Voilà le treizième chapitre, un peu plus que les autres.
J'ai remarqué que j'avais fait une boulette au niveau des prénoms. Le fils cadet de la famille et le marié par la même occasion s'appelle Ginji et non pas Hidemi. Hidemi c'est le papa. Je suis sincèrement désolée pour cette gaffe en espérant que je n'ai perdu personne en route à cause de cet incident. De toutes façons, c'est corrigé (normalement).
Chapitre 13
Courir, se trouver dans une perpétuelle quête de vitesse. Courir, partir d'un point de départ jusqu'à un point d'arrivée durant un temps minime. Courir, se déplacer rapidement, avec impétuosité, par un mouvement alternatif des jambes ou des pattes, n'ayant pendant un court instant aucun appui au sol. Courir, se déplacer en effectuant un mouvement successif et accéléré des jambes. Le verbe « courir » pouvait-il signifier partir au secours d'une mariée en danger de mort ? À vrai dire, les shinigamis se fichaient bien de savoir quelle définition correspondait à leur acte.
Ils traversaient la forêt depuis quelques minutes semblant interminables, oubliant leurs petits tracas, la relation qu'ils entretenaient avec l'autre, la raison de leur venue en ce lieu et d'autres pensées jugées secondaires. Toute leur attention se focalisait sur une seule et même personne : une jeune mariée qui avait commis l'irréparable en s'élançant dans une sorte de forêt où un prédateur l'y attendait. Pauvre proie sans défense attendant la sentence de ses mauvais choix.
Hélas, même le plus chanceux des fous ne peut se permettre d'espérer retrouver une aiguille dans une botte de paille. Au bout de plusieurs minutes, il fallait se rendre à l'évidence : seul un miracle pouvait sauver la jeune fugitive. Cette vérité ne plaisait pas aux deux shinigamis : Tsuzuki pestait, serrait les dents quitte à ce que sa tête le fasse souffrir. Il se sentait impuissant face à la situation et faisait les cent pas, tapant violemment du pied de temps à autre.
- Tsu, arrête ! Ça ne sert à rien de s'énerver !
- C'est vrai… T'as raison ! Voyons… Je pourrais survoler les arbres avec Suzaku…
- Et si on te voyait ? Je te rappelle qu'on est à deux pas de l'église où a eu lieu la cérémonie ! Et si l'on retrouve Kazu ? Comment tu lui expliqueras que tu voles sur le dos d'un phénix géant ? À la limite, si tu veux utiliser un shikigami, invoque Byakko, tu serais plus discret, mais…
L'empathe avait peut-être prononcé le reste de son discours, mais son aîné ne l'écoutait plus. Il se concentrait pour invoquer l'un de ses douze dieux protecteurs. Joignant les mains à la manière d'une prière, il murmura sa formule connue par cœur, puis se recula de quelques pas pour laisser passer un énorme tigre blanc. La somptueuse bête aux yeux d'or attendit patiemment que son maître eût grimpé sur son dos pour s'élancer à la poursuite d'une belle et jeune mariée effrontée. Le plus jeune des shinigamis, resté en retrait, observait son amant disparaître à travers l'obscurité et les feuillages. S'agrippant à un arbre environnant, il poursuivit sa phrase interrompue imaginant ce qui se serait passé si son coéquipier l'avait laissé finir.
- Mais les shikigamis ne sont pas des créatures faites pour la recherche, tu vas gaspiller ton énergie pour rien, mais fait comme tu veux Tsu. Moi, je continue à pied.
L'empathe se permit d'esquisser un maigre sourire pathétique avant de prendre un chemin au hasard. « Comme si j'avais le choix ! » pensa-t-il. Si son amant avait une fâcheuse tendance à culpabiliser pour peu de chose, le jeune homme commençait à avoir coutume de penser qu'il n'était qu'un simple fardeau pour l'aîné ou l'Enma Cho. Après tout, mis à part son pouvoir d'empathie et son intelligence, il ne possédait aucun don pouvant favoriser le travail du service des assignations des morts. De plus, il estimait que le fait de lire dans l'esprit des gens était plus handicapant que bénéfique, surtout pour un travail en binôme et que sa capacité de réflexion n'était pas exceptionnelle comparée à l'esprit stratège de Tatsumi ou la science infuse de Watari.
Hisoka en avait déjà assez de devoir rester dans le corps d'un enfant de seize ans, de toujours être considéré comme un enfant alors que s'il n'avait pas rencontré un certain médecin sadique, il aurait atteint la vingtaine et aurait pu être majeur. Bien sûr, il n'aurait jamais rencontré Tsuzuki ou même l'amour, serait certainement devenu fou à force de rester enfermé dans cette cave obscure. Comment des parents pouvait être effrayé par leur propre enfant au point de l'isoler du monde extérieur ?
De son côté, Tsuzuki s'agrippait à la fourrure du grand tigre blanc. L'animal majestueux progressait à travers les feuillages, slalomant entre les arbres, enjambant les souches et les branches basses. Le félin se faufilait gracieusement, permettant ainsi à son maître de ne pas être incommodé par divers végétaux nocifs. Néanmoins, le splendide shikigami ignorait un élément essentiel auquel Tsuzuki n'avait pas songé.
- Dis donc, Asato, qu'est-ce qu'on cherche exactement ?
- On cherche une mariée, elle est en grand danger, il faut faire vite !
- Oh doucement là ! Je ne règle pas tes histoires de cœur, moi ! Imagine que la grande Suzaku l'apprenne, je serai dans de beaux draps !
- Non, je n'ai aucun problème de cœur ! Cette fille est en danger : on doit faire vite ou ça pourrait lui être fatal ! Fais-moi confiance !
- Très bien, mais je ne sais pas où chercher moi !
Il est vrai que Tsuzuki avait omis ce petit détail. Peut-être que c'était ce que son partenaire avait l'intention de lui dire avant qu'il ne fonce tête baissée sur le dos du shikigami. Pourtant, il était trop tard pour faire demi-tour, il devait avoir confiance au grand félin le transportant.
Soudain, l'animal mythique sortit le shinigami hors de ses pensées. Aux aguets, il semblait avoir repéré quelque chose dans les feuillages. Tsuzuki s'attendait plutôt à voir sortir un lapin ou un vulgaire oiseau voulant vivre sa misérable vie de proie, mais Byakko ne semblait pas en être aussi certain. De plus, sa fidélité envers l'employé de la Mort lui interdisait de penser à sa gourmandise avant sa mission. S'il estimait qu'il y avait quelque chose d'intrigant derrière les branchages, alors il en était ainsi et pas autrement.
- Je ressens une forte magie là-bas.
Pourtant, Kazu ne pratiquait pas l'ombre d'une incantation, potion ou de magie noire. Elle n'avait aucune connaissance concernant ce genre d'activité et de ce fait, il y avait peu de chance pour que ce soit elle. À moins qu'elle n'eût eu le malheur de posséder un pouvoir surnaturel enfoui quelque part en elle, mais quelle erreur grossière et inepte les shinigamis auraient commise s'il en avait été le cas. L'unique moyen de vérifier la question était d'écarter la seule barrière qui séparait les deux compères de cette source de magie et ce fut ce que Tsuzuki voulut effectuer. Malheureusement, lorsque le fauve s'était approché dudit lieu, un puissant éclair luisant les ramena violemment à leur place d'origine, sinon plus loin.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Même s'il savait ce qu'il en était, Tsuzuki ne put s'empêcher de poser une question bateau. La réponse était pourtant évidente : ils venaient d'être propulsés à plusieurs mètres par une puissante magie provenant d'un buisson à l'air bénin. Cette fois, le jeune homme était sûr de sa première idée : il ne s'agissait pas de Kazu. La mariée ne les aurait jamais attaqués, même si son pouvoir dubitatif était devenu incontrôlable.
Soudain, une silhouette apparut à travers la végétation. À vrai dire, Tsuzuki ne pouvait réellement distinguer la perspective de cette nouvelle présence, mais seulement l'ombre de manière grossière. La forme esquissa un mouvement, puis sembla rétrécir pour atteindre une taille humaine. À partir de cet infime moment, l'employé de la mort pouvait distinguer plus rigoureusement les contours de ce qui se trouvait face à lui. Hélas, à peine eut-il le temps de délibérer à propos de ce qu'il voyait, son opposant prenait la fuite et s'éclipsait à travers le décor. À l'affût, Byakko n'attendit pas le signal de son maître pour s'élancer à la poursuite de leur ennemi, faisant sortir le shinigami de son apathie.
- Eh ! C'est pas le moment de dormir !
- Désolé, Byakko, je ne sais pas ce qui m'a pris…
- Moi, je sais : elle t'a envoûté ! Dès qu'elle s'est sentie en danger, elle a lancé ce sort pour pouvoir se tirer en vitesse ! Nous, les shikigamis, ça ne nous atteint pas, heureusement, sinon, tu serais resté planté comme un légume au beau milieu d'une forêt. Je parie même que tu n'as pas vu à quoi elle ressemblait.
- Pas du tout : j'ai juste vu une silhouette et c'est tout. Effet du sortilège, je présume ?
- T'as tout compris !
Le grand tigre progressait avec beaucoup plus de vivacité qu'auparavant. Comme il avait trouvé une proie à chasser, la traque se faisait avec plus de commodité. Si tout se déroulait convenablement, leur rencontre se déroulerait quelques secondes plus tard. Restait à savoir qui était réellement le prédateur.
Hisoka maudissait Tsuzuki. Bien qu'il avait déjà pesté contre lui à plusieurs reprises, l'empathe avait une vision différente de ses sentiments. D'une part, il essayait de le détester comme Terazuma savait si bien le faire, mais l'amour qu'il portait à son partenaire inhibait toutes les pensées néfastes qu'il ressentait à l'égard de cet homme. Toute cette sensiblerie l'agaçait au plus haut point. Il avait pourtant lu des histoires d'amour, s'était renseigné sur les plus grandes idylles que l'Histoire avait rencontrées. Oui, il avait l'impression de le connaître, lui, l'Amour. Il pensait que toutes les malheureuses victimes ne devenaient que de misérables marionnettes empotées et que lui et Tsuzuki semblaient avoir été épargnés par cet horrible maléfice.
Grossière erreur.
Personne ne pouvait se permettre de penser être gracié par cet excentrique. Il n'était qu'un bouc émissaire parmi tant d'autres. Seulement, le martyr de la situation était une pauvre jeune fille blanche comme neige attendant patiemment qu'on vienne la délivrer, de la Mort ou de la Vie.
Esquivant comme il put les branchages de ses bras d'adolescent, Hisoka marchait d'un pas décidé dans une direction aléatoire. Peut-être qu'il trouverait quelque chose d'intéressant et cela atténuerait sa sensation d'inutilité vis-à-vis de l'Enma Cho. Qui sait ? Même s'il ne croyait pas au miracle usuellement, il pensait qu'il pouvait faire une petite exception. C'était déjà un miracle de savoir qu'il n'avait pas encore rencontré d'ennemi ou de quelconques obstacles tels que des animaux sauvages ou des invités au mariage envahis par une pulsion de curiosité.
Soudain, un buisson verdoyant situé au nord-ouest du champ de vision de l'empathe bougea. Le mouvement du végétal fut si brusque que le jeune homme, tiré de ses pensées, tressaillit de tout son être. Cependant, il tenta de rester sur ses gardes, se préparant à un éventuel combat. Hisoka concentra son énergie pour préméditer sa première attaque, mais un bruit violent résonna contre le sol comme une biche tombant inerte après avoir été abattue par le chasseur. Alerté, l'empathe s'approcha à pas de loup du buisson animé et écarta les branches de part et d'autre essayant de voir ce qui se cachait dans la broussaille.
Même s'il ne s'attendait pas à voir ce qui se présentait devant lui, il devait admettre qu'il n'était pas tout à fait surpris de voir la jeune mariée, vêtue de sa robe blanche qui devint maculée par la boue, la terre, la verdure et le sang. La jeune femme se tortillait et gémissait ne voyant pas que son chasseur n'était autre qu'Hisoka. Kazu refusait de voir son futur tortionnaire, ne voulant pas qu'il voie la crainte sur son visage d'ordinaire si fier.
- Laissez-moi ! S'il vous plaît ! Je vous jure que je ne sais rien !
- Eh Kazu ! Du calme, c'est moi, Hisoka !
Seulement, la jeune femme n'avait nulle envie d'écouter ce que le jeune homme lui disait. Persuadée qu'il s'agissait d'un chasseur assoiffé de sang, elle continua de se débattre comme si ça vie en dépendait. Même si le shinigami ne voulait pas causer du tort à la mariée, celle-ci ne se percevait que tel un gibier prêt à être destiné à la boucherie. Lorsque l'employé de la Mort la saisit par les bras, la forçant à la regarder dans ses yeux d'émeraude, elle restait tout de même paniquée à l'idée d'affronter son assaillant.
- Je vous en supplie ! Je vous jure que je ne dirai rien, d'ailleurs, je ne sais rien ! Rien du tout !
- Arrête ! C'est moi ! Merde, calme-toi à la fin !
Cependant, rien y faisait. La jeune femme se débattait contre un ennemi invisible, un attaquant de l'ombre situé entre l'empathe et la rouquine, un opposant déterminer à réduire la mariée au silence par la manière forte. Il fallut que le shinigami s'oppose entre les deux combattants en claquant sa main droite contre la joue gauche de la femme apeurée.
Après tout, une bonne gifle peut avoir du bon.
Kazu cessa tout mouvement, voyant que son ennemi s'était évaporé. Écarquillant les yeux, crédule, elle observa longuement son vis-à-vis comme s'il eut été vert. Sa respiration devint saccadée et de grosses gouttes de sueur dégoulinèrent le long de son visage. Paniquée, elle s'accrocha du mieux qu'elle put au costume du jeune homme quitte à enfoncer ses ongles manucurés dans la chair du shinigami.
- Sauvez-moi, toi et ton cousin ! Je sais que vous pourrez nous sauvez ! Aidez-nous !
- Aidez qui ? Pour l'instant, il n'y a que toi qui est en détresse et si tu ne te calmes pas tout de suite, je ne pourrai rien faire pour toi !
- Kazumi, Akira, Kaori, Hannah et moi ! On a besoin de vous !
- Kazu… Kaori, Kazumi et Akira sont morts. On ne peut rien faire pour eux. Quant à Hannah, tu l'as vue à la cérémonie… Elle n'est plus en état de vivre sa vie comme avant.
Si Tsuzuki avait tendance à trop s'attacher à l'espèce humaine, Hisoka avait une fâcheuse tendance à être trop froid et direct vis-à-vis des personnes en détresse. Un comble pour quelqu'un ayant un don d'empathie. Heureusement, la rouquine n'avait pas l'air trop affectée par ce rappel de situation. À vrai dire, elle n'émit aucune réaction. Ce à quoi le shinigami ne manqua pas de profiter.
- Écoute, je vais t'emmener loin de cet endroit, ce n'est pas sûr ici. Mais quand on sera en sécurité, tu me feras le plaisir de répondre à toutes mes questions.
La jeune femme fit un signe affirmatif de la tête puis tenta de se relever. Néanmoins à peine fut-elle redressée qu'elle perdit l'équilibre et se raccrocha à l'empathe qui, surpris par ce détournement de situation, baissa sa garde spirituelle le protégeant des sentiments malsains. Le contact physique établi entre la jeune mariée et lui-même provoqua un choc psychique entre les deux êtres. Un flash brouilla la vue de l'employé de la Mort. Celui-ci ressentit une sensation de malaise provoquée par des nausées, des sudations et un horrible manque d'air. Hélas, il le connaissait bien, cet horrible émoi. Il ne le connaissait que trop bien.
Il avait plongé dans l'esprit de la mariée.
Hisoka se trouvait plus précisément dans les souvenirs de la jeune femme, dans une sorte de réminiscence concernant le domaine des Burns. Il la voyait descendre d'une belle voiture luxueuse, vêtue d'un uniforme gris platine, ses cheveux, dont la couleur tenait sur le cuivre, descendaient le long de son dos de manière aussi raide que des gouttes de pluie fuyant le ciel orageux. Les yeux mi-clos, l'air ennuyée, la petite Kazu, qui ne devait pas avoir plus de huit ans, bâillait à s'en décrocher la mâchoire tandis qu'une vieille femme aguichait un homme que l'empathe reconnut comme étant Fumihiro Burns. Cependant, lorsque son regard se porta sur une petite fille assise contre un arbre, tapie derrière ses longs cheveux noirs, la jeune Kazu retrouva toute sa vivacité et courut vers la petite timorée.
- Eh, je te connais, toi : tu es dans le même internat que moi ! Attends… Hikari… Non… Kari… Non, c'est pas ça… Kaori, c'est bien ça ? Woah ! Alors toi aussi, tu es condamnée à passer tes vacances ici ? Franchement, ça a l'air d'être trop nul ici ! À peine je suis arrivée que Mamie Doudou fait du rentre dedans au proprio. Pff, je te jure ! Mais, du coup, on pourra faire plus connaissance et devenir amies, hein ? T'es tout le temps toute seule à l'internat, ce serait génial que tu puisses te lâcher un peu ! Je suis sûre qu'on va bien s'entendre toute les deux t'as l'air d'être trop mignonne en plus : je pourrai te faire essayer mes cosplays ! Oh je parle, je parle, mais je ne me suis pas présentée, je m'appelle Kazu, enchantée !
La petite Kaori observa longuement la main offerte par celle qui venait de monopoliser son attention. Quelque peu mal à l'aise, elle finit par devenir plus à son aise lorsqu'elle vit les belles dents blanches dévoilées par le grand sourire de Kazu. Amies ? Elle en avait toujours rêvé, mais elle ne s'était jamais montrée, cette amie qui lui promettrait de décrocher la lune si elle venait à souffrir. Et c'était en ce premier jour d'été qu'elle la rencontrait, elle, cette amie si précieuse, sous les traits d'une petite boule d'énergie. Les commissures de ses lèvres s'étirèrent timidement tandis qu'elle saisit la main offerte par sa nouvelle compagne de jeu.
De leurs deux mains scellées, elles débutaient une amitié hors norme.
Soudain, le décor se brouilla. La demeure disparut à petit feu pour laisser place à quelques arbres trônant de-ci de-là. Le ciel s'assombrit, les nuages environnants furent substitués par des millions d'astres stellaires ornant le ciel obscur et le grand tournesol céleste tira sa révérence à sa compagne lunaire. Allongées dans l'herbe verte, les deux jeunes filles, un peu plus âgées que la scène précédente, scrutaient ce spectacle divin.
- Regarde, celles-là, on dirait un chat ! T'as vu ses oreilles ?
- Mouais… T'as vraiment de l'imagination ! Moi j'aurais dit une fleur fanée.
Même s'il n'y avait rien de désopilant à comparer son imagination, les deux amies rirent comme si elles eurent entendu l'histoire la plus drôle de leurs existences. Il est vrai que l'euphorie de se trouver toutes les deux sous le ciel étoilée était si puissante que leurs éclats de rires résonnaient dans ce lieu où elles siégeaient.
- Kazu ?
- Oui ?
- On est les meilleures amies ?
- Oui, les meilleures !
- Et rien ne nous séparera jamais ?
- Je te le promets. Je te protègerai jusqu'au bout et si jamais on vient à être séparées, tu resteras une flamme dans mon cœur… Pour toujours !
Hélas, la petite Kazu ne devinait pas que sa meilleure amie viendrait à mourir quelques années plus tard. Elle pensait sûrement vivre une vie normale en compagnie des personnes étant chères à son cœur, avoir des enfants dont Kaori en serait la marraine, pourrir dans une maison de retraite à jouer au jeu de go avec sa tendre confidente et mourir centenaire à quelques jours d'intervalle de son alter ego.
Mais la Vie et la Mort séparent à jamais ceux qui s'aiment.
- Oh ! Kaori ! Kazu !
Les deux fillettes se retournèrent vers la voix qui venait de perturber leur moment de placidité. Elles n'eurent aucun mal à reconnaître une figure familière derrière une mine renfrognée et quelques mèches ébène. Le nouvel arrivant, plus âgé que les deux enfants, semblait agacé, voire furieux par le fait que ces deux amies se trouvaient en pleine nuit en extérieur. Les sourcils froncés, il concentra toute sa plus ferme attention sur la petite brunette qui, effrayée d'avoir énervé son ami, tripotait sans réelle délicatesse ses cheveux corbeau.
- Kaori, tu sais bien que c'est dangereux de rester ici le soir ! Qui sait ce qui peut t'arriver ?
Si la jeune fille paraissait dépitée par les réprimandes du jeune homme, Kazu, elle, ne se révélait pas être impressionnée par les paroles acerbes du nouvel arrivé. Bien au contraire :
- Dis donc Daiki, c'est pas en jouant au beau ténébreux que Kaori acceptera de tomber dans tes bras !
- Pas du tout ! Je dis ça parce qu'elle est sous ma protection ! Ma mère m'a chargé de veiller sur elle et d'ailleurs, Ginji m'a expliqué la façon dont tu lui avais fait faux-bond : c'est dégueulasse de profiter de mon petit frère comme ça !
- Oh, il s'en remettra ! Laisse-le vivre un peu, Kiki !
- Ne m'appelle pas comme ça !
La dispute paraissait bon enfant en y réfléchissant. La jeune intrépide prenait un ton sarcastique pour rabaisser le discours de Daiki qu'elle jugeait inepte. Elle pensait qu'il n'y avait rien à craindre, qu'elles étaient grandes et suffisamment responsables pour se défendre en cas de problème. Sa candeur lui prohibait le simple fait de penser que le Danger était là, tapi dans l'ombre, prêt à bondir sur sa proie reflétant l'innocence tel le petit Chaperon Rouge qui n'hésita pas à accorder sa confiance au Loup. Il lui fallu quelques années pour comprendre cela. Heureusement, l'aîné des Ogawa savait, du haut de ses quatorze ans, que le monde n'était pas fait que de gentils lutins, de fée marraines, des belles princesses et de vaillants princes charmants, mais aussi de sorcières, de dragons, de grands méchants loups et de rois incestueux.
Soudain, la discussion s'interrompit. Kazu venait de repérer une paire de jambes derrière le pantalon plissé de Daiki. Intriguée, elle contourna son vis-à-vis et découvrit avec tendresse une petite frimousse blonde cachée derrière une peluche ressemblant fort à un lapin. Accrochée aux jambes de l'unique présence masculine, la petite poupée animée se dandinait de droite à gauche, sentant le regard de deux petites curieuses.
- Oh ? Daiki a une petite fille ! Elle est trop mignonne !
- Crétine ! C'est pas ma fille, c'est celle de Robert ! Ma mère m'a demandé de la surveiller ce soir le temps qu'elle règle les démarches d'admission en tant que servante ou un truc dans le genre…
- Ça veut dire qu'elle va rester ici ? Génial ! Elle est vraiment trop trop mignonne ! Comment elle s'appelle ?
- Hannah.
-Et bien, Hannah, je sens qu'on va vivre de grandes choses, toi, Kaori et moi.
Oh oui, de très grandes choses.
De nouveau, le paysage changea les protagonistes disparurent un à un, le paysage fondit pour devenir d'un blanc immaculé. Seul au milieu du vide, le spectateur du flash back se sentait mal. Tous ses souvenirs, toutes ses émotions lui donnaient une puissante nausée le faisant tituber jusqu'à s'écrouler sur le sol tandis qu'un nouveau fragment de mémoire faisait surface.
- Je te l'avais dit : l'eau oxygénée, c'était pas une bonne idée ! Regarde tes cheveux !
- Désolée Kaori, c'est Kazumi qui a eu l'idée…
Derrière la coiffeuse écrue, les deux amies se tenaient face au grand miroir reflétant une jeune fille aux cheveux d'ébène faisant filer une mèche devenue comparable à une carotte bien mûre. Dans un énième moment de complicité, les deux jeunes filles prouvaient à nouveau au monde entier que leur amitié n'avait pas d'égal. Hélas, leur quiétude fut perturbée par l'arrivée en trombe de deux jeunes filles. L'une des deux, grande, mince, aux formes généreuses, secouait ses boucles noisette de droite à gauche, les envoyant de temps en temps dans le visage d'une petite fille plus petite d'environs deux têtes de moins que la première. Cette dernière se précipita vers la jeune femme à la chevelure flamboyante.
- Kazumi m'a dit ce qu'il t'était arrivé ! Ma pauvre Ku !
- C'est rien Hannah… Regarde, finalement, c'est pas si moche ! Je crois même que je vais rester rousse !
- Oui, mais je ne connais pas d'idole qui ait la chevelure aussi rousse !
- Oh ça va Kazumi, c'est à cause de toi qu'elle est comme ça, alors ne la ramène pas, s'il te plaît !
- Eh Kaori, ne sois pas si rabat-joie ! J'ai dit ça pour rire !
Si les yeux avaient le pouvoir de massacrer quelqu'un sur place, alors la dénommée Kazumi aurait été abattue de manière violente et froide.
- Arrête de me regarder comme ça. Je suis peut-être à tes ordres, mais me laisser marcher sur les pieds par une sainte nitouche qui n'est pas capable d'accepter que son fiancé veut s'amuser, ça c'est hors de mes capacités !
- Oh ! Ça va pas non de parler comme ça à Kaori ? Allez file, maintenant, j'en parlerai à Kyoko !
La jeune servante partit en claquant la porte. Le grand fracas de sa sortie résonna dans toute la pièce et fit sursauter les trois jeunes filles restantes. Progressivement, la brunette abandonna les cheveux flamboyants de sa meilleure amie et la confia à la bonne compagnie de son amante pour laisser son esprit vagabonder un instant. Appuyée à la fenêtre, Kaori portait son regard sans vie à l'extérieur, portant sa main droite à la vitre embuée par sa respiration.
Doucement, sa tendre amie se leva de sa coiffeuse, faisant signe à celle qu'elle aimait de rester en retrait. Prenant garde à ne pas brusquer jeune fille à la fenêtre, elle avança tranquillement jusqu'à l'emplacement de son alter ego et déposa tranquillement ses bras autour des épaules de sa confidente, appuyant sa tête sur le côté droit de celle-ci.
- Je sais que c'est difficile, mais… Ne la laisse pas te tenir tête. Elle est plus bête que méchante : elle n'a pas vraiment de notion du respect, elle veut juste s'amuser et comme tu es contre tous ses principes et qu'elle sait que tu ne te laisses pas faire, elle en profite. Si tu lui montres que tu n'as pas de leçon à recevoir d'elle, elle arrêtera. Après, je ne sais pas ce qu'elle a avec Daiki, mais…
- Elle couche avec Daiki, voilà ce qu'elle a !
Cette révélation fit à la rouquine l'effet d'un coup de poignard en plein ventre. Sa meilleure amie souffrait et elle ne lui en avait pas parlé, elle était resté dans le silence comme lors de ses huit ans. Kaori était redevenue cette petite fille taciturne et réservée qui gardait tous les malheurs du monde pour elle.
Kazu se détacha de son amie pour se placer sur sa droite où elle saisit la main de cette dernière, encore collée à la vitre. Serrant fort la poigne de sa compère, elle regarda par la fenêtre pour voir les deux amants montrer leur amour sans pudeur, s'embrassant, riant aux éclats, jouant comme des enfants…
- Tu le sais depuis quand ?
Mais Kaori ne répondit pas. Trop occupée à regarder le couple batifoler dans la cour, elle ne prêtait guerre attention aux questions de sa meilleure amie. Ses sourcils fronçaient montraient toute sa préoccupation vis-à-vis des deux amoureux transits et son tourment alla crescendo lorsqu'elle les vit partir vers un endroit précis sur la droite du manoir, tout en riant et poussant des « chut » très sonores. La spectatrice de ce spectacle écarquilla soudainement les yeux et se dirigea en courant vers la sortie.
- Kaori, reviens ! Où est-ce que tu vas ?
- Il l'emmène, il va lui montrer ! Il faut que je l'arrête !
- Lui montrer quoi ? De quoi tu parles ?
- Rien, oublie ça, il faut que j'y aille !
La jeune fugitive voulut partir, mais ses deux amies lui saisirent les bras pour la ramener à l'intérieur de la pièce.
- Kaori, qu'est ce que tu nous caches…
De nouveau, une grande lumière blanche envahit le décor qui disparut peu à peu pour laisser place à un nouveau. Les murs verdâtres s'effacèrent comme un vulgaire dessin, les personnages se dissipèrent dans ce grand fond blanc et la fenêtre et le spectacle qu'elle donnait furent oubliées. La scène semblait à présent se dérouler en extérieur à en juger des gravillons crème et de la végétation environnante. Appuyée au mur de pierre, Kazu observait sa petite amie discuter discrètement avec un jeune homme à peine plus âgée qu'elle. La jalousie s'emparait de la jeune femme qui hésitait à intervenir pendant l'entretien des jeunes gens. Elle se résigna à attendre le départ du garçon pour s'approcher sa compagne.
- Je peux savoir qui c'était ?
- Tu nous as vus ?
- Comme je te vois. Putain, qu'est-ce que tu fous ?
- Eh, on discutait !
- Ouais…
- Ku, on discutait !
- Qui c'est ?
- J'ai pas le droit de te le dire…
- Qui c'est ?
Kazu ne voulait pas élever la voix contre son amante, mais la jalousie prenait le dessus sur sa sagesse.
- Il s'appelle Akira. Il n'a pas de maison, pas de famille et pas d'argent. Je l'ai surpris il y a un mois dans la chambre d'amis, il avait réussi à s'infiltrer. J'ai eu pitié de lui et je l'aide à ce qu'il ne meure pas faim à condition qu'il reste discret. C'est mal ça, Mademoiselle Kazu ?
Non, ce n'était pas mal du tout, au contraire. Non seulement, Hannah n'avait pas trompé son amante, mais en plus, elle faisait la charité à un jeune homme trahissant ainsi son employeuse, l'être le plus détestable que le Kansaï eut connu, la Cruella d'Enfer Ogawa. Il était évident que la rouquine devait des excuses à sa compagne, ce qu'elle ne manqua pas de faire lorsqu'elle se jeta sur cette dernière en l'embrassant comme si les deux jeunes filles venaient à mourir le lendemain.
Soudain, tout cessa. Le spectacle terminé, il fallait bien évidemment un noir pour appuyer la fin de ce divertissement marqué par un coup de théâtre romanesque. L'empathe devait à présent retourner à la réalité. Maintenant qu'il connaissait les souvenirs de la jeune mariée, il pouvait ne pas l'accabler de questions et l'emmener loin du danger qui rôdait et la guettait. Plongé dans l'obscurité, Hisoka priait pour que son partenaire aille bien et n'ait pas fait de mauvaises rencontres.
Mais c'était un peu tard pour prier.
Le paysage défilait également pour Tsuzuki, mais pas de la même manière que pour son coéquipier. Cramponné au dos de Byakko, le shinigami voyait la végétation se succéder sans interruption. Le tigre progressait avec une amplitude si grande que son maître ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Cependant, le somptueux félin, dans toute sa majesté, semblait savoir vers où aller. Bondissant, slalomant, il paraissait connaître le lieu par cœur laissant ainsi son cavalier avoir une confiance aveugle en sa monture. Celle-ci surveillait de temps à autre si son partenaire se portait bien. Après tout, un tigre mythique n'était pas le destrier le plus confortable existant.
La forme disparue quelques temps auparavant reparut quelques instants plus tard. Dos au shinigami, elle tentait d'échapper au grand tigre blanc qui la poursuivait. D'une grâce et d'une agilité égalant presque le shikigami, elle progressait avec tant de facilité que sa vitesse réduite ne devenait presque pas un handicap. Néanmoins, Byakko parvint à arriver à sa hauteur et l'ennemi fut contraint de se tourner vers ses opposants.
Tsuzuki avait déjà vu des morts, mais même eux n'avaient pas autant l'allure d'un cadavre que la jeune fille qui se tenait devant lui. Ses cheveux, peut-être blonds, étaient grisés par la poussière, sa peau d'ivoire semblait être recouverte d'une fine pellicule de cendre, ses yeux noirs, presque sans vie, ne paraissait être animé que par la haine et la colère. Vêtue d'une chemise de nuit blanche en lambeaux, elle ne semblait pas dérangée par ses vêtements ni de ses pieds nus pour courir, elle venait de le démontrer devant le shinigami et son ami mystique. Attisée par son courroux, sa première action vis-à-vis de ses poursuivants fut offensive, mais inefficace. Le shikigami s'étant interposé, elle voyait son attaque devenir inutile.
- Byakko, laisse-nous.
- Mais… Asato, si ça tourne mal ?
- Ne t'inquiète pas, n'intervient que lorsque je te le dirai.
Résigné, l'auguste tigre se recula de quelques mètres pour laisser son maître s'avancer vers l'ennemi. Le félin faisait le cent pas autour du ring où se trouvaient les deux combattants, prêt à intervenir en cas de problème pour Tsuzuki.
- J'ai vu dans un film d'horreur chez Watari une morveuse qui te ressemblait, sauf qu'elle était brune.
Comme l'avait prévu Tsuzuki, la cadavre ambulante n'apprécia pas la remarque fort douteuse du shinigami et commença l'offensive. Son ennemi para les coups assénés avec violence du mieux qu'il put, mais il devait admettre que son assaillante le mettait dans une situation de faiblesse. Il parvint tout de même à lancer ses attaques dont quelques-unes atteignirent la cible. Malheureusement, les blessures qu'il prodiguait ne semblaient que superficielles comparées à celles qu'il recevait. Cependant, pendant un centième de seconde, l'ennemie sembla intriguée par quelque chose d'extérieur au combat. Profitant de la situation, Tsuzuki la plaqua au sol et l'immobilisa. Sa victime se débattait rageusement, le griffant violemment les bras et les joues lorsqu'elle parvenait à atteindre son visage déjà sanguinolent à cause des attaques précédentes.
Enfin, après quelques minutes, Tsuzuki vit sa prisonnière se calmer sous son poids. Byakko n'avait pas eu à intervenir et restait toujours en retrait, intrigué par l'interrogatoire qui se déroulait sous ses yeux.
- Qui es-tu ?
- Je ne vois pas pourquoi je devrai te répondre, shinigami !
- Comment tu…
- Tu invoques un shiki et tu t'étonnes que j'ai découvert ton petit secret ?
À peine l'interrogatoire avait commencé que Tsuzuki en avait déjà assez. Ce n'était pas à cause de sa fameuse paresse ou le fait qu'il avait la fâcheuse impression de parler à un mur, mais à cause du ton cynique et fureur qu'employait son vis-à-vis. Il devait admettre qu'il perdait déjà patience.
- C'est toi qui les as tué, hein ? Kazumi, Akira, Kaori… Et c'est toi qui as blessé Hannah et fait perdre la raison à Fumihiro !
- Entre autres…
Le shinigami avait peut-être beaucoup de patience vis-à-vis des êtres humains, mais cette fois. L'énervement avait atteint son paroxysme. Il ne pouvait comprendre qu'un être, conscient de ses actes, pouvait tuer sans éprouver le moindre remord post-mortem.
Voyant la mine décomposée du shinigami, la jeune éhontée éclata d'un rire diabolique, hargneux et moqueur. Sa réaction eut pour effet de laisser son interlocuteur plus instable que jamais.
- Vous pensez sérieusement que c'est moi votre ennemie ? Vous me faites vomir, toi et ton partenaire !
- Alors, si tu n'es pas notre ennemie, qui est-ce ? Répond !
- À ton avis, qui pourrait être suffisamment machiavélique et calculateur tout en restant naturel et discret ? Je pensais que vous l'auriez deviné depuis longtemps, toi et ton partenaire. Les chiens d'Enma sont vraiment pitoyables !
Il ne fallut pas un mot de plus pour que Tsuzuki ne perde son sang-froid et ne se jette sur sa cible momentanément vulnérable. Il saisit les épaules frêles de sa victime et la secoua autant qu'il put.
- De qui tu parles à la fin, parle ! Parle !
Devant le comportement anormalement belliqueux de son maître, Byakko se jeta sur le shinigami et attrapa le col de son obscur manteau pour le tirer en arrière. Ce mouvement put calmer l'agressivité de l'employé de la Mort. Le rire sadique prononcé par la jeune fille horrifiante retentit de nouveau et après avoir lancé un petit signe d'au revoir plein mesquinerie, elle s'évanouit dans un nuage de cendre pour disparaître en un instant. En une seule seconde, toute la poussière dans laquelle elle s'était matérialisée s'était éclipsée dans l'atmosphère laissant ainsi aucune opportunité de la rattraper pour le shinigami qui hurla de frustration. Cette occasion de tout savoir, de venger la mort de Kaori était réduite à néant.
- Je suis désolé de t'avoir éloigné Asato, mais je ne te reconnaissais plus…
- Tu as bien fait, Byakko… Je ne sais pas ce que j'aurais fait si tu n'étais pas intervenu et à vrai dire, je n'ose pas y penser…
Allongé au milieu de la verdure environnante, Hisoka restait encore inconscient à cause de la réminiscence qu'il fut contraint de voir. Bien qu'il luttait pour revenir dans le monde des vivants, ses yeux refusaient de s'ouvrir. L'empathe savait qu'il avait encore beaucoup à faire et c'était la raison pour laquelle sa volonté fut plus puissante que son pouvoir d'empathie qui le conservait plongé dans cet état second. Il ouvrit les yeux de manière instantanée et observa de son regard émeraude le ciel redevenu bleuté. Le firmament avait perdu ses tons obscurs comme le calme revient après un violent orage.
Sans perdre de temps, le jeune homme se redressa furtivement et partit dans une direction aléatoire, seul. La jeune mariée qui était à ses côtés auparavant avait disparu de cet endroit où il se trouvait à présent. Il devait la retrouver, c'était impératif.
Il courrait à perdre haleine. Le paysage défilait à vive allure, peut-être trop rapidement pour qu'il puisse faire attention à ce qui se trouvait autour de lui, mais à vrai dire, le simple fait de s'être baladé dans l'esprit de la rouquine l'avait aidé à penser de la même manière de cette dernière. Par son don d'empathie, il retraçait le chemin que Kazu avait parcouru avant son réveil. C'était grâce à ce don pourtant détesté qu'il parvint à découvrir, non loin de là, la jeune mariée quelques mètres plus bas.
Elle avait dû sauter du haut de cette petite falaise et tomber dans ce petit cours d'eau d'où elle n'était pas remontée vivante. Sa tête avait dû heurter un rocher, ce qui lui avait peut-être été fatal, à en juger du petit filet de sang qui coulait encore dans l'eau. Néanmoins, hormis cet infime détail, personne n'aurait pensé à une morte. Flottant encore sur la surface de l'eau, Kazu était étendue sur son lit aqueux, plus blanche encore que sa robe de neige, semblant lavée de ses traces de terre et de boue par la rivière pourtant gorgée de plantes dont quelques-unes avaient élu les cheveux de la jeune femme pour domicile. De ses lèvres entrouvertes, elle semblait plongée dans un profond sommeil, attendant la venue de son prince charmant.
Mais, même s'il venait, elle ne se réveillerait pas.
Après tout, c'était intelligible. L'empathe l'avait finalement comprit au travers des souvenirs qu'il avait vu de force : la jeune mariée ne voulait se rattacher à la vie en sachant qu'elle ne pourrait plus être aux côtés de celles qu'elle avait tant aimé. Parmi ces moments forts dont Hisoka avait été le spectateur, il n'y avait que deux personnes qui revenaient souvent et ces deux êtres de tendresse et d'amitié n'étaient plus en mesure d'être à ses côtés. Même si Hannah avait échappé à un destin funeste, une partie de son esprit ne semblait plus présente. La mort de Kazu mettait alors fin au trio inséparable, le noyant au fond la rivière où elle reposait à ce moment
Tsuzuki trouva son partenaire debout sur cet imposant rocher, le regard dans le vide, la tête inclinée vers le bas. Byakko avait disparu lorsque l'aîné des shinigamis avait eu son amant dans son champ de vision, trônant tel un prince déchu attendant la venue de la neige en ce jour printanier. Il s'approcha à pas étouffés pour ne pas sortir son coéquipier de sa torpeur trop brusquement. Alors qu'il s'apprêtait à poser sa main sur l'épaule d'Hisoka, il vit ce que son partenaire regardait auparavant, interrompant son geste voulu tendre. Un vent de culpabilité s'abattit sur lui, le faisant frémir de tout son corps. Il aurait tant voulu être là pour la sauver. Il aurait dû être présent pour lui dire de ne pas sauter, il aurait dû la sauver.
Il aurait dû la sauver.
Ce fut son compagnon qui reprit ce geste plein de tendresse qu'il envisageait de faire avant de voir ce spectacle inattendu. Don d'empathie ou expérience personnelle, le plus jeune des shinigamis déposa sa main libre sur la joue de son aîné et essuya la larme qui venait de loger sous l'œil droit de Tsuzuki.
- Tsu, elle ne voulait plus vivre. Même si on l'avait sauvée, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours d'une autre façon ou aurait vécu une vie malheureuse. Tu n'as pas à t'en vouloir.
Les mots ne sont que des mots, mais ils permettent quelques fois d'alléger le poids de la culpabilité. Tsuzuki enserra ses bras devenus fébriles autour de son amant qui s'agrippa à la chemise de celui-ci. Dans une étreinte remplie de sensibilité, les deux compagnons essayaient tant bien que mal de retirer tous les remords et les regrets présents dans le cœur de l'un d'eux. S'accrocher à l'autre comme ils le faisaient pouvait peut-être arracher les sentiments néfastes.
Qui sait.
À suivre...
Voilà ! À la base, il devait s'arrêter à la fin du "flash back", mais j'avais peur qu'il prenne presque tout le chapitre et qu'en plus, que ça apporte un rythme beaucoup plus lent à la fic.
