Fic écrite dans le cadre d'un défi sur Livejournal- le défi musique- qui consistait à écrire une histoire- fanfiction ou originale- en rapport avec une musique. Là où l'histoire se corse, ce que la lecture doit être équivalente à la durer de la chanson. A été écrit à partir de la pièce Sur le fil de Yann Tiersen. Bonne lecture!
Pairing : Nina
Rating : T
Disclaimer : L'histoire et les personnages ne m'appartiennent pas
Résumé
Il faut être fou pour danser sans pudeur. Il faut être fou pour danser sans limite. Il faut être fou pour devenir le cygne noir.
Sur le fil
Nina s'était lance tournant vers les bras grand ouverts de David. Elle s'arrêta dès l'instant où il posa les mains sur sa taille, redescendant de ses pointes. Prise d'un vertige, la jeune danseuse poussa loin d'elle son partenaire, brisant ainsi leur chorégraphie. Elle passa ses mains sur son visage, repoussant les quelques mèches qui s'étaient échappées de son chignon. Elle sentait la sueur coller à sa peau, signe de son dur labeur. Les protestations de Thomas ne parvenaient à ses oreilles que par des murmures étouffés. Quelque chose l'entraînait de plus en plus profondément dans l'abîme de l'angoisse, le détachant de la réalité. Elle battait frénétiquement des paupières cherchant à rétablir le décor alors que tout devenait flou autour d'elle. L'angoisse s'était donnée pour mission de nouer ensemble deux bouts de ses entrailles. Ses doigts frôlèrent une ligne juste au-dessus de son œil et se retrouvèrent rapidement poissés d'un liquide chaud. Elle baissa la main et la fixa avec une expression d'horreur grandissante marquant son visage. Du sang. Un flot de sang qu'elle sentait glisser sur sa joue gauche et sur l'arrête de son nez. Son cœur rata un battement avant d'adopter un rythme rapide. Chaque pulsion heurtait violemment l'intérieur de sa tête, mettant l'accent sur son vertige. Elles se répercutaient contre ses temples avec douleur. Nina y posa son index et son majeur, de chaque côté, et pressa aussi fort qu'elle le pouvait. La douleur s'intensifiait. Plongée dans l'incertitude, elle força son corps à pivoter pour faire face au miroir.
Un cri muet franchit ses lèvres entrouvertes. Ce n'était pas une simple égratignure, c'était la moitié de son visage qui était ravagé. Elle voyait des bouts de chair à travers les lambeaux de peau. Elle avait l'impression que si elle tirait un tant soi peu, elle aurait le visage à vis. Son souffle s'accéléra.
Sur la pointe des pieds, Nina courut jusqu'au miroir. Ses mains se posèrent à plat contre la vitre. Une sensation désagréable de froideur, de vide et de solitude s'empara alors d'elle. Incapable de reculer ou de détacher ses mains du miroir glacial, elle laissa ces sensations grimper en elle. Envahir ses veines et se mêler à son sang. Devenir son sang. L'angoisse s'éleva encore d'un niveau. Elle ne voyait plus rien; sa vue s'était embrouillée encore plus qu'elle ne l'était déjà. Son propre reflet avait disparut.
Elle entendait des gouttes tomber sur le sol. Rapidement, se formait une flaque. Elle ne tarderait pas à se vider de son sang s'il continuait à s'écouler d'elle à ce rythme. Elle n'avait toutefois pas le courage de baisser les yeux sur le sol pour obtenir confirmation.
La main de Thomas se posa sur son épaule, ferme et terrifiante alors qu'elle avait toujours été rassurante, et attira l'attention de Nina. Elle ne prit pas la peine de se retourner. Elle voyait son reflet, elle voyait celui de son partenaire également, lequel restait un peu en retrait sur sa gauche. Ils lui apparaissent tels deux ombres sorties tout droit d'un film d'horreur. Mais elle, où était-elle? Elle se cherchait avec l'énergie du désespoir, mais ne parvenait pas à se trouver. L'absence d'une ombre au tableau devenait pesante. La danseuse sentit ses nerfs tressaillirent. Elle se mit à taper frénétiquement sur le miroir, déplaçant ses mains comme si elle cherchait un mécanisme secret qui la ferait revenir dans son monde.
Puis soudain, tout se figea. La pièce fut plongée dans le l'obscurité. Elle ne voyait plus ni Thomas ni David. Il n'y avait plus qu'elle. Son reflet lui était apparut de nouveau, lui offrant l'image la plus morbide qu'elle n'avait jamais vu. Elle était vêtue du costume du cygne blanc. Mais il n'était plus blanc, le rouge le tachait, l'imbibait. Son corps n'était plus qu'éternels lambeaux de chair. Ses yeux étaient exorbités. Et derrière elle, l'essence même de son cauchemar. Lily. Elle la narguait de son rire silencieux.
Nina recula d'un pas. Poussant ses mains contre le miroir pour se donner un élan, puis sur les épaules des deux hommes qui, sans qu'elle ne les voie, se mettaient en travers de sa route pour tenter de la contrôler. Elle reculait, à petits pas précipités comme si elle était toujours au beau milieu d'une chorégraphie. Ses bras battaient souplement de chaque côté d'elle, comme si elle était devenue un cygne. Gracieuse, comme toujours. Parfaite.
Son dos heurta brutalement un mur. Elle y posa les mains sans se retourner. Elle laissa trainer son regard devant elle. Ils étaient des dizaines. Des cygnes noirs. Tous avec la tête et le rire de Lily. Ils fonçaient sur elle. Prêts à la détruire, à la dévorer. Ils lui feraient regretter d'avoir obtenu ce rôle. Le cri qui franchit ses lèvres étaient angoissés, puissant et déchirant. Ses mains avaient retrouvés le chemin de son visage. Intacte. La lumière était revenue, laissant découvrir à sa vue deux hommes stupéfaits et impuissants. Le cœur de Nina battait à toute allure. L'image dansait encore derrière ses paupières closes, mais il n'y avait rien. Rien n'était réel…
