Quand l'amour fait mal
8
Le soleil est déjà haut lorsque je me réveille, seul dans ma chambre. Un courant d'air me frôle la joue, Declan est parti. Il a dû sortir par la fenêtre discrètement pendant que je dormais. Où est-il parti ? J'espère simplement que ce n'est pas pour faire une bêtise... que ce n'est pas pour s'opposer à ce père qui le maltraitera. Ma mère adoptive frappe à la porte et passe le visage dans l'embrasure. Elle me fait un court sourire cherchant l'invité qu'elle avait décidé de secourir. Pardon Nicole, il semblerait que le plan tombait à l'eau...
Je fronce les sourcils, lui montrant la fenêtre à peine repoussée derrière lui. Je n'ai pas cœur de lui expliquer ce que Stephen et... Henry ont dit cette nuit devant la maison. Je n'ai pas le cœur de me remémorer cette discussion qui m'a laissé un arrière goût, ce sentiment qu'il fallait absolument que Nicole ne le sache pas. Qu'elle n'apprenne jamais que Stephen avait fait un enfant à une autre femme...
Je me lève plus soucieux pour lui que je ne lui suis pour celle qui a ouvert ses bras pour me recueillir. Mais comment expliquer cette impression d'égoïsme ? Nicole n'est pas en danger, c'est aussi simple que ça. Ce qui n'est surement pas le cas de celui que j'aime. Car hier dans mes bras, je me suis rendu compte à quel point il s'était perdu. A quel point sa vie lui échappait. Je me réveille avec le savoir, comme si en une nuit j'avais touché du doigt le mystère humain. Lui qui ne supporte pas son attraction envers moi, lui qui ne supporte plus son père, lui qui vient de comprendre que son père à poussé sa mère à une mort certaine, lui qui vient de se rendre compte qu'il a aimé une sœur, lui... qui maintenant n'a plus de famille...
Je me lève, je m'étire, je ne peux le laisser seul ! Je regarde ma mère, conscient que je vais peut-être en plein milieu du danger. Je lui fais un sourire, essayant d'être convainquant et rassurant.
- Je vais le ramener. »
De toute façon, je ne rentrerais pas sans lui. Juste quelques minutes de préparation, et je saute à travers la fenêtre me dirigeant vers la maison des McDonough. Je ne mets que quelques minutes car mon pas est rapide, pressant, j'ai peur qu'il ne lui arrive un malheur, j'ai peur que son père l'envoie à l'hôpital ou pire encore. A moins qu'enfin, Declan n'ose se libérer d'un père trop brutal.
A bout de souffle je pousse la porte entrebâillée, le chaos règne dans l'entrée, des traces de luttes, de cris, d'un cœur qui saigne d'une rage qui me consume sur place. J'entends quelqu'un tousser. Mes pieds me guident à travers les obstacles, le salon... enfin ce qu'il en reste. Le regard scrutant les décombres d'une guerre, je recherche le survivant qui cette fois-ci semble s'étouffer. Mon regard tombe sur Henry McDonough, sa main se tend vers moi, tandis qu'il comprime sa poitrine à l'endroit de son cœur. Son regard me prie de l'aider, mais je ne fais rien. Je ne ferais rien. Son nez est ensanglanté, son visage ridulé, sa bouche grande ouverte le fait ressembler à un monstre. Ce qu'il est. Il me répugne.
Lui qui m'a accusé à tord, pourquoi l'aiderais-je ? Pourquoi me baisserais-je pour aider un être aussi insignifiant. J'aime les humains, je les aime tous pour toute leur beauté, pour tous leurs défauts. Mais qu'y a-t-il de beau en cet homme ? Que recèle-t-il de bon et de grand ? Un travail important ? Une maison riche dans les beaux quartiers ? Est-ce donc tout ce qu'il a ? Tout ce qu'il possède ? Je suis peiné de voir que l'humain peut être aussi futile. Il avait un fils à aimer, un fils à accepter autant que possible. Le soutenir quand tout allait mal, le pousser de l'avant, afin d'effacer ses doutes et ses craintes. Mais au lieu de ça, il l'a renié, il l'a frappé, accablé de tout les maux et accusé de ses choix. Tout ça pour quoi ? Était-ce sa faute s'il n'est pas de son sang ? Était-ce la faut de Declan ? Je m'accroupis, regardant ses yeux embués s'écarquiller devant mon impassibilité.
- Votre propre fils... A-t-il mérité un tel traitement ? Tout le mal que vous avez voulu à Stephen n'a été que souffrances inutiles pour Declan. Comment me regarder en face, si je devais vous donner une main salvatrice, après les coups et les mots qui ont brisé son cœur. Vous... lui avez fait tant de mal. Tellement de larmes qu'il contenait comme il pouvait. Ne pas craquer, rester digne, rester fier, et essayer d'obtenir de vous, un simple sourire, une simple félicitation... qui ne venait jamais. Lorsque vous ne serez plus... c'est moi qui prendrais soin de lui. Il n'est pas le fils de la femme que j'ai aimé, il n'est rien du tout, pour moi, mais je le porte dans mon cœur, une chose que vous n'avez jamais su faire... le fils de la femme que vous aimiez. J'espère qu'elle vous dira en face tout le bien qu'elle pense du traitement que vous avez fait subir à ce qu'elle a laissé dans ce monde. Et j'espère qu'elle vous maudira du fond de son cœur, autant que moi. C'est le moment, Monsieur, de prouver que vous avez un cœur. Priez pour qu'il ne lui soit arrivé rien de fâcheux, car sinon, c'est moi qui vous maudira. »
Je me relève, je n'ai rien d'autre à lui dire. Je ne suis pas en colère, non, je suis simplement triste, triste et outré qu'un parent puisse réagir d'une telle façon. Maintenant, je quitte la maison. Où a-t-il pu aller ? Le cimetière ? Espérons-le.
- Kyle ?! »
- Amanda ? »
J'ai parcouru la ville de long en large à sa recherche, j'ai visité chaque recoin, chaque passage, tous ces endroits où il aimait aller, tous ces endroits qu'il connaissait. Toutes ces choses auxquelles il aurait pu se rattacher, mais je n'ai rien trouvé.... Rien. Il est déjà dix huit heures... j'ai épuisé toutes mes idées, toutes les possibilités. Je me suis laisser tomber sur un banc de l'école, attendant Lori, et espérant qu'elle aurait quelque chose pour moi, une chose à la quelle je n'aurais pas pensé. Je sais que depuis quelques temps, elle ne me regarde plus. Son regard sombre me juge puis disparaît, son visage tourne faisant voleter sa chevelure, ses lèvres prennent un pli caractéristique de la colère, et elle me tourne le dos sans prononcer un mot. J'ai volé Declan. C'est sûrement ce qu'elle pense. J'ai volé son petit-ami, qui depuis ne la regarde plus. Ils sont comme chiens et chats dès qu'ils sont l'un en face de l'autre. Une belle histoire qui prend fin à cause d'un homme.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? »
- Declan a disparu... je l'ai cherché partout, je ne sais pas où il est... »
- Declan ? Alors c'est vrai la rumeur ? On dit que Lori a fait courir le bruit que toi... et lui... »
Ses lèvres se pincent, elle ne me regarde plus. Ses doigts jouent les uns avec les autres, et elle semble plus intéressée par le sol que par.... moi ?! J'aurais pu me sentir gêné de cette façon de faire, j'aurais pu en être attristé, cela dit, je n'en ai pas vraiment le temps, je me mets à courir, poussant ma belle Amanda, pour attraper Lori par l'épaule.
- Frappe-moi, déteste-moi si tu veux Lori, mais... mais... Il a disparu, Declan a disparu ! Tu le connais bien, non ? Où pourrait-il se cacher ? Où trouve-t-il réconfort quand tout va mal ? »
Son regard, tout à coup hautain me toise de haut. Il me fait presque de la peine. Comment peut-on passer de cette complicité au néant total. Je comprends mieux pourquoi Hillary et Lori sont restées si longtemps en mauvais terme. Par amour l'humanité est prête à faire les plus belles choses mais aussi les pires...
- Tu sais pas ça, pourtant c'est plus avec moi qu'il couche, Kyle, tu sais... Ha ! Mais j'oubliais, c'est avec toi ! Comme je suis bête ! J'en sais rien moi, après tout c'est toi son grand amour maintenant ! »
- Lori... »
- Vous me dégoutez ! Ne me touche pas Kyle ! Je te l'ai dit ! Je t'ai dit que je l'aimais encore ! Et toi, tu... tu... t'es répugnant ! Quand je pense... qu'il... qu'il couche avec toi ! J'étais quoi moi pour lui ? Le teste pour savoir si les filles c'est cool ?! Vous n'avez pas honte ?! »
Son regard se noie sous des larmes. Je jure que je n'ai jamais voulu lui faire de mal. Je jure que je n'ai jamais voulu lui voler l'homme qu'elle aimait. Il est venu me chercher, et j'ai cédé, parce qu'il m'a plu, à moi aussi. Et sans prendre en compte les confessions de Lori, j'ai franchi le pas qui sépare l'amitié, de ce qu'il provoque maintenant en moi. Je pourrais lui expliquer tout ça, la convaincre, mais son cœur meurtri ne guérirait pas pour autant. Je l'ai... oui, j'ai trahi en quelque sorte ma sœur. Du temps, c'est ce qu'il lui fallait assurément, et je compte bien faire tout ce que je peux, pour qu'elle ne soit plus témoin de ce qui me lie à présent, à celui qu'elle aime encore. Mais pas aujourd'hui, pas maintenant. Ma main frotte ses épaules, et j'espère qu'elle arrive à lire tout ce que j'essaye de faire passer au travers de mon regard.
- Pardon d'insister, mais il est peut-être en danger... Lori... Tu ignores ce qu'il est en train de vivre en ce moment. Ca dépasse tout ça, les sentiments que j'ai pour lui, ceux qu'il a pour moi... Lori... son père lui a appris la plus horrible des choses. »
Ma sœur sembla réagir enfin, son visage presque décontracté se tourne vers moi. Et bien, je pense que je vais devoir tout lui raconter. Je crois qu'elle en a besoin, et que si je veux son aide, il va falloir la pousser à vouloir agir. Si elle l'aime comme moi... on ne sera pas trop de deux à essayer de le sauver de sa propre vie...
