Chapitre 7

Les cris avaient alerté le reste de la famille qui n'avait mis que quelques minutes pour trouver la scène du meurtre. Tous étaient tétanisés, seul Ginji et Hannah pleuraient la mort d'une femme aimante. Cependant la peur et le choc régnaient parmi les sentiments humains. Ce fut Tsuzuki qui s'avança le plus du reste de la jeune femme. Il s'accroupit devant le message écarlate et le toucha du bout de ses doigts. Le sang était encore frais et quelques gouttes tachèrent les doigts du shinigami qui ne se posait qu'une seule question : où était le corps ? Il se retourna vers la petite troupe : Hannah pleurait dans les bras de son père qui tentait de conserver son calme. Kazu était à genoux et transpirait semblait arracher ses cheveux en essayant de respirer normalement. Fumihiro tamponnait la sueur de son front, ses yeux ne pouvant se détacher du morceau de cadavre, Kyoko se cachait dans la chemise de son époux choqué pour ne pas avoir à regarder l'horrible spectacle au pied de l'arbre. L'aîné des enfants de la famille venait de finir de vomir son déjeuner et le cadet pleurait toutes les larmes de son corps l'épouvantable mort de sa fiancée. Quant à Bacchi, il venait de sortir un chapelet et récitait, accroché à la croix de bois, de nombreuses prières dans sa langue maternelle. Hisoka observait son partenaire implorant son aide afin que les émotions fortes des êtres apeurés. Calmement, Tsuzuki se redressa puis, sans adresser le moindre regard au reste de la troupe, fit quelques pas à l'écart. Le coupable était un être de chair et de sang puisque sinon Hisoka et lui-même l'auraient ressenti lorsqu'ils étaient, accompagnés des deux jeunes filles, tapis dans les buissons. Mais si l'Enma Cho était mêlé à cette affaire, cela voulait dire que les victimes avaient été sauvagement été assassinées par soit un démon parasite qui aurait pris la forme d'un humain ou un être vampirique tel un certain docteur. Dans les deux cas, le meurtrier était forcément l'un d'entre eux.

« Il vaudrait mieux rentrer au manoir. », Dit-il, sans une once d'hésitation.

Tout le long du trajet, pédestre et routier, personne ne prit la parole. Tous étaient encore sous le choc et auraient nécessité de gros efforts pour ouvrir la bouche et émettre un son quelconque. Même les shinigamis restèrent silencieux, non par peur ou par bouleversement, mais par respect envers la défunte et ceux qui la pleuraient réellement. De plus, leur éventuelle conversation aurait pris une tournure qui aurait été révélatrice de leur identité. Ainsi, tous rejoignirent l'importante demeure sans un mot et s'installèrent dans le salon sans prêter la moindre attention à leurs actions. Les domestiques avachies sur les canapés de cuir, le grand père assis sur le tapis en fumant sa pipe, le père buvant tel un ivrogne une bouteille de saint-émilion, le fils aîné rongeant ses ongles jusqu'au sang, le cadet liquidant une après une les boîtes de mouchoirs et la seule belle-fille faisant les cent pas dans la pièce. Tous avaient perdu leurs valeurs propres à leurs statuts, excepté l'unique fille du chef de famille. Kyoko, épinglant son chignon, restait la seule qui semblait reprendre ses esprits.

- Et bien, un peu de tenue ! La mort de Kaori est une tragédie épouvantable à laquelle je suis particulièrement bouleversée, mais la vie continue. Je suis sûre qu'elle aurait aimé que nous allions de l'avant.

- Oh arrêtez ! Vous êtes mal placée pour parler au nom de Kaori.

Tous les regards s'attardèrent sur Kazu qui venait de cesser sa marche autour du salon. La rouquine fixait avec fureur sa belle-mère qui, outrée de l'attitude de sa bru, tentait tant bien que mal de ne pas gifler la jeune fille.

- Je comprends très bien ta colère, mais t'énerver sur moi ne mènera à rien.

- Parce que vous croyez que vos belles paroles mènent à quelque chose ?

- Au moins je ne suis pas là à me morfondre. Écoute, va dans tes appartements et je suis sûre qu'après une bonne nuit de sommeil, tu te sentiras mieux.

- Vous croyez que j'aurai fait mon deuil au bout d'une nuit de sommeil ? Je ne suis pas comme vous, j'ai des sentiments moi ! Je ne me préoccupe pas uniquement d'un titre de noblesse que je n'ai pas.

- Pardon ?

- Oh allez, arrête de faire ta scandalisée ! Tout le monde sait, au Japon, que votre ô combien « glorieux » ancêtre n'était pas plus noble que je ne suis aveugle et sourde ! Seulement, il n'y a que toi à y croire et rabaisser tout le monde ! Je te hais, salope !

Le claquement d'une main contre joue résonna dans toute la pièce. Avant que Kyoko ne le fasse, Ginji avait abandonné ses mouchoirs pour gifler la rousse. Celle-ci délaissa sa colère pour laisser place à la stupeur. Elle observa de ses yeux écarquillés son fiancé qui faisait tout pour ne pas croiser son regard troublé.

- Insulte ma famille si tu veux, je comprends tout à fait que tu réagisses comme ça, mais je t'interdis d'insulter ma mère. Va te coucher pour te calmer si tu veux, mais sache que je regrette pas du tout mon geste.

Honteuse, Kazu quitta la pièce sans adresser un seul regard à sa belle-mère qui, la tête haute, remettait quelques mèches rebelles derrière son oreille. Quant au reste de la troupe, tous essayèrent de se faire le plus discret possible et ne pas se mêler à la dispute. Hannah regardait tout de même avec désolation, son amante sortir du salon. Hisoka, quant à lui, essayait tant bien que mal de ne pas défaillir: la colère de Kyoko et de son fils et sa belle-fille lui avait donné la migraine et le fait de serrer les dents sous le coup de la douleur n'arrangeait pas les choses. Heureusement, Tsuzuki qui gardait un œil sur lui depuis le début de la querelle avait remarqué que son partenaire n'était pas au meilleur de sa forme. Ainsi, il profita de l'agitation pour s'isoler avec son ami. Ils marchèrent un peu le long du corridor sans échanger un mot. Puis Tsuzuki s'arrêta devant une petite statuette de bronze où il prit appui sur le socle.

- Je commence à détester cette mission.

- Ah ? Tu commences simplement ?

L'atmosphère se détendit légèrement. Même si les deux shinigamis étaient très proches, le fait de se trouver dans un endroit où ils pouvaient être surpris à tous moments étaient assez stressant.

- Non, sérieusement j'en ai marre. La personne la plus sensée est morte. Entre ceux qui règlent leurs comptes et ceux qui ont trop peur pour faire quoi que ce soit, on n'est pas sorti de l'auberge.

- Tu penses que c'est l'un d'eux le responsable ?

- Je ne pense pas, j'en suis sûr. Le sang de Kaori était encore frais, il ne s'est pas écoulé dix secondes entre le moment où elle a crié et le moment où l'a découverte. Et pourtant, il n'y avait personne là-bas, j'ai eu beau regarder, il n'y avait pas un chat.

- Moi non plus, je n'ai ressenti la présence de personne. Mais il y a quelque chose qui me chiffonne… Quand on était caché avec Kazu et Hannah, lorsque l'assassin est passé alors qu'on pensait que c'était Kaori, je n'ai rien ressenti : pas une émotion, une pensée, rien… Kaori ou un autre être vivant aurait eu un minimum de sentiment. En plus, nous étions à quatre dans un même buisson, ce qui n'est pas d'une extrême discrétion. Je devine qu'il nous a vus et pourtant rien… Ça ne peut pas être l'un d'entre eux.

- Ca voudrait dire que le responsable ne tuerait pas comme ça, au hasard.

- Déjà si c'était un membre de la famille, il n'aurait pas tué Kaori comme ça.

Les shinigamis réfléchirent un instant, puis reprirent leur marche le long du corridor. Pendant leur route, ils croisèrent Robert qui seul, la tête haute, continuait son travail malgré la situation tragique. Leurs pas les conduisirent jusqu'à ce qui était censés être leurs appartements. Ils s'installèrent sur les derniers endroits qui avaient échappé à l'appétit féroce des mites et le squat des araignées. Leur silence déterminait leur hésitation à reprendre la conversation qu'ils avaient délaissée le temps de leur migration. Puis, après quelques regards échangés et quelques sourires gênés, la discussion reprit son cours :

- Déjà, ce n'est pas un démon qui contrôle l'un d'eux, je suppose que tu l'aurais ressenti comme avec moi et le seul démon qui avait l'habitude de décapiter ses victimes a été réduit en cendres, il y a plus de cinquante ans.

- Et ce n'est pas quelqu'un de l'extérieur, on l'aurait vu s'enfuir en découvrant Kaori.

Ils replongèrent dans leur réflexion silencieuse : quel lien y avait-il entre l'une des familles les plus fortunées du pays et ces ignobles meurtres commis par un être qui ne ressemblait pas à un humain ? L'affaire était d'autant plus épineuse du fait qu'il s'agissait d'une dynastie importante et le meurtre de l'héritière d'une autre famille prestigieuse ne passerait pas inaperçu. Soudain, une autre question s'ajouta :

- Au fait, pourquoi on est là précisément ? Le vieux Konoe ne nous a pas demandé de trouver un coupable, simplement de s'infiltrer dans la demeure et de découvrir ce que faisait le corps d'Akira Matsuda ici. Il n'a jamais été mentionné de trouver la cause des meurtres.

- Pas con, mais l'un entraîne l'autre. Si on parvient à trouver comment le gamin s'est retrouvé ici, on aura automatiquement la main sur l'assassin.

- Cependant, Konoe a aussi précisé que la mission devait rester secrète donc le fait d' « arrêter » l'un des leurs va faire beaucoup de bruit et créer des tensions, notamment avec l'équipe d'Angleterre.

Tsuzuki faisait les cent pas. Ce que disait son partenaire était tout à fait possible et accentuait leurs problèmes initiaux. Sous les lattes de bois grinçant sous ses pieds, le shinigami continuait de réfléchir aux complications que lui et son compagnon de travail encouraient. Le risque était trop important pour l'affronter tête baissée. Ils avaient besoin d'une aide supérieure.

- Je vais envoyer un message à l'Enma Cho pour les avertir de notre problème.

Le jeune homme lâcha de sa fenêtre l'oiseau aux ailes flamboyantes. Tandis que l'animal disparaissait dans le ciel jusqu'à devenir un point de lumière parmi les nuages obscurs, la porte se mit à grincer et une petite tête blonde pénétra dans la pièce délabrée. Aussi pâle qu'un cadavre, la mine dépitée, Hannah s'approcha tant que ses jambes pouvaient la supporter et se laissèrent tomber, telle une poupée de chiffon, sur le lit où Hisoka était déjà installé. Elle tendit une enveloppe à Tsuzuki qui s'approcha de la jeune servante et saisit l'objet. Intrigué, il observa de ses yeux améthyste le recto de l'enveloppe où il vit juste, d'une écriture ronde et soignée, : « Monsieur Tsuzuki ».

- Quelques heures avant sa mort, Kaori m'avait demandé de vous donné ceci. Je voulais vous le donner pendant le cache-cache, mais il faut dire que sa mort nous a prit de court.

- Tu sais de quoi il est question ?

- Je devine, mais je n'en suis pas sûre à cent pour cent.

Par des mouvements minutieux, Tsuzuki déchira l'enveloppe d'où il sortit, plié en quatre, une lettre. Il se souvint que la jeune femme l'aimait beaucoup bien qu'elle ne l'avait pas beaucoup connu. Il enviait ce genre de personne : celles qui pouvaient aimer d'autres à l'aide d'un simple regard. La culpabilité s'empara de lui de même que les larmes ruisselaient le long de ses joues : il aurait tant voulu la protéger, empêcher sa mort. Hélas, il était arrivé trop tard. Kaori était décédée dans d'atroces circonstances et, malgré son souhait, il ne pouvait revenir en arrière et changer le passé. Le shinigami déplia soigneusement la lettre et lut à voix basse :

« Cher Monsieur Tsuzuki,

Sachez avant toutes choses que, si je vous écris, c'est avant tout parce que je vous aime. Je devine que mes sentiments ne sont pas réciproques puisque je ne pense pas être le genre de femme qui vous convienne. Cependant, lisez à tout prix la suite de cette lettre que je vous adresse et par pitié, prenez en compte ce que j'ai à vous dire.

Quittez cet endroit, partez loin d'ici. Je ne dis pas cela pour vous chasser mais pour vous protéger. Vous savez, si toutes les domestiques ont été renvoyées, ce n'est pas à cause de mon fiancé infidèle, mais parce qu'il y a quelque chose ici qui ne tourne pas rond. Il y a peu de temps, une jardinière du nom de Kazumi Fujiwara avait découvert quelque chose, dont malheureusement j'ignore la nature, dans le manoir. Pour ne pas éveiller les soupçons, ces pervers d'Ogawa Burns ont licencié tout le monde sauf Robert et Hannah et quelques semaines plus tard, la disparition de Kazumi est prononcée au journal télévisé. Vous me direz «Il y a des tonnes de personne qui disparaissent ou se font assassiner à Tokyo », mais je suis sûre qu'il y a un rapport avec ce qu'elle a trouvé ici. Etant donné que j'ai bel et bien vu que vous étiez intrigués par les mystères de ce manoir, je vous mets en garde.

P.S. : Je sais que ma fin est proche, j'en sais trop et ils le savent. Je vous avoue que j'ai peur de la mort, mais ne vous mêlez pas de cela sinon, ils pourraient s'en prendre à vous

Adieu,

xxKaori M. »

À la fois choqué et frustré par ce qu'il venait de lire, Tsuzuki se mit à oublier de pleurer la jeune femme pour se concentrer de nouveau sur l'enquête. Il redressa ses yeux et plongea son regard dans celui de la dernière arrivée dans la pièce. Celle-ci ne faisait plus attention à son entourage. Complètement dans son monde, elle ne remarquait pas que deux paires d'yeux étaient braquées sur elle.

- C'est de ma faute…

- Pardon ?

- J'étais au courant…

- Au courant de quoi, Hannah ?

- Si j'avais pas été aussi égoïste, Kaori serait encore là.

La respiration de la servante s'accéléra. Au fur et à mesure, l'angoisse s'emparait d'elle : ses yeux noisette s'écarquillèrent tandis que son regard s'égarait de droite à gauche. Ses petits doigts laiteux agrippèrent ses cheveux fins et dorés devenus humides par la transpiration. La panique était telle que la jeune fille poussa un cri hystérique lorsqu'une grande main rassurante effleura doucement son épaule. Quand elle découvrit les deux shinigamis inquiets l'observer. En voyant leurs regards à la fois réconfortants et interrogateurs, la soubrette n'eut d'autre choix que de poursuivre, le plus calmement possible, son récit :

- C'était le mois dernier, quand Kaori était revenu de son séjour chez ses parents, je voulais lui apporter un rafraîchissement et discuter un peu, puisque je la connais depuis qu'elle est fiancée à Daiki, c'est-à-dire depuis douze ans. Quand je me suis approché de la porte, j'ai entendu qu'elle parlait avec quelqu'un. Comme elle avait l'air apeurée, j'avais voulu savoir ce qu'il se passait : elle devait parler à quelqu'un de sa famille, parce qu'elle était très réservée et qu'elle ne se serait jamais confiée de la sorte à un inconnu. Elle disait qu'elle voulait repartir et annuler son mariage, qu'elle avait peur et qu'elle allait mourir. La personne au bout du fil ne devait pas la prendre au sérieux puisqu'elle s'énervait et paniquait. Elle hurlait et disait que sa belle-famille cachait quelque chose qu'elle avait découvert et qu'ils savaient tout… Si je n'avais pas été aussi égoïste et si je ne l'avais pas laissée pour rester avec Kazu, elle serait encore là… À deux ou trois, le salaud qui a fait ça ne l'aurait jamais tuée. Mais j'ai été bête… C'est ma bêtise qui l'a tuée.

- Non.

Cette fois, l'attention se porta sur l'empathe qui faisait tout pour ignorer les regards pesants des autres personnes. Il croisa les bras sur sa poitrine, puis prit une longue inspiration avant de continuer sa lancée :

- De toute façon, le tueur aurait trouvé une autre occasion pour la tuer, et ce n'est pas parce que vous êtes plusieurs que vous êtes invulnérables, au contraire : un groupe de jeunes filles peut être une proie idéale pour les pervers.

Cette simple réplique eut pour effet de calmer légèrement la jeune fille. Cependant, elle était encore sous le choc et toute cette pression envolée qu'elle s'infligeait provoqua une longue crise de larmes. Elle pleurait à la fois la perte de son amie, sa meilleure amie, une jeune femme douce et pleine de générosité et à la fois parce qu'elle ne savait plus quoi penser : était-ce de sa faute ou au contraire ne devait-elle pas culpabiliser ? Les shinigamis s'observaient sans savoir ce que faire. Puis, sans un mot, tel un somnambule, Hannah se redressa et sortit de la pièce. Son passage quelque peu furtif accentua le doute imposé avant son arrivée. La lettre adressée à Tsuzuki et l'aveu de la servante étaient des indices indispensables dans l'affaire concernant les meurtres liés à une des familles les plus importantes du continent asiatique. Pourtant, ils ne savaient toujours pas ce que faire puisqu'ils ne connaissaient pas leur but dans la mission. Tout ce désordre dans l'affaire et la marginalité des habitants étaient sources d'agacement pour les shinigamis.

- Tu mens bien, je trouve.

- De quoi tu parles ?

- Oh, du fait que tu parles d'un pervers à Hannah pour ne pas la faire culpabiliser. Je trouve ça vraiment sympa pour elle.

- Si j'ai fait ça, c'est uniquement parce que je ne veux pas qu'elle finisse comme toi : rongée par le remords. Je pense que c'est toi le menteur de l'histoire, j'ai bien remarqué que tu te sentais coupable du meurtre de Kaori quand tu as lu sa lettre. J'ai pas tout à fait compris de quoi il était question, mais je devine qu'elle ne te faisais pas la météo de la semaine.

- Elle savais qu'elle allait mourir et je n'ai rien fait. Typique.

-Eh, c'est pas de ta faute, tu ne trouves pas ça égoïste de tout ramener à toi ! Elle t'aimais et elle aurait aimé que tu ne te mêles pas à ça, même si on y est obligé. Alors n'aie pas de regrets, s'il te plaît.

- C'est juste que c'est pas facile…

Tous deux hochèrent la tête en signe de conclusion du sujet de discussion. Néanmoins, Tsuzuki n'était pas tout à fait convaincu : quelque chose le chiffonnait et même Hisoka qui pouvait ressentir les émotions d'autrui, n'aurait pas compris de quoi il était question. Un souvenir mêlé aux faits présents tiraillaient le jeune homme :

- Tu sais, Kaori m'avait dit qu'elle me trouvait parfait. C'est la deuxième personne à me qualifier comme ça… Je ne pense pas qu'elles estiment la même chose à présent.

- Je pense qu'elles ont raison : tu es quelqu'un de gentil, attentionné, tu ne penses qu'au bonheur des autres. Pour moi, tu es parfait.

L'aîné des shinigamis observa attentivement son partenaire passer d'une teinte rosée sur les joues à un rouge cramoisi. Il ne savais pas comment réagir ? Certes il pensait la même chose de son partenaire, mais la peur s'emparait de lui : pouvait-il se permettre d'éprouver des sentiments, même quelconque, envers quelqu'un ? La seule personne qu'il avait aimée était décédée et celle qui lui ressemblait était morte dans d'atroces circonstances. Tous ceux qui osaient s'approcher du grand brun aux yeux améthyste périssaient, peu importe la cause.

- Désolé, je te balance ça comme ça mais sache que c'est vrai. Je pense réellement ce que je te…

Sans avoir eut le temps de terminer sa phrase, Hisoka reçut l'impact de lèvres salées et humides contre les siennes. L'aîné des shinigamis surmontait sa frayeur en tentant ce que seul un monstre de forme humaine avait goûté. Tsuzuki comprenait les sentiments d'Adam et Eve face au serpent. Ilse laissait embobiner par un reptile invisible en croquant un fruit défendu, si épicé et si doux à la fois, si chaud et si glacial, si furtif et si interminable. Il voulait partir loin et oublier son péché, mais rester et en avoir plus en même temps. Les secondes semblaient des heures, l'empathe se laissait petit à petit aller dans le manège enchanté que lui offrît son partenaire. Doucement, les deux jeunes hommes se séparèrent. Bien qu'il ne s'agît que d'un simple contact entre leurs lèvres, ils furent chamboulés de leur proximité soudaine.

- Je suis désolé, je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je suis confus…

Cette fois, ce fut Hisoka qui coupa la parole en déposant furtivement ses lèvres sur celles de Tsuzuki qui, surpris du geste de son partenaire, écarquilla les yeux puis sourit avec béatitude. Jamais il n'aurait pensé que leur amitié irait aussi loin. Il était trop tard pour faire marche arrière et donc d'oublier leurs actions. Même si les peurs et hésitations de Tsuzuki étaient encore présentes, il savait qu'il était tombé sur la bonne personne, celle qui le soutiendra lors des coups durs ou qui l'aimera tendrement.

- Et bien, je ne savais pas que tu éprouvais ce genre de sentiments pour moi.

- Moi aussi, j'ignorais que j'avais cette attirance pour toi.

Leurs lèvres se rejoignirent de nouveau. Bien que chaste, leur baiser était un péché mortel, mais qu'importe si l'on ne fait plus parti du monde des vivants. Les doigts de l'empathe se perdaient dans les cheveux de Tsuzuki, dont la main s'apprêtait à se poser dans le creux de ses reins pour resserrer leur étreinte. Dans cette danse endiablée, ils oublièrent la raison de leur venue, leurs peurs, les évènements, la cause de leur déclaration et ne firent pas attention aux cris de haine s'élever au loin.

À suivre...

Le bisou, le bisou, le bisou... :P, ça y est je l'ai fait ma première scène de baiser (c'est la première fois que j'en décris une, du moins j'ai pas de souvenirs d'en avoir fait une). Un peu cucul la praline et assez furtif, je l'admet. Mais pour ma défense, je tiens à dire que je regardais "Orgueil et préjugés" en même temps (un peu geek, je l'avoue).

Voila voila...