Voila le chapitre 5 (merci etoile-fluo pour ton commentaire :) )
Chapitre 4
Les deux shinigamis ne s'étaient pas revus depuis leur petite querelle chacun avait repris la tâche qui leur avait été attribuée et continuait leurs recherches. Pourtant, cela ne les empêchait pas d'y penser encore et encore sous différents points de vue. L'un était rongé par le remord d'avoir fait verser les larmes de son ami et collègue et songeait à ce qu'il fallait qu'il fasse. Quant à l'autre, il regrettait d'avoir été un peu brutal avec Tsuzuki qui était, malgré son âge et son expérience de la vie, une personne très fragile. Ils poursuivaient ainsi leurs travaux tous deux mélancoliques au point qu'ils n'avaient pas vu le soleil partir au-delà des collines. Leur travail mensonger s'achevait pour la journée, les deux partenaires savaient qu'ils devraient se revoir et du coup la conversation de l'après-midi allait ressurgir coûte que coûte. Ils ressentaient beaucoup d'angoisse à l'idée de se reparler. Pourtant ils étaient tous deux à leur point de rendez-vous. Évitant le regard de l'autre, marchant sans un mot, une parole. Ce fût Tsuzuki qui rompit ce silence mais non pas pour revenir aux événements précédents mais pour demander où était l'escalier qui menait au dortoir.
- Vu la taille de ce manoir, ça va pas être de la tarte de trouver ce fichu escalier ! C'est un vrai labyrinthe !
- Ouais…
Si l'aîné cachait sa gène par le biais d'un autre sujet de discussion, le plus jeune ne savait plus où se mettre avait presque oublié comment il fallait parler. Les mots ne venaient pas.
- Franchement, je crois que cette mission va être tranquille : on est dans un manoir, nourris, logés et on aura chacun notre chambre. La belle vie quoi !
- Je ne crois pas, non.
Tsuzuki n'avait pas besoin de demander pourquoi. Il devinait la raison et voulait, après des heures passées à préparer une esquive, se justifier car il savait que l'obstination de son partenaire était presque plus grande que la gourmandise du plus vieux. Cependant la surprise de voir la jeune fille qui leur avait ouvert la porte le laissa silencieux.
- Vous cherchez quelque chose, messieurs ?
- Et bien… Oui, nous cherchons le dortoir pour les domestiques. Vous pouvez nous y conduire ?
- Bien sûr ! J'y vais moi aussi. Vous venez ?
Les deux shinigamis suivirent docilement la jeune servante. Le chemin semblait plus clair tout d'un coup. Le fait d'avoir un guide rendait les lieux plus faciles à prendre ses repères. Ils pouvaient reconnaître les portes du petit salon de Sir Fumihiro, les appartements de Sir Daiki, les tableaux lugubres des ancêtres qu'ils avaient vus avant de travailler chacun de leur côté. Leurs regards s'attardant sur les portraits, Hannah ne put s'empêcher de faire une remarque.
- Vous savez, moi aussi j'adore ces tableaux, ils sont si mystérieux. Ils étaient là avant même que Sir Fumihiro Burns naisse. Ils sont l'âme du manoir, ils écoutent tout, voient tout, savent tout. C'est si excitant ! J'en ai des frissons partout !
La jeune fille reprit sa route, mais les deux compères mirent un temps d'arrêt avant de la suivre histoire de laisser un peu de distance entre la servante qui commençait à leur faire peur et eux. Ils continuaient à marcher le long du corridor jusqu'à une double porte sur leur droite. Une fois passée, Tsuzuki et Hisoka se demandaient s'ils n'avaient pas débarqué dans un hôtel quatre étoiles : le couloir était certes moins spacieux que le corridor du reste du manoir mais assez pour y faire tenir cinq voire six personnes côte à côte avec au bout, une fenêtre aux rideaux pourpres. Le parquet était remplacé par de la moquette rouge carmin et les murs étaient tapissés d'un papier peint couleur topaze aux motifs baroques fauves. Les portes possédaient chacune leurs numéros gravés en or. Les shinigamis n'en revenaient pas que leur cupide secrétaire les ait envoyés dans un endroit pareil. L'aîné en avait presque les larmes aux yeux et semblait avoir oublié ce qu'il s'était passé plus tôt. Il avait retrouvé l'âme d'un enfant de cinq ans à qui l'on allait offrir une glace. Le plus jeune, quant à lui regardait un peu partout afin de voir s'il ne s'agissait que d'une farce. Comme il ne trouva aucune caméra, il se dit que c'était peut-être réel et poussa un soupir de satisfaction.
- Euh… Hannah ? Tu sais où sont nos chambres ? On ne nous a rien dit à ce sujet, tu peux nous montrer ?
- Ah oui c'est vrai, vous ne dormez pas dans cette partie-là, venez !
Les paroles de la jeune domestique résonnaient dans les oreilles des deux jeunes hommes «,' vous ne dormez pas ici ». C'était donc ça l'entourloupe ! Évidemment c'était trop beau pour être vrai, compte tenu du fait que les dégâts qu'ils causaient faisaient perdre beaucoup d'argent à l'Enma Cho et que Tatsumi était quelqu'un d'avare, ils ne pouvaient espérer de dormir dans un endroit pareil. Ils n'avaient pas le temps de méditer ce qu'ils venaient d'entendre qu'ils étaient arrivés à une toute petite porte dont l'encadrement arrivait aux yeux d'Hisoka. Hannah était obligée de s'accroupir pour la déverrouiller.
- J'ai entendu dire que c'était à la base les appartements de l'espion du colonel Burns qui voulaient surveiller ses rivaux et ennemis. Je sais juste qu'il était nain, borgne et bossu et qu'il était surnommé le rat parce qu'il était petit, laid et en plus il paraît qu'il puait. Comme un vrai rat d'égout ! Bouh, c'est répugnant !
Elle ouvrit rapidement la porte se redressant en un éclair. Et là, ce fût le silence complet. Ce qu'ils voyaient était aussi délabré qu'un grenier abandonné : les murs étaient ternes, recouverts de poussière, le sol était composé de planches de bois en piteux état, certaines étaient cassées et d'autres étaient moisies par l'humidité. Il y avait des poutres disposé un peu partout dans le couloir, beaucoup prenaient appui sur les murs. Les araignées s'étaient installées dans tous les recoins et des morceaux de tissus en lambeaux pendaient au plafond ou du moins ce qu'il en restait. Au loin, on pouvait entendre le grincement d'une porte qui se fermait et s'ouvrait maintes fois. Tsuzuki et Hisoka n'osaient bouger. La stupéfaction était trop forte ce qui, bien sûr, n'échappa pas à la servante.
- Evidemment, c'est resté tel quel. Bon messieurs : bonne nuit !
La jeune fille se recula légèrement et poussa les deux shinigamis à l'intérieur. Trop surpris, ils ne prirent pas la peine de résister et se retrouvèrent les fesses sur le sol poussiéreux. Lorsqu'ils reprirent leurs esprits, ils entendirent la porte se refermer et se verrouiller avec un cliquetis de clés. Le premier réflexe qu'ils eurent fut de se ruer vers cette porte et essayer de l'ouvrir, sans succès.
- Hannah ! Ok, c'est pas ce qu'on espérait, mais on ne va pas s'enfuir pour autant. Alors s'il te plait, ouvre cette porte, tout de suite !
- Oh mais si je l'ouvrais, ça foirerait tout mon petit bizutage de bienvenu.
- C'est pas drôle, Hannah ! Ouvre tout de suite !
- Bonne nuit Messieurs !
Ils l'entendirent partir en gloussant. Ils comprirent qu'il était inutile de continuer compte tenu du fait qu'elle était loin et que même si ce n'était pas le cas, elle ne les aurait jamais laissé sortir.
- Oh la garce ! Le pire c'est que nos affaires sont restées dans l'entrée.
- Et comme c'est elle qui nous a ouvert, je suis sûr qu'elles sont éparpillées un peu partout.
- Pff j'ai passé l'âge de ces enfantillages ! Franchement, est ce que je t'ai fait ça moi quand tu es arrivé ? Non, c'est puéril et sans intérêt.
- C'est vrai ! Mais le fait d'être avec toi était pire qu'un simple bizutage.
- Mais euh, t'es trop méchant avec moi. Je suis si nul que ça ?
- Mmmh… Je pense pas que nul soit vraiment adapté à ton cas désespéré. Je dirais plutôt invivable !
- Ah oui ? Tu le penses vraiment ?
Si l'aîné se sentait si confiant, c'était parce qu'il savait que si son partenaire lui disait tous ses défauts à longueur de temps, il savait que c'était parce qu'il tenait à lui et que c'était sa façon de lui dire. De plus, la rougeur des joues du plus jeune trahissait ses paroles.
- Parfaitement, tu es le pire partenaire existant en ce monde.
- C'est sûr que tu peux parler, tu n'en connais qu'un !
- Idiot !
Tsuzuki éclata de rire. Par Enma qu'il aimait ces moments où ils se disputaient comme des enfants. Sans aucune rancune, ni conséquence. Comme des poissons qui oublieraient au bout d'une seconde ce qu'il se passe. Il n'était pas kamikaze, encore moins masochiste. Ces instants renforçaient leurs liens, ils s'étaient rencontrés en se querellant et continueraient ainsi encore et encore… Hisoka, voyant son ami rigoler de bon cœur, se permit un petit sourire : il aimait quand son partenaire était comme ça. Même si Tsuzuki avait fermé ses sentiments pour ne pas le faire souffrir, il savait que là il était heureux. Sans masque ni feinte. Un petit moment de bonheur à l'état pur.
- On y va ? Histoire de voir à quoi ressemble nos chambres.
- Ouais c'est sûr qu'on ne pourra pas être pire qu'ici !
Ils se mirent en route, du moins essayèrent car le sol grinçait sous leurs pieds, les toiles d'araignées leur tombaient sur le visage et devaient enjamber les poutres qui gisaient sur le sol. La traversée du couloir était pire qu'un parcours du combattant mais pourtant ils arrivèrent à la porte censée être l'entrée de leurs chambres. Elle ne fût pas difficile à trouver, c'était celle qui ne fermait pas et qui n'arrêtait pas de grincer. Ils pénétrèrent la pièce qui était aussi délabrée que le couloir voire plus : les murs étaient aussi sales et poussiéreux, certains endroits étaient presque noirs de crasse, le fond de la pièce était équipé d'un lavabo qui allait dans les gris taupe sur les bords et un gris bis au centre à cause de la saleté. Le rebord du dessus était cassé et le miroir brisé. Non loin de là se trouvait un lit dont les pieds en bois semblaient pourris. Les draps étaient déchirés et sales et l'oreiller ressemblait plus à une pierre qu'autre chose. En voyant cela, les shinigamis avaient du mal à se dire qu'ils devaient dormir. Ce fût le plus jeune qui rompit ce silence.
- Hum… Ouais... Tu dors ici ou dans l'autre pièce ?
- Oh mais quelle peste ! Non mais attend, on a pas idée de faire un bizutage aussi nul ! Ne bouge pas, je vais prendre l'autre. De toute façon, aucune n'est meilleure que l'autre. Mais je te le jure, si je recroise cette fille, ça va barder ! Crois-moi !
Le jeune homme s'énervait tout seul, craquait ses doigts et faisait grincer ses dents. L'empathe, quant à lui, s'amusait presque de l'état dans laquelle se mettait son ami.
- Woah, c'est… Rare…
- Quoi qui est rare ?
- De te voir dire du mal de quelqu'un, à part de Terazuma ou du comte quand il te fait des avances, bien sûr !
- C'est… Pas faux…
- Parce que tu es quelqu'un de gentil !
Les yeux de Tsuzuki s'écarquillèrent. Lui ? Gentil ? Lui qui avait ôté la vie de tant de personnes innocentes, lui qui avait conduit à la perte de tellement de gens. Comment pouvait-il être gentil ? Toute sa vie, il avait entendu qu'il était le mal, qu'il n'aurait jamais dû naître. Alors pourquoi quelqu'un lui disait qu'il était tout l'inverse de ces qualificatifs.
- Tu dois confondre avec quelqu'un d'autre ! Tu te trompes !
- Non ! C'est toi qui fais erreur ! Je… J'ai jamais été comme ça avec quelqu'un… Du moins, pas comme ça… Tu crois vraiment que je me serais ouvert au diable incarné ?
- J'ai tellement fait de mal autour de moi… Je suis un monstre… Tu dis que je suis gentil mais… Mais je t'ai fait pleuré pas plus tard que cet après-midi !
- Mais… Ce n'est pas toi personnellement qui me fait pleurer… C'est que tu souffres et que tu te renfermes sur toi-même… En plus le fait que tu regrettes ces actes prouve que… Tu es bon… Et généreux…
- Comment peux-tu dire une chose pareille ?! Le fait de regretter n'enlève pas ce que j'ai fait ! On ne peut pas faire revenir les morts ! Mes actes sont irréparables ! Tu comprends ça ?! Irréparables !
À genoux, les joues noyées par les larmes, le shinigami alternait les cris et les sanglots. Il avait mal, il souffrait des pires maux qui puissent exister : la haine envers soi. Hisoka ne savait quoi faire, il ne pouvait pas continuer à le persuader, au risque d'empirer la situation. Pourtant son ami, en agissant ainsi, retenait moins ses sentiments et il commençait à avoir une horrible migraine. Hésitant, il s'agenouilla face à son partenaire et l'enlaça tendrement comme une mère consolant son enfant.
- Tsuzuki… Tu… Chut. C'est fini… Et… Hum… Tes émotions, contrôle-les s'il te plait.
Ce n'était certes pas le meilleur moyen de réconfort, mais il était efficace. Pour preuve, le jeune homme avait diminué ses sanglots et s'accrochait au plus jeune. Ils restèrent ainsi quelques secondes leur semblant des minutes voire des heures. Les pleurs ayant cessé, Tsuzuki songea qu'il était plus sage de ne pas abuser du réconfort de son coéquipier et se leva, lui tourna le dos et se dirigea vers la porte conduisant à l'autre chambre.
- Je vais me coucher… Bonne nuit.
Il ne reçut aucune réponse de la part d'Hisoka. Mais après tout, c'était mieux ainsi. Les mots n'auraient fait qu'accentuer les maux. Alors pourquoi s'acharner ? Il rentra dans la pièce sans se retourner et le referma derrière lui. S'appuyant contre la porte et se laissant glisser jusqu'à se retrouver le derrière sur le sol crasseux. Il ne vit pas la fatigue arriver et l'emmener dans les bras de Morphée. Il s'endormit ainsi d'un sommeil sans rêve ni cauchemar.
Tsuzuki se réveilla quelques heures plus tard. Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait dormi et semblait surpris lorsqu'il ouvrit les yeux, il fut surpris de l'obscurité de la pièce, il ne pouvait voir ses pieds. Il voulut se redresser, mais se cogna la tête contre ce qu'il supposait être une poutre. Un peu sonné et se tenant la tête, il marcha un peu sur sa droite où il se souvenait que le lit se trouvait dans cette direction. Il n'eut pas un long trajet et quelques pas plus tard, il s'écroula tout habillé sur le matelas poussiéreux. Le jeune homme recommençait à s'endormir, mais cette fois, Morphée ne vint pas au rendez-vous car quelqu'un d'autres frappait à la porte.
- Tsuzuki ? Tsuzuki ?!
-Mmmh… Vi ?!
- Tu dors ?
-Bah plus maintenant, tu vois… Qu'est ce qu'y a ?!
- Je peux rentrer ?
- Vi… Vas-y !
Hisoka ne se fit pas prier et pénétra dans la pièce. Il réussit à s'approcher du lit, après avoir fermé la petite porte derrière lui et s'être cogné plusieurs fois:
- Bon Tsuzuki, ce que je vais te demander est on ne peut plus embarrassant alors : s'il te plait, ne te fous pas de moi !
- Que quoi ? Je vais pas me moquer de toi !
- Tu le jures ?
-Mais… Bien sûr que oui !
- Je peux dormir avec toi ?
Même s'il faisait noir, Tsuzuki devinait la gêne de son partenaire qui attendait avec impatience sa réponse.
- T'as fait un cauchemar ?
- Hum… Non pas du tout ! C'est juste que… La porte n'arrête pas de grincer et ça m'empêche de dormir, c'est tout !
« Mon œil ! » pensait le plus âgé. Il savait qu'Hisoka faisait encore des cauchemars à propos de cette nuit-là. Et bien qu'il nie la réalité, il n'était pas encore tout à fait sorti de l'enfance. Comme tout enfant, il avait besoin de la présence de quelqu'un pour se rassurer.
- Allez viens, je vais me rapprocher du fond.
Hisoka voulut s'installer dans le lit auprès de son ami, mais dans l'obscurité, il est difficile de savoir si l'on est placé au bon endroit. Même si on est un shinigami. Le jeune homme pensait que sa tête reposerait tranquillement au sommet du lit. Cependant, il avait visé un peu trop haut et son crâne heurta la tête de lit. Ecoutant son cadet pousser des injures envers le lit, Tsuzuki ne put s'empêcher de pousser un petit rire.
- Le rat ne devait pas être un fan de lumière.
- Imbécile ! Il ne devait pas y avoir d'électricité à cette époque !
- Il y a peut-être des bougies et de quoi les allumer, on ne sait jamais.
- Ouais bah, on verra ça demain.
Bien qu'ils l'ignoraient, ils fermèrent les yeux avec synchronisation et s'endormirent en même temps pour un sommeil paisible, sans cauchemar et sans fantôme ni monstre sous leur lit.
Le lendemain matin, Hisoka se réveilla le premier. Les rayons du soleil rentrant dans la chambre à travers l'unique petite fenêtre de la pièce. Les chants des oiseaux perchés sur les arbres du domaine, l'odeur des fleurs du jardin… Tout aurait pu être les critères d'un réveil idéal à une exception: pourquoi Robert était là ?
- Messieurs, bonjour.
Ces paroles eurent bien sûr pour effet de réveiller Tsuzuki qui dormait encore comme une marmotte.
- Hein ? Que quoi ? Oh Robert ! Qu'est ce que vous faites ici ?
- Et bien, si j'étais aussi indiscret que vous, je vous poserais la même question : qu'est ce que vous faites à deux dans un lit ?
- Et bien… Euh… Mon petit cousin a fait un cauchemar… Et…
- Pas du tout, j'ai pas fait de cauchemar, c'est la porte qui grinçait !
- Ah oui c'est vrai… La porte qui grinçait…
- Certes.
- Mais ça ne nous dit pas ce que vous faites là.
- Pour l'heure du petit-déjeuner, bien entendu.
Les réactions des deux shinigamis furent toutes deux différentes : l'un poussa un « Oh merde ! », quant à l'autre, il afficha un grand sourire naïf :
- Oh c'est trop gentil Robert ! Vous pouvez nous l'amener, s'il vous plait ?
- Et bien, je doute que je pourrais amener Sir Fumihiro et sa famille ici.
C'était là que Tsuzuki comprit sa boulette, Robert ne parlait pas de leur petit-déjeuner mais celui des Burns et Ogawa. Et finalement sa réaction ne fut pas si différente de celle d'Hisoka puisque lui aussi poussa un « Oh merde ! » venant du plus profond de ses entrailles.
- Bien entendu vous n'avez pas le temps de manger. Il est 8h18 et le petit-déjeuner est à 8h30 précise. Je vous laisse, ne soyez pas en retard !
Robert se retira la chambre avec une certaine aisance que les deux shinigamis n'avaient pas la veille même lorsqu'il faisait plus clair. Ceux-ci se dépêchèrent de se préparer une fois que le majordome eut quitté la pièce. Comme ils avaient dormi presque tout habillé, ils ne mirent pas longtemps à se vêtir. Mais ils avaient oublié un tout petit détail :
- Tsuzuki ? T'as ta brosse à dents ?
- Oh merde !
- Comme tu dis !
- Bon c'est peut-être pas si dramatique, comment est mon haleine ?
Il se mit à expirer un grand coup vers le visage de son coéquipier qui ne put s'empêcher de grimacer.
- Pouah, je serais mort intoxiqué si je l'étais pas déjà !
- Ah tu crois ? Tu n'exagères pas un chouya ?
- Pas du tout !
- La mienne est dans ma valise.
- La même pour moi.
- On se sépare et on cherche chacun de notre côté, on se donne rendez vous dans le hall d'entrée ou dans la salle à manger après 8h30.
- Ca marche.
Précipitamment, les deux shinigamis sortirent avec, cependant, beaucoup de difficultés des appartements. Ils partirent chacun de leur côté à la recherche de leurs affaires.
Huit heure vingt-sept minutes et quarante secondes précisément et pas de nouvelles des pauvres valises à la recherche de leurs propriétaires et vice-versa. Pourtant ceux-ci avait fouillé le manoir comme ils purent, sans succès. C'est pourquoi, Tsuzuki avait décidé de chercher dans le jardin. Cependant il oubliait quelque chose : le jardin faisait plus de quinze hectares, le petit-déjeuner commençait deux minutes plus tard et il avait une haleine de chacal. Surtout qu'il avait beau regarder dans les rosiers, il ne voyait pas l'ombre d'une de ses chaussettes et encore moins de sa brosse à dents. Il ne lui restait plus qu'une minute. Comme toute personne sensée, il décida qu'il valait mieux rejoindre la salle à manger, mais par un caprice du destin, quelqu'un l'en empêcha, mais inconsciemment. En effet, un homme de petite taille, environs la cinquantaine, le crâne dégarni, venait de sortir un paquet de chewing-gum. Le shinigami se dit que c'était Enma qui l'aidait, c'était une occasion en or. Mais il fallait se montrer diplomate pour que l'homme partage son trésor.
- Pardonnez-moi, Monsieur. Voyez-vous, j'ai égaré ma brosse à dents et comme vous devez le sentir, mon haleine ne sent pas la rose. Auriez-vous l'amabilité de m'offrir un chewing-gum ?
- De quoi tu m'causes toi ? C'est pour mon tabac, pour qu'j'arrête, ça m'aide bien ça, hein ! J'aime bien ça la menthe, pas toi le jeunot ?
« Un campagnard, merci Enma ! » pensa Tsuzuki. Pourtant il commençait à avoir l'habitude avec Kyushu. Du coup il savait que dans ce cas, pour avoir ce qu'on veut, il faut procéder méthodiquement, c'est-à-dire chiper le bien à la personne, remercier pour ne pas avoir l'air d'un voleur rustre et prendre ses jambes à son cou.
- Merci !
Ayant suivi correctement sa technique, Tsuzuki courut comme il put pour ne pas être en retard au petit-déjeuner. Il se précipita vers la première porte qu'il trouva et poursuivit sa route aussi vite qu'il put.
Après de nombreuses recherches, Hisoka avait abandonné sa quête et avait rejoint la salle à manger où se trouvait déjà Robert et Hannah qui le regardait un petit sourire aux lèvres. Le jeune homme ne dit rien au sujet de la veille, ne voulant lui accorder ce plaisir. Il se contenta de lui murmurer un « pétasse » en passant à côté d'elle ce qui eut comme effet de la faire glousser.
- Oh allez, c'était rigolo, murmura-t-elle
- Tu crois que c'est rigolo de dormir dans un taudis.
- Bah ça c'est pas de ma faute, le type qui a appelé pour votre candidature avait précisé qu'il vous fallait : « le logement le moins cher » et Sir Fumihiro avait dit que c'était celui-là. Ensuite, comme vous aviez l'air tellement surpris, je me suis dit qu'il valait mieux en profiter un petit peu.
Sacré Tatsumi ! Quand il s'agissait d'argent, le secrétaire était un vrai chacal. Le pire était que du coup, ça signifiait qu'ils devraient dormir durant toute leur mission dans ces « appartements ». Il n'imaginait pas la tête de son partenaire quand il apprendrait cela. D'ailleurs, que faisait-il ?
- Ok, mais le coup des valises, c'était vache !
- Quel coup des valises ?
- Fais pas l'innocente, les affaires des nouveaux éparpillées un peu partout, je connais !
- Moi ? Mais j'ai rien éparpillé ! Vos affaires, je les ai mises dans le placard de l'entrée en pensant que vous les auriez récupéré. C'est pour ça que tu pues du bec ?
- Sans commentaire, s'il te plait !
Mais alors, cela voulait dire qu'ils avaient tout fouillé (sauf l'entrée) pour rien. Et ce cher Tsuzuki qui continuait à chercher. Il allait être en retard pour rien, il ne lui restait que quinze secondes. Dix.
Cinq
Quatre
Trois
Avec une chance digne de l'aide d'une bonne étoile, le fameux Tsuzuki arriva dans la pièce, essoufflé et transpirant. Il prit place debout aux côtés de ses collègues et repris tranquillement son souffle tandis qu'un à un, les membres de la famille Burns-Ogawa s'installaient à table. Les shinigamis pouvaient reconnaître Kyoko Ogawa et son éternel chignon, Fumihiro Burns et son cigare dès huit heure et demie, Daiki Ogawa qui avait l'air d'avoir la gueule de bois. Puis suivirent un homme brun, qui avait l'air d'être Hidemi Ogawa, l'époux de Kyoko, une jeune femme aux cheveux noirs de jais qui devait avoir environs la vingtaine et un jeune homme, ressemblant beaucoup à Daiki en plus jeune. Les deux jeunes gens semblaient tout aussi timides l'un que l'autre. L'une passant sa gêne en tripotant ses cheveux, l'autre en se rongeant les ongles. Ce qui bien sûr énerva lady Kyoko.
- Ginji arrête ça, tout de suite ! Combien de fois t'ai-je répété de ne pas ronger tes ongles, c'est répugnant ! Et Kaori, une fille de bonne famille ne touche pas ses cheveux comme ça ! Ils vont devenir gras ! Tu crois vraiment que mon fils voudra épouser une fille comme toi ?! Tu te vois vraiment devant l'autel en train de les tripoter ?
- Non… Enfin… Je…
Rouge de honte, la jeune fille sorti en pleurant de la pièce. Son départ n'ayant pas tellement affecté le reste de la famille. Lady Ogawa se contenta de soupirer, Sir Fumihiro avala une bonne gorgée de son café, Ginji et Hidemi tartinaient leurs toasts et Daiki attendait que son médicament contre la migraine fonde entièrement. Le silence régna un bon moment jusqu'à ce que Kyoko sursauta d'un coup visiblement sans raison. Elle dévisagea un à un, les membres de sa famille qui l'observèrent, surpris :
- Ginji chéri ? C'est bien aujourd'hui qu'elle vient ?
- Euh… On est jeudi… Oui c'est ça !
- Oh mon dieu !
- Quand tu dis elle ?
- Oui, mon chéri, elle.
- Oh nom de dieu !
- Hidemi ! On ne jure pas !
Mis à part Daiki qui se massait les tempes, tout le monde affichait une mine angoissée. Qui était cette fille qui semait le trouble ? Qui faisait frissonner tous les membres de la famille Burns Ogawa. Tous ? Seul le chef de famille semblait ravi. Un sourire radieux aux lèvres, il frottait ses mains de satisfaction.
- Ah enfin un peu de piment dans cette famille de mort ! Elle arrive quand ?
- À dix heures et demie, grand-père.
- Bien, si on faisait un pique-nique pour fêter ça ?
- Père, non !
- Bon alors, disons demain midi !
- Mais père !
- Oh Kyoko, je comprends que tu sois impatiente mais ce soir, c'est impossible !
- Mais je…
- Bon, Kyoko tu es une grande fille maintenant apprend à te taire quand il le faut !
- Bien père.
La femme fut à la fois honteuse d'avoir été ainsi humiliée par son père devant son mari et ses enfants mais à la fois furieuse lorsqu'elle vit Hannah se moquer d'elle sous le regard critique de son père. Vexée, à son tour, elle quitta la salle à manger et claquant la porte. Le maître de maison ria de bon cœur accompagnant la servante.
- Ha, elle a beau critiquer ta femme, mais elle sont pareilles : elles quittent la table en claquant la porte que ce soit au sens propre ou au sens figuré. Ha ! Ha ! Ha
Ce fut à nouveau le silence dans la salle, Hannah avait arrêté de glousser, Robert restait muet comme depuis le début, Ginji et son père ne savait pas s'il fallait rire et abordait un sourire qui était plus proche de la grimace et Daiki avait trop mal à la tête pour dire quoi que ce soit. Quant aux deux shinigamis, ils ne comprenaient plus rien à la situation. Hisoka avait lâché le fils depuis un petit moment et menaçait de s'endormir sur son partenaire. Tsuzuki, lui était fasciné par le balancement du pendule de l'horloge qui se trouvait au fond de la pièce au point que ses yeux puis la tête suivaient le mouvement. Cependant il écoutait d'une oreille distraite la conversation.
- Tu n'es pas de mon avis, Daiki ?
- Hein ? De quoi ?
- Ta mère et ta femme font vraiment la paire !
- Si tu le dis !
- Toi t'as un peu picolé, je me trompe ?
- Non, grand-père.
- Mais c'est pas possible d'avoir une descendance pareille ! T'es comme ton père ! À la première bouteille, t'es ivre ! Eh, vous !
Le propriétaire de lieux fixait Tsuzuki qui aussitôt reporta son intérêt sur le repas.
- Vous savez boire, n'est-ce pas ?
- Euh oui…
- Parfait ! Vous n'avez rien contre un petit bordeaux ?
- Non… Mais… En fait… À neuf heures…
- Il n'y a pas d'heure pour boire, comme disait mon père. Alors vous me rejoignez dans mon petit salon !
- Allez-y je vous y retrouve ! Le temps de dire quelque chose à mon petit cousin.
Burns sortit de la pièce. Il fut suivi par Hidemi. Daiki méditait devant son verre d'aspirine, les yeux dans le vague ce qui provoquait l'inquiétude de son cadet. Hisoka s'était un peu réveillé et conversait tout bas avec son ami.
- Alors pour nos affaires, elles sont dans le placard de l'entrée. Hannah n'a rien fait de louche et pour notre « chambre », tout est de Tatsumi.
- Ok. Tiens, j'ai piqué ça à un type dans le jardin, ça devrait faire l'affaire pour ce matin. Et sinon, pour l'histoire des meurtres : nos « appartements » correspondent à peu près à l'endroit où Akira Matsuda a été retrouvé. Il faudra qu'on jette un œil ce midi si on a le temps ou ce soir.
- Tu crois vraiment que c'est ici enfin je veux dire : si la famille avait un lien avec ses meurtres, ils ne nous auraient pas laissé là.
- Sauf s'ils ont l'intention de se débarrasser de nous.
- Tu penses vraiment?
- Ca tient debout. Par exemple, pourquoi Robert ou Hannah s'amusent à nous donner autant d'information sur cette famille ? Ils ne nous connaissent pas et nous dévoilent tous les secrets de la dynastie. Ils ne se disent pas qu'on est peut-être des ennemis de la famille venus espionner. Ce qui n'est pas tout à fait faux d'un côté.
- C'est vrai, je pensais que c'était par prétention mais ta logique est cohérente. Il faudra rester sur nos gardes.
Ils se quittèrent ainsi, n'oubliant pas le rendez-vous. Tsuzuki sortit de la salle à manger pour rejoindre le petit salon du maître des lieux et Hisoka s'apprêta à faire de même mais jeta un dernier regard à la jeune servante qui lui faisait un petit sourire innocent.
Peut être trop innocent.
À suivre...
Pfiou, j'ai tracé sur la fin mais enfin c'est publié c'est fait :) ! Bon je sais, le passage des brosses à dents n'était pas vraiment d'une utilité débordante, mais sinon ça aurait tout changé (enfin la partie concernée)
Qui est la fille qui sème le trouble dans la famille Burns ? A t-elle un rapport avec les meurtres ? Robert et Hannah sont-ils si innocents qu'il en ont l'air ? Tsuzuki et Hisoka vont-ils trouver des choses intéressantes dans leurs "appartements" ? Tout ça sera dans le chapitre 6.(ou pas je verrai)
