Bonsoir. Et oui, après un an, me revoici. Il faut dire que depuis le temps, vous commencez à avoir l'habitude de patienter pour un chapitre. Moi abuser ? Jamais voyons.
Sérieusement, sans être de mauvaise foi et pour résumer ce qu'il s'est passé entre temps, je suis maintenant en études supérieures et le temps commence à manquer. Et puis surtout, oh oui surtout, j'ai eu un gros problème en Mars environs : mon ancien ordinateur m'a lâchée, brutalement. Un bête accident de soupe. Oui oui, de soupe ! Je relisais mes cours tout en dégustant une de ses soupes instantanées (au curry). Voulant saisir un objet, j'avais posé la tasse devant l'appareil et ai tendu la main vers la chose à attraper. Là, mon poignet a buté contre le rebord de la tasse et toute la soupe s'est renversée sur mon ordinateur. Bien que j'ai adopté les bons réflexes, le disque dur était déjà noyé et encrassé par le curry. J'ai pleuré, hurlé, juré mais ça ne l'a pas réparé.
D'une part, il y avait l'objet : outil de travail, anti ennui, etc., mais surtout cinq ans de vie submergé. Bien sûr, on sait qu'il faut tout mettre sur clé USB, mais entre les "faut qu'on"/"Y a qu'à" et la réalité, il y a un sacré fossé (surtout chez moi). J'ai tout de même pu récupérer des documents, mais pas tout. En l'occurrence, les derniers chapitres de PMJTP ont disparu dans la soupe.
En tout cas, je ne sais plus si je l'ai déjà dit, mais pour ceux qui aurait peur que je ne termine pas cette fic, ,'ayez crainte : même s'il me faut dix ans, je terminerai cette histoire coûte que coûte. En plus, là, on est tout de même plus proche de la fin que du début donc arrêter maintenant serait le pire gâchis de ma vie d'auteure en herbe.
Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire. Sur ce je vous souhaite une bonne lecture en précisant que les personnages de YnM ne m'appartiennent pas.
Chapitre 17
Hisoka était loin d'imaginer la précarité de ses compagnons. En quittant le grenier où il avait recueilli les informations nécessaires à son enquête, il espérait trouver ces derniers et leur prouver ses qualités de shinigami et d'enquêteur. Son orgueil ayant été blessé par les ordres de son supérieur et son éternelle susceptibilité, son désir d'affirmer ses trouvailles le tiraillait au point de porter abstraction à tout ce qui l'entourait. Alors, il n'avait pas bronché au moment où une pellicule de poussière s'était déposée sur son visage de porcelaine ou lorsqu'une araignée s'était posée sur sa nuque. Son corps dominait toute trace de pensée et rien ni personne ne le détournait de son dessein.
S'il avait laissé sa rêverie le submerger, peut-être aurait-il été trop préoccupé pour ne pas entendre quelques vociférations retentir à quelques pas de là. Seulement, sa songerie nuisait considérablement à la perception des mots prononcés et même sa curiosité naissante ne pouvait pallier ce problème. C'est donc à pas de loups qu'ils s'approchait de la porte d'où semblait provenir les violentes injures. Doucement, lentement, le jeune homme progressait tout en tentant de comprendre la raison de ce chaos -bien que ce n'étaient ni son but premier ni sa destination initiale. Bientôt, Hisoka parvint à distinguer une voix de femme d'une autre, à peine plus virile ; cependant, associer un nom à ces hurlements assourdissants semblait encore lointain.
Lorsqu'il s'approcha de la porte, le jeune shinigami pencha avec prudence sa petite tête d'enfant dans l'encadrement pour découvrir la propriétaire des lieux saisir un quelconque vase en cristal pour le projeter avec violence contre un mur avoisinant. L'objet, auparavant admirable ne devenait alors qu'un vulgaire tas d'éclats de verre redouté pour sa dangerosité. Il ne suffit qu'une seconde pour détruire la beauté tandis qu'il ne fallait pas moins de plusieurs heures pour apaiser la colère du bourreau.
Kyoko Burns paraissait faire les cent pas au sein d'un petit salon au style rococo. L'entrebâillement de la porte ne permettait de voir qu'un quart de la pièce, suffisant pour distinguer des allés et retours nerveux voire hystériques de la dite Lady. Chaque passage, marqué par un cri plus perçant que le précédent, faisait frémir l'employé macabre désormais espion à son insu. Mais il n'était pas en mesure de dire si cette angoisse était réellement due à la fureur de cette harpie, à l'idée d'être surpris ou le fait de devoir affronter un adversaire plus redoutable encore.
L'humanité laissait place à la bestialité : de ses crocs ressorties, de ses grognements, elle ressemblait alors à une ourse protégeant son petit. Mais, aussi paradoxalement que possible, il s'était avéré, après que ce dernier soit apparu dans l'encadrement de la porte, que l'ennemi à chasser et l'enfant à préserver était une seule et même personne. Un jeune homme d'un vingtaine d'années reconnaissable en tant que fils cadet de la riche héritière tentait tant bien que mal de calmer le courroux de celle-ci. Hélas, face aux paroles haineuses de sa génitrice, Ginji voyait sa patience prendre son envol. Bientôt, l'appellation « maman » trouvait d'autres substituts plus acerbes tels que « pauvre folle », « vieille chouette » ou « hystérique », ce qui ne faisait qu'envenimer la conversation déjà fort endiablée.
- Bon à rien ! T'es même pas capable de garder ta fiancée : qui voudrais d'un pauvre petit pleurnichard comme toi ?!
- Ah ! Ça te ressemble bien ça, l'œuvre type de la cinglée du Kansaï : vivante, Kazu n'était qu'une pauvre catin et maintenant qu'elle est morte, c'est moi, moi, ton fils, le responsable de tous les torts. Oui ! Parfaitement !
- Mais évidemment qu'elle est responsable cette petite chiure qui me sert de fils, depuis le jour de ta naissance, tu n'as rien fait de correct !
- Désolé d'être né !
- Ça ! Ça, tu peux l'être !
Etc. etc.
Hisoka n'entendait qu'une infime partie de cette gentille querelle et s'amusait ainsi à assembler les bouts de phrases qu'il percevait. En stimulant son imagination et son don d'empathie, il lui était alors facile de reconstituer un puzzle de discorde.
Néanmoins, les cris cessèrent le temps d'un murmure imperceptible. Cette fois, aucun don ne pouvait aider dans la compréhension de cette parole et le jeune homme pestait face à cette réalité. Ce chuchotement était, avec certitude, l'origine de l'explosion de rage qui retentit de la bouche et des griffes de la mère en furie. Cette phrase à voix basse semblait être le signal, le craquement de brindilles démarrant l'attaque de la lionne sur l'antilope.
Les mots n'étaient plus les seuls coups portés contre sa victime, cette fois, sans défense. À ce moment, les griffes, les poings et les pattes étaient également entrés en guerre et combattaient sans merci un homme, à peine sorti de l'innocence, pleurant et suppliant.
L'observateur n'avait pas attendu le premier cri pour intervenir entre la mère et le fils. Dès le premier coup de canon, Hisoka s'était élancé dans la pièce pour tenter, non sans impression de déjà-vu, de séparer les deux combattants. Mais en considérant les duellistes, il lui semblait difficile de deviner qui était la victime de l'autre : l'un ne parvenait à cesser ses sanglots d'enfant apeuré l'autre tremblait de tous ses membres comme si un fantôme était apparu devant ses yeux exorbités. Plus choqués que penauds, les adversaires ne dirent pas un mot pendant le sermon du médiateur.
« Bon -dit-il frottant ses yeux, excédé- avant toute chose, si l'un d'entre vous a l'intention de l'ouvrir pour dire quoi que ce soit, je lui offre un aller simple pour l'Enma Cho, même si je dois me faire virer pour ça. Je ne sais pas si vous êtes tous aussi cinglés par consanguinité ou par traumatisme crânien à la naissance -ou les deux, mais une chose est sûre, c'est que vous aurez failli réussi à me rendre aussi fou. J'en ai vraiment ma claque de cette famille et de vos règlements de compte. Si la mort est le seul moyen de vous faire taire alors je lui conseille de vite s'occuper de votre cas : ça urge ! »
En temps normal, ces réprimandes n'auraient fait l'objet d'aucune excuse et n'aurait été qu'un prétexte pour assouvir la colère de Kyoko. La normalité n'était pas invitée : l'infâme patron restait muet sous les réprimandes de son employé, laissant ainsi penser à une inversion des rôles. Lorsque Hisoka termina son discours, elle hocha la tête à la manière d'une enfant honteuse d'être punie, recula de quelques pas pour rejoindre une sortie. Là, disparaître n'était plus qu'un simple jeu de porte ce qu'elle parvint à manier à la perfection.
Sa mère partie, Ginji inspira du mieux que possible pour cesser ses pleurs. Malgré ses yeux et son nez rougis, il agissait de sorte exorciser l'accident : une manière d'oublier et de faire oublier la bataille familiale. Cependant, ce qu'il ignorait était que son interlocuteur n'était pas de ceux qui pouvait omettre de tels maux par un sourire ou des mots rassurants.
- Je suis vraiment désolé pour ce que vous avez pu voir, mais, aussi triste que ça peut paraître, c'est notre quotidien : il faut vivre avec.
- Je sais.
- Vraiment ? Et bien, je suppose que pour le nombre de fous qui peuvent exister sur cette Terre, il y a bien une descendance quelque part : enchanté de savoir que je ne suis pas le seul fils de déments.
- Elle est donc comme ça tout le temps ?
- Oui, surtout en ce moment avec toutes ces morts : la peur et la cruauté ne font pas bon ménage. Enfin, je suppose que ça lui passera : étant donné qu'elle n'est pas endeuillée, les événements ne seront plus qu'un vague souvenir, ni bon, ni mauvais.
Nonobstant son don d'empathie, Hisoka avait quelques difficultés à comprendre ce que pouvait ressentir son vis à vis. Il le percevait et avait déjà vécu ce sentiment surtout durant ses plus jeunes années, mais jamais il n'avait pu qualifier ce ressenti mêlant haine et compassion, soumission et désir de rébellion. De curieuses émotions émanaient donc de cet homme. Ce dernier s'était détourné et se dirigeait vers un vaisselier d'où il saisit une bouteille au contenu cuivré ainsi que deux verres adaptés à la boisson. « Whisky ? » proposa-t-il poliment tout en levant la bouteille.
- Non merci, je ne bois pas.
- Et vous avec raison... Moi non plus, d'ailleurs !
Joignant le geste à la parole, il but d'une traite le verre qu'il venait de se servir avant de pousser un râle peu civilisé.
- Qu'est ce que c'est fort ce truc !
- C'est la raison pour laquelle je ne bois pas et encore moins cul-sec.
- Je ne suis même pas capable d'imiter mon ivrogne de frère.
- Heureusement !
L'air las du plus jeune paraissait amuser son aîné : ce dernier prenait un malin plaisir à converser avec quelqu'un semblant enfin comprendre sa position familiale. Ce qu'il ignorait était, qu'au delà de l'empathie, il persistait une enquête pour laquelle la psychologie et les sentiments était secondaires.
- Avant que votre mère vous attaque sauvagement, j'ai vu que vous lui aviez soufflé quelque chose. Si ça n'est pas trop indiscret, j'aimerais bien savoir de quoi il s'agit.
- On peut dire que vous allez droit au but ! Mais vous savez, je pense que ça ne sert à rien de garder ce genre de secret, surtout dans un tel contexte. Même si ça n'a rien de glorieux, je dois dire. Ma fiancée avait l'intention de me quitter : quelques temps avant notre mariage, la veille de son arrivée, elle m'avait envoyé un message me disant qu'elle en avait assez de toutes ces contraintes et de toutes ces mondanités, qu'elle voulait vivre une vie normale avec la personne qu'elle aimait. C'est ce que j'ai glissé à ma mère : « Kazu me trompait et elle voulait me quitter, ce n'est pas moi, l'unique responsable de son départ ». Je sais, c'est égoïste de rejeter tous les tords sur ma feue fiancée sans doute, la colère m'a poussé à le dire.
Doucement, dans un rituel proche de la maniaquerie, Ginji essayait toutes les combinaisons pour la disposition des objets de la petite pièce. Tantôt il déplaçait une statue, tantôt il rangeait un livre, décrochait un tableau, le replaçait ailleurs, etc. Ces manières agaçaient au plus haut point l'autre se tenant alors, plus en retrait de la scène.
Bientôt, il n'y eut plus rien à manier ce qui contraint le propriétaire des lieux à reprendre sa place initiale. Néanmoins, le fait de ne plus avoir d'occupation semblait le tourmenter. Pour assouvir son désarroi, le jeune homme prit place sur l'un des fauteuils de la pièce et s'étala telle une poupée de chiffon que l'on aurait lancé.
- Vous qui me comprenez, est-ce que vous savez : pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi chaque fois que l'on fait quelque chose pour nos parents, ces derniers nous traitent comme des moins de rien ?
- Ce n'est pas la même chose partout.
- C'est vrai qu'il existe des familles normales, dit-il souriant tristement.
- Et puis, ce n'est pas parce que votre famille vous traite de nul que vous l'êtes : c'est peut-être -ou sûrement- eux les nuls et les moins que rien. Il y a un moment où il faut arrêter de rester cloîtrer dans le cocon familial pour voir ailleurs, répondit Hisoka nonchalamment.
- Mais je ne vis que pour ça ! Depuis que je suis né, je ne rêve que d'une chose: qu'elle me sourie en me disant « c'est bien, mon fils », tout ce que j'ai fait pour elle, elle ne l'a jamais considéré ! Je ne suis pas et ne serai jamais digne d'appartenir à cette famille, ça peut paraître soulageant puisqu'elle est folle, mais ça reste tout de même mes racines, mes pairs : ils ont tout fait pour que je sois fier d'eux, mais je ne suis pas capable de leur rendre la pareille !
- Je ne vois pas ce qu'aurait pu faire votre mère pour vous rendre fier d'elle : se faire entendre sur un périmètre de dix kilomètres ?!
- Elle m'a mis au monde.
- Bah !
Bien qu'il en montrait le contraire, le shinigami percevait parfaitement ce que son interlocuteur ressentait. Il n'avait pas besoin d'un quelconque pouvoir surnaturel pour faire preuve d'empathie. Lui même avait éprouvé ces mêmes sentiments à l'égard de ce père, indifférent aux prouesses de son propre enfant, dégoûté de l'anormalité de son fils, insensible à la maladie et agonie de sa progéniture.
- Vous ne comprenez pas, je voulais lui montrer ! Je voulais lui montrer que j'étais capable d'accomplir de grandes choses dans l'intérêt de notre famille ! Maintenant, il est trop tard, elle me hait, je ne savais pas qu'il était possible de haïr une personne plus qu'elle ne le faisait déjà, je me suis trompé : elle m'a montré que c'était possible.
- En effet, je ne comprends pas et je ne comprendrai jamais.
Mentir était une façon de se protéger, de se préserver d'un passé lointain où il subsistait, non pas sorcières et dragons, mais un père dédaigneux et une mère crachant des flammes de crainte et de mépris. Il fallait impérativement tuer ces souvenirs douloureux ayant fait le malheur d'un enfant avide d'amour familial.
- Au fond, je ne vois pas pourquoi vous avez choisi de venir travailler ici : vous supportez ma mère et ses mauvaises humeurs, vous devez vous suffire à la maigre paye que mon père daigne distribuer et les dortoirs des domestiques sont mal isolés.
- Ah ! Nous ne dormons pas là donc on n'a pas ce souci là.
- Vraiment, où dormez-vous ?
- Sous les combles : il y quelques chambres abandonnées.
- Je l'ignorais.
- Il paraît que c'était les appartements d'un espion de votre ancêtre : un certain le rat ou un truc du genre.
- Jamais entendu parlé : qui vous a raconté ça ?
L'empathe s'apprêtait à divulguer le nom de la responsable, mais se ravisa tout en agitant la main d'un air las. Après tout, il ne voyais pas l'intérêt de s'attarder sur de simples détails alors qu'il avait une enquête à mener.
Et alors qu'il s'apprêtait à changer le thème de la discussion, la porte par laquelle le sujet précédent s'était éclipsé s'ouvrit à grands fracas. Quelle ne fut pas la surprise des deux hommes qui sursautèrent à l'unisson : l'arrivée fracassante de la propriétaire des lieux sonnait comme un violent contraste avec la sortie de cette dernière quelques minutes auparavant. Entre temps, l'enfant penaud avait repris sa parure d'ogresse.
« Mais enfin, je peux savoir ce que vous trafiquez ?! Ça fait une heure que le téléphone sonne : dépêchez-vous à la fin, je ne vous paye pas pour rester les bras croisés ! »
Une touche de cynisme vint chatouiller la conscience du jeune shinigami s'il l'avait écoutée, les autres résidents auraient entendu : « Parce qu'en plus je suis payé ?! ». Toutefois, le bon sens ne le laissa pas se soumettre à la tentation et c'est docilement qu'il obéit à son tyran de patron. Il ne pouvait tout de même s'empêcher de pester contre les appareils téléphoniques de ses employeurs temporaires tantôt assourdissants, tantôt l'inverse. En effet, même à dix mètres de l'outil, Hisoka percevait une mélodie si faible qu'elle n'aurait eu aucun mal à se confondre avec le râle d'un mourant. Cette ressemblance était telle qu'il en avait peur de blesser l'objet en saisissant le combiner.
- Asile psychiatrique du Kansaï, j'écoute ?
- Et bien, en voilà des manières, dit une voix que trop familière.
- Muraki !
Le jeune homme était surpris d'entendre le son de sa propre voix tant il était choqué d'avoir au bout du fil l'homme qui a détruit sa vie. Il ne savait pas non plus par quel miracle ou quelle catastrophe sa main parvenait encore à tenir le combiné. Son poignée tremblant desserrait son emprise et faisait glisser l'objet jusqu'à tenir le téléphone entre le pousse et l'index, alors à même de le lâcher.
- Content de m'entendre, mon petit pantin ?
- Va crever !
- Je vois que tu reprends du poil de la bête de plus en plus vite.
- Je m'en fous de tes sarcasmes ! C'est toi qui es responsable de tout ça ?!
- En effet, du moins, en partie.
- Qu'est ce que ça veut dire ?!
- Notre dernier combat ne m'a pas laissé indemne : c'est fâcheux pour un médecin de ne plus pouvoir se servir de ses mains.
- Si tu cherches ma pitié, tu peux te mettre le doigt dans l'œil !
- Quelle amabilité !
À vrai dire, Hisoka se trouvait même trop poli à l'égard son ennemi juré, peut-être la distance physique jouait sur son comportement et son caractère parfois impulsif. La longue inspiration prise et le ton un brin trop serein abordé était un exemple supplémentaire de ce calme exceptionnel.
- Qu'est ce que tu veux ?
- Moi ? Juste prendre des nouvelles.
- Ne te fous pas de moi ! Si tu es responsable de tous ces meurtres, je te conseille de te montrer tout de suite !
- Comme je l'ai dit un peu plus tôt, mon dernier combat avec vous ne m'a pas laissé indemne. Pourtant, ce serait avec joie de venir vous tordre le cou et de vous détruire jusqu'à la dernière cellule : sais-tu combien de temps un shinigami met à se consumer ?
- Garde tes questions pour ton esprit tordu ! Dis moi une fois pour toutes ce que tu veux !
- Comme je l'ai dit, prendre des nouvelles : de mon cher Tsuzuki, de toi et de ma patiente préférée.
- Tu parles de cette cinglée de Kyoko ? Je savais que t'étais tordu, mais pas à ce point !
Mais à sa grande surprise, le jeune homme entendit au bout du fil un bruit ressemblant fort à un claquement de langue négatif.
- Voyons depuis le temps que nous nous connaissons, tu devrais savoir que ce genre de chair ne m'attire guère. Tu n'es pas sans savoir qu'il y a entre ces murs un secret de famille ô combien gardé : la preuve, toutes ceux et celles qui en ont senti le parfum ont subi un cruel châtiment.
- Tu es mal placé pour parler de cruauté !
- Avec le recul, tu devrais savoir qu'il existe plus machiavélique que moi. Ce n'est pas moi qui ai tué ces pauvres demoiselles, et puis de toutes façons, elles avaient signé leurs arrêts de mort en venant passer leurs premiers étés en ces lieux.
- Le simple fait que tu connaisses leurs sorts en dit long sur ta culpabilité.
- Pourtant je ne mens pas : je ne suis au courant que par un rapport qui m'a été fait directement après l'acte.
- Tu penses que je vais gober ça !
- Comment aurais-je décapiter ces pathétiques créatures sans mains ? Je conçois que fracasser le crâne de cette pauvre femme de chambre était à ma portée, mais ça c'était avant que ton partenaire m'estropie à vie.
Si le shinigami avait tendu l'oreille un temps soit plus, il aurait bénéficié d'une apologie à la barbarie. Cependant, son attention était restée figée sur les quelques mots prononcés auparavant. Perdu dans sa réflexion, il ne répondit pas aux quelques « allô » interrogatifs de son interlocuteur, ce dernier étant soucieux de ne plus avoir, a priori, oreille à torturer.
Mais Hisoka avait trouvé plus intéressant que les ignominies de son bourreau. Depuis que celui-ci avait mentionné le cas d'une servante familière, cette dernière occupait l'esprit du jeune homme. Contrairement aux autres garçons de son âge, penser à une jeune fille n'était pas synonyme de courtoisie, mais de sombres idées associables à une enquête mortuaire.
Courant à travers les interminables couloirs, il espérait retrouver la demoiselle convoitée avant qu'elle ne tire sa révérence pour de bon. Néanmoins, chaque ouverture de porte, chaque pièce fouillée, chaque parcelle examinée n'étaient liées qu'à l'union entre le hasard et la fortune. Ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes semblant interminables qu'il retrouva Hannah dans sa robe à fleurs, assise dans son fauteuil, ses cheveux dorés retombant gracieusement devant son visage fade.
Soulagé de se savoir un minimum chanceux, il se précipita à l'encontre de l'opportunité s'offrant à lui. Prenant le soin d'isoler son trésor des yeux et oreilles des curieux préalablement, il s'assit à califourchon sur le dossier d'une chaise gisant à quelques mètres de là.
« Bien, maintenant que nous sommes seuls, on va pouvoir parler de ce qui t'est arrivé entre quatre yeux – dit-il relevant le minois éteint de son vis-à-vis. »
Mais voyant le regard vitreux de son interlocutrice, il ne put s'empêcher une grimace de découragement.
« Bon, pour le « quatre yeux », on est mal barrés. Ça commence bien mon affaire ! »
Il pianota nerveusement contre une table en bois située entre eux avant de reprendre :
« Enfin, peut-être qu'il y a d'autres moyens de communiquer avec toi : tu n'as quand même pas perdu toute forme d'humanité ! Déjà, est-ce que tu sais qui t'a frappée ? »
La seule réponse qu'il obtint fut le bruit d'un envol de pigeon à l'extérieur.
« On avance ! Recommençons autrement : est-ce que c'était un homme, disons, de grande taille, des cheveux blancs, des lunettes, un teint maladif, un air de docteur psychopathe ? »
Hisoka savait qu'il n'avait pas à se forcer pour élaborer un portrait élogieux ou poétique de son assassin. Dans le cas où sa compagne était également une victime, elle serait davantage disposée à écouter une description grossière du médecin. Mais, malgré ses efforts, la jeune fille restait muette.
« Aide-moi nom de Dieu ! Je ne sais pas, moi : tape une fois pour dire oui et deux fois pour dire non ! »
Et tandis qu'il donnait ces quelques directives, il saisit sa main blanchâtre et s'attardait à mettre en pratique ses explications. Cela effectué, il réitéra sa question tout en espérant obtenir davantage d'informations. Seulement, une fois encore, la conversation n'allait que dans un seul sens. Nonobstant toutes ses tentatives inespérées, le shinigami restait au point de départ. Dépité, il quitta sa place pour s'installer près d'une fenêtre d'où il observait, non sans une once d'agacement, la verdure avoisinante.
« Ç'aurait été trop beau que ça puisse fonctionner. Mais bon, j'aurais dû me douter que je n'aurais rien pu tirer de ton témoignage. Enfin, pour témoigner, il aurait fallu que tu puisses comprendre ce qu'on te dit. D'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi je continue de te parler. »
Bien qu'il en clamait le contraire, Hisoka était toujours un enfant et cela pouvait se deviner par ses attitudes assimilables aux jeunes chérubins ou aux jeunes filles capricieuses. C'est alors qu'il s'adossa contre un des bords d'une alcôve, les bras croisés contre sa poitrine, la lèvre inférieure légèrement étendue venant grignoter de quelques millimètres la mâchoire supérieure. Il inspirait ainsi longuement, relevant par la même occasion ses minces épaules, et expirait en soupirant de sorte à calmer sa frustration.
La quiétude ne s'installa que très brièvement, bientôt, le besoin de réfléchir à autre chose s'empara de lui. C'est en fouillant les poches de son pantalon qu'il cherchait une occupation ou une idée. Là, siégeait quelques babioles oubliées depuis divers moments : un bouton de veston décroché depuis le mariage chaotique, un chewing-gum non mâchés -souvenir d'un matin sans brosse à dents, des feuilles de papier vierges et deux photographies que le jeune empathe reconnut comme celles confiées par son supérieur hiérarchique quelques heures avant.
Examinant la plus vieille photo avec minutie pour la énième fois, il se remémorait les paroles du secrétaire, les explications prodiguées à ce sujet et le témoignage brouillon de son amant. Non sûr de l'idée qui lui vint, il repassa l'objet de sa main laiteuse à plusieurs reprises de sorte à l'aplatir au maximum. C'est à pas lent qu'il se rapprocha du cadavre ambulant.
« Je t'embête une dernière fois et je te laisse : regarde cette photo. Ne t'occupe pas des deux adultes : focalise toi sur la petite fille qui est grande maintenant -enfin, vieille serait plus approprié. Est-ce que tu la reconnais ? Son visage te dit quelque chose ? »
Un être moins sensible aux sentiments d'autrui n'aurait pas perçu l'ouragan de crainte submerger la jeune femme. Si le corps ne montrait plus de signe d'émotion, l'esprit continuait sa lutte quotidienne pour vivre. En quelques secondes d'attention, la peur avait même atteint la limite supportable pour un don d'empathie. Sentant la migraine le tirailler, Hisoka retourna l'objet terrifiant tout en cachant le dos grâce à sa main.
« Merci pour ta collaboration, c'est tout ce dont je voulais savoir. »
À ces mots, il se remémorait le récit du miroir fantôme rencontré plus tôt dans la journée. En assemblant les morceaux du puzzle, il semblait entrapercevoir la forme du paysage à représenter. Un être de plus de deux siècles associé d'une manière ou d'une autre à leur pire ennemi était à l'origine d'une série de meurtres et d'une tentative d'assassinat. Toutefois, la question majeure subsistant concernait le lien avec Muraki : agissait-il par hypnose comme il a pu le faire par le passé ou autrement ? De plus, si les disparitions douteuses perpétuaient depuis plus de deux siècles, le criminel n'aurait pu oeuvrer depuis le début. D'autant que les ordres semblaient provenir du sein même du manoir soit d'un des membres de la famille résidente.
« Un ou peut-être tous, qui sait ? »
Mais tandis qu'il tentait de mettre de l'ordre dans ses pensées, un bruit assourdissant retentit. Alerté, Hisoka se précipita vers la fenêtre, espérant voir ce qui aurait pu provoquer l'explosion. Dehors, un épais manteau de fumée recouvrait quelques végétations pendant que des flammes dévoraient des buissons avoisinants. Un duel au sein même de la nature éclatait à quelques mètres de là. Cependant, ce n'était pas le combat des tons verdoyants contre le rouge embrasé qui intéressait le jeune homme. Ce dernier ne pensait plus qu'à une seule chose ce qu'il ne manqua pas d'expirer dans un murmure :
« Tsuzuki. »
A suivre
Il me semble qu'il doit y avoir des redites. Je m'en suis rendue compte à la fin de mon chapitre et ai tenté de me rattraper mais ayant écrit ça à la mer (sans internet donc) et sans les derniers chapitres de PMJTP, il fallait que je boucle ça de mémoire par rapport à ce que j'avais fait précédemment. Même si j'écris au préalable le squelette du chapitre à écrire, les détails sont parfois mis de côté.
Sinon, avant de vous laisser, je me demandais. Pour ceux qui suivrait YnM en manga, est-ce que quelqu'un sait ce qu'il en est de la sortie du 13e tome des "descendants des ténèbres" ? A la sortie du 12e, les internautes parlaient du suivant qui devait être publié dans la foulée, il y a deux mois, j'ai vu sur tumblr des extraits du dit tome, mais sans avoir de nouvelles précises à ce sujet. Quelqu'un en saurait-il davantage ?
