2 SEMAINES PLUS TARD...
-Putain ! On a perdu ! Fulmina de rage l'un des joueurs en frappant son poing contre le premier casier qu'il croisa en rentrant dans les vestiaires. Les autres tremblèrent de peur, mais aucun autre n'eut à subir sa rage.
-C'est ta faute, aussi, Tetsuya ! Le poussa devant le groupe l'un de ses coéquipiers de terrain. Tous foudroyèrent du regard la même personne qui a valut leur échec. Kuroko avança vers son sac de sport et en sortit une serviette pour s'éponger avec le front. Ses camarades y virent un affront : celui-ci n'a même pas courut en allant sur le terrain, et il se permet de se passer une serviette sur sa peau sèche.
-Tu aurais pus prendre ma balle, au moins ! Au lieu de la regarder bondir jusqu'à l'extérieur du terrain.
-Laisse tomber, c'est juste un naze. On ne sait même pas ce qu'il fout dans l'équipe mais il va vite en dégager. Ça ne sert à rien de garder un mec comme lui qui ne fiche rien.
-Il ne sort même pas les mains de ses poches !
Ils ignorèrent rapidement Kuroko, qu'ils ne considérèrent plus comme un membre de leur équipe. Celui-ci n'a jamais rien fait pour s'y intégrer, ils étaient trop gentils avec lui en croyant qu'avec des approches il accepterait de s'intégrer parmi eux et de leur faire de temps en temps une passe. Mais le match fut déterminant. Kuroko n'a pas une seule fois posé sa paume sur la balle, il la fuyait même. Quand elle roulait dans sa direction, il se contentait de se décaler pour laisser l'objet sphérique rouler paisiblement jusqu'à échapper à sa portée. Kise décida de faire entendre sa voix pour défendre Kuroko et se plaça devant le groupe en écartant le bras. Leur faisant barrage.
-Vous n'avez pas à critiquer Tetsuya ainsi.
-Mais tu as bien vus comment il se comporte ?
-Et qu'est-ce-que ça peut vous faire ?
-Bon sang, Kise...
-Juste parce qu'il ne joue pas comme vous ?
-Il ne joue même pas ! Il ne bouge pas, il reste figé comme si la victoire allait lui tomber dans les bras. Par sa faute, nous avons lamentablement perdu et notre dignité est ridiculisée. L'honneur de l'école est tout simplement lessivé.
-Les mecs, vous pensez que le coach voudrait que vous pestez sur l'un de nos coéquipiers ?
-Même le coach n'en veut pas !
-Kuroko, dis quelque...
Mais celui-ci a disparu des vestiaires avec ses affaires. Comme s'il n'y est jamais entré. Comme s'il n'a jamais fait parti de l'équipe. Comme une ombre qui a suivit le match sur le terrain sans y avoir participé. Une ombre qui s'est volatilisée.
Tetsuko ne put s'empêcher de passer ses ongles sous le large col de son pull en laine pour soulager la démangeaison en sachant qu'elle redoublera s'il cesse le mouvement. De toute façon, il n'a rien d'autre à faire pendant le cours de sport. Tandis que les autres élèves cours, il ne peut que les regarder faire. Hésitant à regretter les jours où il pouvait s'époumoner par des efforts physiques qu'il ne pourra plus jamais reproduire ou à être soulager de ne plus avoir à pratiquer des cours de sport jusqu'à la fin de sa scolarité. Il remarqua que les élèves ralentirent, s'épuisant déjà alors qu'ils ne font que leur échauffement. Ils diminuent leur cadence de course, tournant tous leurs yeux en dehors du terrain de course. Le tour de terrain même pas accompli, ils faiblissent leur course. Quand la foule d'élèves s'éloigna du centre de toutes les attentions, Tetsuko reconnut devant les portes de l'école privée un visage familier. Le sien.
-Je ne suis pas fais pour le sport, Tetsuko. Lui confia son cadet quand tout deux se furent isolés dans le vestiaire des garçons. Heureusement pour eux, le professeur était trop occupé par son cours à assumer et aucun élève ne les a dénoncé quand ils s'y sont infiltrés.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Je ne sers à rien sur le terrain. Je ne suis d'aucune utilité.
-Tu as juste à aider les autres en empêchant les adversaires de s'échanger la balle, de leur la prendre et de la renvoyer à tes coéquipiers. N'importe qui peut le faire, même toi.
-Je me sens... si inutile... Chaque fois que je vais sur le terrain, je vois les autres se dépenser et se débrouiller bien mieux que je ne le ferais à leur place. Je me sens alors... étrangement...
-Déstabilisé ? C'est normal, face à des joueurs qui pratiquent le même sport depuis plusieurs années. Mais il y a aussi des débutants parmi eux qui donnent le meilleur d'eux-même. Si tu en fais autant, même si tu ne seras pas le meilleur de ton équipe, tu montreras que tu as ta place dans l'équipe et c'est tout ce qu'on te demande.
-Mais je ne fais jamais rien de bien au basket, tu es le premier à en juger.
Que répondre à un Tetsuya effondré ? Peut-être qu'il peut se montrer gauche, si maladroit qu'il pourrait se tuer en se coupant le doigt avec une feuille par moment, mais il ne l'est pas par nature. Il manque juste de confiance en soi. Tetsuko est le mieux placé pour l'affirmer. Il le voit se démener pour ses cours, il peut consacrer des nuits blanches pour ses devoirs. Le plus jeune des Kuroko n'est autre que celui admiré par Tetsuko. Même s'il peut se montrer distant et sembler n'être motivé qu'à rien faire, il ne lâche jamais rien. C'est juste qu'il ne sait pas démontrer sa détermination et qu'il n'ose pas l'appliquer de sorte à ce que les autres la voient.
-Tu sais... Les champions doutent toujours de leurs capacités avant d'en être, même après ils se sentent indignes d'être nommés comme tels. Comme quoi des gens sont bien meilleurs qu'eux. Alors, pour démontrer à eux-même le contraire, ils surpassent leurs adversaires. Ils se battent contre des gens plus forts qu'eux, perfectionnent leurs techniques et s'endurcissent. Ils ne lâchent pas l'affaire, à aucun moment.
-Je ne pense pas que ça soit fait pour moi.
-Tu sais pourquoi j'ai choisis pour toi le basket ?
-Justement, je me le demande.
-Le jour des portes ouvertes, j'ai vus un tableau. Dessus, il y avait des gens exténués. Tant que tu n'auras pas vécus la même chose, jamais tu ne pourras montrer tes vrais compétences et jamais on ne te respectera. Je veux que tu deviennes fort mais aussi que tu te rendes compte que tu en es capable.
-Tu es bien plus courageux que moi et si tu userais encore de tes jambes tu serais encore le meilleur de nous deux.
-Tu sais... si je n'ai pas pleuré ni une seule fois protesté depuis que j'ai eus mon accident, c'est parce que je voulais être fort devant toi. Je veux te montrer que tout le monde est courageux et qu'il dépend de chacun de l'être. A ton tour, Tetsuya.
