Bonjour à tous. Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour les deux mois d'attente. Ce début d'année scolaire a été (et est toujours) très dur. Des problèmes personnels ont refait surface et m'ont handicapée pendant un bon bout de temps. Je ne pensais pas que je parviendrais à écrire cette suite. Comme je l'ai dit, ces derniers temps n'ont pas été faciles.

Voilà le chapitre 14. Avant de souhaiter une bonne lecture, j'invite les lecteurs à relire, pas forcément toute la fic, mais certains chapitres du début. Pourquoi ? Parce que ce chapitre apporte des révélations sur des éléments survenus lors des précédents chapitres. Moi, ça va puisque je suis l'auteur, je sais à quoi toutes les explications correspondent, mais pour des lecteurs qui lisent au fur et à mesure que les chapitres arrivent, je pense que c'est plus compliqué de savoir où je veux en venir.

Evidemment, chacun fait comme il veut. Bonne lecture !


Chapitre 14

Le retour fut plus mouvementé que prévu. Il n'y avait certes pas de cancrelats, de sorcières ou d'affreuses jeunes filles en chemise de nuit sur le chemin du retour, mais ils avaient omis le fait qu'un dragon sans écaille les attendait sur le parvis de l'église d'où ils étaient partis. À peine étaient-ils arrivés dans cette clairière que la créature fulminait déjà, le regard pétillant. Prête à cracher des flammes, Kyoko attendait ses serviteurs de pied ferme, se demandant si l'étranglement pouvait aussi être une solution radicale pour calmer la rage qui rongeait en elle. Lorsqu'elle les vit, sans Kazu auprès d'eux, elle s'avança dans leur direction, parée à faire sortir des flammes ou à étrangler quelqu'un.

- Vous en avez mis du temps ! Deux heures qu'on poireaute dans cette église ! Autant dire que la moitié des invités est partie. Où est Kazu ? Vous étiez censés la ramener, incapables !

- Kazu est morte : elle s'est suicidée.

Cette phrase eut l'effet d'un tranquillisant pour la maîtresse de maison. En effet, le dragon ravala le feu qu'il gardait dans sa gueule pour l'envoyer sur ses employés et fronça les sourcils, bredouillant un simple « Ah… ». Malgré son tempérament difficile à vivre, elle paraissait troublée par l'annonce macabre. Néanmoins, le naturel revient toujours au galop.

- Et bien, vous expliquerez à tous ces gens que la mariée n'est plus de ce monde ! Moi, je rentre, j'ai assez perdu mon temps comme ça !

La maîtresse des lieux était partie en trombe au volant d'une voiture garée non loin de là, laissant ainsi ses potentiels employés face à une foule composée de proches de la mariée. Plus ébahis que jamais, ils voyaient le véhicule devenir une ombre parmi les feuillages et virent, après avoir pivoté sur leurs pieds, une foule de regards différant en fonction de la hiérarchie des âges. Les plus petits, de leurs yeux exorbités, tiraient sur les pans des vêtements de leurs parents qui les chassaient d'un coup de pied agacé. Plus âgés, ils vêtaient un air sombre de manière à ce que tout le monde sache qu'il comprenait de quoi il était question –même si ce n'était pas le cas-. Pour le reste, ceux qui était rentrés dans le monde des adultes abordaient un regard à la fois attristé et irrité et les plus avancés dans l'âge imitaient à la perfection la vacuité du regard des poissons rouges.

Las, les shinigamis se demandaient si le combat qui les attendait n'allait pas être plus éprouvant.


Qui pourrait penser que, dans un monde d'indifférence et de m'as-tu-vu, des larmes peuvent souiller la perfection de masques immaculés.

Trois : chiffre symbolique et nombres de personnes ayant profané leurs visages de gouttes salées. La première était une femme trop âgée pour comprendre dès les premiers instants que son arrière petite-fille avait mis fin à ses jours. Hélas, les pires bombes sont souvent celles à retardement. Dès qu'elle eut saisi le sens des propos des shinigamis, la doyenne perdit son expression pouponne et laissa son chagrin enlaidir sa figure candide.

Le second était un fiancé déchu ayant perdu son honneur et sa promise. Roi découronné, privé de ces biens les plus précieux, il laissa ses larmes noyer le peu de dignité restante et ses sentiments néfastes comme son orgueil. De ce fait, il se mit à l'abri de toute la foule d'Indiscrétion et d'Irrespect rassemblée autour de lui tels des charognards.

Enfin, la dernière victime de l'ouragan causé par l'annonce funeste fut davantage sinistrée que ses camarades du fait que son organisme ne lui permettait plus d'exploser son chagrin et extérioriser sa peine. Non. Le cataclysme pénétra à l'intérieur de son être et, dans sa fourberie, noya la jeune fille en profondeur. Le résultat de ce désastre ne se traduisit que par une petite perle salée logée au coin de l'œil droit de la jeune infirme. Cette gouttelette, aussi infime soit-elle, indiqua aux shinigamis qu'il était temps de mettre un terme à tout ce cirque et d'effectuer, sous les yeux du public, le dernier salut.


Ce fut dans la mélancolie que les derniers invités quittèrent les lieux du mariage même si beaucoup, offusqués d'avoir été chassés, ne respectèrent pas le désarroi d'une minorité. Au fur à mesure, la petite clairière aménagée se vida ne laissant ainsi que trois personnes encore présentes sur le parvis de l'église. Débarrassé d'une foule bruyante et désagréable, les amants voulurent, à leur tour, quitter ce lieu devenu vide de toute âme et de tout habitant, mais une femme et un jeune homme en avaient décidé autrement. La femme, approchant la cinquantaine, filait et défilait une mèche de ses cheveux de jais d'un tic reconnu par les deux shinigamis.

- Excusez-moi, Messieurs. J'ai constaté que vous travailliez pour les Burns. Savez-vous où se trouve ma fille, Kaori ? Voyez-vous, je ne l'ai pas vue lors de la célébration et je sais que Kazu avait toujours voulu qu'elle soit témoin pour son mariage. Cela peut paraître un peu égoïste par rapport à ce qu'il s'est passé avec Kazu, mais je m'inquiète pour ma fille : il ne lui est rien arrivé au moins ?

D'une politesse venant choquer l'incongruité des autres convives, la mère de Kaori exprimait son inquiétude vis-à-vis du fruit de ses entrailles. Sa profonde détresse alerta l'aîné des shinigamis qui n'avait le cœur à lui avouer la mort de la jeune femme.

- Non, rassurez-vous Madame. Kaori a eu une rage de dents ce matin et elle a dû prendre rendez-vous chez le dentiste. Manque de chance, ça tombait au moment du mariage.

- Oh mon Dieu ! Elle ne sait donc pas que sa meilleure amie est morte ? Je l'appelle immédiatement !

- Non ! « Hum », à l'heure qu'il est, elle doit être encore chez le dentiste donc elle ne sera pas en mesure de vous répondre. D'ailleurs, elle a perdu son portable ! On avait fait une partie de cache-cache et son portable a dû tomber de sa poche : impossible de le retrouver. Comme elle est injoignable, nous nous chargerons de la prévenir, ne vous en faites pas.

Sous le regard haineux d'Hisoka et le broiement de ses orteils par ce dernier, Tsuzuki sourit à la femme qui, soulagée de ce mensonge inventé de toutes pièces, s'inclina en avant d'un geste solennel dans toute sa tradition et partit, souriant et hochant la tête en guise de remerciement. Qu'il était difficile d'avouer à une mère de famille que son enfant avait été froidement assassiné lors d'un jeu voulu puéril. Même s'il avait commis la plus grosse bévue, l'employé de la Mort ne regrettait pas son geste. Jamais, ô grand jamais il n'aurait accepté de voir davantage de larmes, surtout de la part d'une maman.

Il ignora les réprimandes muettes de son partenaire. Même si l'empathe n'était plus aussi dépourvu de sentiments compatissants, il avait encore beaucoup à apprendre au niveau des sensations humaines – un comble pour quelqu'un en mesure de ressentir les émotions d'autrui. Ainsi, il estima qu'il ne pouvait lui en vouloir pour son manque d'empathie.

Seulement, bien que la femme quittait à son tour les lieux, le jeune homme l'accompagnant resta immobile face aux deux co-équipiers. D'une beauté presque banale, sa simplicité contrastait avec le style rococo des autres convives, bien que les shinigamis ne l'avaient remarqué auparavant. Seul son air grave était commun aux autres invités avant leurs départs. À peine âgé d'une douzaine d'années, il semblait déjà être aussi froid que le monde des adultes.

- Il est arrivé quelque chose à ma sœur, c'est ça ? Pourquoi vous avez menti à ma mère ?

S'il était difficile d'avouer la vérité à la mère tracassée, il était encore plus ardu de mentir au jeune garçon déjà bien éloigné de l'innocence enfantine et de la crédulité de ses pairs. Qu'importait si, lui, apprenait la vérité puisque le mensonge lui apporterait davantage de tort. D'autant que le soupir de l'empathe et la phrase qu'il grommela signifiant qu'il ignorait la raison des actes de son partenaire ne favorisait pas le maintien de toute duplicité.

Tsuzuki s'avança face au jeune garçon et s'abaissa devant lui de manière à se tenir à même hauteur que son interlocuteur.

- Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il.

Quelle fut la stupéfaction de son vis-à-vis ! Pris au dépourvu, il abandonna presque ses pensées haineuses au profit d'une réflexion sur ces actions futures et maugréa un nom ressemblant fort à « Yûki ». Sa réponse fit sourire le shinigami.

- Quel âge as-tu, Yûki ? reprit-il

- Treize ans.

- Et bien, à treize ans, il y a des choses qui nous échappent parfois. On se demande pourquoi les grandes personnes sont aussi lâches et pourquoi ils n'acceptent pas la réalité… Tu vois, à mon âge, on a du mal à affronter le réel et on s'enferme dans le mensonge. C'est pour ça qu'il faut des personnes comme toi pour ramener ces adultes à la réalité. Quand tu jugeras que le temps sera venu, tu pourras dire la vérité à ta famille en espérant qu'elle ne m'en voudra pas de lui avoir menti. Je suis sincèrement désolé.

De nouveau, l'eau dégoulina comme les gouttes de pluie sur le pare-brise d'une voiture. Yûki perdit son sang-froid pour laisser l'enfant reparaître. Il se mit à penser, à songer à sa mère qu'il avait toujours jugé comme étant trop cruche à son goût, à son père, pauvre ingénu, trompé par ses amis les plus fidèles et à sa sœur, candide, portrait craché du côté maternel, qui avait péri de manière encore inconnue.

Et il se demandait à qui il pouvait ressembler.

L'averse s'écoula le long de ses joues tandis qu'il quittait son bourreau, qui l'observait d'une sérénité presque insolente. Tsuzuki avait l'esprit plus tranquille que jamais mais il utilisa tout de même beaucoup de maestria pour éviter le regard assassin de son partenaire pour remonter à bord du carrosse qui les avait amenés en compagnie de leur Cendrillon en pleurs. Celle-ci ne cilla pas lorsque l'empathe lui fit prendre place à l'arrière de la camionnette, ni quand le véhicule cala après un démarrage en trombe.

Après tout, Cendrillon aussi avait tendance à se laisser faire.


Qui pourrait être effrayé par le silence ?

Certainement Tsuzuki. Alors qu'il conduisait, il sentait le regard méprisant de son voisin de gauche. N'ayant pas détendu son visage depuis la discussion avec la mère de Kaori, Hisoka fixait son partenaire hargneusement et ne parvenait toujours pas à comprendre la raison qui avait poussé son amant à agir de la sorte. Pourtant, ce n'était pas faute d'essayer. Mais qui pouvait se mettre à la place d'un shinigami torturé de cent un ans.

L'empathe aurait pu tenter de vider son esprit, d'observer le paysage défilant aux fenêtres, regarder la route de manière à ce qu'ils soient au domaine avant la nuit, etc. Mais non. Plus entêté que jamais, il concentrait toute son énergie spirituelle sur son co-équipier et de tant à autres se demandait pourquoi la Providence l'avait associé à cet homme. Les évènements précédents étaient un rappel de la discordance qui existait entre eux deux et une autre occasion pour se souvenir de la raison de leur rapprochement.

- Tu peux m'expliquer ? Demanda-t-il, agacé.

- Expliquer quoi ?

- Ce qui se passe dans ton cerveau, à moins que tu ne l'aies oublié à l'Enma Cho !

Commença l'une des disputes les plus redoutées de l'aîné des shinigamis. Cauchemardesque et apocalyptique, mais en même temps inévitable. Par moment, il faut affronter le taureau par les cornes, Tsuzuki affronta son amant par les mots.

- Hisoka, je sais que c'est difficile pour toi de comprendre ça, mais je te demande de faire quelques efforts : je ne pouvais pas faire autrement.

- Toujours les mêmes excuses ! Je sais que t'as dans les cent balais, mais il ne faudrait peut être pas trop radoter non plus !

- Dis donc, sale gosse, tu veux que je te considère comme un adulte, mais tu es loin de te comporter comme tel ! Change de ton ou je te laisse sur le bord de la route !

- Vas-y, puisqu'on est arrivé, je n'aurai pas à te supporter les derniers mètres !

En effet, le Destin avait désiré taquiner le conducteur qui mâchonnait le malheureux volant. Ecrasé par le poids d'une dispute aussi accablante que s'annonçant perpétuelle, Tsuzuki vit son amant quitter le véhicule et marcher en traînant ses pieds boueux contre les gravillons crème. Il devait admettre que l'espace d'un instant, l'envie d'accélérer et de percuter l'immortel jeune ingrat.

Heureusement, ce ne fut que l'espace d'un instant.

Il n'était pas dans les us du shinigamis aux yeux améthyste d'être possédé par de néfastes pensées. Lorsqu'il dépassa son partenaire, il se pencha sur la gauche pour ouvrir la porte du côté passager en signe de pardon. Etait-ce un oubli volontaire ou avait-il réellement omis que l'empathe était d'une rancune incomparable. Celui-ci ignora l'invitation muette de son co-équipier et continua son chemin vers l'immense demeure.

Tsuzuki attendit une minute, puis deux, le temps de voir son partenaire disparaître de son champ de vision. Son cœur, maladroit, oublia ses fonctions l'espace d'un instant lorsqu'il comprit que le jeune homme ne comptait pas se retourner vers la camionnette blanche.

- Hisoka, à quoi peux-tu penser… dit-il dans un murmure étouffé.


- Tsuzuki, à quoi peux-tu penser ! S'écriait le jeune shinigami.

L'empathe perdit toute trace de conscience réfléchi au profit de son instinct. Tel un chat sauvage, il s'acharnait contre les malheureux coussins déjà en piteux état. Par sa colère, il oubliait tout notion de honte et d'honneur pour préférer la poussière et les plumes grisonnantes pleuvant au dessus de lui. Le feu d'artifices terni par les âges s'abattait sur son visage, le faisant éternuer bruyamment de temps en temps. Un félin sauvage et enragé n'aurait pu faire autant de dégâts. Tout ce qui pouvait être en bon état n'était que de vulgaires charpies et tout ce qui était désuet au point d'en être anachronique paraissait presque immaculé comparé au carnage commis par le shinigami.

Cependant, Hisoka n'osait trop effectuer des mouvements trop brusques de ses pieds bien que l'envie de se dégourdir les jambes le submergeait. Il ne désirait pas retenter une nouvelle expérience de téléportation mais il aspirait à satisfaire son envie de bouger. Sortir dans le domaine était trop dangereux compte tenu des événements qui étaient survenus plus tôt dans la journée. Avant d'affronter la curiosité des invités au mariage, Tsuzuki avait raconté son aventure non pour le moins infortunée. En outre, une balade dans la demeure était peu recommandée à cause du dragon qui rôdait en ces lieux.

Telle une princesse trop impertinente et caractérielle pour être sauvée de sa tour, le jeune homme vagabondait dans sa prison isolée. Ayant saccagé tout ce qui pouvait être délabré, l'ennui se joignit à sa colère. Seule la présence de la raison de sa nervosité aurait pu calmer ses envies d'anarchie, mais il savait que son partenaire ne viendrait pas lui rendre visite avant longtemps.

Qui sait, dans un siècle peut-être ?

Brisant un moment de silence, il fit quelques pas vers ce qui ressemblait à une fenêtre, ses pas grinçant sur le sol. Progressivement, il se retrouva baigné par les faisceaux de lumière émanant de la misérable ouverture. Ses doigts effleurèrent les poutres de bois d'un geste contrastant avec la sauvagerie de ses actes antécédents. Tant de délicatesse était si paradoxale qu'un quelconque spectateur aurait pu songer à une toute autre personne : une nouvelle entité calme et sereine, sans rancune, ni colère.

Ses yeux observèrent un nuage imprudent s'unir impudemment au soleil. Dans une liaison furtive, les deux amants célestes s'embrassèrent harmonieusement avant de se dire adieu. Au milieu de là, de leur danse charnelle, deux volatiles exhibaient leur passion. Alors qu'un ballet se produisait avec grâce sous ses yeux vitreux, le jeune homme cessait toute activité psychique. Il ne prêtait guère attention à l'élégance de la chorégraphie endiablée car son esprit s'unissait au néant.

Le vide occupait ses pensées au point qu'il ne réagit pas quand son partenaire entra dans la pièce et s'assit sur le lit recouvert de plume et de poussière. Ce dernier esquissa un maigre sourire, cherchant tant bien que mal l'attention de son amant. Il toussota légèrement, plus fort, encore plus fort mais Hisoka ne réagit pas. Tsuzuki s'approcha alors calmement du lion endormi pour calmer sa furie par une étreinte. Néanmoins, il ne put accomplir à terme son acte de bravoure : l'animal, sorti de sa léthargie se retourna prestement et écarta les mains de son tortionnaire et futur bouc émissaire.

- Toi ! T'as finalement trouvé un peu de courage au milieu de ta lâcheté ? S'exclama-t-il, furieux.

- Avant de t'énerver, écoute ce que j'ai à te dire.

- Pas la peine, je sais déjà ce que tu vas me sortir : « je suis désolé, Hisoka, mais je n'avais pas le choix, comprend-moi ! » et j'en passe de tes excuses bidon !

- Mais pourquoi te fâches-tu pour si peu ? C'est vrai, je n'ai pas eu le courage d'avouer que Kaori était morte. Tu juges que j'ai mal agi, dans ce cas, je te présente mes excuses et c'est tout. Tu ne crois pas que tu en fais trop avec tes réactions théâtrales ?

- C'est vrai que ça pourrait coller si ç'avait été la première fois, mais je vais te rappeler un truc : c'est habituel chez toi ! Tu mens tout le temps ! À des gens comme la mère de Kaori, à ceux à qui tu tiens des promesses irréalisables, à nous, à moi !

Le jeune homme fit volte-face de manière à se retrouve dos à son aîné. Il ne voulait surtout pas que son partenaire le voit en situation de détresse. Après tout, une tempête est généralement accompagnée sinon suivie d'une averse : des torrents de larmes dégoulinaient sur le visage de l'empathe.

- Tu racontes à tout le monde que ça va, tu passes pour le parfait abruti, tu refuses tout ce qui peut blesser les gens, même s'il s'agit de la vérité ! Tu lis en moi comme dans un livre ouvert, mais je ne sais rien de toi ! Nous sommes partenaires depuis plusieurs années, mais tu t'obstines à te fermer à tout le monde ! Merde Tsuzuki !

Les pleurs redoublèrent, les larmes coulaient de plus belles. Pourtant quand l'aîné des shinigamis demanda à son amant s'il était bel et bien en train de pleurer, celui-ci esquissa une réponse négative. Il faillit demander la raison de ce tourment, mais devant la complexité de la situation, le silence était préférable.

Hisoka se retourna vers son compagnon en plissant les yeux de sorte que l'éclat de ses larmes paraisse invisible et s'approcha si près du visage de Tsuzuki qu'à moins de loucher, il aurait été impossible de voir la rougeur ornant son nez. Ses épaules s'élevaient au rythme de sa respiration et son souffle chauffait la gorge dénudée de son vis-à-vis. Sans un mot, les deux partenaires, perdus dans leurs pensées se contemplèrent. Il fallut que le plus jeune murmure « par moment, je te déteste Tsuzuki » pour que cette communion muette ne cesse. L'aîné des deux leva ses yeux améthyste en signe d'exaspération quand l'imposante sonnette de la colossale maisonnette retentit. Dans un geste mécanique, il s'éloigna sans détour de son co-équipier encore plongé dans une sorte de léthargie.

Le domestique de fortune se précipita du mieux qu'il put vers le vestibule. Le temps qu'il parvienne à parcourir la distance qui le séparait du grand hall, l'inconnu avait eu l'occasion de sonner à trois reprises et la maîtresse de maison de réprimander la lenteur de son serviteur improvisé. Ce dernier ralentit sa course, hésitant un moment, la main sur la poignée, sur ses qualités de shinigami, d'amant, d'ami, d'employé ou même d'Homme. Au bout de plusieurs décennies d'existence post mortem, il émettait encore des doutes sur sa condition.

- Ouvre Tsuzuki, je sais que tu es derrière la porte.

Une voix trop familière retentit derrière le pan de bois. « Non, c'est impossible, ce ne pas être… » s'exclama Tsuzuki ouvrant la porte précipitamment.

-…Et si : c'est moi. Répondit la voix.

- Tatsumi ?

Quelque chose tourmentait Tsuzuki, il avait l'impression saugrenue que ses supérieurs hiérarchiques s'étaient faufilés à travers ses désirs les plus secrets et furtifs. L'espace qu'un instant, il avait souhaité que le secrétaire de l'Enma Cho soit à ses côtés et la minute qui suivait, l'homme était là, face à lui, vêtant un sourire commercial lui étant propre.

Il valait mieux en rire qu'en frissonner.

Tatsumi pénétra l'enceinte de la demeure, puis retira sa veste qu'il disposa entre les mains de son bouc émissaire favori, toujours affichant un sourire figé. Pantois, Tsuzuki fixa son invité qui, stoïque, n'émit aucun signe pouvant expliquer son comportement insolite.

Une voix féminine et criarde retentit annonçant la venue d'une femme haïe par bon nombre de personnes sensées. Misère. Kyoko s'approcha à grand fracas des deux mâles pour s'accrocher au bras de l'homme à lunettes.

- Monsieur Satô, enfin vous voilà ! J'ai attendu votre venue pendant des jours, minauda-t-elle. Je désespérais de ne pas vous voir arriver.

- J'ai eu quelques petites complications pour venir jusqu'à votre splendide demeure, répondit-il, inébranlable.

- L'essentiel est que vous soyez là parmi nous. Voulez-vous que « Machin » vous emmène jusqu'à votre chambre ?

Son regard et le signe de tête qu'elle aborda signifiait sans doute que celui qu'elle appelait « Machin » n'était autre que Tsuzuki. Celui-ci, plus abasourdi que jamais, calquait trait pour trait l'expression des poissons rouges. Même s'il se retrouva bousculé par son potentiel employeur, il ne comprit pas le sens de la situation. Tout ce qu'il percevait n'était que vacuité et absurdité. C'est pour la même raison que lorsqu'il se retrouva dans le corridor suivi du secrétaire de l'Enma Cho, le shinigami fut plongé dans une sorte de mutisme.

Après tout, le silence est une des caractéristiques du bocal à poisson.

- Et bien, Asato, je t'ai connu plus bavard, dit Tatsumi, un brin amusé.

Il ne fallu qu'une simple parole pour que le poisson rouge sorte de son aquarium. Le shinigami écarquilla ses grands yeux ébahis pour fêter son retour parmi les êtres doués de conscience.

- Qu'est ce que tu fiches ici ? C'est pas que ça ne me plaît pas de te voir, mais il y a quelques jours, tu nous dis que l'on doit se débrouiller pour l'affaire et aujourd'hui tu débarques comme si de rien était. Et c'est quoi ce nom : Monsieur Satô ? D'où tu connais la folle à lier ?

- Hiroshi Satô est un nom que j'ai inventé il y a plusieurs années pour pouvoir m'introduire ici. Selon une étude, « Satô » est le nom le plus répandue sur la péninsule nippone et Hiroshi signifie « franc, généreux » ce qui est tout à fait propre à ma personnalité. Je me fond dans la masse avec cette nouvelle identité.

Le paradoxe évoqué par Tatsumi laissa un froid à l'autre shinigami. La générosité était bien la vertu la plus inadaptée pour définir cet homme cupide.

- Quant à Kyoko, je compte vous en parler plus tard quand Kurosaki sera là.

« Ah oui, j'avais bien failli l'oublier » pensa Tsuzuki. Il grogna quelques instant remémorant la querelle qui avait fait rage entre eux deux puis soupira tout en indiquant à son invité le chemin jusqu'à leur dortoir.

Ce dernier ne parut ni surpris de l'état des lieux ni dégoûté de devoir retirer les toiles d'araignées de sa chevelure brune. Avec une dégaine soigneuse insolente de facilité, il restait imperturbable face aux obstacles délabrés qui se présentaient devant lui.

L'autre shinigami commençait à comprendre ce qu'il trouvait inepte. Mais, n'étant pas tout à fait sûr de son raisonnement, il s'abstint de commentaire et conduisit son convive dans la chambre où il résidait avec son amant. Hisoka semblait ne pas avoir davantage saccagé le mobilier et paraissait plongé dans la même léthargie que Tsuzuki antérieurement.

Le grincement du sol le fit sursauter. Il porta son regard vers les nouveau arrivants avant d'écarquiller ses grands yeux verts au point que ceux-ci donnait l'impression de quitter leurs places respectives. Prêt à demander le pourquoi du comment, il entrouvrit sa mâchoire, mais ne put que balbutier de malheureuses syllabes ou onomatopées étouffées par le poids de sa stupéfaction. L'expression de son visage fut responsable du gloussement de son bien-aimé. Bien-aimé qui, ne manqua pas d'être foudroyé du regard par la source de son hilarité.

- Tsuzuki, Kurosaki, asseyez-vous je vous prie. Demanda Tatsumi de manière sévère.

S'asseoir sur l'unique meuble en état impliquait que les deux amants désunis devaient s'installer côte à côte. L'envie de se trouver proche de l'autre se transformait en appréhension d'une promiscuité. Tout deux évitèrent le contact de l'autre, entêtés au point au point de se placer aux deux extrémités du lit. Le spectacle provoqua chez Tatsumi une furieuse envie de lever les yeux au ciel, mais comme tout homme respectable, il s'abstint de ce genre de commentaire muet.

- Bien, commença-t-il, j'ai pu constater que vous étiez surpris de ma présence et c'est sans plus tarder que je vais l'expliquer.

Tel un pédagogue, le secrétaire de l'Enma Cho leva un bras au plafond, accrocher un fil invisible et tirer sur un tableau de papier venu de nulle part. D'un geste naturel, il appuya sur le bouton d'une télécommande apparue, par magie, dans le creux de sa main. De façon surnaturelle, l'image d'un graphique illustré par une courbe bleue et disgracieuse se dessina sur l'apparition abracadabrante du shinigami. Il pressa une seconde fois le même bouton qu'il avait titillé précédemment et une seconde courbe rouge irrégulière se forma comme par enchantement.

- La courbe bleue représente le nombre dans la région d'Osaka, où nous nous trouvons actuellement, de 1886 à aujourd'hui. Que pouvez-vous voir sur ce graphique en ne prenant que cette courbe en compte.

- Bah, ça monte et ça descend, répondit Tsuzuki, en parfait petit cancre.

Les réactions que le potentiel pédagogue et l'autre élève du cours eurent furent similaires. Le premier garda ses yeux clos et se força de garder un sourire commercial tandis qu'une veine frontale gonfla de manière aberrante. Le second aborda une expression plus désespérée symbolisée par une claque bénigne qu'il s'infligea en signe de lassitude.

- Parfois je me demande ce que tu as dans le crâne, rétorqua ce dernier.

- Eh, j'y peux rien si c'est vrai ! Tatsumi n'a pas à nous donner des graphiques aussi tordus aussi !

- Ils sont moins « tordus » quand on prend la peine d'y réfléchir au fur et à mesure que je les donne, Asato.

Le pauvre bouc émissaire fit la moue avant de se laisser tomber vers l'arrière de façon à se retrouver semi allongé sur le lit sale. Hélas, il n'avait pas prévu que son élan soit responsable de la mort des quatre pieds du lit. À peine eut-il posé sa tête contre le matelas délabré que le sommier s'écroula sur le sol dans un brouhaha et une explosion de poussière. L'autre voyageur poussa un cri de surprise avant de se retrouver étouffé par la saleté. Les trois protagonistes toussèrent en cœur dans une mélodie plutôt cocasse.

Se retrouver dans une telle situation par la faute d'un homme qui a suscité sa colère ne plaisait pas du tout à Hisoka. Il était évident que Tsuzuki avait commis une maladresse et non un attentat envers ses collègues, mais l'empathe ne pouvait s'empêcher de penser le contraire. Il empoigna le col de son partenaire et, comme il le faisait usuellement, s'entreprit s'asséner de multiples claques à son agresseur et victime.

- Non mais ça va pas ! Espèce de salaud ! Tu peux pas faire gaffe ? T'as voulu me tuer ou quoi ?

Le pauvre souffre-douleur était passé d'une couleur rosée au rouge sous le poids des coups et avec le sang qui coulait de son nez. Puis du rouge au violet, au bleu et au vert avec la formation de diverses ecchymoses et enfin au blanc livide lorsque l'âme du bel arc-en-ciel eut quitté son corps meurtri. Sonne le clairon !

- Tu peux reprendre Tatsumi. J'ai anéanti l'élément perturbateur.

- Bien. En effet, ça « monte » et ça « descend », ça va de soi, mais vous pouvez voir une très nette augmentation dans les années cinquante. Je n'ai pas comptabilisé les décès de la seconde guerre mondiale, ç'aurait été trop compliqué. On constate également une diminution progressive de 1980 à 1984. Cette période correspond au temps où Tatsuya Burns était chef de famille.

- Et alors ?

- La seconde courbe représente les décès qui, après nos années de recherches, se sont avérés être des morts en rapport avec cette même dynastie et pas que le morceau sur lequel vous enquêtez –si on peut appeler ça une enquête. Tatsuya Burns dont je parlais à l'instant, avait une réputation, dans nos bureaux, d'être cruel et sanguinaire. Malgré nos nombreux employés envoyés sur place, nous n'avions jamais trouvé le moyen qu'utilisait Tatsuya pour parvenir à ses fins, mais nous savions qu'il y avait quelque chose de mystique. Bien sûr, cet homme n'est qu'un vulgaire pantin qui nous a permis de comprendre pourquoi certains meurtres semblaient être liés au nom de Burns.

Hisoka frissonna à l'appellation de « pantin » précédé du terme « vulgaire » le remémorant certains passages de son passé. Néanmoins, le secrétaire de l'Enma Cho ne parut pas s'en rendre compte.

- Aujourd'hui, les meurtres reprennent de plus belles. Vous avez sûrement entendu parlé de ces suicides parmi de grandes sociétés ou des soi-disant affaires de famille aboutissant à des meurtres ces derniers temps. Beaucoup de ces disparitions sont liées à cette famille. Lors de votre envoi ici, nous vous avons présenté les cas les plus flagrants et les plus proches des habitants de cette demeure il était inutile de vous parler de toutes les victimes.

- Pourquoi ne pas avoir expliqué ceci plus tôt, au moment de nous présenter cette mission à l'Enma Cho ? Ç'aurait été plus simple pour nous !

- Kurosaki, comprend bien qu'un bureau comme l'Enma Cho a ses fiertés. Parler à gorge déployée d'une mission qui dure depuis plus d'un siècle, ça fait très mauvais genre. Le roi Enma n'apprécie pas qu'on divulgue ce genre de faiblesse.

Et puis ,reprit-il, maintenant nous avons quelques hypothèses sur cette « arme » qu'il détienne depuis 1886.

De sa poche, il sortit un sac en plastique dans lequel se trouvait une feuille cartonnée. Il sortit le contenu du sac méticuleusement et tandis la feuille qui ressemblait plus à une vieille photographie, datant de 1876, et la tendit à l'empathe. Dessus, un homme de grande taille en costume de militaire posait au centre de la photo. Sa grande moustache dissimulait l'expression morne qu'il abordait ainsi que les deux autres personnes qui l'entourait : une femme coiffée d'un chignon tiré vers l'arrière et une petite fille blonde à peine âgée de 8 ans.

Cette dernière semblait familière au jeune shinigami, mais au lieu de se prononcer, il tapota le genou de son voisin pour le réveiller. Celui- ci ne répondant pas, Hisoka le secoua légèrement, plus fort, encore plus fort jusqu'à obtenir satisfaction.

- Qu'est ce qu'il y a ? Maugréa Tsuzuki.

- Regarde la petite sur la photo, elle ne te rappelle rien ?

Encore embarbouillé, l'interpellé loucha quelques instants sur la photographie, mais n'émit aucune réaction.

- J'ai jamais vu cette morveuse de ma vie… Attend… Oui ! Maintenant que tu le dis !

Une fois réveillé, il inspecta de plus près l'image quitte à ce qu'elle soit à deux centimètres de ses yeux.

- Oui, la morveuse ! C'est la Morveuse ! s'exclama-t-il.

- C'est bien ce que je pensais. Reprit l'adolescent.

- La Morveuse ! La Morveuse. Répétait le shinigami sans cesse.

- Tsuzuki, aurais-tu l'amabilité de t'exprimer correctement ! dit Tatsumi, sèchement.

- J'ai affronté cette petite. Je l'ai croisée quand nous recherchions Kazu dans le domaine. Elle nous a attaqués, Byakko et moi. Mais elle semblait plus vieille. Ça veut dire qu'elle a… Cent quarante trois ans ?

Tatsumi ne sembla pas interpellé par le témoignage démentiel de son collègue. Il semblait presque satisfait de pouvoir saisir de la même poche, une seconde photo, plus récente, cette fois-ci. En noir et blanc, l'image n'était guère nette et hormis quelques silhouettes, il était difficile de distinguer quoique ce soit. La figure la plus explicite se distinguait par sa clarté aveuglante.

- Sur la première photo, vous pouvez voir le colonel Burns. À sa gauche, sa première femme, décédée l'année qui suivit la prise de la photo. Fille d'un crémier, elle tomba enceinte à la suite d'un viol commis par son futur époux lui-même. Son père vendit son affaire pour que Burns l'épouse qui, pour éviter tout tapage, accepta la dot. Ils s'exilèrent au Japon à cause d'un scandale : Burns et sa femme étaient accusés de pratiquer la magie noire. Une fille naquit qu'ils baptisèrent Margaret…

Tsuzuki et Hisoka semblaient avoir décroché du cour d'histoire de Tatsumi. L'aîné somnolait de temps à autre, luttant pour que ses paupières ne se ferment. Mais son travail d'haltérophilie n'aboutissait à aucun résultat. Le plus jeune, laissait vagabonder son esprit depuis que leur invité avait mentionné le nom de Margaret. Il avait déjà entendu ce nom depuis qu'ils étaient en mission.

Margaret

Margaret

Margaret

« Margaret ! » s'écria-t-il, réveillant son partenaire au passage.

Ses deux compagnons le regardèrent, ahuris de ce hurlement soudain.

- Oui Kurosaki, c'est le nom que j'ai mentionné tout à l'heure, répondit Tatsumi tentant de rester imperturbable. Bien, reprenons, en 1868, après…

- Non, vous ne comprenez pas. J'ai eu une sorte de vision l'autre jour lorsque nous enquêtions sur cet étage. Je ne comprends pas, je suis rentré dans une pièce et je me suis senti tout étourdi et à peine ai-je touché une poupée, que j'ai eu un flash très bizarre. Je ne voyais pas grand chose, mais je me souviens de ce prénom : Margaret.

- Tu te souviens d'autres choses ?

- Pas vraiment, je sais qu'au début, je voyais une petite fille ressemblant à celle de la photo. Elle jouait avec la poupée que j'avais touchée puis s'était ruée vers un homme qu'elle appelait Papa. Ensuite, je ne sais plus, je ne voyais rien, j'entendais juste une voix qui disait qu'elle était trop grande pour passer à travers les portes. Et puis, j'ai entendu des cris et la voix d'un homme qui disait que plus jamais le sang des Burns n'allait être souillé.

Tatsumi posa, dans un geste inspirant à la réflexion, sa main sur son menton. Il scruta un instant son vis-à-vis avant de pivoter sur ses pieds et de faire disparaître son tableau.

- Quoiqu'il en soit, nos archives laissent à penser que cette petite a été victime des sorcelleries de ses parents. La preuve en est qu'aujourd'hui, elle semble toujours être parmi les vivants et, pire, semble être la cause de ces meurtres comme nous montre la seconde photo et vos témoignages. D'après ce que nous savons, un à un, les membres de la dynastie utilisent le pouvoir qui a été emmagasiné pour éliminer leurs ennemis comme l'avait très clairement montré le graphique précédent. Reste à savoir qui tire les ficelles actuellement.

- Question ! Comment un fantôme puissant peut se laisser contrôler par des mortels ? Demanda Tsuzuki.

L'espace d'un instant, l'expression de Tatsumi sembla s'assombrir. Bien qu'étant le shinigami le plus imperturbable, il paraissait légèrement intrigué. Ce détail échappa à celui qui le questionnait, mais pas à l'empathe.

- Je l'ignore Tsuzuki. C'est à vous de le trouver. Pour ma part, j'ai été nommé, pour des besoins de l'enquête, comptable de cette famille depuis maintenant dix ans. C'est la raison pour laquelle Kyoko se montre si… Hum, vous l'aurez compris. Bref, vous poursuivez l'enquête sous mes ordres. Ai-je été clair ?

Machinalement, les deux interpellés se redressèrent et hochèrent la tête tels des militaires répondant « Yes sir ! » en chœur. Amusé, leur nouveau patron leur fit signe de sortir de la chambre avant de les suivre jusqu'à la sortie. Un à un, ses employés vinrent le trouver pour lui demander diverses requêtes. Tout d'abord, le plus âgé des deux shinigamis s'approcha de son ami de longue date :

- Dit donc, maintenant que c'est toi qui commande, on peut avoir des chambres plus confortables. T'as bien vu que tout à l'heure, notre lit a sauté et on a des araignées partout, sans parler de la poussière.

- Je savais que tu allais me demander ça et la réponse est « non ! ». Ce logement coûte déjà très cher alors tu penses, un minimum de luxe et l'Enma Cho est plus ruinée qu'elle ne l'est déjà. De plus, je veux que vous enquêtiez plus en profondeur sur les autres pièces de cet étage et si vous ne résidez plus ici, il sera impossible d'accéder à cette partie du manoir. Allez, Asato, d'autres l'ont fait avant toi, tu peux faire un effort !

Bien qu'Asato Tsuzuki était un homme responsable et digne, il ne put s'empêcher de laisser couler quelques larmes de crocodile marmonnant « c'est pas juste ». Son comportement laissait douter de son âge adulte comparé à son partenaire qui, à son tour, se rapprocha du bourreau de son amant.

- Tatsumi, il y a quelque chose que tu as oublié de nous dire, je me trompe ?

Son auditeur ne parut pas le moins surpris de cette question qui, pourtant, le laissait en position difficile.

- Ça ne m'étonne pas de tes capacités. Je ne voulais pas le dire devant Tsuzuki ni même devant toi, mais…

- Mais ?

- D'après les recherches des Gushoshins, le médecin de cette famille n'est autre que Kazutaka Muraki.


À suivre...

C'est complêtement idiot à dire, mais m'imaginer des photos de 1800 et quelques me fait frissonner. Quand on voit des portraits de familles comme ça, ça me fait froid dans le dos. Alors, en décrire une : non merci.

Sinon, beaucoup de révélations sur ce chapitre, j'espère que je n'ai perdu personne en cours de route.