Chapitre 5

Les rayons du soleil pénétraient dans toute la demeure. Les pièces étaient éclairées d'une agréable luminosité qui réchauffait le cœur de toute la population du manoir. Cependant, le mot « toute » était un peu global. Sur les membres de la famille propriétaire des lieux et le personnel, une personne maudissait tous les dieux d'avoir imposé le beau temps en ce jour de printemps. Oui, Hisoka se demandait s'il n'aurait pas dû prendre ses lunettes de soleil car la lumière du soleil rentrant dans la chambre au travers des nombreuses fenêtres et se reflétant dans les miroirs rendait la pièce plus immaculée que jamais. Le jeune shinigami était tellement aveuglé qu'il ne savait pas s'il avait bien mis les draps sales dans le panier destiné au linge à laver ou s'il les avait passés par la fenêtre. Il ne comprenait pas comment la chambre d'un alcoolique comme Daiki Ogawa ne possédait pas la moindre trace de beuverie : tache de vin, de vomi ou de salive. Tout était aussi pur qu'un nourrisson et c'est ainsi qu'Hisoka conclut que le fils aîné de la famille ne devait pas beaucoup dormir dans sa chambre. Alors, pourquoi changeait-il les draps ?

« Autant rejoindre Tsuzuki que de perdre mon temps ici »


Tsuzuki, lui, retirait ce qu'il avait dit quelques heures auparavant : boire à 9 :00 du matin, c'était le pied ! Lui et son patron entamaient leur quatrième bouteille de rouge et pourtant, il se sentait bien. Il se demandait juste pourquoi le chef de famille achetait tout en double voire en triple dans son salon personnel. Mais le dieu de la mort se dit que c'était pour la même raison que Sir Burns devenait de plus en plus rouge.

- Oh ! Eh ! Monsieur ! Vous êtes assorti au vin, c'est rigolo ! On dirait que ce que vous buvez va dans votre tête !

- Non, Monsieur ! Le vin, il est pourpre ! Et moi, je suis rouge… Euh… Je sais pas, mais c'est pas du pourpre !

- Bah pourtant… On dirait !

- Écoutez mon cher Monsieur ! On va pas débattre sur le rouge ! J'ai raison !

- Mais… Mais… Mais… Je sais plus ce que je voulais dire !

- Moi je dis : vaut mieux se taire et avoir l'air con que parler et en donner la certitude !

Ils partirent dans un fou rire qu'aucune personne ayant un minimum de bon sens n'aurait jamais suivi. Le manque d'air dû à la crise de rire, accentuait la rougeur du vieil homme. Il se balançait d'un côté à un autre, fermant les yeux de temps en temps et en versant quelques larmes. L'autre était tombé de sa chaise et se retrouvait les fesses à terre, augmentant ainsi son hystérie. Les cris résonnant dans toute la pièce - peut être même toute la demeure-, c'est ainsi que Hisoka découvrit son partenaire et ami avec son patron. Il ne put s'empêcher de faire la grimace : désespoir, honte d'avoir un cas comme collègue, culpabilité de l'avoir laissé partir et du découragement à l'idée de poursuivre l'enquête, seul.

- Oh ! Il y a une fille à la porte !

- Mais c'est pas une fille ! C'est mon… Frère ! Nan, mon…Oncle ! Alors c'est…. Mon père, à bah non ça peut pas être mon père ! Enfin c'est Hisoka, quoi !

- Mais alors, c'est un travesti ?

- Non ! Enfin, je sais pas ! Hisoka, t'es un travesti ?

- Quand tu auras repris gentiment tes esprits, tu me rejoindras où tu sais si tu n'aies pas perdu la mémoire d'ici là ! Au fait, pour répondre à ta question, je ne suis pas un travesti.

Hisoka quitta alors le petit salon en claquant la porte. Il était furieux contre son partenaire d'être aussi irresponsable, son patron pour la même raison, contre lui-même pour les avoirs laissés ensemble, contre Konoe pour les avoirs envoyés dans une famille de fous et contre Watari de ne pas s'être occupé de cette mission qui était dans sa zone. Marchant sans se demander où il allait ou s'il prenait le bon chemin. Il avançait seul et souvent, les gens oublient qu'il est difficile de poursuivre une route sans compagnon, sans ami, sans moitié.

Cependant il s'interrompit en entendant le bruit d'un puissant moteur venant perturber la paisible ambiance qui régnait en ce lieu. Intrigué, le jeune empathe s'approcha de la fenêtre la plus proche et vit dans la cour deux voitures de sport : l'une rouge et l'autre jaune. Toutes deux étaient flamboyantes, sans aucune trace de rayure ou de quelconques saletés. La portière côté passager de la voiture rouge s'ouvrit et une jeune femme sortit du véhicule. Cela tenait du miracle qu'elle puisse tenir debout avec des talons aiguilles sur le gravier sans vaciller, qu'elle n'ait pas froid avec son mini-short malgré les températures en dessous de la moyenne de saison et que ses cheveux roux puissent tenir dans la coiffure qu'elle avait adoptée. Une sorte de chignon avec des nattes et des mèches qui retombaient sur son visage barbouillé de maquillage. S'il n'y avait pas les voitures de sport, Hisoka aurait pensé qu'il s'agissait d'une prostituée. Celle-ci fut aussitôt accueillie par le majordome et sa fille puis le fils cadet de la famille et sa mère qui faisait la moue. Kyoko frottait nerveusement ses bras recouverts de son châle comme si elle voulait se réchauffer. Ce fut elle qui prit en premier la parole :

- Et bien, pour quelqu'un qui devait arriver à dix heures et demie, je te trouve bien en avance, même trop. Il est neuf vingt-cinq, on ne s'est pas préparé psychologiquement à ta venue.

- Ouais, ouais moi aussi je suis contente de te voir Kyoko !

Sans accorder le moindre regard à sa belle-mère, la jeune femme se précipita vers le fils cadet de celle-ci et lui sauta dans les bras. Le pauvre jeune homme eut un mouvement de recul lorsque le poids de la nouvelle arrivée lui tomba sur ses épaules. Elle commença à l'embrasser dans le cou remontant vers la joue puis vers les lèvres du brun.

- Kazu ! Je suis très content de te voir, mais là tu m'écrases !

- Oh mon Ginji chéri ! Tu m'as tellement manqué ! Si tu n'étais pas aussi coincé, on aurait fait l'amour comme ça, dans la cour !

- Mais… On n'est pas encore marié…

Ladite Kazu arrêta ses baisers puis regarda le jeune homme en faisant la moue.

- C'est bien ce que je disais : si tu n'étais pas aussi coincé !

La jeune femme lâcha prise et, paressant plus calme, elle se rapprocha de la porte d'entrée en hochant la tête, comme une enfant gâtée n'ayant pas eu ce qu'elle voulait. Témoin de ce pitoyable spectacle, Hisoka poursuivit sa route, moins irrité qu'auparavant : il devait l'admettre, cette arrivée lui avait été plutôt récréative. Pourtant, le jeune homme avait encore l'image de son partenaire ivre avec son temporel patron riant aux éclats. Même s'il s'était diverti en regardant ce qui aurait pu être une représentation théâtrale, il n'arrivait pas à pardonner son compagnon. Soupirant une énième fois avant d'entrer dans leur dortoir.


Le compagnon en question essayait tant bien que mal de reprendre ses esprits. La venue de son ami le tourmentait : quel était cet endroit qu'il connaissait et où il devait le rejoindre ? Pourquoi Hisoka était-il si furieux ? Pourquoi avait-il si mal à la tête ? Malheureusement pour lui, plus il réfléchissait et plus sa migraine était forte. Et la personne qui se trouvait à ses côtés n'avait pas l'air de se soucier de quoi que ce soit puisqu'il allumait tranquillement sa pipe, bien qu'il restât tout aussi rouge. Tsuzuki avait envie de vomir rien que de sentir l'odeur du tabac. Il ne comprenait pas comment le chef de famille pouvait fumer après avoir autant bu. Celui-ci se leva, non sans difficultés puis s'approcha de la fenêtre la plus proche en titubant. Il s'approcha le plus possible de la fenêtre, observa ce qui se trouvait à l'extérieur et s'écria :

- Oh mais c'est pas vrai ! Elle est en avance !

Le vieil homme inspira une bonne bouffée de tabac puis tendit la pipe au shinigami :

- Tenez, c'est sain quand on a beaucoup bu. Ensuite vous prendrez un thé et vous irez vous vider dans les toilettes. Moi je vous laisse, je dois accueillir quelqu'un.

- Quelqu'un ? Vous parlez de… La personne dont vous parliez… Tout à l'heure ?

- Oui, mon cher, ma future petite fille par alliance. Vous nous rejoindrez pour le verre de bienvenue ?

Le mot « verre » sous-entendant le contenu de l'objet, donna une horrible envie de vomir à Tsuzuki. Il du mettre la main devant sa bouche pour ne pas avoir à rendre ce qui se trouvait dans son estomac. Mais au lieu de prendre un air dégoûté, le vieil héritier semblait s'amuser de l'état de son employé :

- J'en conclus que la réponse est « non » ! Dommage.

Fumihiro Burns entraîna le jeune homme hors de la pièce. Cette fois, sa démarche était fluide, sans aucun pas de travers. Comme s'il n'avait pas bu une goutte d'alcool.

- Monsieur… Vous vous êtes moqué de moi… ! Vous n'avez pas bu… Je suis sûr que c'était pour de faux que vous avez bu… Oh ma tête…

La migraine se faisait de plus en plus forte chaque fois que Tsuzuki tentait de réfléchir ou alors à chaque fois qu'il faisait un pas.

- Non, je ne me suis pas moqué de vous. J'ai simplement l'habitude de boire sachant que je devrais vite reprendre mes esprits. Je me doute bien que vous savez tenir l'alcool mais, voyez-vous, c'est là toute la différence entre boire le matin à neuf heures et en soirée avec ses camarades, collègues ou amis.

- Je… J'ai pas… Tout compris…

- Tout ce que je vous conseille c'est de faire ce que je vous ai dit : fumer un cigare, boire un thé et allez vider tout cela aux toilettes.

Le vieil homme abandonna son employé puis fit quelques pas sur sa droite avant de s'arrêter net pour intercepter une jeune rouquine qui lui sautait dans les bras.

- Papi Fumihiro ! Espèce d'alcolo de pacotilles ! Tu t'es encore soûlé au vin, je t'ai pourtant dit que le saké, c'est meilleur !

- Tu m'en a apporté au moins ? parce que c'est bien beau la théorie, mais tu sais que je préfère la pratique.

- Tu me prends pour qui ?

Pas une seule fois Tsuzuki n'avait entendu les mots « bonjour » ou « je suis content de te voir » ou alors « tu m'as manqué » pourtant l'euphorie de se retrouver était bien présente. Le shinigami comprenait, malgré son mal de tête, pourquoi le vieux propriétaire était heureux de recevoir la nouvelle venue : elle et lui avaient une passion en commun, l'alcool. Le jeune homme ressentait comme une sorte de peur en s'imaginant les deux personnes ivres mortes.

- Papi, ton petit-fils est aussi coincé que ta fille : il a pas voulu et veut pas me faire l'amour !

- Mais tu sais bien qu'il ignore la chance qu'il a d'avoir une fiancée si merveilleuse ! Moi, je te l'aurais bien fait tout de suite si nous n'avions pas ce futur lien de parenté, je suis encore vigoureux pour mon âge !

C'est là que Tsuzuki retira ce qu'il avait pensé précédemment : à présent, il avait peur. Et sa présence ne tarda pas à être remarquée :

- Fumi ? C'est qui le bel abruti fini qui nous regarde ?

- Lui ? C'est le nouveau domestique, il est venu hier avec son petit cousin… Ou son frère… Ou sa tante… Enfin je sais plus.

- Tu crois que lui voudra me faire l'amour ?

- Kazu, là ça tient de la nymphomanie !

Dès lors que Tsuzuki aperçut qu'il était devenu le sujet de conversation des deux échappés d'asile, il eut comme un sorte de frisson qui s'accentua lorsque la jeune femme évoqua les mots « me faire l'amour » en parlant du pauvre jeune homme. Kazu n'était pas du tout son genre : trop sûre d'elle, sans aucune timidité et infatigable que ce soit dans la vie quotidienne ou au lit. Il préférait les personnes plus introverties, pas coincées non plus, mais qui possédaient une certaine pudeur. Les voir rougir, cacher leur nudité en se tortillant, il trouvait cela adorable. D'autres pourraient qualifier ces attitudes puériles et agaçantes, mais Tsuzuki n'avait jamais et ne faisait pas et ferait jamais parti de ces personnes. Puisque pour lui, les Bimbos qui se moquent lorsque leur partenaire parce que celui-ci veut être doux et s'énervent lorsque ce même homme veut se la jouer « animal », ne l'attiraient pas du tout. Au contraire, il les trouvait presque repoussantes. Et comme il avait bu, le simple fait de voir la jeune femme se rapprocher de lui de manière sensuelle réveilla la nausée qui s'était momentanément calmée.

Accrochant ses bras légèrement hâlés autour du cou du shinigami qui comparait ceux-ci à des tentacules. Oui, il avait trouvé à quoi ressemblait la jeune femme : une Bimbo Pieuvre. Un mollusque recouvert de maquillage et de vêtements au plus court possible. Un post-hit sur le front sur lequel il est marqué « Je ne suis pas Stripteaseuse, mais si voulez, je peux me déshabiller » et attrapant de ses tentacules les pauvres victimes qui ont tenté de fuir. Cependant, Tsuzuki ne savait pas comment repousser ce monstre coriace qui commençait à attaquer du regard son adversaire.


Au dortoir des deux shinigamis et grenier, Hisoka désespérait de ne rien trouver ou juste des morceaux de bois, de verre, des toiles d'araignée et toutes sorte d'espèces animales comme des cafards, des rats et de nombreux insectes. Malgré tous ses efforts, le jeune shinigami n'avançait en rien dans ses recherches en solo. Il ne lui restait que deux pièces, cependant, celles-ci étaient séparées du reste de l'étage par une sorte de marécage de poutres disposées dans le couloir. Même si le bois était pourri et se cassait au simple contact, elles représentaient quand même un obstacle de taille car l'empathe devait traverser ce labyrinthe sans en toucher les parois pour éviter qu'elles ne lui retombent dessus. Le fait de recevoir des poutres de bois sur la tête n'était pas agréable, également pour les shinigamis même s'ils étaient déjà morts. Hisoka constata alors qu'il était impossible de traverser debout et n'eut pas d'autres choix que de le faire à quatre pattes. Pour se motiver, il se dit que la situation aurait pu être pire et qu'il aurait pu se retrouver à le faire en rampant. Sauf qu'il avait oublié quelque chose : il portait encore la robe qui se trouvait être son uniforme.

Aussitôt qu'il eut commencé, les frous-frous et les nœuds s'emmêlèrent avec les morceaux de bois et les vieux clous. Les tissus se déchirèrent lorsque le jeune shinigami tira dessus pour se dégager et poursuivre sa route. Mais lorsque ce n'était pas sa robe qui était abîmée, c'était sa peau qui subissait les entailles des pointes de métal. Le sang s'écoulait lentement sur ses joues puis remontait jusqu'aux plaies qui se refermaient doucement. L'une des poutres retomba d'un seul coup sur son dos qui se cambra sous le choc et la douleur.

Lorsqu'il se redressa à la sortie de son labyrinthe, Hisoka constata les dégâts que son obstacle avait causé : de nombreux hématomes sur les jambes, des griffures et des entailles sur les bras et sur le visage et un horrible mal de dos. Mais celui-ci commençait à s'atténuer et ses autres égratignures se cicatrisaient. Le temps de reprendre ses esprits, Hisoka observa le reste des « appartements » qu'il n'avait pas fouillé, Les murs étaient plus sales que ceux qui se trouvaient au-delà du mur de bois, ce qui devaient être des fenêtres, étaient barricadés ainsi que les portes. Pourtant, Hisoka n'eut aucun mal à dégager les planches qui bloquaient l'accès. Plus il retirait les morceaux de bois et plus l'empathe commençait à angoisser en se demandant ce qu'il trouverait à l'intérieur, peut être qu'il a traversé ce labyrinthe de poutres en vain et devrait le passer à nouveau ou peut être que, justement il allait faire une découverte hors du commun. Tremblant, il approcha lentement sa main de la poignée et la tourna d'un mouvement sec.

- Allons, c'est pas parce que Tsuzuki n'est pas là qu'il faut se décourager.

Il poussa la porte un peu trop brusquement car celle-ci se détacha du mur auquel elle était rattachée. Elle restait tout de même debout que parce que Hisoka tenait encore la poignée du cadavre de la porte d'un air mi-interloqué et mi-blasé. Il désirait que cette mission se termine au plus vite que lui et son imbécile de partenaire puissent quitter cette maison de rescapés d'asiles et d'ivrognes.

La pièce n'était pas aussi vide que les autres, mais avait subi de nombreux dommages et semblait plus spacieuse : elle était composée d'un lit à baldaquin dont la tenture était en lambeaux, un tapis ciselé, des meubles de-ci de-là et un imposant miroir au fond de la pièce brisé… Hisoka observa quelques instants son reflet en mille morceaux l'air soucieux. Quelque chose ne collait pas dans ce qu'il voyait. Subitement, son attention se porta sur une armoire délabrée dont l'une des deux portes s'ouvrait et se refermait continuellement dans un petit grincement agaçant. Comme attiré par le meuble abandonné, le jeune empathe s'accroupit devant la porte battante et, machinalement, il l'ouvrit entièrement. Comme il le pensait auparavant, il ne trouva rien à part de nombreux insectes squatteurs. Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, le jeune homme entendit quelque chose heurter le sol dans un « boum » résonnant dans toute la pièce. Hisoka se retourna et découvrit à sa grande surprise, une petite forme étendue sur le sol. Il s'abaissa à nouveau et pris l'objet délicatement dans ses mains. Emmaillotée sous une couche de vêtements, la chose avait perdu une jambe, sa main gauche et ses yeux. Ses cheveux supposés être blonds comme les blés avaient adopté les couleurs des appartement ne laissant apparaître que quelques reflets dorés. Même si son visage de porcelaine était tombé face contre sol, celui-ci était pourtant immaculé. Hisoka serra doucement la poupée de ses doigts. Il ne comprenait comment elle avait pu apparaître de nulle part et le rendre si perplexe. Sa première pensée fut de la montrer au plus vite à Tsuzuki.

Le retour fut plus ardu que l'allée, la précipitation faisait que le jeune homme ne prenait plus la peine d'éviter les poutres de bois et beaucoup lui retombaient dessus, lui causant de nombreux dommages physiques. Même si ses blessures étaient éphémères, Hisoka ressentait tout de même la douleur et grimaçait lorsque les vieux clous qui dépassaient des morceaux de bois heurtaient son corps. Il soupira d'aise lorsqu'il atteignit la sortie de ce labyrinthe et fila vers la porte menant au reste du manoir. Trop pressé de retrouver son ami, l'empathe ne prit pas la peine de s'arrêter pour enjamber la dernière poutre disposée à une certaine hauteur, préférant sauter par-dessus. Grossière erreur. Hélas, le sol était déjà trop fragile pour supporter le poids de deux hommes marchant aux pas, alors lorsque les pieds d'Hisoka retombèrent lourdement à terre, ce qui restait du parquet céda sous l'impact. Le jeune homme testa involontairement la téléportation du grenier à l'étage du dessous. Fort heureusement, sa chute fut interceptée par quelque chose ou quelqu'un qui fût aussi surpris et assommé de recevoir une personne sur sa pauvre existence.

- Aïe ! Hisoka, la prochaine fois que tu arrives à l'improviste, passe par un autre endroit que pas le plafond !

Tsuzuki bénissait le fait qu'il soit un shinigami et qu'il ne puisse pas mourir, parce qu'il sentait que sinon, le traumatisme crânien qu'il venait de subir lui aurait été fatal. Cependant, quelques secondes précédant le choc, une jeune femme s'apprêtait à l'embrasser et plus si affinités. Le plus jeune tombait bien en quelques sortes. Cette même femme s'était reculée de quelques pas et observa d'un air révolté les deux shinigamis : Hisoka était assis sur le ventre de Tsuzuki, ses jambes gisant sur le côté tandis que celles de son aîné étaient repliées. Kazu tapa le sol de son pied, puis, partit vexée suivie du propriétaire du manoir qui tentait en vain de la calmer. Hisoka ne comprit pas tout de suite la raison de cette colère qu'il ressentait en elle.

- Qu'est ce qu'elle a ?

- On va dire que ta chute a perturbé ces plans et m'a sorti d'un pétrin que tu ne peux pas imaginer.

- Si, je crois que je devine mais j'aimerais enlever cette image de ma tête.

- Haha, oui, ça vaut mieux !

Personne n'aurait compris la raison des éclats de rires qui suivirent. Nervosité ? Fatigue ? Un piètre sens de l'humour ? Dans tous les cas, même si son hilarité se traduisait par un petit sourire, Hisoka se sentait à son aise. Jamais, auparavant il n'avait été aussi détendu. Cependant, il avait oublié qu'il était assis sur son partenaire.

- Je suis désolé, je dois t'écraser. Je ferais mieux de me lever.

- Non ! Enfin… Je veux dire… C'est pas que je ne veux pas que tu te lèves, c'est surtout parce que je veux dire que… Tu ne m'écrases pas du tout.

Pourtant, tous deux se levèrent en s'époussetant pour retirer toute la poussière de leurs habits. Ils se mirent ensuite en route parlant de leur matinée. Le plus jeune raconta son aventure dans leurs appartements.

- Il y avait une pièce tout au fond du couloir. À la base, je pense qu'on ne pouvait pas passer mais j'ai quand même réussi. C'était… Comment dire… Bizarre. J'avais l'impression de ne pas être tout seul. Il y avait une sorte de miroir, mais quand j'y ai jeté un œil, je ne me suis pas reconnu. C'était pourtant bien moi, mais j'avais l'impression que ce n'était pas mon reflet. Et puis… Il y a eu cette armoire bizarre… J'ai été comme attiré vers une vieille armoire et j'y ai trouvé ceci. Enfin… Elle est surtout tombée de nulle part.

Il tendit la petite poupée de porcelaine à Tsuzuki qui observa attentivement le cadavre du pauvre jouet. Il la tourna, la retourna, sentit son odeur, toucha son visage, ses cheveux poussiéreux et tâta les tissus de ses vêtements.

- Une chose est sûre, ce n'est pas une poupée de collection. C'est un jouet pour petite fille. Celles qui sont destinées à la décoration sont plus grande, leurs membres sont immobiles tandis que les siens sont souples.

- Repasse pour voir.

Hisoka voulu s'emparer à nouveau de la petite chose, mais lorsque ses doigts rentrèrent en contact avec le jouet, l'empathe fut coupé du monde réel et eut de nombreux flashs incompréhensibles :

« Une enfant jouant avec sa poupée dans une chambre pouvant rendre jalouses toutes les petites filles de son âge. Un homme rentrant dans la pièce, son visage n'était pas discernable, mais il semblait grand et fort. La petite fille se précipita dans les bras de l'homme en criant :

- Papa !

- Ma petite Margaret, tu es encore plus belle qu'hier et demain je suis sûr que tu le seras encore plus. Alors, tu lui as donné un nom à ta poupée ?

- Oui, j 'ai pensé à Victoria, c'est joli non ?

- C'est magnifique, bon on le prend ce thé ?

Puis ce fut le noir complet, seul des voix se faisaient entendre :

« Papa ? Pourquoi je n'ai jamais le droit de sortir de mes appartements ? »

« Papa ? Je n'arrive plus à passer par les portes, je suis trop grande maintenant. »

« Lâche-moi ! Qu'est ce que tu fais ? Arrête ! Tu me fais mal ! »

« Maintenant le sang des Burns ne sera plus souillé. » »

Les flashs s'arrêtèrent brutalement, le jeune empathe repris ses esprits. Il se trouvait toujours dans le couloir, son ami le regardait avec inquiétude. La poupée était à ce moment à terre, au loin, comme observant de ses yeux qu'elle n'avait plus les deux hommes. Tsuzuki regardait son partenaire tremblant de tout son être, sans pouvoir faire quoi que ce soit.

- Quand j'ai vu que tu étais dans un état second à cause de la poupée, j'ai eu comme réflexe de la jeter. J'espère qu'elle n'est pas cassée, enfin… Qu'elle ne le soit pas un peu plus.

Cependant le jeune homme n'eut aucune réponse, son partenaire venait de tomber sur le sol, inconscient.

À suivre...

Bouh celui-là, j'ai bien cru que ma flemme allait prendre le dessus sur ma volonté à terminer ce chapitre. Enfin bon ça va j'ai réussi, c'est le principal.

Phrase à retenir : "il vaut mieux se taire et avoir l'air con que parler et en donner la certitude." HAHA, j'adore !