Acte V

Attaques frontales

Mai 1978

Judith Isidore de La Garde

Les poudlariens sont des petits cons. Et je crois qu'il n'y a rien à ajouter . Ou si, peut-être une dernière chose. Le poudlarien va sans doute devenir une espèce en voie d'extinction si il ne change pas radicalement de comportement. L'unique fait notable qui pourrait hypothétiquement prouver la discutable existence d'un cerveau (peut-être pas d'un cerveau entier, mettons plutôt d'un résidu de matière grise) dans le crâne du poudlarien serait qu'il a compris au bout d'un mois que Sirius Black et moi-même nous soyons engagés dans une guerre sans merci. Alléluia, sortons le champagne, le Tout Poudlard a réussit à comprendre quelque chose ! Pourtant, sa stupidité l'a rattrapé. Car une fois le potin du siècle étalé au grand jour dans ce torchon qu'est The Daily Student, sa bêtise dépassa infiniment le ragot. Le voilà en train de parier sur Sir Black et Mademoiselle Garde. Et le voilà partagé en deux clans distincts ; ceux qui sont persuadés que les blagues de Black sont hilarantes et le poussent donc à s'enfoncer un peu plus dans le blasphème dont il m'outrage et ceux qui, prudent, ce rangent à ma juste cause. Ces derniers sont sans doute les plus sensés ; ma vengeance sera terrible une fois mon adverse tombé. Une seule personne a choisit de ne pas choisir. Sans surprise, il s'agit de Charles Parkinson qui, sourire indéchiffrable aux lèvres, regard dans le vague, corps toujours inattaquable, continue à faire mine de ne pas comprendre qu'il est à la base de notre querelle.

Car en quelques semaines Poudlard s'est littéralement transformé en champ de guerre. Aucune pièce n'est épargnée, pas même les salles communes. Le château écossais est devenu un no man's land et cela semble en ravir plus d'un. Ce qui montre bien la stupidité profonde de ses habitants. La rixe entre Sirius et moi c'est bien vite généralisée entre nos différents partisans. Et il n'est pas rare de voir des sorts voler en n'importe quelle circonstance. Bien que cela soit amusant, ils ont sans doute oublié que la principale concurrente est la déléguée des élèves en personne ; résultat, je n'arrête pas de me faire remonter les bretelles par notre increvable directeur. Et Merlin, c'est barbant ! Comme si j'étais la cause de tout ! Ce n'est tout de même pas de ma faute si on prend exemple sur moi !

Pour illustrer, j'ai une fois, bien malencontreusement, lancé un sort de glace instantané pour que Sirius face une magnifique glissade dans le couloir de potion, son dérapage terminant en un impressionnant vole-plané fini droit dans la porte du cachot qu'il a défoncé avec toute l'élégance de phacochère qui le caractérise. Depuis, il n'est pas rare de trouver de nombreux couloirs glacés, faire attention à l'endroit où l'on met les pieds est donc devenu une seconde nature chez les élèves. Mais, en soit, ce n'est pas de ma faute !

« Euuh.. Mlle Garde.. Bafouille une de mes empotés d'esclave. Il.. Il faut que.. Que vous alliez en cours de.. De Sortilèges... »

Je lui lance un regard sanglant tandis que la cruche se met à rougir considérablement.

« Si m'adresser la parole te prend autant d'effort, écrit-moi une note la prochaine fois, je fais d'un air suffisant. »

Elle a le bout goût de rougir deux fois plus avant de piquer un fard. Peut-être que Shirley avait raison quand elle a dit que mon visage de gentille fille ne tiendrait pas l'année. Je ne suis pas patiente, pas de ma faute, voyez ça avec mes géniteurs.

La fille à côté de moi qui est, je crois, dans mon année, et qui a eu la malheureuse idée de se couper les cheveux aux carré, façon sixties se met à ricaner grossièrement. Je suis entourée d'idiotes, Merlin sauve moi ! Pourquoi les garçons de ma suite sont tous boutonneux ? Ah oui, j'oubliais cette stupide règle, les gars beaux trainent avec les gars beaux, donc avec Sirius. Certes, je ne suis pas en reste parce que je suis quand même le vagin le plus prisé de Poudlard mais mes amourettes sont maintenant tenues secrètes car mes amants refusent d'assumer le fait qu'ils jouent double-jeu entre mes cuisses. Voilà, ça aussi, c'est barbant ! Il faut que je patiente jusqu'au soir pour pouvoir avoir des discussions intéressantes avec les gens qui sont légèrement au-dessus de la masse poudlarienne. Que j'ai hâte de finir cette foutue année !

N'empêche, depuis que cette petite gue-guerre avec Rurus a commencé, c'est vrai que j'en impose deux fois plus. Visiblement les gens ont fini par me prendre au sérieux. Pas trop tôt, en même temps, ça fait bien neuf mois que ces glandus m'ont nommés déléguée des élèves, et vraiment, quelle corvée !

Je me lève donc royalement, abandonnant mon petit déjeuner pour aller en cours. Ça aussi, c'est une vraie plaie. J'ai bien essayé de faire passer une loi selon laquelle la déléguée serait dispensée de cours, mais Dumbledore a refusé. Une histoire d'ASPIC, encore une fois. Vraiment, ils commencent à nous faire chier ceux-là. Ma Cour se lève immédiatement et me suit dans les couloirs. Une babille à côté de moi tandis qu'un est en train de me faire le débriefing de ma journée. Je n'écoute ni l'un ni l'autre et me fige quand je vois ce qu'il y a marqué sur un mur.

Judith de La Garde est une trainée qui se cure le nez en cachette.

Je reste interdite un moment. Je crois qu'un peu de méditation s'impose.

C'est phrase est ridicule, et cela ne peut être que l'œuvre d'un premier année, il n'y a qu'eux qui ont l'humour si peu développé. Ensuite, cela reste tout de même très insultant pour moi. Je fais partie de l'aristocratie française, Merlin, personne ne peut se permettre de savoir que je fais des choses si triviales ! Troisièmement, cela a été écrit au plein milieu du hall, c'est donc manifestement une tentative pour anéantir mon honneur, une provocation qui ne peut rester impunie !

« Ceci est inadmissible. »

Surprise, je sursaute et me tourne vers ma gauche, là d'où a jaillit la voix qui a parfaitement résumé mon avis. Et c'est avec une petite frayeur que je découvre mon propre frère, monsieur Barthélémy de La Garde en personne ! Évidement, juste aujourd'hui. Ce qui me fait penser à un quatrième point ; ceci est du simple sabotage. Sabotage de ma vie, naturellement. Pourquoi mon frère serait là, sinon ?

« Bien sur, tu es là, je soupire. »

Ce n'est qu'après un instant de réflexion durant lequel ses deux grands yeux sombres sont posés sur moi avec beaucoup beaucoup beaucoup de reproches que je reprend la parole.

« Non mais qu'est-ce que tu fous là, d'ailleurs ?

- J'ai été contacté pour animer la journée d'orientation des cinquièmes années.

- Tu n'as pas de boulot.

- … Maintenant que tu le dis, c'est vrai que c'est louche cette histoire. »

Mais quel con. On a pas idée d'être aussi con. Peut-être qu'il a hérité de toute la beauté charismatique des de La Garde, mais moi au moins j'ai un cerveau. Et on s'étonne qu'il ai été envoyé à Poufsouffle, après, mais avec un cerveau aussi petit, Serdaigle l'aurait foutu à la porte et Serpentard l'aurait attaché à un poteau pour lui lancer des serviettes hygiéniques dessus les jours de mauvaise humeur. Y a que Gryffondor qui en aurait bien voulu mais c'est trop une chiffe molle. Donc, hop ! La poubelle de Poudlard !

Ce mec est une erreur génétique, je ne peux décemment pas être sortie du même vagin que lui. Quelle blague.

« Quoiqu'il en soit. Ceci est inadmissible, reprend-t-il en pointant le tag de la main.

- Je sais bien, merci. Où est l'équipe de recherche ? »

Une dizaine d'esclaves, maisons, âges et sexes confondus s'avancent vers moi, l'air un chouilla plus débrouillard que le reste de mes troupes.

« Effacez-moi ça, trouvez qui en est l'auteur et attachez-le à un arbre dans la forêt interdite, je viendrai assister à l'interrogatoire quand j'aurais le temps. »

Le plus grand hoche la tête et ils se divisent tous dans les quatre coins de Poudlard, sauf un qui se met à effacer lentement la phrase. Mon frère pousse un sifflement admirateur.

« Je vois que tu as enfin réalisé ton rêve, sœurette.

- Malheureusement, je dois encore partager l'héritage avec toi.

- T'es pas très sympa, dis donc. Dire que tu m'as pas écrit depuis septembre. T'es vraiment nase comme sœur.

- Si, je t'ai écrit.

- Une phrase, pour pouvoir espionner un mec.

- D'ailleurs tes infos étaient nulles, je voulais savoir ce qu'il aimait, pas son lignage.

- J'ai trouvé ça plus intéressant. Tu m'expliques ce qui se passe, alors ? »

Il désigne le mur à moitié effacé d'un mouvement de tête tandis que je soupire. Après avoir envoyé un messager pour expliquer que j'étais malade à mon prof et congédié ma suite, je vais dans mes appartements, suivie de mon frère. Ce n'est qu'une fois devant une tasse de thé que je lui déballe toute l'histoire avec le plus détails possible.

« Un con essaye de choper mon plan cul et il a décidé de me faire des coups bas, sous prétexte que j'étais une connasse. Rien de très palpitant en somme. »

Il grimace, cette petite nature. Je suis sûre que je l'ai choqué avec mon vocable de grande dame.

« C'est pas avec un plan cul que tu te trouveras un fiancé. »

Ah, c'est donc ça qui l'a dérangé.. Forcément. Si je me trouve un fiancé, il empoche tout l'héritage. Cours toujours, connard !

« Laisse tomber, je grogne. Je serais plus riche que toi.

- C'est pour ça que je t'ai envoyé la liste de notables avec une bonne fortune. Tu lis mon courrier des fois ? »

Non, je le brûle dès qu'il arrive. Pas que ça à foutre, de lire tes états d'âmes !

« Oui, mais j'ai la mémoire courte. »

Il lève les yeux au ciel. Je suis sûre qu'il n'a même pas capté le mensonge. Pourtant il devrait être habitué, ça fait quand même dix-sept ans qu'il subit mon entrainement à bobards ! Mais s'il y a bien une personne avec qui ça marchera toujours, c'est lui.

« Et comment tu vas faire pour te venger ? »

Ah, il change de discussion ! Merci, parler mec avec mon frère, ça me donne de l'urticaire.

« Je sais pas encore. Je ne me suis pas décidée.

- Shirley n'a-t-elle pas une petite potion en stock pour le faire vomir ses tripes devant toute l'école ?

- Shirley est une salope et la blague a déjà été faite il y a trois ans. Sur toi d'ailleurs. Haha, le bon vieux temps ! »

Il me sourit avec condescendance et repose la tasse de thé sur la table. Puis, il se lève et me tapote la tête avec fraternité.

« Je te fais confiance pour sauver notre honneur. Tu es la plus vicieuse d'entre nous, tu sais bien frapper là où ça fait mal. Mais que ce soit clair, Judith. Pas de morts. »

Je grommelle de mauvaise dans ma barbe inexistante puis je reste pensive une fois qu'il a débarrassé le plancher. Il a beau être con, des fois il dit des choses très vraies. Genre, que je suis vicieuse et que je frappe là où ça fait mal. Ça peut sembler cucul mais c'est quand même plutôt vraisemblable. Je me souris à moi-même dans la glace en face de moi. J'ai le plan parfait. Et pas besoin d'une unité de recherche pour ça.


« Alors, vous avez compris ? Je veux que ça peps, que les couleurs éclaboussent de partout et que ses vêtements se métamorphosent dès qu'il entre, c'est compris ?

- Chef, oui chef ! »

Aaaah... Y pas à dire, Poudlard c'est le paradis des crétins.


La pièce est plongée dans le noir. On pourrait se dire que c'est pour un effet dramatique, mais le noir total pour un effet dramatique, ça n'a jamais vraiment marché. Pour que l'obscurité ai un véritable impact, il faut rajouter une petite lumière sur le côté, genre une lumière bien blanche, bien glauque, qui éclaire que le profil de la personne qui veut se faire passer pour dramatique. Dans le noir, tout seul, ça ne marche pas. Non, non, il faut garder un minium de lumière, si on veut un effet dramatique puisque, en réfléchissant à deux fois, quand on reste dans le noir, ben on nous voit même pas alors il n'y a aucun effet du tout. Ben oui. Limite, l'effet de surprise quand on allume la lumière. Mais encore, c'est limite puisqu'on peut tout aussi bien passer à côté de vous sans s'en rendre compte. Enfin bref. Tout ça pour dire que, voilà. Un effet, c'est plutôt dur à préparer. Mais on s'en fout, puisque de toute façon, ce n'est pas moi qui suis l'effet aujourd'hui. Ce qui est bien nase. J'aime être l'effet, je suis douée pour ça. Mais je me perds en divagation...

Je sors ma flasque de whisky et avale la dernière gorgée.

Peut-être que je suis bourrée, peut-être pas, je ne sais plus exactement. Mais ce n'est pas de ma faute, c'est pour me donner du courage. J'ai beau être un serpent, ce n'est pas tous les jours qu'on fait des coups bas comme ça. Et je ne suis pas connue pour être la nana la plus courageuse du monde, qu'on se le dise ! Quoiqu'il en soit. Le noir n'est pas pour un effet dramatique, l'alcool n'est pas juste pour me bourrer la gueule. Je suis une fille intelligente et responsable. Na !

Mes pensées auraient encore très bien pu vagabonder des heures durant mais des cris et des rires m'arrachent à ma sur-développée boîte crânienne. Ah, enfin...

La porte s'ouvre et le brouhaha se fait plus interrogateur.

« Merde, allume la lumière.

- J'y arrive pas. Pourquoi j'y arrive pas ?

- T'es vraiment un incapable.

- Toi, la rouquine, je t'emmerde. »

Encore des rires, et des ricanements méchants tandis que d'un coup, la musique se met en marche. Pas n'importe quelle musique, ça non. You're my best friend de Queen. Pas que j'ai laissé des choses au hasard, voyons.

« Qu'est-ce qui se passe ?

- C'est quoi ce délire ?

- … Un piège. »

Enfin la voix qu'il fallait pour qu'il fallait pour que les lumières s'allument toutes en même temps. Des lumières roses, rouges, oranges, jaunes, vertes, turquoises, bleues et violettes. Un spot par couleur. Juste pour montrer à quelle point je suis pointilleuse. Elles sont toutes pointées vers Sirius qui a le regard fixée sur moi-même, assise sur le canapé au bout de la salle qui est de la même couleur que les spots, de la couleur du drapeau arc-en-ciel. J'étouffe un un fou rire en prenant une bouffée de la cigarette qui est dans ma main en avisant la robe de sorcier de Sirius qui a elle aussi changé de couleur, ce que les autres ont capté. Mais pas lui, trop occupé à me lancer des regards noirs. Hahaha, comme j'me bidonne intérieurement !

Mais là commence la partie la plus drôle.

Tandis que les adeptes de Sirius sont en train de, soit faire un tour sur eux-même pour embrasser la salle du regard, salle que j'ai, par le biais de mes esclaves, rendus des mêmes couleurs que le drapeau gay, soit de mater la robe de Sirius avec des airs interdits, soit qui commencent déjà à se marrer comme des loutres en comprenant où je veux en venir -bon, cette catégorie n'accueille malheureusement que Evans parce que c'est la seule pourvue d'un cerveau- la victime de ma blague s'avance avec de grandes enjambées vers moi. Du coup, pour faire bonne mesure, je me lève et tout le monde fini par me capter.

J'adresse un sourire gentil à Sirius tandis qu'il se plante devant moi, plus énervé que jamais. Et franchement, la tête qu'il tire ne va pas du tout avec sa nouvelle robe.

Hahahaha !

« Oui, je sais, je babille, histoire qu'il ne prenne pas la parole avant moi. Je suis une salope parce que c'était sensé être notre petit secret. Mais tu sais quoi ? Je garde les secrets de mes amis, pas des petits cons dans ton genre. Mais avoue quand même que c'est un geste sympa de ma part. Si tu veux de nouveaux compagnons de jeu, il est temps que tu leur expose un peu ta vraie personnalité. »

J'adresse un « coucou » sympathique aux autres qui, médusés, ne savent pas vraiment où regarder et commencent petit à petit à comprendre. Sauf Evans qui se bidonne toujours, je note. Et Shirley qui a pris le partie de se frapper la tête contre un mur et est donc restée bloquée dans cette position.

….

C'est plutôt bizarre d'ailleurs. Les lions lui ont retourné le cerveau !

Sirius m'attrape par le poignet, surement pour que j'arrête de me sociabiliser avec ses nouveaux copains. De toute façon, je m'en fous d'eux, tous les beaux mecs de sa bande couchent avec moi.

« C'est quoi, ces conneries, Garde ?

- C'est pour t'inciter à y réfléchir à deux fois avant d'écrire des trucs à mon propos sur les murs de Poudlard et d'inviter mon frère pour qu'il participe à la fête. Et puis aussi pour voir si ton cercle de fanatique est si soudé que tu te plaît à le croire.

- Tu dépasses les bornes..

- Y a aucune borne, mon chéri. Les limites, c'est moi qui les fixent.

- Sirius, intervient la voix hésitante de Pettigrow en s'approchant. Tu.. Tu es..

- Oh, je m'écrie en me détachant de l'étreinte de Sirius pour faire un saut sur le côté, afin de ne plus être à sa portée. Le mollusque tétraplégique de Gryffi à compris ! Le champagne est pour moi ! »

Je ne reçois que des regards méprisants de la part de la garde rapprochée de Rurus. Les autres sont trop sonnés pour nous prêter la moindre attention. Je comprends. Le premier gay déclaré de l'Histoire de Poudlard, ça fait un choc, pour des petites natures comme eux. Y a pas à dire, les mœurs ont toujours pas évolué ! Voilà. Que des imbéciles, à Poudlard.

Et Evans qui continue à se marrer en baragouinant quelques choses à propos des blagues faites qui s'avéraient vraies... La pauvre, sortir avec Potter lui a vraiment atrophié le cerveau..

« Quoi, je râle. Vous êtes pas contents d'avoir du champagne ? Dire que je vous avais organisé une petite soirée rien que pour vous, histoire de fêter la sexualité enfin assumée de Sirius. Vous êtes vraiment qu'une bande de rabat joie. »

Sur ces paroles divines, je marche solennellement vers la porte d'entrée, évite deux trois personnes qui se trouvaient par hasard sur ma route titubante et et sors sans autre forme de procès, Queen raisonnant toujours dans la salle du troisième étage où les fêtes des Maraudeurs sont toujours organisées.

Avant que j'ai pu faire un autre pas dans le couloir, on m'empoigne violemment le poignet et je me retourne pour faire bonne figure devant mon agresseur. Sirius. Naturellement. Il est vraiment tenace, ce peigne cul.

« Tu l'emporteras pas au paradis, me crache-t-il à la gueule avec son visage tout rouge et sa robe toute arc-en-ciel. Tu me le paieras Garde, cher.

- C'est ça, je ricane tandis que quelques membres de ma garde rapprochée s'avancent, menaçants. En attendant, va expliquer à tes copains pourquoi tu leur a caché tes penchants sexuels. Je crois que t'es quand même plus dans la merde que moi. »

Il grogne mais ne me répond pas. J'en profite pour me défaire de son étreinte et fait un majestueux demi-tour, digne de Severus Rogue lui-même, avec la robe qui vole et tout et tout, et m'en vais d'une démarche conquérante, en me retenant de ne pas dégobiller à chaque pas. Putain, le whisky, c'est le mal..

Juin 1978

Sirius Orion Black

« A COUVERT, je gueule avec élégance. »

Aussitôt dit, j'exécute mon propre ordre en espérant que le reste de mes camardes vont suivre mon sage conseil. Je plonge donc sous la table des Gryffondor et voit mon entourage proche faire de même. Une pluie de purée fond sur nous mais j'ai la présence d'esprit de choper une assiette et de la placer devant moi pour me protéger. Bon, certes, mes camarades, eux, se prennent quelques gouttelettes de purée sur la tronche mais bon, chacun sa gueule. Je me relève prudemment, et vois James, droit comme un i, recouvert au sens littérale de purée.

Rah mais qui m'a foutu un abruti pareil ?

Tranquillement, il prend ses lunettes, les essuient dans son tee-shirt (ce qui a pour effet de rajouter encore plus de purée sur ses verres, mais bon ! Ne chipotons pas !) et empoigne à deux mains la chaise la plus proche.

« JE VAIS TE CASSER LA GUEULE, beugle-t-il avant de partir en courant comme un dératé, chaise en l'air. »

C'est ça que j'aime chez James. Son sens de la non-demi-mesure. Il se prend de la purée, il réplique avec un chaise. Normal. Je le regarde tendrement se jeter sur Rogue et commencer à lui balancer des coups de chaise à la gueule avant de revenir à la réalité.

Bon, où en sont nos troupes ?

J'avise Evans qui en ni plus ni moins en train de scalper à mains nues une Serdaigle à l'autre bout de la salle et continue mon tour de la pièce avant de tomber sur Shirley qui arrive vers moi en courant, évitant souplement les ennemis, décochant ci et là des croches-pieds. Quand elle arrive enfin à ma hauteur, elle reprend deux secondes son souffle avant de poser un air docte sur son visage.

« Il faut tenter une percée vers la table des Serpentard, c'est là qu'elle se cache, m'annonce-t-elle. Elle s'est entourée d'une muraille de muscle mais je pense qu'on peut facilement avoir Avery, c'est une vraie lavette.

- Ok. Prend des troupes avec toi, essaye de ralentir l'avancée de ceux près de la table des profs. Je m'occupe d'elle. »

Elle hoche la tête, fait demi-tour et se ravise.

« Comment on en est arrivé là ? »

Je hausse les épaules vaguement. Moi non plus je n'ai pas vraiment compris. Je transmettais mes vœux de bonne journée à Charles Parkinson, ai maté ses jolies fesses sortir de la Grande Salle et elle a pété une durite. Depuis, c'est l'anarchie totale et chacun a décidé de régler ses comptes avec le clan adverse.

«Elle a perdu ses neurones, je fais. »

Shirley hoche la tête et s'en va réunir des soldats tandis que je fais un grand moulinet de bras pour inciter mes plus proches compagnons à se joindre à moi. Bon. Le plus dur, ça va sans doute être de traverser la salle.

« On fait quoi ? Me demande Peter en haletant. »

Je me tourne vers Remus. C'est le meilleur commandant que j'ai sous la main, comme Lily a décidé de faire payer à la Serdaigle la meilleure note qu'elle a eu en potion. Mon ami analyse vite fait la situation, comprenant mon but puisqu'il a entendu ma conversation avec Shirley. Puis, il hoche la tête.

« On passe par les tables. »

Il s'avance devant moi et avec un cri de guerre, commence à monter en courant de tables en tables. Nous le suivons et c'est la débandade. Nos ennemis nous lancent de la bouffe et des coups de poings que nous leur rendons bien. Nous avons un avantage, nous sommes sur les tables, du coup, c'est plus facile pour nous de leur balancer des coups de pied dans la face. Mais ils comprennent vite notre stratégie et commencent à grimper sur les tables à leur tour. Nos troupes se divisent alors et ça devient une véritable guerre de duels. Je profite de l'occasion pour me glisser jusqu'à la table des Serpentard, passant sous les tables cette fois. Un mec m'empoigne la cheville et me fait tomber, le menton en avant. J'ai juste à lui balancer un coup de pied dans les parties pour qu'il me lâche et continue ma glorieuse avancée. J'arrive enfin devant sa garde rapprochée qui est pas mal occupée à rejeter les tentatives vaines de percée des miens et j'en profite pour choper une chaise et m'avancer vers Avery. Je la lui écrase sur la tête et il s'effondre lamentablement sur le sol et là, je la vois.

Jude ne se fait quand même pas chier. Non contente d'avoir démarré ce boxon général, elle se permet en plus d'être en arrière et de lancer de temps en temps des ordres à ses sous-fifres pour faire avancer sa stratégie. Elle m'aperçois et je la vois qui perd un peu de ses couleurs.

Hahaha, la connasse a peur de moi !

Elle me pointe du doigt, frémissante de rage.

« TUEZ-LE, aboie-t-elle et immédiatement deux gorilles se jettent sur moi. »

Mais comme ses soldats sont cons, j'ai qu'à faire un pas en avant pour qu'ils se percutent joyeusement. Puis, je choppe leurs crânes et les frappent l'un avec l'autre. Enfin je me retourne vers elle, avec un sourire de requin. Ses abrutis de gardes n'ont toujours pas compris que je m'étais infiltré dans leur cercle protecteur. En même temps, avec le capharnaüm présent...

« Alors, on fait moins la maligne, je crie pour couvrir le bruit de la guerre. »

Je la vois pâlir un peu plus puis ses yeux se réduisent à deux feintes. D'un air décidé, elle se jette sur moi et commence à me griffer au visage. Ah, la pute, elle fait maaal !

Je lui attrape les cheveux et les tire en arrières pour qu'elle me lâche, ce qui a pour effet de nous faire tous les deux tomber par terre en criant. Elle m'envoie une coup de pied que j'évite et je me met à califourchon sur elle pour lui foutre une gifle.

« T'es un connard, il est à MOI, elle beugle en continuant à me griffer. »

AH ! Elle m'a mordu le bras !

Je retire ma main et elle en profite pour tenter de se remettre debout mais je lui attrape la cheville et elle tombe une deuxième fois. Elle se met à ramper pour m'éviter.

« Il est pas à toi, je réplique en criant. T'es vraiment qu'une égoïste ! »

Elle me lance un coup de pied en arrière qui arrive sur mon visage et je grogne de douleur. Je lui prend la cheville et m'apprête à la tirer vers moi quand un cri inhumain m'ôte toute possibilité de geste.

« ON PEUT SAVOIR OU VOUS VOUS CROYEZ ?! QUI A COMMENCE CA ? JE VEUX DES NOMS ! »

Un grand silence envahit la Grande Salle immédiatement. Tout le monde se fige dans les postures extravagantes où ils étaient, sauf le cercle de protection de mon ennemie qui se défait rapidement en nous pointant du doigt. Ah bah putain, bravo la solidarité ! En même temps, c'est des Serpentard, faut pas trop leur en demander.

Toujours par terre, la main sur la cheville de Jude qui a cessé de ramper, les fesses en l'air, je lève lentement les yeux pour voir la tête de McGonagall, plus rouge que jamais, le chapeau de travers, les narines frissonnantes.

« Black, Garde, dans mon bureau. Immédiatement. Vous autres, rangez tout de suite la Grande Salle sinon j'enlève deux cent points à toutes les maisons ! »

Merde. Ça va barder.


« Et votre dignité ? Vous en faites quoi ? C'est ça, le but de votre vie ? Devenir des babouins ? »

Je soupire intérieurement. Ça fait bien une heure qu'on est dans le bureau de McGonagall et, honnêtement, ça commence à devenir légèrement redondant. Quoique, au début, pas vraiment. McGo a demandé qui était le responsable et donc, en deux poudlariens qui se respectent, nous nous sommes aussitôt accusé l'un l'autre avec Jude. La prof a bien essayé de démêler le vrai du faux mais finalement, elle s'est rendue compte qu'on était trop de mauvaise foi pour ça. Depuis, elle nous compare à différentes sortes d'animaux histoire que l'on comprenne bien à quel point ce qu'on a fait est ridicule.

Mais ça, une fois que la porte du bureau a été refermée sur nous, on l'a bien compris et on a pas essayé de la jouer finauds. Il faut dire qu'avec la gueule qu'on se tape, je suis pas sur qu'on fasse très crédibles si on fait semblant de rien. Jude a la moitié de sa robe fendue, une marque de gifle sur la joue gauche et le menton en sang. Moi j'ai écopée de quelques griffures sur le visage, une belle morsure dans le bras droit qui passe lentement au violet, le menton tout rouge, le bas de la robe roussie et des miettes de petits pois un peu partout. Et après qu'elle vienne pas dire qu'elle a une place importante dans la bataille !

Toujours est-il que, tandis que McGo nous fait la morale en nous lançant des regards à faire avoir une crise cardiaque à Vous-Savez-Qui, nous nous lançons à la dérobé des regards noirs avec Jude. C'est de bonne guerre, on ne saura jamais qui est le plus fort d'entre nous. Et ça fait une heure que les remontrances de McGonagall coulent sur nous. J'ai un peu peur qu'elle nous garde toute la nuit.

« Black, vous n'avez pas l'impression d'avoir passé assez d'heure en colle comme ça, c'est ça ?! »

Rah, elle me tend une perche, là ! Je pourrais très bien dire que c'est parce que la colle, c'est mon moment préféré de la journée mais j'ai peur qu'elle ne le prenne pas comme un compliment. Résigné, je rentre la tête dans mes épaules et regarde par terre avec un petit air soumis tandis que Jude ricane.

« Et vous, Garde ? Vous vous croyez maligne ? Je vous signale que vous êtes déléguée des élèves, et pas juste une vache de passage ! »

Jude, bien qu'elle le cache en plantant ses yeux sur ses chaussures, contracte la mâchoire quand la prof la traite de vache. Allez, prend ça dans les dents !

« A trois semaines des examens. Trois semaines ! Vous ne pouviez décemment pas vous retenir, c'est ça ? Vous aviez ce besoin primaire de vous sauter dessus ? »

C'est un peu tendancieux quand même, ce qu'elle dit.. Jude étouffe un fou rire dans une fausse quinte de toux et je me sens moins seul à avoir relevé le sous-entendu.

« ça vous faire rire, Garde ? Lui demande sèchement la prof. »

Ma condisciple ne répond rien, optant pour le silence épais que nous gardons depuis une heure mais je vois les pieds de McGo faire le tour de son bureau et s'arrêter près de Jude.

« Mais.. Vous avez bu ? »

AH ! Ben voilà qui explique plusieurs choses, dont son pêtage de câble plus tôt et aussi l'utilisation de violence physique dont elle a fait preuve ! Parce que, d'habitude, c'est une cérébrale et jamais elle aurait fait un truc comme ça. Mais si elle est bourré, tout s'explique !

« Ah non, non, bredouille-t-elle en relevant précipitamment la tête et en lançant des regards miséreux un peu partout. J'ai pas bu, je ne vois pas sur quoi vous vous basez pour avancer quelque chose quand ça, c'est une accusation grave quand même. Et puis, vous savez, je suis déléguée donc je sais où sont mes responsabilités !

- Permettez-moi d'en douter quand je vois le carnage qui s'est passé dans la Grande Salle ! Mais où diable aviez-vous la tête ? »

Pas de réponse. On appelle ça la tactique de l'autruche. Tête basse, dos droit, mains sur les genoux, air de martyr. Ça marche à tous les coups.

« On laisse les élèves cinq minutes seuls dans au repas et c'est donc ça qui se passe ? Vous n'êtes qu'une bande de sauvageons ! »

Haha. Des sauvageons. C'est si joliment présenté ! Pas vraiment le mot que j'aurais choisi pour parler de nos actes, mais bon.

Je vois Jude prête un ouvrir la bouche et je lui écrase le pied pour qu'elle se taise. Je suis sûre que cette cruche allait en profiter pour se disculper genre « Ah bah ouais mais vous aviez pas qu'à nous laisser seuls, aussi, c'est votre rôle de nous surveiller ». Je la connais, la vieille, il ne vaut mieux pas jeter de l'arsenic dans le chaudron si on veut sortir d'ici un de ces quatre.

Jude me lance un regard noir et je hausse vaguement des épaules. Un jour elle me remerciera.

« Et puis, qu'est-ce qui a déclenché tout ça ? »

Là, nous nous échangeons clairement un regard étonné avec Jude. Puis, il se fait entendu. Nous avions une porte de sortie ouverte tout ce temps et nous n'avons rien dit !

« C'est à cause de Charles Parkinson, je balance. »

La vieille chouette ouvre deux grands yeux étonnés et nous regarde tour à tour, tandis que Jude hoche vigoureusement de la tête pour m'appuyer. Puis, la prof vire carrément au cramoisie.

« Parce qu'en plus vous osez mettre ça sur le dos d'élèves modèles qui n'étaient même pas là durant vos imbécilités ? N'avez-vous pas honte ?!

- Ah mais c'est vraiment de sa faute, insiste Jude. Parce que c'est à cause de lui qu'on se battait en fait. Donc, indirectement, voilà. Et puis j'aimerai quand même dire que c'est un important rapprochement des maisons, donc je n'ai pas complètement échouer dans mes fonctions. Maintenant on est copains entre toutes les maisons. Bon, il y a deux groupes et du coup, ça engendre quelques tensions mais remarquez que ce n'est plus juste Gryffondor-Serpentard ! »

Elle sourit comme une bienheureuse, cette conne. Donc, elle est bien bourrée. En un sens, c'est rassurant parce que si elle balançait des conneries pareilles en temps normal, il y aurait de quoi s'inquiéter.

Pour faire bonne mesure et montrer que je ne suis pas d'accord avec elle, je soupire ostensiblement et me frappe le front avec ma main.

« SORTEZ, crie ma directrice de maison. SORTEZ ET VOUS ME COPIEREZ LE DICTIONNAIRE DE RUNES DANS SON INTEGRALITE POUR DEMAIN ! »

Sans demander notre reste, nous nous précipitons hors de la salle, et même une fois la porte claquée, nous courons pendant trois couloirs pour être surs qu'elle ne nous suivent pas. Une fois seul, nous nous adossons à un mur en reprenant notre souffle, parce que mine de rien, nous avons couru plutôt vite. Puis, nous nous regardons.

Et là, c'est plus fort que nous, nous explosons de rire. Un rire libérateur qu'on retient depuis que McGonagall a commencé à nous comparer à toutes les races de singes qui existent. Nous rions tellement que nous nous retrouvons par terre à nous bidonner. C'est peut-être con mais ça fait du bien.

Quand nos rires se calment un peu, nous nous regardons pour la première fois depuis que je lui ai foutu une gifle. Nous continuons à nous sourire, sans arrière pensée cette fois.

« T'as une sale gueule, me sort-elle.

- Et toi tu pisses le sang. »

Elle touche son menton et fini par glousser.

« Tu as vraiment picolé ?

- Oui, c'est une super excuse pour faire n'importe quoi ! »

Nous rions encore un peu et nous observons, sans pouvoir nous départir de nos sourires idiots.

« Pourquoi y a que nous qui sommes punis ? Rigole-t-elle. Parce que je l'ai vu, la Evans, elle en voulait vraiment, j'ai bien cru qu'elle allait tuer cette pauvre fille.

- Rosier était déchainé, j'enchaîne. Il sautait sur tout ce qui bougeait !

- Oui, c'était mon joker. Il est tellement petit qu'il se faufile n'importe où mais comme il est gros, il fait mal. »

Nous pouffons, trop fatigués pour rigoler vraiment puis je me lève douloureusement et l'aide à faire de même. Je commence à avoir mal un peu partout où j'ai été blessé. Il faut dire, avec l'adrénaline et tout ça, je n'avais pas vraiment fait gaffe. Je grimace en me rendant compte que je boite. Je la vois avancer comme une fleur devant moi, nos mains toujours jointes.

« Dis donc, t'as vraiment pas bougé ton cul dans tout ça. »

Elle secoue la tête en souriant.

« Mon but, c'était que vous soyez tous mort pour que j'accours en pleure près de Charles, que je lui dise qu'on était les deux derniers survivants et là, il aurait été obligé de coucher avec moi, m'avoue-t-elle en soupirant. Mais bon, j'imagine que je dois faire une croix dessus. Ça doit être ça, grandir... »

En même temps, si être jeune, c'est vouloir buter tout le monde.. On est pas dans la merde, tiens. Elle me jette un regard de coin.

« Allez, viens, on va à l'infirmerie.

- Pas la peine, je fais. On a le dico a recopier.

- Ah, merde, grince-t-elle. Et comment on va faire ça en une soirée ? J'aurais jamais mes ASPICs, avec ces punitions à la con, et je suis même pas en rune. »

Je rigole dans ma barbe puis, soudain, une question existentielle me traverse.

« Hé, mais ton plan il est bien beau, mais imagine que Charles soit un mauvais coup ? T'aurais tuer tous les mecs canons pour rien. »

Elle s'arrête et me dévisage, horrifiée.

« Merde, j'avais pas pensé à ça ! Ça aurait été horrible ! »

Elle est secouée d'un frisson tandis que je rigole encore une fois. Décidément, y a pas à dire, une petite baston de temps en temps, y a que ça de vrai.


Je suis contente d'avoir pu poster aussi vite, mais le prochain va mettre plus de temps à venir (examen oblige..). N'hésitez pas à me dire si vous avez aimé ce chapitre !

Bien à vous,

Judee.