un peu sur la défensive avec moi. Je sais pas, peut-être le fait que je refuse d'écrire les comptes rendus de réunions en violet. Pourtant, nous voilà tous les trois (oui, trois, Shirley est avec nous, évidement, elle est trop ironiquement drôle pour être laissée de côté) dans l'appartement de Jude en train de fêter... Qu'est-ce qu'on fête déjà ?
« L'indépendance de l'Amérique !
- Au milieu du mois de février ? C'est pas sérieux, rétorque Shirley en secouant sa tête devant sa copine.
- Alors le couple Potter – Evans, le couple le plus incroyablement impossible de l'histoire de Poudlard !
- Eurk, je refuse de boire à ça, je grimace en reposant mon verre, de dépit.
- Ouuuuh, meugle la connasse en chef. T'es jaloux ? »
Je la regarde se dandiner comme une imbécile sur place, un sourire euphorique aux lèvres, applaudissant toute seule. Mais quelle blague, cette nana. Parfois j'ai vraiment l'impression qu'elle est la caricature même du diable. Elle devrait avoir honte de toujours faire des insinuations bidons sur mon homosexualité, je la croyais plus subtile quand même !
« Non, c'est juste qu'ils sont dégoutants à se rouler des pelles à tout bout de champs en se récitant du Keats. Sérieux, comme si on avait besoin d'amour dans ce monde.
- Tu es trop cynique, Siri, soupire Shirley en se resservant un verre de vin. Accepte l'amour, il t'acceptera.
- Non, refuse l'amour il te courra après, me conseille la déléguée.
- On ne sait toujours pas à quoi on boit.
- A moi ?
- Non, tranche la blonde. Je propose qu'on célèbre la vie, la santé et l'alcool.
- Pour l'alcool, approuve joyeusement l'autre andouille en levant son verre. »
Sérieusement, que s'est-il passé dans ma vie pour que j'atterrisse dans cette pièce avec ces idiotes ? N'empêche, je les aime bien, elles sont marrantes et avec elles, au moins, on se marre sans complexe, et je peux balancer des blagues mesquines sans qu'elles se vexent et se braquent comme des bourriques pour faire la gueule toute la journée après. James, je t'adore mais pitié, décomplexe-toi.
« L'amour c'est cool, quand même, non ? Me demande Shirley. Enfin, je veux dire, tu dois être content que ton ami ai trouvé son âme-sœur, même si c'est des conneries, non ?
- Oui, quand même. Enfin, ma relation avec James est un peu spéciale, tu sais ce que ça fait de se sentir parent de quelqu'un ? »
En haussant un sourcil, elle se tourne vers Jude qui, souriante, me fait un signe de la main, histoire de bien insister sur le ridicule de sa propre situation.
« Je suis bête, évidement. Ben voilà, c'est comme si elle décidait de se marier.
- Décris-moi cette sensation, je crois que jamais je ne pourrais la ressentir...
- Beaucoup de fierté mais un peu de tristesse quand même. Qui va crier pour avoir à manger, maintenant ?
- Ne t'inquiète pas, s'invite Jude dans la discussion. Je serais toujours là pour réclamer ton attention, Shir. Je peux même remplacer James, si tu veux !
- Non merci, je préfère te garder comme copine, j'ai déjà un enfant, je fais en rigolant. »
Elle me tire la langue, visiblement mutine. Je me demande bien ce qui la rend de si joyeuse humeur, sans doute l'idée que la Saint Valentin n'est pas dans longtemps, et donc elle est contente de pouvoir ruiner celle de toutes les filles qu'elle déteste. C'est-à-dire, toutes les filles de Poudlard. Jude déteste tout le monde. Quel sale exemple de déléguée...
« Je propose qu'on joue !
- Hors de question, tes jeux dégénères toujours, intervient Shirley.
- C'est pas vrai ! Je reste toujours très soft, moi. »
HAHA ! Menteuse de bas étages, comme si on ne t'avait pas cramée à trois cents kilomètres à la ronde. Comme si avec ta tête d'ange on avait pas remarqué que tout ce qui t'importe, c'est d'emmerder le plus de monde possible ! C'est pour ça que je l'adore, on dirait qu'elle est sincère quand elle fait quelque chose, quand on ne la connait pas, ou qu'on ne la déteste pas. Et c'est génial parce qu'elle peut vraiment prendre les gens pour des cons, sans même qu'ils s'en aperçoivent et elle les trainent en bateau... Si ce n'était pas déjà de la ruse, ce serait presque de l'art...
« Alors on critique les autres ? Propose-t-elle encore.
- Ou encore on fait un soirée tranquille en buvant du vin et discutant entre nous, on peut faire ça aussi, j'interviens parce que je vois bien que Shirley est en train de bouillir intérieurement.
- Oui, oui, on peut s'ennuyer, aussi, pourquoi pas... »
Elle fait semblant de bouder mais je vois bien qu'en fait, elle est contente. C'est juste que, comme d'habitude, madame garde ses sentiments à l'intérieur, sinon elle est trop facile à cerner. Je crois que je pourrais écrire un bouquin sur elle.. Je la connais trop bien, le charme commence à être rompu, que vais-je faire !
« Jude, je gémis. Raconte-moi un truc sur toi que je ne sais pas !
- Oh, fort bien, si tu insistes, fait-elle en prenant l'air embarrassé des bonnes filles à papa.
- Pourrait-on noter, s'il vous plaît, que personne n'a insisté ? Propose Shirley avant de vider son verre de vin et de s'en resservir un.
- Personne ne note que tu es une alcoolique donc on va en revenir à moi. »
Shirley observe un instant sa copine avant de hausser les épaules, de vider une nouvelle fois son verre et d'ouvrir la bouteille de tequila. Elle ne titube même pas et ses yeux sont toujours aussi perçants. Je suis impressionné, on dirait que l'alcool n'a absolument aucune prise sur elle !
« Je suis entrainée, souffle-t-elle à mon oreille. Je viens d'une famille russe.
- Ah oui, ça explique beaucoup de choses, en effet.
- On peut revenir à moi ? J'ai décidé de me dévoiler à vous, vous pourriez être un tant soit peu attentif !
- Bien sur, mon enfant, raconte-nous les recoins sombres de ta triste vie.
- Et bien... Je suis allée à Paris, l'été dernier.
- Et c'est repartie, soupire Shirley en abandonnant son verre pour se concentrer carrément sur la bouteille.
- Et alors ?
- C'est vraiment surfait, comme ville, réfléchit Jude en remuant l'alcool avec son doigt. Je ne suis pas tombée amoureuse des ruelles sombres, ni en adoration devant le look des parisiennes. J'ai beaucoup plus de classe, au final. Je veux dire, bien sur il y a des endroits merveilleux, comme Notre-Dame, ou Hôtel de Ville, ce sont vraiment de beaux bâtiments, mais si on n'habite pas dedans, ça n'a pas vraiment d'intérêt. Je ne comprend pas cette effervescence autour de Paris. Autour de moi, ok, c'est compréhensible, mais une ville... Eurk. »
Judith de La Garde vient de se comparer à la ville de Paris. La capitale de la France et de la mode. Je crois que, ça y est, elle a enfin prouvé au monde entier son incroyable égocentrisme. Applaudissons tous en cœur ce moment historique.
« Mais bon, c'est vrai qu'il y a des endroits sympa, je dis pas, par exemple, le marais, c'est vraiment chouette. C'est le quartier gay et là-bas, ils sont juste étourdissants, tu devrais venir avec moi l'été prochain, Sirius, tu rencontreras peut-être l'homme de ta vie, qui sait ? Et puis on pourra visiter... Oh. Oups. »
Mais quelle connaaaaassse ! Elle vient de balancer mon homosexualité à sa grande langue de meilleure copine comme si c'était la chose la plus naturelle du monde... Et franchement ? Son « oups » ? Du ci-né-ma ! Une bonne claque, voilà ce qu'elle mérite ! Je la regarde et je sens bien que mon visage enfle de lui-même, parce que visiblement il n'arrive pas à contrôler la fureur qui monte en moi.
« Jude, je hurle.
- Oh, ça va, soupire Shirley en posant sa bouteille. Ce n'est pas comme si c'était le scoop du siècle.
- Je te demande pardon ? »
Même Jude a relevé le visage vers sa copine, visiblement intriguée qu'elle ne donne pas plus d'importance que ça à mon homosexualité. Shirley soupire, lève les yeux au ciel, hausse les épaules et boit une rasade de tequila avant de répondre. Cette fille est incroyable, on dirait qu'elle prend tout avec une telle lassitude que je suis sur que même si on l'amenait devant la muraille de Chine, elle n'en aurait rien à cirer et continuerai de boire sa foutue tequila.
« Ce n'est pas comme si vous étiez discrets, sort-elle platement. Sirius, tu es tellement plus décontracté avec Jude que tu laisses filtrer des infos sans le savoir. Quant à Jude, n'en parlons pas. Niveau discrétion, tu es l'heureuse perdante.
- HA – HA, badine joyeusement l'autre imbécile. Donc ce n'est pas de ma faute donc tu n'as pas le droit de m'en vouloir donc tu vas me donner le gin à côté de toi ! »
Andouille d'imbécile heureuse.
« Comment ça ? Quel genre d'info j'ai laissé filtrer ?
- Comme le fait que tu parles avec nous des garçons mignons que Jude se tape, ou que tu demandes des conseils à Jude en matière de mode ou encore que tu reluques les fesses de Charles Parkinson dès que tu le croises dans les couloirs.
- Hé ! Je matte pas les fesses de Charles Parkinson ! »
Elle lève un seul sourcil et me regarde de biais. J'abdique. Et je tends la bouteille de gin à Jude qui n'a plus trop l'air d'en vouloir, finalement. Prudente, Shirley lâche un dernier « je m'en tape de tes inclinations sexuelles tant que tu prends les notes dans les réunions » avant de partir vers la kitchenette de Jude pour aller chercher un verre. Délicate attention, pourrait-on croire, mais en fait c'est juste une astuce pour s'esquiver lâchement alors que Jude semble être en pleine réflexion. En d'autre terme, elle est en train d'intégrer une information avant de pouvoir monter un plan implacable pour conduire le destin à faire ce qui lui est grée à elle. Elle monte un plan quoi. Et si mes calculs sont bon, le dernier truc dont on a parler, c'est les fasses de Charles Parkinson, sa chasse gardée. En fait Shirley doit être un peu bourrée pour avoir sortit une boulette pareille. Ou elle cherche juste à me foutre dans la merde. La dernière solution est définitivement à creuser.
Soudain, le visage de poupin devant moi s'éclaire et elle finit par sourire, comme si elle venait de découvrir un ragot tellement croustillant que ça ne m'étonnerai pas qu'elle commence à courir dans tout Poudlard pour le faire circuler. Ce qu'elle ne fait car elle prend la parole d'une voix joyeuse.
« Tu fantasmes sur Charles !
- Non, non, je te jure, c'est faux, Shirley est bourrée !
- Je savais que tu avais bon goût, rêvassa-t-elle en suçotant la bouteille de gin. Je te comprends, moi aussi je fantasme sur lui.
- Ah vraiment ? Dingue, c'est pas comme si tu m'en parlais depuis des mois...
- N'empêche, tu aurais pu me le dire, on aurait pu se marrer ensemble à parler de lui. »
Non mais c'est le monde à l'envers, elle nous fait quoi, là ? Vraiment, son côté bonne copine de dortoir avec qui on se poil en parlant de notre tour de poitrine, c'est carrément pas son genre. Elle cache un truc, ça se sent à des milles. J'aurais jamais du devenir son pote, c'est trop dangereux. Elle va me la faire à l'envers.
« Jude, je crois que tu débloques.
- Mais non, fait-elle en levant les yeux d'agacement. Je veux juste essayer d'être sympa. Je veux dire, ça fait un moment que tu sais que je l'aime bien alors ça ne devait pas être facile pour toi de cacher ça à ta seule amie qui pouvait te comprendre, étant donné que c'est un garçon. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »
Parce que tu m'as plus ou moins promis que je mourrais dans les pires souffrance si j'avais le culot de poser un œil sur lui ?
« J'osais pas, je répond, prudent. Je voulais pas me mettre sur ton chemin, tu vois ?
- C'est gentil mais tu sais, comme je dis souvent, les amis avant les garçons ! »
Ah bon, elle dit ça ?
D'un hochement de tête affirmatif, Shirley me fait comprendre qu'effectivement elle dit bien ça. C'est une blague ? Cette phrase est tellement culcul que j'ai brièvement eu envie de vomir quand elle l'a dit. « Les amis avant les garçons » ? Sérieusement ? Donc ça va vraiment se transformer en soirée on-se-tripote-les-seins-pour-savoir-si-tu-en-as-des-plus-gros-que-moi ? Parce que je refuse de participer à ce genre de chose, c'est ridicule. C'est comme si on se touchait la nouille ensemble avec les gars. Débile. Vraiment débile. Quoique...
« Sirius, tu rêves ?
- Hum ? Oh, non, non. Tu disais ?
- Que mes amis passent avant les garçons, alors je suis un peu surprise et vexée que tu ne me l'ai pas dit. Je veux dire, c'est évident qu'il te plaît à toi puisqu'il me plaît à moi.
- Plaît-il ?
- Vu que j'ai acceptée un rendez-vous sans promesse sexuelle derrière, c'est que c'est sans doute le plus bon coup de Poudlard. J'ai l'œil pour ces choses-là. »
- Évidement. Je me disais aussi que ça faisait un moment qu'on avait pas vu son ego. Ni l'allusion à sa nymphomanie grandiloquente. Elle m'avait presque manqué, dis donc.
Shirley fini par nous rejoindre et je vois finalement un petite rougeur au niveau de ses joues. Aha ! Ainsi elle ne tient pas l'alcool aussi bien qu'elle le prétend !
« J'ai bu le double de toi, imbécile, siffle-t-elle devant mon sourire de vainqueur. »
Diantre, elle est trop forte pour moi.
« Tu tombes bien, Shir, sourit joyeusement la troisième larron qui elle est définitivement astrophiée par l'alcool. J'étais juste en train de dire à Sirius qu'il pouvait prendre Charles parce que je suis gentille !
- Ah bon, tu disais ça ? Je fais, abasourdi.
- Oui, oui, entre les lignes, quand j'ai dis qu'on avait pas couché ensemble. »
Ah oui, ça c'était très « entre les lignes », j'en suis encore stupéfait, tellement c'était « entre les lignes »...
« Mais mon radar à gay ne m'a dit qu'il l'était, fait-elle avec un mine triste. »
Ben minou, tu prends à cœur mes histoires d'amour ? C'est mignon, même si c'est très louche, c'est mignon, étant donné que tu ne t'occupes même pas des tiennes ! Et puis c'est quoi cette histoire de radar à gay ? N'importe quoi, il est vraiment temps qu'elle aille se faire soigner.
« On en a vaguement discuté, je fais du bout des lèvres. Il n'a pas trop.. D'inclination particulière. »
Bon, avec le recule, c'est surement moi qui l'ai inventé, certes, mais tout de même. Je suis le mec le plus canon de Poudlard, même un hétéro ne pourrait pas dire non à mon corps de rêve. J'en suis persuadé.
Jude me balance un sourire radieux tandis que Shirley rigole doucement en voyant sa copine aussi expansive.
« Mais alors c'est merveilleux ! Oh, nous venons tout juste de trouver quelque chose pour trinquer, Shir, file-moi la bouteille ! »
La blonde obéit mécaniquement en rigolant tandis que la brune sert maladroitement trois verres plein à ras-bord de vodka.
« A Sirius, sourit-elle. Et à ses amours qui s'annoncent sexy-torride ! »
Même si elle va vite en besogne, ça me rassure un peu de la voir comme ça. Plutôt que d'essayer de m'arracher la tête pour en faire des confettis. Alors pourquoi ne pas trinquer à sa surprenante et toute nouvelle ouverture d'esprit, hein ?
Ça y est. Je sais pourquoi je n'aurais pas du trinquer hier soir. Et vu la tête décomposée de Jude, elle le sait parfaitement aussi. Il n'y a que Shirley, au final, qui a l'air d'une rose cueillit joyeusement en pleine campagne profonde pour donner le change. Quelque soit ton secret, monstre qui habite le corps de Shirley, je trouverai ton secret pour rester aussi fraiche après une cuite pareille.
Soudainement, la mi-Viking mi-Huns pousse la déléguée des élèves par le coude. Cette dernière grogne et s'affaisse un peu plus sur son trône avant de lancer un regard furieux à sa meilleure amie.
« Quoi ?
- Nous sommes au plein milieu d'une réunion, ai l'air un peu intéressée. Et dis à l'autre taffiole de se redresser sur son siège s'il veut pas ma main dans sa gueule.
- M'appelle pas comme ça, blondasse !
- Ouh, je tremble, tu me fais trop peur Sirius. Fais ce que je te dis. »
On oublie l'image de la rose, cette même est carrément une ronce. Quelle plaie, je sais maintenant d'où elle le tient son beau teint, le fait d'insulter les autres la repose. Connasse va.
« Non, Ginger, pour la énième fois, le directeur est contre la légalisation du canabis au sien de l'école, répond Jude à Scott Ginger qui se rassoit, déçu. Néanmoins, il a dit qu'il réfléchirait quant à ta proposition de pouvoir fumer des cigarettes sous le cloitre. Mais des cigarettes uniquement. Voyons.. Félicie Logan ? Quelle était ta demande ?
- Euuh, fait maladroitement une petite brune en se levant rapidement. Nous avons pensé qu'il serait agréable d'organiser un bal de fin d'année pour les sortants de cette année. Aussi nous demandons au comité s'il leur est possible de l'organiser. »
Les élèves de Poudlard nous prennent vraiment tous pour des larbins, je rêve. Jude soupire de mécontentement, visiblement la même pensée lui ayant traversé l'esprit. Elle prend l'air poli le plus fourbe qu'elle a en stock et lui répond d'une voix mielleuse un « Le comité avisera » plutôt pompeux. Puis un autre garçon se leva. Merde, cette réunion ne finira jamais. J'espère que je pourrais m'empêcher de vomir jusqu'à la fin...
Je suis désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre mais je n'ai pas vraiment le temps d'écrire.. Je poste le reste au plus vite.
Une review ? :)
