Quand l'amour fait mal
5
Il fait jour, j'ai réussi à m'endormir, je ne sais par quel miracle. Mes yeux collés par ce qui semble être des larmes, s'ouvrent enfin, j'ai froid, peut-être que j'ai pleuré en dormant, je l'ignore. Je regarde à mes côtés, il n'est plus là. J'ai mal, lorsque je m'assois, regardant vaguement cette chambre que je voulais absolument voir de mes yeux. La peinture est vert d'eau, elle a beaucoup vécue, les étagères sont remplies de comics, je vois un Spawn laissé négligemment sur le dessus de son bureau. C'est de l'acajou… Je me lève, ne tenant plus assis, puis je parcours la chambre, espérant qu'il va revenir, qu'il va me parler. Car j'ignore si je pourrais le regarder en face si rien n'est dit… maintenant. Je veux qu'il me parle, qu'il… s'excuse, pour ce qu'il m'a fait endurer, hier. Étrangement, je ne lui en veux pas, en tout cas j'essaye. En fait, plus j'y pense plus ça me casse le moral. Devrais-je lui en vouloir ?
Je m'approche du bureau, parce que quelque chose a attiré mon attention, entre les papiers et les différents stylos. Un cadre a été renversé. Je m'en empare pour le remettre sur ses pieds. J'y vois une femme, elle a le regard doux, aussi doux que celui d'Amanda. Ses cheveux sont châtains et ses yeux verts… verts ? Elle porte un enfant entre ses bras… serait-ce… Declan ? Serait-ce sa mère ? Je suis médusé par la beauté de cette femme, mais aussi par la douleur que l'on peut ressentir au fond de ses yeux. J'ai l'impression de regarder au fond de son âme et l'écho que me procure cette sensation vient de Declan. Ils ont le même regard, la même souffrance…
J'entends une porte claquer, peut-être est-ce lui ? Je tourne le visage en direction de la porte de la chambre m'arrêtant quelques secondes sur une tache brune sur le plafond. Sa chambre est juste sous les combles, j'aime bien cet espace et le plafond bas qui la caractérise. Je me baisse. C'est une photo, enfin une série de photos. Ma première rencontre avec le photomaton du centre commercial. Ce sont des photos de moi et de Declan, je croyais qu'il les avait jetées ?! C'est pourtant ce que je lui avais demandé en voyant l'expression figée sur mon visage mêlant questionnement et curiosité.
Je m'en souviens comme si c'était hier. Cette voix de femme qui sortait de je ne savais trop où. Je regardais un écran qui me montrait… moi ? Je bougeais, l'autre moi bougeait. J'avais essayé de toucher cet être ressemblant mais Declan m'en avait empêché, il fallait que je souris, alors j'ai souri. Je ne savais pas vraiment pourquoi…
Rien ne bouge, enfin si, tout à coup j'entends des pas dans les escaliers. Declan entre dans sa chambre, attrape mes habits précipitamment et me dit de sortir par la fenêtre. C'est tout juste si j'ai le temps de m'habiller que me voilà sur le rebord de la fenêtre en train d'escalader son mur. Finalement… je n'ai pas pu lui parler. Finalement, je n'ai rien pu lui dire, ni lui demander. Ça m'ennui, mais je préfère faire ce qu'il me dit ; je saute d'où je suis et retombe lestement sur mes jambes, c'est à ce moment que je vois un homme sortir d'une grosse voiture et me lancer un regard qui me glace le sang. Qui est-ce ? Pourquoi me regarde-t-il de la sorte ?
L'homme s'avance vers moi en hurlant et à ce moment précis je n'arrive à faire qu'une seule chose : courir le plus vite et le plus loin ! Pendant que je cours, je n'arrive qu'à une seule conclusion : est-ce Mr McDonough ?
Lorsque je rentre chez les Trager, le soleil est déjà haut dans le ciel, j'avais promis de rentrer au plus tard à minuit… je sens qu'ils ne vont pas être contents. Je vois aux yeux de Nicole que je les ai inquiété, il vaut mieux que je taise ce qu'il s'est passé, hier avec Declan. Le mieux que je puisse faire c'est de faire profile bas. La mère de Lori me demande de la suivre avec Stephen dans la cuisine. Josh secoue la main, montrant l'heure, oui je sais, il est midi... Je baisse le visage, je sais qu'elle va me gronder.
- On s'est fait un sang d'encre ! Où étais-tu ? »
- J'étais encore chez Hillary… »
- Ne dit pas de mensonges Kyle ! Josh t'as vu partir avec Declan. Je veux que tu nous dises la vérité. Tu te rappelles, toujours la vérité. D'accord ? »
Oui, elle a raison. Je secoue la tête positivement, il ne faut pas dire de mensonges, mais rien ne m'oblige à tout dire. Oublier, ce n'est pas mentir, n'est-ce pas ?
- Tu étais avec une fille ? Tu sais, tu peux tout nous dire, c'est normal qu'à ton âge… »
- J'étais chez Declan… »
Nicole hausse un sourcil, elle me demande de m'asseoir, mais je préfère rester debout, elle insiste, je suis donc obligé de prendre place sur la chaise en face d'eux, accusé, asseyez vous, le jugement va commencer… Je plisse les yeux sous la douleur, mais j'essaye de ne rien faire transparaître sur mon visage, je ne veux pas qu'elle sache.
- Chez… Declan ? Toute la nuit ? »
Les larmes me montent aux yeux, la douleur et ce souvenir qui revient tout à coup, Declan en moi, pourquoi a-t-il fait ça ?! Je ne veux pas en parler, je ne veux pas qu'ils continuent à me dévisager de la sorte. Il ne s'est rien passé… Rien du tout…
- Quelqu'un t'as fait du mal ? Est-ce que Declan t'as fait quelque chose ? »
Sa voix inquiète me fait relever la tête. S'il te plait, ne me demande pas de tout te dire, ne me demande pas de te mentir. Pas à toi. Je la supplie des yeux pour que cette discussion s'arrête. Je sais très bien que Stephen n'aime pas Declan. Mais quelle autre famille a-t-il ? Je ne peux pas le dire, je ne peux pas le trahir, c'est de ma faute ! La blonde qui me sert de mère s'approche de moi, mais je l'esquive pour aller m'enfermer dans ma chambre.
J'entends la voix de Lori qui discute avec sa mère, je l'entends qui parle de Declan, à bas mots, tandis que moi, recroquevillé dans ma chambre, je décide de m'enfermer quelque par… loin de tout ça. Comme j'aimerais qu'Amanda soit là. Juste là pour me sourire.
Il fait sombre, Nicole vient de passer le pas de ma porte, elle s'installe en face de moi, sur le matelas étendu par terre, jambes croisées, comme moi, elle ne parle pas, non, elle me regarde, puis tout à coup elle soupire.
- Kyle, parle-moi. »
Je ne veux pas lui parler, je ne veux pas le trahir, je ne veux pas dire à Nicole qu'il m'a fait du mal. Les Trager ne l'ont jamais aimé, où ira-t-il s'ils le haïssent ? Vers qui se tournera-t-il lorsque son père et lui s'engueuleront ? Il a besoin de ce refuge… J'espère simplement qu'il viendra encore…
- Declan t'as fait du mal ? »
J'ai crié un non, sans m'en rendre compte, je la regarde, déstabilisé, elle ne semble pas fâchée, non, elle caresse mon visage en se rapprochant.
- Tu étais consentant ? Kyle, c'est très important, tu voulais faire ça avec lui ? »
Je ne sais toujours pas vraiment ce que l'on a fait, ou plutôt ce qu'il m'a fait. Mais non, je ne voulais pas, je ne voulais pas qu'il me fasse ça. Je ne voulais pas qu'il me touche de cette façon. Je ferme les yeux, retenant un cri étouffé. Je ne veux pas qu'elle le haïsse, c'est tout ce qui m'importe. Je saute sur elle, attrapant ses bras, attrapant ses mains, je pleure, comme un enfant, comme la première fois, où j'ai vu Mufasa mourir.
- Ne lui en veut pas, ne le hait pas, Nicole, je t'en supplie. J'ai besoin qu'il soit là, qu'importe ce qu'il a fait. Ce n'était pas de sa faute, mais de la mienne. On avait trop bu, on… »
Les excuses me manquent, il n'y a certainement aucune excuse valable pour un telle sentiment, mais je sais qu'il n'est pas mauvais ! Je sais qu'il n'a pas changé. Il a juste cette chose égale à son géniteur… cette violence qui me glace le sang, mais au fond… Declan reste et restera toujours Declan…
- Kyle… Personne n'a le droit de te faire ça, qu'il soit un ami ou non. Il n'y a aucune excuse à ce qu'il t'a fait. Je sais que tu l'aimes beaucoup, je le sais même mieux que toi, mais en aucune façon, Kyle tu dois le protéger de ce qu'il t'a fait subir. »
Je ne veux pas l'entendre, je détourne le regard. Je le sais. Je ne le sais que trop bien ! Une partie de moi ne veut plus jamais le revoir, cette partie ne veut plus jamais qu'il me touche qu'il ne m'adresse la parole. Elle veut qu'il disparaisse. Mais au fond. Qu'est-ce qui fait le plus mal ? Son dédain ou ça ? Qu'est-ce qui fait le plus mal ? Ne plus le voir ou ça ?
La sonnette retentit, j'entends Lori ouvrir la porte, crier sur quelqu'un, puis renfermer la porte en claquant. C'était lui, je sais que c'était lui ! Lori ne devient verte de rage qu'à cause de Declan… alors le cœur compressé, je pousse Nicole et je me rue à travers la fenêtre, brisant le verre qui s'envole autour de moi dans un bruit sec. La douleur est moins intense que celle qu'il m'a fait ressentir, et puis ce n'est pas la première fois que je fais ça. La première… je ne savais simplement pas ce qu'était une vitre... Mais cette fois-ci c'est consciemment que je le fais. Nicole m'appelle inquiète de me voir réagir de cette façon, mais je ne veux pas… le perdre. Je ne dois pas me tourner vers elle, et même si le choc violent m'a sonné, je n'ai pas le droit de m'arrêter. Je secoue mes cheveux…
Son corps s'est incliné dans l'allée, curieux et alerté par le bruit, il m'observe, puis détourne le regard. Est-ce de ma faute, si son œil est enflé ? Est-ce qu'il ne veut plus me voir ? J'ai besoin de le savoir. J'ai aussi besoin de savoir ce qu'il a à l'œil.
- Declan… »
- Je n'aurais pas du… Être désolé ne signifie peut-être plus grand-chose maintenant. Je comprendrais que tu ne veuilles plus me voir après ça. Tss ! J'arrive juste… pas à gérer ça. Pourquoi essayer d'évincer Amanda si je suis pas capable de prendre sa place, hein ? Chui vraiment un looser. Désolé Kyle, je t'importunerais plus. »
Justement pas, justement non ! Je ne veux pas qu'il me tourne le dos ! Je traverse le verre pilé, me jetant sur lui. Qu'importe la douleur, qu'importe ce qu'il m'a fait. Au fond, il reste mon seul ami, et je ferais tout pour le garder, même lui pardonner, oui, je lui pardonne. Mes bras le serrent nerveusement, l'empêchant de m'abandonner. Je suis capable de tout, pour lui. Et puis, la douleur qu'il ressent, maintenant elle est mienne. Maintenant nos douleurs ont un écho aussi sinistre qu'il soit.
- Je te pardonne. Declan… je te pardonne… »
Nos corps se pressent l'un contre l'autre, je ressens ses douleurs… je ressens son corps se contracter sous la souffrance, elle n'est pas que mentale, j'imagine avec angoisse ce qu'il cache sous ses vêtements. Étrangement, on se met à se bercer l'un l'autre, lentement, très lentement. Il sourit, je sens son souffle contre ma nuque, il y dépose un baiser. J'imagine ce qui a pu se passer après ma fuite. J'imagine ce regard sombre frapper son fils jusqu'à la délivrance. J'imagine Declan encaisser sans rien dire… sans essayer même de se défendre. Je n'imagine pas, non, je le vois. Je le vois dans son regard.
Je sens finalement ses mains qui courent contre mon dos, qui me font frissonner jusqu'à la nuque, je ferme les yeux pendant qu'il m'embrasse, un simple baiser, ses lèvres contre les miennes. C'est ainsi que je le veux, c'est ce Declan que je veux à mes côtés. Fragile et protecteur. Ces lèvres sont de plus en plus pressantes, je me retrouve plaqué contre la façade de la maison, ses mains sont en train de descendre, je n'arrive pas à les arrêter ; pourtant, je ne panique pas comme hier. Jamais il ne recommencera une telle chose, même si je dois user à présent de ma force. Sa langue s'insinue en moi, c'est trop, je ne veux pas, je ne veux pas que ça recommence ! J'attrape l'une de ses mains et lui retourne le pouce. J'ai vu ça dans un film. Il me relâche immédiatement, grimaçant légèrement, je plonge mon regard dans le sien essayant de voir avec autant de clarté ce qu'il vit en ma présence.
- Est-ce que ça a une importance pour toi ? »
- De quoi ? »
De quoi me parle-t-il ? Son regarde glisse sur la droite. Il hésite à me parler. Je relâche son doigt me rendant compte que je dois lui faire mal, et ce n'était pas mon but, enfin… pas réellement mon but. Je m'approche de… comment dois-je l'appeler maintenant ? Ami ? Copain ? Pourquoi y penser, Declan restera Declan… toujours… Mes doigts glissent dans son cou, remontant sur sa tempe et cet œil marqué d'une chaleur pénible.
- Homme, femme, ce genre de considération. »
- Je ne sais pas. Je devrais ? Désolé… ce genre de chose ne me parle pas, mais, Declan, ne m'abandonne pas… »
Est-ce que je l'aime, est-ce que je suis gay ? Je ne sais pas. Je ne crois pas, d'un autre côté comment être sûr ? Tout ce que je sais… c'est que je ne veux plus jamais qu'on se fâche. Je ne veux plus qu'il me laisse et qu'il passe son temps avec un autre que moi.
- J'aime… quand tes… lèvres sont contre les miennes. J'ignore pourquoi… »
- Quand je t'embrasse ? »
Je fais oui de la tête, il m'envoie un sourire timide, passant sa main dans ma chevelure, et cette fois-ci, c'est moi qui colle mes lèvres contre les siennes. Pourquoi me sens-je bien rien qu'avec ce simple contact ? Ca doit être encore un secret de l'humanité. La nuit est légèrement fraiche, d'ailleurs je glisse dans ses bras pour venir y chercher plus qu'une chaleur réconfortante, je veux lui prouver que ce qu'il a fait, restera peut-être une cicatrice mais jamais un reproche.
- Pourquoi t'a-t-il frappé? »
Declan m'échappe des bras, son corps se met tout à coup à marcher de long en large, il se laisse enfin tomber à terre, comme désemparé. Genoux contre coudes, Declan soupire tandis que son visage rejoint ses bras.
- Il va me tuer… Il… il va TE tuer. »
Pourquoi ? Cet homme, je ne lui ai rien fait. Pourquoi porte-t-il toute cette haine envers son propre fils ? Il ne vient à aucun de ses matchs, et à chaque fois que Declan parle de lui, il dépeint un homme sans sentiment qui lui fait vivre un enfer quotidien. J'imaginais encore, il y a quelques temps, tous les parents comme les Trager. Mais... je me trompais. Je m'étais toujours trompé. Declan avait pris soin de moi, c'était à moi de lui montrer que je pouvais aussi prendre soin de lui. Cet homme ne me fera jamais de mal, je le lui promets.
Ma famille sait maintenant, elle nous a vu et qu'importe leur jugement, sur lui, ou sur nous, personne, non personne ne m'empêchera d'être au près de lui quand je le déciderais.
Merci pour les reviews !!! Je suis bien parti là pour encore trois chapitres minimum. ^___^. J'espère que ce chapitre vous plait et que le 4 vous a pas trop fait secouer votre écran dans tout les sens en hurlant après moi et Declan !
