ACTE VI

Cohabitation avinée

Juillet 1978

Judith Isidore de La Garde

J'aimerai que tous prennent enfin conscience des trésors d'ingéniosité que j'ai développé pour mettre en place cette décoration. Quoi ? Sont-ils donc assez stupides pour croire que tout ça est venu dans la Grande Salle par volonté divine ? J'irais bien engueuler deux trois personnes mais, comme depuis la grande bataille finale, McGonagall est constamment sur mon dos. C'est bien simple, je ne peux pas faire deux pas sans que ses deux grands yeux de hiboux vicieux ne se plantent sur moi. Même aller aux toilettes devient une véritable aventure !

Heureusement, on ne m'a pas confisqué mon appartement. Enfin, on.. Dumbledore. Parce que si ça ne tenait qu'à elle, la vieille bique m'aurait enfermée dans un cachot jusqu'à ce que mon père vienne réclamer mon corps ! Mais non. Dumby a lu le rapport que McGo lui a filé sur notre interrogatoire à Sirius et moi et a trouvé intéressant mon explication sur la nouvelle entente entre maison. Je ne vais pas me plaindre, mais tout de même. Il a cru une de mes plus grosse connerie ! Et il est directeur !

Tout ça pour dire que dès que la vieille peau aura le dos tourné, j'irai flanquer une raclée à mon comité de décoration qui ramasse à la pelle les compliments sur le décor que j'ai imaginé et que j'ai mis en place. Mais visiblement, ces greluches pensent que le mérite leur revient parce que « Oh, vous savez, ce n'est qu'une idée que j'avais lancé en l'air pendant une réunion ». Petite conne de Félicie Logan, j'espère que tu tomberas de tes talons de douze centimètres que tu ne sais même pas porter, tiens !

Oui, parce que non-contente de m'avoir demandé de faire le larbin pour organiser son stupide bal de fin d'année, elle en a en plus parlé à toute l'école pour que je ne refuse pas ça demande ! Sirius m'a dit que ça s'appelait de la politique mais moi je comprend surtout que c'est de la manipulation pure et simple !

Quand on parle du loup..

Sirius arrive dans la salle et me décoche un sourire trente-six dents avant de se diriger vers moi tandis que McGonagall se renfrogne. Il me tend une main avenante.

« Mademoiselle, feriez vous l'honneur à moi ? Me balance-t-il comme un con dans un français approximatif. »

Rien que pour embêter la chouette, je glousse et glisse ma main dans la sienne.

« La prochaine fois, essaye de potasser le Bescherelle avant de vouloir tenter une approche, je rétorque en français. »

Il cligne des yeux tandis que je lui sourit en retour.

« Je disais que ce serait avec beaucoup de plaisir, j'élude.

- Je suis sur que c'est faux, que tu as été méchante.

- N'importe quoi, comme si je faisais des trucs comme ça, moi. Tu me connais mal, en fait. »

Il me lance un regard contrit tandis que je badine dans mon coin. Je vois Shirley qui s'avance, au bras d'un élégant Serpentard de septième année que je ne connais pas parce qu'il fait partie de sa clique d'intellectuel donc, pour faire court, il n'y a pas grand intérêt à le fréquenter. Surtout que c'est pas un canon de beauté. Il est mignon, oui, avec ses joues rondes et ses cheveux blonds mais mignons « allons courir dans un champs en se tenant par la main ». Pas mignon « on s'envoie en l'air dans un couloir insalubre ». Donc pas vraiment mon genre.

« C'est une vraie réussite, me souffle Shirley en déposant un bise sur ma joue. Je ne pensais pas que tu t'en sortirais toute seule.

- Je suis une femme pleine de ressources, je rigole. Parfois je m'étonne moi-même !

- Deux lampions et t'es impressionnée par toi-même, raille Sirius tandis qu'il récolte une tape sur le haut du crâne. Je rigole ! Tu as bien géré ça.

- Oui, c'est très joli, fait le Serpentard du bout des lèvres, pas vraiment à l'aise d'être ici. »

En même temps je comprend, avec McGo qui nous fixe comme si on allait se mettre à se balancer des meubles à la gueule.. Mais ça on l'a déjà fait, alors on va pas le recommencer, le but c'est quand même d'être créatif !

« Oui, je sais, je répond tout de même à l'illustre inconnu qui accompagne mon amie. »

Celle-ci étouffe un rire dans sa main et serre la mienne avant de partir, les yeux brillants. Puis le directeur s'approche de nous avec un sourire paternel. Il fait peur. Je suis sûre qu'il était un tyran dans une autre vie, c'est connu, le despote, c'est le père de famille en grec, y a qu'a regarder Staline, le Petit Père du Peuple. Dumbledore, c'est la même. Sauf qu'il est despote d'une école. Pas de quoi crier au loup, on dirait mais, au contraire ! Il peut former nos pauvres petits cerveaux endormis !

« Bien, bien, bien, fait-il en nous matant, Sirius et moi. Il est donc l'heure d'ouvrir le bal. Miss de La Garde, monsieur Black, nous feriez-vous l'honneur ? »

Comme si on avait le choix.

Avec un soupir de circonstance, j'empoigne la main tendue de Sirius qui me guide jusqu'au milieu de la piste de danse. Il passe son bras sur mes hanches tandis que j'attrape sa nuque et nous commençons à danser sous le regard des autres. Hum, quelques-uns nous lancent quand même des regards de travers, je crois bien que la guerre Black vs Garde leur manque. Je comprend, c'était une belle guerre, mais il faut qu'ils passent à autre chose. Maintenant c'est fini, sinon je n'aurais pas accepter d'accompagner Sirius au bal que j'ai organisé ! Parce qu'on a fini par parler, quand même, avec Sirius. Et c'est vrai qu'après pas mal de cris, on s'est rendu compte que c'était un peu ridicule de s'embrouiller pour un mec qui ne semble s'intéresser à aucun d'entre nous. Et on vaut mieux que ça, alors on a décidé d'aller au bal ensemble, entre amis, histoire de lui faire un pied de nez et qu'il comprenne qu'on s'en fout de lui, maintenant, et qu'il peut aller semer la zizanie avec son corps parfait entre d'autres amis mais pas nous. Mange ça, Charles Parkinson ! Tu n'es pas irrésistible, petit con ! Et l'amitié est plus forte !

« Tu danses bien pour une française, me complimente mon compagnon.

- Et toi, pour un roturier, je suis impressionnée !

- Tu le serais un peu moins si tu ne t'étais pas enfilée une flasque de vodka. »

Huuum... Comment fait-il pour me cramer si rapidement ? Je suis sûre qu'il a des espions dans mes esclaves. Oui, j'ai gardé mes esclaves. C'est tout de même super pratique.

« Je n'ai pas..

- C'est à ton haleine que je l'ai senti, me fait-il, coupant court à mes jérémiades. Il faut que tu arrêtes de picoler à tout bout de champs, Jude.

- J'suis majeure et vaccinée, je fais ce que je veux.

- C'qui faut pas entendre, j'vous jure.. »

Il me fait encore tourner un moment avant que d'autres couples affluent sur la piste, nous rejoignant dans notre danse en tout bien tout honneur. Puis, Charles fait son apparition dans mon champ de vision, avec à son bras une nana de Serpentard, qui a deux ans de moins que nous, une vraie connasse manipulatrice, tant et si bien que j'ai faillis la choisir comme remplaçante à la tête de Serpy quand j'ai été élue déléguée. Mais finalement, je suis restée la seule reine de verts et argents. Personne ne m'arrive à la cheville. Quoiqu'il en soit, Charles entre avec elle. Savanna Slutre.

Il ne faut pas être Einstein pour tout relier ensemble. Savanna est une sang pure très prisée car les Slutre ont toujours su se garder d'une trop grande consanguinité sans jamais avoir de liens avec les impurs, je n'ai aucune idée de comment ils ont fait mais quoiqu'il en soit, Savanna à le sang le plus purs dont on puisse rêver et en plus, elle n'est pas atteinte par différentes maladies génétiques qui pourraient hypothétiquement transformer sa tripotée de gosse en trisomiques. Aussi, c'est sans surprise qu'elle est arrivée en début d'année avec une bague à son doigt. Fiancée à quinze ans, c'est un truc qui se fait beaucoup chez les sorciers anglais puristes. Bref. Si elle est au bras de Charles, c'est pour une seule raison ; ils sont fiancés. Sinon ils n'auraient en aucun cas le droit de se pavaner ensemble avec des sourires satisfaits aux lèvres.

Je lance un regard à Sirius qui hoche la tête, signe qu'il est arrivé à la même conclusion que moi. Il s'est foutu de notre gueule, ni plus ni moins !

« Quel sale con, se permet même mon assistant. »

Naturellement, je hoche la tête puis un sourire vient illuminer mon visage. Un sourire immense qui fait légèrement frissonner mon cavalier.

« Dis, Siri, ça te dit une dernière blague ? »

« Bon, vous avez fini vos conneries ? »

Potter me lance un regard condescendant et renifle de façon snobinarde. Lupin a juste balayé ma remarque d'un revers de main, ne lâchant pas sa mixture de l'œil tandis que Pettigrow.. Tiens, il est où, le dernier larron de cette charmante assemblée ?

« Et il est où le moche ? J'enchaîne, même s'ils n'ont pas répondu à ma question.

- Jude, soupire Sirius en secouant la tête, je t'ai dis quoi à propos des surnoms ?

- Je sais, je minaude, mais comme il est pas là, j'ai le droit, non ?

- Sirius, grogne Potter en me lançant un nouveau regard sombre, tu contrôles ta copine ou elle sort. »

Ouuuh, dis donc je sens un peu de rancœur dans sa phrase ! Je suis sûre que c'est parce qu'il a enfin compris que je suis la meilleure amie de Sirius et pas lui. Je comprend. Ça doit lui faire un choc à l'ego, mais en même temps, c'est pas de ma faute, je suis quand même dix fois plus drôle. Je croise donc les bras sur ma poitrine et offre un sourire sardonique à Potter-le-détrôné et il me renvoie un regard franchement pas content. Haha, petit con, va ! Sirius lève les yeux au ciel avant de se plonger dans le chaudron de Lupin pour voir où il en est. C'est pas que ça commence à me gonfler cette histoire mais ça fait bien une heure qu'on y est, quand même..

Sur ces entrefaits, Lily Evans entre comme une furie dans notre local à balais, l'air plutôt remontée et assez bourrée.

« James, geint-elle, tu as fini ? Parce que j'en ai ras-le-bol de devoir vous couvrir et j'aimerai bien aller fumer un joint mais c'est toi qui a la beuh. »

Lily Evans dans toute sa splendeur ! Je comprendrais jamais pourquoi cette fille est devenue préfète. Vraiment, il boit quoi au petit-déjeuner, Dumby ? De l'absinthe ?

« J'arrive mon amour, minaude l'autre imbécile. On a fini dans deux minutes.

- Ouais ben dépêche-toi avant que je me tape le Serdaigle qui me fait du gringue depuis le début de la soirée. »

Monsieur pâlit puis rougit, lance un regard au chaudron et recommence à changer de couleur. Hahaha, dur choix ! Une blague ou sa copine ? Coupant court à sa torture intérieur, Pettigrow déboule dans la pièce en bousculant Evans qui fini par s'étaler par terre comme une merde. Ils ont vraiment aucune dignité ces Griffys !

« J'ai trouvé, babille-t-il en brandissant fièrement un pavé d'au moins trente mille pages.

- Ah, je m'exclame ! Une minute de silence, il a découvert son cerveau !

- Garde, la ferme, me fait Lupin en se détournant enfin de son précieux. Alors ?

- C'est facile, fait le gros en me lançant un regard hésitant. Sortilège de persuasion. Moins fort que Imperium mais assez suggestif pour leur faire prendre un verre de ponch.

- Parfait, tranche Sirius tandis que j'allais ouvrir mon clapet. Alors on y va. Et pas de vague, ni de ricanement annonciateur. »

Il me lance un regard entendu. Mais qu'on se comprenne bien, il est hors de question que je me prive de mes petits plaisirs de la vie ! Je ne fais pas remarqué qu'un simple Impero nous aurait facilité la vie, je pense que ma remarque n'aurait pas été bien prise. Mais ça aurait été beaucoup plus simple. Mais bon. Trop Serpentard pour eux, j'imagine. Quelle bande de petites natures..

« La potion est prête, fait Lupin en souriant et en coupant le feu. »

Je ricane un peu, quand même. Que la vraie soirée commence !

Tout ça a marché bien au-delà de mes espérances ! C'est tout simplement magique ! Un peu plus, j'en aurais les larmes aux yeux.. J'ai beau critiquer les analphabètes d'amis de Sirius, Lupin fait des merveilles avec ses potions et l'esprit retord de Potter n'a pas son pareil pour appliquer à la réalité une lubie a priori impossible à réaliser. Bon, et Pettigrow sait lire des livres, je le lui accorde. Je dois dire que je suis tout de même bien triste de les savoir si bêtes parce que je pense qu'on aurait pu faire des farces incroyables ensemble ! Et je ne dis pas ça uniquement parce que je suis à la base de cette magnifique idée de génie, que ce soit clair.

Non parce que, franchement, qu'y a-t-il de plus magnifiquement génial qu'une Minerva McGonagall bourrée comme un trou ? La réponse est ; rien. Absolument rien. Pas même un Sirius Black pendu par les pieds en caleçon dans la Grande Salle à huit heure du matin (brevet déposé). On aurait pu penser que Dumbledore bourré était plus drôle. La réponse est non. Dumbledore bourré est le même que Dumbledore normal. J'en conclue par syllogisme qu'il s'enfile des flasques de scotch en secret. Le pire c'est que je ne m'en étonne même pas. Au fond, on est pareil, deux incompris qui sont obligés de picoler pour oublier la médiocrité de notre entourage..

Cette soirée a du bon, maintenant je fais un câlin à Dumby tandis que derrière, McGo tape du pied avec un air boudeur sur le visage. Ouh la... Je m'éclipse en moins de deux et évite la gueulante qu'elle ne tarde pas à balancer à notre directeur pour l'avoir « trompé ». Je savais qu'ils sortaient ensemble, haha !

« Sirius, Sirius, je babille en sautant sur mon ami qui était en train de rouler une pelle à un mec de Poufsouffle que je ne connais pas (qui connaît le nom des Poufsouffle, sérieux ?). Tu devineras jamais, j'ai fait rompre McGo et Dumby !

- Nooooon !

- Siiiiiiii !

- Faut que je vois ça ! »

Il me prend par la main en rigolant et nous nous mettons à courir vers l'endroit où j'étais avant sauf que.. Ben sauf que la salle a visiblement changé de disposition et on se retrouve on-ne-sait-comment face à Shirley qui fait un strip-tease pour son fan-club d'intello. Elle suspend ses gestes quand elle nous voit. C'est donc un bras sur ses seins, son autre main glissant sur le côté droit de sa culotte qu'elle nous adresse la parole en faisant voler ses cheveux blonds d'un coup d'épaule habile.

« Vous foutez quoi là ? Nous demande-t-elle telle une fleur.

- C'est toi qui est à poil, je grince. Tu devrais donner des explications, pas nous.

- On va voir McGo et Dumby rompre, fait mon ami en sautillant littéralement sur place. »

Avec un sourire d'extase, Shirley chope son soutient-gorge, l'agrafe à la va-vite et nous suit dans notre quête désespérée du personnel encadrant. Enfin, pas tous, hein, parce que sinon, je les ai déjà trouvé à cuver dans tous les coins et à danser comme des mariolles. Juste les deux figures de vrai autorité.

Nous évitons habilement le coin où Potter et Evans ont décidé de copuler sans aucun gêne et tombons sur une bande quatrième année femelle qui, en nous voyant, se précipitent vers nous.

« Siriuuuus, tu es trop beau !

- Juuuuude, épouuuusee-mooouuua !

- Je connais pas ton nom mais ton soutif est trop biiiiiieeeen !

- Vous êtes des dieeeux vivaaannts !

- TOI, je m'écrie en pointant au hasard une de nos quatre harceleuse, je te fais un cuni si tu me dis où est Dumbledore ! »

La petite rougit, puis pâlit et se tourne dans tous les sens, visiblement empressée de trouver le directeur. Haha, trop ridicule, tout ça pour m'épouser, suffit de me faire boire un chouïa plus !

Tandis que je me bidonne intérieurement et que Sirius et Shirley commencent une discussion sur l'importance des idoles, Severus Rogue s'approche pompeusement de nous, un verre de ponch à la main. Il se plante devant moi et secoue le verre avec rage.

« Potion d'alcool renforcé ? T'as pas honte, Garde ?

- Bois un coup, tu verras, tu trouveras pas ça si méchant, je fais en bonne copine. Et puis, on s'en fout, on part demain. »

Minute. Je suis copine avec Severus Rogue ? Ah ouais, il faut vraiment que j'arrête l'alcool...

« Si quelqu'un meurt d'un coma éthylique, tu l'auras sur la conscience, me lance-t-il. »

Je hausse les épaules mais déjà Sirius m'a chopé par le bras, les yeux brillants.

« C'est l'heure. »

« Allez, soyez pas timides mesdames, c'est seulement dix gallions, dix gallions la nuit, vous pouvez faire monter les enchères, enfin ! Regardez ce corps parfait, sculpté dans du marbre, ces muscles saillants.. Allez mesdames, pas de minauderies, ce soir on est entre nous alors n'hésitez pas à faire savoir qui est la plus offrante ! »

Des cris suivent l'annonce de Ambroise Gouffer, la Gryffis la plus Serpentard du monde. Une amie de Sirius qui passe son temps à vendre tout et n'importe quoi à tout le monde et n'importe qui. Plutôt grande gueule, plutôt marrante, surtout bonne vendeuse, elle nous est d'une aide précieuse à cette instant précis.

Elle est sur l'estrade directoriale, debout sur le pupitre de Dumby, les yeux brillants (je suis sûre que c'est l'apogée de toute une vie, là), montrant du bout d'un fouet Charles Parkinson, un peu en retrait, portant en tout et pour tout un slip blanc, empêtré par un sort de saucissonnage, nous lançant furieusement des regards noirs à Sirius et moi qui sommes assis dans le fond de la salle. Un ré-gal !

Je rigole très fort tandis qu'une vingtaine de nanas se précipitent vers Gouffer en jetant à tout va des pièces d'or, bien décidées à gagner Charles pour la nuit. Savanna Slutre est assise à côté de lui, en sous-vêtement aussi, mais elle, elle semble s'amuser et n'arrête pas de se frotter à une armoire à glace de Serpentard. Dégouttant..

« Mesdames, qui croyez-vous acheter avec si peu d'argent ? Fait semblant de s'outrer Gouffer en glissant des pièces dans sa cape. Un peu plus de combativité, je vous prie ! Pour un si beau spécimen, voyons !

- Ah ça, on l'a eu notre vengeance, me souffle Sirius. »

Il me tend un verre que j'attrape en souriant. Ah ça. Poudlard nous oubliera pas de si tôt.


Août 1978

Sirius Orion Black

Il n'y a rien de mieux que l'indépendance. Je veux dire, Poudlard, c'est vraiment chouette. Les dortoirs, les coups en douce, les passages secrets, les magouilles pas nettes, tout ça, y a rien de tel. Mais Poudlard a un sacré inconvénient qui peut se résumer en deux mots ; cahier d'appel. Non parce que, évidement, ça aurait été trop beau d'enfermer une bande d'adolescent aux hormones jouant à la corde à sauter dans un château pendant sept ans. Ben non. Il a fallut les cadrer. Mais quelle idée, vraiment ! On aurait été bien mieux sans personne pour nous casser les pieds ! Je sais pas si on aurait bossé des masses, mais là n'est pas la question. Ce qu'il faut retenir c'est que, vraiment, l'indépendance, c'est le pied.

Je m'étire de tout mon long dans mon lit immense avant d'enfouir ma tête dans mon oreiller en plume d'oie. L'indépendance et la grasse matinée.. Mais que demande le peuple ?

« Rurus, y a plus de lait, faut que t'ailles en acheter parce que je peux pas déjeuner. »

Pour illustrer ses propos, l'insupportable connasse qui vient de briser mon instant de bien-être se laisse lourdement tomber sur mon matelas. Résultat, il bouge et je ne suis plus aussi bien installé qu'avant. Suit alors un miaulement agaçant et aigu au possible qui me donne envie de me pendre sur le champs.

« Et Nicolaï a faim, croit bon de signaler la voix féminine.

- Jude, casse-toi, tu sais très bien que c'est entrée interdite dans ma chambre, je grogne en la chassant d'un coup de pied.

- La porte était ouverte, c'est pas de ma faute, fait-elle avant de s'allonger contre moi. Dire que tu me laisses dormir dans le canapé..

- En même temps, tu dors jamais ici, toujours chez des étrangers.. »

En réponse je n'ai le droit qu'à un petit rire suffisant tandis que ce con de chat décide de passer à côté de ma tête en ronronnant comme un imbécile et en semant dans tout mon lit ses saletés de poils blancs. J'ouvre finalement les yeux et vois son visage de peste à deux centimètres du mien, un air mauvais sur ses traits aristocratiques.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Je soupire en me mettant sur mon flanc droit.

- Je suis sortie, hier..

- Le scoop du siècle !

- .. Et j'ai croisé Bex McDaffun. »

Je me redresse un peu sur mon coude. Bex McDaffun est une peste qui me ramène au bon temps de Poudlard. Riche héritière d'une longue lignée d'écossais, elle est en sixième (maintenant septième) année à Poufsouffle, parce qu'elle ne brille pas vraiment pour son intelligence. Néanmoins, elle reste un des canons de beauté de Poudlard, avec ses cheveux blonds et ses traits froids de gens du nord... Elle aurait fait une jolie Narcissa-bis mais la place été déjà prise et en plus, elle est bien trop dévergondée pour ça. Mais cela ne me dit pas en quoi c'est une événement de la croiser dans le Londres sorcier un soir de vacance.

« Et alors ?

- Bex McDaffun ! Ça ne te dit rien ?

- Ah bah si, pas mal de truc, c'était pas la nana la plus sage de monde mais de truc qui expliquerai un réveil à... Huit heure du matin ? Merde, Jude, est-ce que tu as au moins dormi ?!

- Nop, je viens de rentrer mais réfléchis deux minutes ! McDaffun.. Dernière soirée.. Whisky...

- AH ! Mais oui ! C'est celle qui a gagné Parkinson à la tombola d'Ambroise ! Merlin, tu l'as croisé ? Tu lui as parlé !

- Alors qu'on soit clair, c'est elle qui est venue me parler parce que je suis une personne géniale. Et elle m'a tout raconté, finit-elle d'une voix chantante.

- Sérieux ? Raconte-moi !

- Même pas en rêve. »

Elle chope cet imbécile de Nicolaï qui continue à miauler et sort en riant de façon machiavélique de ma chambre. Putain, je la déteste.. Elle en profite pour mettre un vinyle des Clash, ce qui m'oblige plus ou moins à me lever. Je sors de ma chambre en baillant et en me grattant le cul.

« Charmant, remarque-t-elle, assise sur le plan de travail de la cuisine et piochant dans un paquet de céréale.

- Prend un bol, merde.

- Ben non, y a plus de lait, faut que t'ailles faire les courses.

- Et pourquoi t'y irais pas ?

- Parce que c'est pas chez moi, voyons !

- Pourtant, si mes souvenirs sont bons, tu t'es installée ici le jour de mon aménagement. Ce qui fait de toi, par la force des choses, ma colocataire envahissante. »

Elle secoue la main d'un air désintéressé tandis que je met de l'eau à chauffer sur le gaz pour nous faire un thé. Nicolaï vient se frotter contre ma jambe et d'un coup de pied, je l'envoie vers Jude qui l'attrape avec un air révolté sur le visage.

« Mais fais attention à lui, me crie-t-elle comme une chiffonnière.

- Non, on était clair, c'est ta bestiole, j'en veux pas dans mes pattes.

- Tu disais pas ça quand Shirley est arrivée avec !

- Je savais pas que c'était un chat, et puis enlève-le de la cuisine, c'est dégouttant !

- Tu veux bien arrêter de faire le grincheux ? C'est vraiment pas marrant de vivre avec toi.

- Ah mais tu peux t'en aller, hein, je te retiens pas.

- Sois pas vilain, je sais très bien que tu ne supporterais pas de vivre sans ta meilleure amie. »

Je m'arrête en plein geste alors que j'étais sur le point de mettre l'eau brûlante dans la théière. Ma meilleure amie ? Diantre, mais où va-t-elle chercher ses idées ? Je soupire et me remet à préparer le petit-déjeuner parce que sinon, c'est pas avec cette abrutie qu'on y arrivera. Je lui prend le paquet de céréale des mains et pose deux bols à tables avant de reprendre la conversation.

« Et donc, Bex McDaffun ?

- Aah, un ange, soupire-t-elle en s'asseyant à table, son insupportable matou sur les genoux. Elle m'a tout raconté, un délice !

- Sois sympa, fait partager ! »

Elle fait la moue et se dandine sur sa chaise comme une oie avec des faux airs de dévote. Comme si elle comptait leurrer quelqu'un.. Déjà, c'est marqué sur sa gueule qu'elle est encore bourrée, alors bon, pour l'air sage, on repassera. Je me demande d'ailleurs, quand est-ce que c'était la dernière fois que je l'ai vue clean ?.. ça devait bien être à Poudlard. Mais Poudlard lointain, puisqu'elle était torchée dans le Poudlard Express et qu'elle a passé son voyage à passer dans les wagons en tentant de récupérer des clopes en proposant de montrer ses seins.. Cette fille n'a aucune honte. Mais depuis qu'on a quitté Poudlard et a fortiori qu'on habite ensemble, j'ai l'impression que c'est pire et que son but dans la vie c'est de se défoncer la gueule le plus possible. A croire qu'elle veut rentrer dans le Livre des Records en temps que personne qui est restée le plus longtemps perchée..

« Je sais pas si je peux te le dire, minaude-t-elle. C'était une confidence...

- Fais pas la débile, je sais très bien que tu lui as bourré la gueule pour qu'elle te raconte tout. »

Elle rosit de plaisir, comme si je venais de lui faire le plus beau compliment du monde. Elle a pas compris que c'était vraiment des manières de connasse ? Décidément, elle a un pois chiche à la place du crâne.

« Tu savais notre Charlie national était puceau ? Me balance-t-elle finalement avec un sourire de requin. »

.. Alors ça pour un ragot !

« Noooon !

- Mais si, je te jure ! Elle a essayé de lui sauter dessus mais il lui a dit un truc comme quoi il se réservait pour sa femme et blablabla ! Non mais t'imagines ! Il se réserve pour Savanna Slutre ! Non mais Savanna Slutre quoi ! La salope de Serpentard !

- C'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité..

- Pardon ?

- Dire que Slutre est la salope de Serpentard, alors que c'est toi-même qui lui a cédé la place, c'est un peu gros, quand même. »

Elle lève ses yeux vers le salon et se perd dans le vague en caressant pensivement Nicolaï, comme si elle réfléchissait activement à ce que je viens de lui dire. Je la regarde attentivement et admire ses pupilles explosées qui expliquent un peu plus son état vaseux. Rah, elle s'est encore pris un para de MD... Je la connais et quand elle prend de la coke, elle est pas du tout comme ça, elle tourne en courant dans tout l'appart, de préférence à poil, et le joint ne lui fait quasiment plus d'effet. Et comme elle prend pas d'autres drogues (sauf deux trois champis à l'occasion), ça ne peut être que la MD, mais justement, c'est bizarre, elle est pas sensée dire des trucs méchants sur les gens du coup..

Je penche la tête sur le côté et l'observe un moment avant de reprendre mon petit-déjeuner. Faut pas déconner, j'offre déjà le gite et le couvert à Jude, j'vais pas la psychanalyser en plus. N'empêche, ça me turlupine..

« T'as pris quoi ? »

Elle sursaute et tourne vers moi un visage innocent, la naïveté incarnée. Cette nana est une actrice..

« Pardon ?

- Tu as pris quoi ? Tu es sous quoi ?

- Absinthe, me confit-elle avec un large sourire en s'affalant sur la table. La fée verte. »

Je lui lance un regard surpris au-dessus de mon bol de céréale.

« Sérieux ? T'as rien gobé ou sniffé ?

- Je suis pas une junkie, fait-elle en secouant la tête d'exaspération, toujours affalée sur la table.

- Non, tu reviens défoncée tous les jours mais tu n'es pas une junkie.

- Il est trop tôt pour les sarcasmes, Black. »

Je rigole légèrement tandis qu'elle renifle de mépris et retourne à sa contemplation du vide.

Ça ne me m'étonne pas plus que ça que Charles Parkinson soit encore vierge, en fait. Du temps de Poudlard, il a jamais rien tenté, que ce soit avec moi et avec Jude -qui n'est pourtant pas très difficile à sauter. Et puis c'est vrai qu'on l'a découvert en septième année, alors qu'on aurait du le voir avant mais maintenant que j'y pense, il venait jamais à aucune soirée..

« Pourquoi il nous l'a jamais dit ? Je fais en maugréant. Parce que perso, je lui ai raconté pleins de trucs sur ma vie.

- Mais tu comprend pas, fait-elle, l'air plutôt agacé d'un coup. Ça veut dire qu'il avait décidé de nous entuber dès le début. Ce mec est un psychopathe. Je suis sûre qu'il l'a prévu dès le moment où on est devenus amis, et je te parie que Potter était dans le coup.

- James ? Pourquoi il vient dans la conversation ? Lâche-le un peu.

- Certainement pas. C'est lui qui m'a fait rencontrer Charles. Il le connaissait déjà, je suis sûre qu'il savait qu'il était fiancé et quand il a vu qu'on se rapprochait, bim ! Il s'est dit que c'était le moyen idéal, nous faire entrer en compétition pour un mec ! »

Je secoue la tête devant ses yeux brillants de ferveur. Je ne sais pas ce qui c'est passé entre James et Jude, mais ils sont de plus en plus insupportables, c'est comme si savoir que l'autre existe les irrite déjà. C'était peut-être marrant au début mais là, ça va bien faire deux mois que ça dure, alors franchement, je ne sais plus quoi faire. Et Lily, ben ça la fait marrer du coup, elle fait rien, au contraire, elle est devenue pote avec Jude pour emmerder James. C'est vraiment tordue une nana...

« Elle est ridicule ta réflexion. James ne savait pas encore que j'aime les hommes à cette époque. Il était de bonne foi quand il t'a proposé cet échange, que tu n'as pas tenu d'ailleurs.

- Vu le temps qu'il a mis à m'arranger le rencard, en même temps..

- En parlant de James, tu viens à leur fake mariage ce soir ?

- Non, je comprend toujours pas le principe d'une fake mariage.

- C'est simple, ils veulent juste faire la fête en faisant semblant de se marier pour pouvoir se marrer et garder des photos. Ça va être drôle, viens Jude.

- Ça ressemble à un de mes cauchemars. Et si je vais à un mariage, même fake, les gens vont croire que je veux m'engager, c'est hors de question, je vais plutôt aller au Coyote Bar, je pense me faire engager comme serveuse là-bas. »

Je lève les yeux au ciel. Je crois que c'est la pire perceptive d'avenir qu'elle n'ai jamais eu.. Remarque, ce n'est pas comme si elle s'était imaginé des milliers d'avenirs possible, elle voit mal le futur après sa cuite de la soirée..

« Bon, je pars, je fais en mettant fin au petit-déjeuner. Il faut que j'aide James à tout organiser.

- Bon bah je vais chez Shirley alors, ciao ! »

Et elle s'en va, comme une fleur, son chat sous le bras. Autant l'indépendance c'est cool, autant ça ne lui va pas du tout.. Je trouve qu'elle fait plus de conneries depuis qu'on a quitté Poudlard..

….

Mais j'y pense, elle a pas une famille, elle ? Elle peut pas aller vivre chez eux ?

Je suis attablée face à mon café. La tête dans les mains, je le regarde intensément, pour savoir si je peux le boire et ne pas vomir tout ce que j'ai dans l'estomac. Ça me semble difficile.. Je sais pas, j'ai l'impression que si j'en bois une gorgée, mon estomac va se trouer et je serais alors obligé de courir aux toilettes mais les toilettes sont trop loin, alors je vomirai surement directement dans ma tasse de café. Ce qui n'est pas la chose la plus glamour du monde. Et puis, ça me semble vraiment compliqué de tendre le bras pour attraper mon bol. Le débat est fini, je ne peux plus bouger. Je vais essayer de m'endormir comme ça, peut-être qu'en me réveillant, j'aurais un peu plus de motivation.

Juste au moment où je prend cette sage décision, ma porte s'ouvre brusquement et se referme en un énorme fracas.

« C'est nouuuus, claironne joyeusement la voix de Jude Garde.

- Merde, je grommelle en ne bougeant pas d'un pouce, comment tu fais pour toujours débarquer chez moi comme ça ?

- Ben avec mes clés, me fait-elle en s'asseyant en face de moi et en se baissant pour que je vois son visage.

- C'est James qui a mon double. »

Elle glousse et hausse les épaules avant de partir hors de mon champs de vision. Je vois un verre qui se pose devant moi et je lève les yeux pour voir Shirley qui me sourit gentiment, compatissante.

« Potion anti-gueule de bois, me dit-elle. J'en ai toujours sur moi quand je sors avec Jude. Et pour élucider le mystère des clés, elle a dupliqué ton jeu de clé.

- Quelle plaie.

- Ah ça... »

Je lui retourne son sourire avant de m'enfiler la potion avec les derniers restes de forces qu'il me reste. Quelques secondes plus tard, je me sens déjà mieux et j'en soupire d'aise. Je n'y suis vraiment pas allée de main morte hier, j'aurais peut-être du faire gaffe à ce que je picolais, ça n'aurait pas fini ainsi..

« Alors, le fake mariage de Lily et James ? Me demande Shirley en s'asseyant en face de moi.

- Une catastrophe. James était tellement bourré qu'il a demandé Lily en mariage pour de vrai, et elle, tout aussi bourrée, elle a accepté. Du coup, ils sont mariés pour de vrai.

- C'est pas vrai...

- Tu vois, me sort Jude en prenant appuie sur mon épaule, les fakes mariages, ça fini toujours mal !

- Mais tu dis n'importe quoi, comme si tu étais déjà allé à un fake mariage...

- Nan mais en plus, c'est sur ! Potter a fait picoler Evans pour qu'elle accepte de l'épouser, j'en suis persuadée ! Tu verras, bientôt elle va être en cloque et il dira que la capote a craqué !

- Tu t'écoutes, des fois ? Je demande l'air de rien. Et vous, votre soirée ?

- Voyons... Jude a dansé sur les tables et j'ai rencontré un charm...

- On déménage à Paris ! Beugle d'un coup l'insupportable descendante des Garde. »

Pourquoi faut-il qu'elle crie à tout bout de champs ? Plus important, pourquoi passe-t-elle son temps à crier des âneries à tout bout de champs ?

« Mais arrête de raconter des conneries, Shir était en train de raconter un vrai truc, elle !

- Et qu'est-ce qui te fait dire que je raconte n'importe quoi ? S'énerve-t-elle. Shir, dit-lui que c'est vrai ! »

Nous nous tournons de concert vers l'interpelée qui soupire déjà.

« Nous déménageons effectivement à Paris, fait-elle avec une moue ennuyée, mais si j'avais pu raconter notre soirée et bien...

- Tu vois ?! La coupe une seconde fois ma plus ou moins colocataire. J'avais raison alors excuse-toi !

- Plutôt mourir !... Hé, mais vous partez ?

- Ben oui.

- Quand ça ?

- Demain, si notre bateau est prêt. »

Je regarde Jude. Puis Shirley. Puis Jude. Puis Nicolaï qui s'évertue à venir me trifouiller la jambe. Puis, d'un coup, c'est plus fort que moi..

« YEEES ! JE VAIS ENFIN VIVRE SEUUUUUL !

- T'es vraiment qu'un salaud, beugle Jude en me balançant Nicolaï à la gueule. »

Le con de chat me griffe, mais je m'en balance. Je ne vais plus avoir Jude dans les paaaattes !


Oui, je sais, beaucoup de temps entre les deux chapitres mais je touche au but ! La fiction en elle-même est terminée, et oui, c'est le dernier chapitre, mais je reviens avec un épilogue, histoire de clore plus proprement cette fanfiction.

Aussi, je voulais vous faire savoir que je travaille en parallèle sur un embryon de One Shot basé sur le personnage de Lily que e décrit dans cette fiction, mais cette fois en sixième année.

Sur ce, je vous souhaite une agréable journée/soirée, et un commentaire est toujours appréciable !

Bien à vous,

Judee.