Un chapitre plus intense, plus mature aussi je pense. Les personnages de Jasper et Bella évoluent plus vite, poussés par les événements. Mais le véritable tournant de cette histoire est pour le prochain chapitre…

Bella contempla la fleur d'un œil rond et se sentit rougir. Elle attendit que quelqu'un, comme Emmett, Esmée ou Carlisle dise que c'était lui -ou elle- qui lui offrait cette fleur pour qu'elle se sente mieux mais cela n'arriva pas. Alors Bella n'osa pas relever la tête. Qui pouvait bien avoir fait cela?

Alice riait et taquinait Bella:

« Oh tu as un admirateur secret on dirait! »

Bella rougit plus encore et Jasper commença à râler comme un putois. Esmée demanda à tout le monde de se calmer et de manger. Jasper se pencha sur son assiette mais lança à Edward et Jacob de fréquents coups d'œil fort peu amicaux. Les deux autres ne bronchèrent pas.

Le petit déjeuner fut du coup plus calme que les autres repas et seuls Alice et Emmett mirent un peu d'ambiance.

Après le petit déjeuner les hommes se réunirent dans l'écurie.

Jasper fut amené avec eux, toujours attaché à Rantanplan, qui se terra dans un coin, visiblement, il avait vraiment très peur des chevaux…

Alice, Esmée et Rosalie commencèrent à faire du pain. Bella ne savait pas cuisiner et elle sortit de la maison discrètement, le cœur battant.

Et elle prit une mauvaise décision.

Bella n'était pas peureuse. Elle était une jeune fille calme et bien élevée, assez gâtée également, mais elle était capable de colère et de rébellion.

En s'apercevant qu'elle était seule dans la cour elle sauta sur l'occasion et elle fonça droit devant elle, en prenant le sentier le plus large, croyant assez naïvement qu'elle n'aurait qu'à arpenter le sentier assez longtemps pour arriver à Forks.

Mais bien entendu, au bout d'à peine 10 minutes elle se retrouva complètement perdue. Il y avait d'autres sentiers qui bifurquaient à pas mal d'endroits et elle prit des décisions au hasard, tenant coute que coute à se sortir de là seule.

Mais elle finit par se retrouver acculée dans un chemin de plus en plus étroit.

Elle était fatiguée et ses bottines glissaient sur les feuilles humides.

Elle sentit la peur s'immiscer dans sa tête et lutta pour ne pas appeler à l'aide.

Elle s'assit au pied d'un arbre et serra les dents. Elle frissonnait et elle ferma les yeux très fort pour ne pas pleurer.

Elle se demandait si elle serait capable de faire demi-tour quand une main se posa sur son épaule et elle sursauta en hurlant de terreur.

Elle ouvrit les yeux : Edward Cullen se trouvait devant elle.

Elle fut soulagée et se détendit.

Le jeune homme s'accroupit en face d'elle. Ses yeux brillaient de colère et elle fut presque tentée de s'excuser mais ne le fit pas en maudissant sa bonne éducation.

« Tu sais, quand je t'ai dit qu'il y a des loups dans cette forêt, c'est la vérité ! »

Bella fit oui de la tête, embarrassée.

« Lève toi, viens voir ! »

Il la prit par la main et la força à se relever.

Il marcha en sens inverse un moment, sans lâcher la main de la jeune fille, puis il s'arrêta au pied d'un très grand pin dont les branches les plus basses touchaient le sol.

Il grimpa la première branche et la tira pour qu'elle monte aussi.

« Tu es fou, je ne peux pas monter dans un arbre ! Je vais tomber ! »

« Ne t'en fais pas, je te tiendrai, allez viens ! »

Elle monta prudemment, le cœur battant mais Edward l'aida et ils montèrent assez haut.

Bella se cramponnait, souffrant du vertige mais refusant de le montrer au jeune homme.

Parvenus à environ 10 mètres de hauteur il se stabilisa sur une grosse branche et tint la jeune fille par la taille.

« Regarde autour de toi ! »

Le ton était sans appel et Bella ouvrit les yeux.

Tout autour d'elle, ou qu'elle porte son regard, ce n'était que la forêt, immense et magnifique.

Elle aperçut au loin la mer, et à un endroit la foret était trouée par la rivière mais à part cela ce n'était qu'immenses arbres…Elle dit la première chose qui lui passait par l'esprit:

« C'est beau… »

Il la fixa, surpris :

« T'es une drôle de fille, tu sais… »

Ils regardèrent le paysage un moment puis ils lui fit remarquer :

« Tu ne peux pas t'échapper, tu vois ? »

Elle fit oui de la tête, dépitée.

Ils redescendirent avec prudence et une fois en bas il la fixa ,l'air sévère :

« Ma famille et moi connaissons la foret, on sait s'y déplacer. Toi, non, crois moi tu as eu de la chance que je te vois partir. Je t'ai suivie et je t'ai laissée te perdre, parce que tu avais besoin d'une bonne leçon. Ne joue pas les héroïnes, d'accord ? »

Bella, furieuse ne répondit pas.

« D'ACCORD ?! »

« Mhhh…Oui »

« T'es plus têtue qu'une mule toi tu sais… »

Ils retournèrent à la maison.

Bella était à la fois soulagée et vexée.

Edward marchait devant elle, tenant les branches qui auraient pu la blesser, surtout à présent qu'elle était fatiguée .

Ils arrivèrent prêt de la maison et Bella vit Carlisle qui les cherchaient visiblement.

Il fixa son fils dans les yeux et Edward lui sourit mais ne dit rien.

Bella s'attendait à ce qu'il la dénonce pour sa fuite mais il ne dit rien à son père.

Bella ne comprenait pas pourquoi mais était soulagée.

Par contre Edward la prit par le bras et s'approcha de Jasper qui était à présent assis sur un banc, toujours attaché à Rantanplan qui reniflait les fesses de toutes les poules qui osaient s'approcher d'eux.

Edward, l'air grave, s'accroupit face au shérif:

« Jasper, Bella a essayé de s'enfuir… »

Jasper sursauta et ouvrit de grands yeux.

Il fixa Edward:

« Tu dis n'importe quoi?! »

Mais Edward se contenta de soupirer et Jasper fixa Bella. Son attitude et sa rougeur lui confirmèrent que c'était vrai.

Alors Jasper s'emporta:

« Tu es folle Bella, reste tranquille, même moi je sais que ça ne sert à rien d'essayer de partir d'ici on se perdrait et »

Bella l'interrompit:

« Moi je ne suis pas attachée à un chien! »

Edward et Jasper la grondèrent plus fort encore:

« Tu aurais pu te perdre! »

« Elle s'est perdue! Heureusement que je la suivais…Sinon elle faisait le repas des loups… »

Bella retint ses larmes. Elle ne pensait pas vraiment que les loups l'auraient mangée, c'était des contes de bonne femme mais qu'elle ne se retrouve jamais, et meure de froid et de fatigue, ça c'était possible…

Elle promit à Jasper de ne pas recommencer.

Après le repas Carlisle partit avec Jacob.

Edward et Emmett s'affairaient à l'écurie, réparant les selles, s'occupant des chevaux.

Jasper, que l'inactivité rendait fou, demanda à participer.

Emmett y consentit non sans le menacer:

« Je te jure que si tu essayes de nous frapper l'un ou l'autre, je n'hésites pas à t'assommer, d'accord? »

Jasper leva les eux au ciel mais se retrouva avec une fourche et nettoya le foin des chevaux. Il était libéré du chien, même si celui-ci ne s'éloignait pas de lui .

Il se vida la tête en travaillant.

Les deux autres étaient forts, et habiles.

Mais Jasper aimait les chevaux (ndla: à cette époque les hommes aimaient les chevaux comme aujourd'hui ils aiment les voitures) et il les admiraient. Les Cullen possédaient une douzaines de chevaux, essentiellement des chevaux indiens, mais aussi deux chevaux plus forts, sans doute ceux qui avaient tracté la charrette.

Jasper passa un long moment à les brosser, ne pouvant s'empêcher d'envier les deux autres, à qui ces bêtes appartenaient.

Il sursauta quand la porte de la grande s'ouvrit.

Esmée entra, l'air grave et s'adressa à ses fils:

« Leah vient de venir me prévenir: l'épouse de Sam est en travail, et cela ne se passe pas très bien. Rosalie, Alice et moi y allons. Bella vient avec nous. Je pense que ce n'est pas une mauvaise chose que cette jeune fille se rende compte que tout le monde ne vit pas dans le luxe! »

Jasper la vit tourner les talons et ne put s'empêcher d'interroger les deux autres:

« La femme de Sam? Sam Uley? »

Emmett approuva:

« Oui, elle est enceinte. J'espère qu'elle va s'en sortir, c'est une fille formidable, elle n'a qu'un an de plus qu'Alice… »

Edward enchaina:

« Elle est désespérée depuis que Sam est en prison. Et elle n'est pas très forte… »

Jasper sentit une grosse boule se former dans sa gorge. Leur mère, à Rosalie et à lui était morte en couche. Il savait ce que c'était que de vivre sans mère, de se sentir (en plus) coupable de sa mort. Il reprit la brosse et se tourna vers le cheval. Pour la première fois de sa vie, il ressentait de la pitié pour un indien.

Bella, elle, était abasourdie.

Elle se rendait (de force) dans un village indien.

Elle n'avait pas voulu aller avec les femmes mais Esmée s'était montrée sèche, pour une fois et Bella avait obtempéré, surprise.

Alice pleurait et sa mère, tout en conduisant le léger buggy la gronda:

« Ce n'est pas en pleurant que tu vas aider Emily tu sais! Tu dois être forte! »

Rosalie, plus pragmatique, parla alors:

« J'ai les herbes pour favoriser la dilatation, et de quoi faire un emplâtre d'argile , j'ai peur qu'elle ne se déchire, elle est de faible constitution et le bébé a l'air gros! »

Bella , intriguée, ne put s'empêcher de demander:

« Comment vous pouvez savoir qu'il est gros puisqu'il n'est pas encore né? »

« Par la palpation du ventre Bella, on mesure l'abdomen aussi, je te montrerai! »

Elles arrivèrent assez rapidement au village indien.

Bella comprit que si elle avait prit à droite au lieu de tourner à gauche au dernier tournant lors de sa pathétique fuite du matin, elle y serait tombé directement dessus.

Elle ne dit rien, se demandant si elle préférait les loups ou les indiens…

Elles descendirent à terre et un vieil homme s'avança vers elles. Il parlait assez mal leur langue mais Esmée et surtout Alice connaissaient visiblement des mots de leur dialecte et ils parlèrent un peu.

Puis Bella vit arriver une jeune fille à cheval. Elle reconnut celle qui était venue les chercher et que les filles avaient appelée Leah. Elle servit d'interprète.

Enfin, elles entrèrent dans un grand tipi un peu à l'écart.

A l'intérieur l'atmosphère était étouffante: il y avait un feu et une vieille femme jetait dessus des plantes qui produisaient un fort arôme. Bella , à l'odeur, comprit qu'il s'agissait de plantes médicinales.

Elle regarda de l'autre côté mais ne vit que les trois autres accroupies. Mais Rosalie se leva et s'approcha du feu, l'air soucieux.

Alors Bella la vit.

C'était une très jeune indienne, vêtue d'une robe de peau remontée jusqu'à la taille. Son ventre pointait, énorme et Bella fut confondue en constatant que le bas de son corps était nu .

Rosalie la tira de ses pensées:

« Aide moi s'il te plait!

« Bella l'aida à accrocher une petit marmite au dessus du feu. Rosalie y mit de l'eau, des herbes et ce qui ressemblait à de l'eau de vie.

Elle laissa tout cela bouillir et s'approcha de la jeune femme. Cette dernière, accroupie, en sueur, fermait les yeux, crispée.

Bella entendait Esmée lui parlait.

« Tu dois te détendre, te laisser aller, le bébé n'est pas loin tu sais… »

Bella bougea sur le côté et se statufia en voyant qu'Esmée, qui venait de se laver les mains, avait mit ses doigts dans l'intimité de la jeune fille.

Rosalie appela Bella.

Elle l'aida à filtrer la tisane et elle regarda Rosalie la verser dans un bol en terre cuite.

Puis Rosa la fit boire à la jeune indienne.

Cette dernière semblait terrassée par la souffrance.

Elle ne but que quelques gorgées.

Bella restait les bras ballants, choquée.

Alice était derrière la jeune fille, en compagnie de l'indienne plus âgée et la femme en couche s'appuyait sur elles.

Bella regarda Esmée tourner de l'eau et de la poudre d'argile dans une sorte de petit écuelle, puis l'appliquer en couche épaisse sur le sexe de la jeune femme.

Rosalie, elle, lui donnait la tisane à la petite cuiller.

Souvent, et à intervalles régulier, le corps de la jeune fille était secoué d'un long spasme.

Bella avait déjà vu des chiennes ou des chattes mettre bas et elle savait à peu prêt ce qu'il en était. De plus, l'année précédente leur voisine avait eu un bébé, et Bella se rappelait fort bien l'avoir entendu hurler des heures durant. A tel point qu'elle avait du mettre son oreiller sur sa tête pour pouvoir dormir. Le lendemain son père lui avait annoncé que le bébé était né. Bella en avait été soulagée: les cris lui donnaient la chair de poule.

Mais là, Bella aurait préféré que le jeune fille hurle, tout plutôt que ces spasmes qui la faisaient se arquer en silence, la crispation de son corps et surtout de son visage trahissant seuls sa terrible souffrance.

Mais elle était incapable de détacher son regard de la scène.

Soudain Esmée, qui n'avait pas cessé de parler et d'encourager la jeune fille poussa un exclamation joyeuse:

« On je sens la tête ma chérie! Ton bébé est juste là, sous mes doigts, tout va bien! Tu vas pousser pour le faire naitre, il va vite arriver à présent! »

La vielle indienne sourit à Esmée, visiblement soulagée mais la jeune fille se mit à secouer la tête négativement, sans doute terrifiée et tétanisée par la douleur.

Alors, Esmée appela Bella:

« Viens ici Bella, tu vas nous aider, tu vas tenir la jambe comme le fait Rosalie, tu vois? »

Bella, plus morte que vive, obtempéra cependant et se plaça du côté gauche de la jeune indienne, tandis que Rosalie se mettait à droite, toutes deux prirent une jambe entre leurs bras et la maintinrent repliée vers la poitrine de la femme en couche.

Esmée glissa alors doucement deux doigts dans le sexe désormais béant, d'où une petite tête noire de cheveux commençait à apparaitre.

Derrière Emily, la vieille indienne appuya doucement sur le ventre de la future mère et Esmée recommanda à cette dernière de pousser fort.

La jeune fille, visiblement soumise aux forces de la nature, obéit enfin et Bella vit, hypnotisée la tête progresser de plus en plus au fur et à mesure des efforts de la jeune femme.

Esmée lui parlait doucement, tout comme Rosalie. Elles l'encourageaient et Bella vit même avec surprise Esmée vider le reste de tisane sur la tête du bébé, et bien masser le sexe de la mère. La poussée suivante en fut plus forte et plus efficace et la tête sortit complètement.

Les femmes se mirent à crier de joie tandis que l'indienne haletait bruyamment.

Encore de longs efforts et la corps du bébé suivit.

Enfin, Esmée posa l'enfant sur le ventre de sa mère.

Cette dernière avait tant souffert, aux yeux de Bella, qu'elle s'attendait à ce qu'elle repousse le bébé, cause de ses tourments mais pas du tout: elle entoura le nouveau né de ses bras et l'attira vers elle, l'embrassant et le berçant. La vieille femme caressa aussi le nouveau né.

Bella vit Rosalie se détendre et sourire enfin. Esmée aussi se mit à rire.

Quand à Alice elle se leva et sortit du tipi, elle cria quelques mots dans un dialecte que Bella ne comprit pas puis rentra, tandis que dehors Bella entendit des cris de joie et des rires.

Bella ne pouvait pas détacher son regard du bébé, désormais recouvert d'une couverture de peau, et que sa mère découvrait avec ravissement.

Bella se rendit compte qu'elle tremblait de tous ses membres quand Esmée le lui fit remarquer:

« Allons, c'est terminé, tout va bien; respire Bella! »

Mais Bella était sous le choc. Et elle manqua tourner de l'œil quand Rosalie se mit à masser fortement le ventre de la jeune fille et qu'elle vit sortir un énorme morceau de…foie de veau, à priori.

Esmée lui expliqua qu'il s'agissait du placenta, qui avait nourrit le bébé dans le ventre de sa mère.

La vieille indienne l'emporta et ni Esmée, ni Rosalie ni Alice ne trouvèrent opportun d'expliquer à Bella que la jeune accouchée allait le manger dans les jours suivants.(ndla: véridique! Ca se fait même encore parfois de nos jours , j'ai lu des témoignages dans ce sens!)

Esmée nettoya la jeune femme, la couvrit bien et Alice lui prépara une tisane bien sucrée dans laquelle elle ajouta de l'eau de vie.

Bella contemplait le bébé; désormais endormi dans les bras de sa jeune maman épuisée.

Le bébé avait prêt d'une heure quand Bella reprit un peu ses esprits et questionna Esmée:

« Je n'ai pas vu, mais c'est un garçon ou une fille? »

Esmée lui sourit:

« Moi aussi la première fois que j'ai assisté à un accouchement j'étais tellement émerveillée que je n'ai pas regardé le sexe du bébé tout de suite! »

Rosalie dit quelques mots à la jeune mère qui sourit à Bella et écarta la couverture. Bella tendit le cou et s'exclama:

« Oh une fille! »

« C'est un gros bébé! Elle a plein de plis, tu as vu Bella? »

Bella fit oui de la tête, mais elle était si émue qu'elle se demanda si elle n'allait pas tourner de l'œil.

Alice s'en rendit compte et elle la prit par le bras. Elles sortirent du tipi et Bella fit quelques pas.

Elle s'immobilisa et leva la tête en l'air, les yeux fermés. Elle respira l'air frais et se sentit un peu mieux.

La voix d'Alice s'éleva, plus gentille qu'elle ne l'avait jamais été:

« Moi aussi la première fois que j'ai vu une naissance ça m'a donné une claque! »

Bella ouvrit les yeux et regarda autour d'elle.

Le village indien lui sembla vaste. Il y avait des enfants qui jouaient. Tous étaient très bruns et mat de peau. En dehors de cela, ils jouaient comme tous les autres enfants.

Plusieurs femmes s'approchèrent d'elles et Alice leur parla, dans ce dialecte que Bella savait être du Quileute.

Elle comprit qu'elle leur parlait du bébé, bien entendu.

Mue par une force irrésistible, elle pénétra à nouveau dans la tente.

Esmée lui sourit. Rosalie était en train de remballer les affaires. Elles restèrent encore un long moment et Bella finit par faire comme les autres femmes: elle s'accroupit à côté de la jeune maman.

Elle se demanda si Emily savait que c'était elle qui devait être échangée contre son mari.

En regardant l'enfant, Bella, pour la première fois, souhaita que cet échange se fasse, non pas pour elle et Jasper, mais surtout pour cette petite fille. Pour qu'elle ait un père.

Quand elles repartirent, une fois installées dans le buggy, Bella se mit à trembler.

Elle avait subit plus de chocs en deux jours qu'en toute sa vie (la mort de sa mère mise à part bien qu'elle n'ait eu à l'époque que 2 ans) et elle avait besoin de relâcher la pression.

Mais elle ne pleura pas.

Arrivées à la maison, Alice sauta presque en marche et courut vers l'étable;

Jasper, Edward et Emmett y étaient encore et ils regardèrent la jeune fille entrer, hors d'haleine, les joues rougies, un grand sourire aux lèvres:

« Une fille! C'est une fille! Maman pense qu'elle pèse au moins 4 kilos! Ca s'est bien passé finalement! »

Edward et Emmett poussèrent des cris de joie et Jasper sentit sa gorge se desserrer.

Le petit Henry s'était réveillé une heure plus tôt et Emmett l'avait ramené dans la grange. Rantanplan avait assuré une garde relativement efficace du bébé, puisque Henry passa tout son temps assis sur le dos du chien endormit…

Jasper vit les autres femmes entrer.

Elles souriaient toutes et il sourit lui-même à sa sœur. Henry tendit les bras à sa mère qui le saisit et pressa son nez dans les cheveux du bébé.

Jasper s'approcha d'elle:

« Ca va Rose? »

« Oui, j'ai eu peur mais en fait elle était totalement paniquée, terrifiée, son mari est en prison et »

Rose s'interrompit.

Jasper soupira et baissa d'un ton:

« Ecoute Rose, je sais qu'on va nous échanger contre Sam Uley…Tu peux partir avec moi! La maison est grande et il y a la place pour Henry et »

Rosalie lui sourit et répondit:

« Non, toi, reste!

« Il la fixa, éberlué:

« Hein? Tu es folle? »

« Ben c'est pareil pour moi! Ma vie est ici Jasper. Je vais avoir un deuxième enfant dans 6 mois. J'aime Emmett, j'aime sa famille. Je suis bien ici »

« Tu auras toujours une vie de hors la loi! »

« Je le sais. Je préfère ça à la mentalité que toi tu as. »

Emmett s'était approché d'eux et Jasper ne répondit pas.

Le soir, à table, tandis qu'ils mangeaient tous, avec Carlisle qui était revenu d'une mystérieuse mission, la conversation tourna surtout autour du nouveau-né.

Après avoir écouté le récit minutieux et médical de sa femme, Carlisle se tourna vers Bella:

« Et toi jeune fille, qu'as-tu pensé de tout ceci? »

« Je trouve ça merveilleux! Au début je trouvais ça horrible, je veux dire…Il y avait du sang, et la jeune mère souffrait tant…Mais Esmée ,Rosalie et Alice l'ont aidée. Je ne savais pas qu'on pouvait faire ça, aider autant! Je crois que moi aussi je veux faire ça! Avant je voulais devenir institutrice, mais maintenant moi aussi je veux devenir sage-femme! »

Toute la tablée la félicita mais quand l'ambiance retomba un peu, Jasper s'adressa à sa fiancée:

« Bella, tu n'auras pas besoin de travailler tu sais…Je gagne suffisamment bien ma vie pour nourrir ma famille! »

Bella le fixa un moment. Puis, d'une voie au début hésitante, mais prenant de l'assurance au fur et à mesure qu'elle parlait, elle lui répondit:

« Tu crois? Sincèrement Jasper, tu penses vraiment être encore shérif quand tu retourneras à Forks? La population voudra encore de toi à ce poste? Après avoir été enlevé sans réussir à te défendre? »

Un silence de mort tomba sur l'assemblée.

Jasper, qui n'avait pas pensé à ça, se leva brusquement et fit 3 pas.

Emmett et Edward se levèrent aussi, mais Carlisle leur fit signe de la main et ils se rassirent.

Jasper se passa la main dans les cheveux. Sa détresse était visible, bien qu'il ne prononça pas un mot.

Quand il sortit, seul le chien lui emboitât le pas.

Bella , déconfite, sentit les larmes lui monter aux yeux.

Carlisle lui parla doucement:

« Tu n'as fait que dire la vérité Bella, ne t'en veux pas pour ça. Si tu as envie de devenir sage-femme, alors c'est-ce que tu dois faire. Je suis heureux de voir combien cette expérience t'a touchée. Tu es une jeune fille intelligente, tu dois trouver ta propre voie »

Bella lui sourit et plongea sa fourchette dans se haricots.

Elle regarda devant elle et vit Edward assis en face.

Il la regardait, mais pas dans les yeux.

Bella finit par comprendre qu'il fixait sa main, et plus précisément sa bague de fiançailles.

Au bout d'un moment Alice sortit à son tour.

Jasper Hale était assis sur le banc contre la grange.

Alice ne pouvait pas voir ses traits dans l'obscurité mais elle s'assit à ses côtés.

Jasper ne dit rien et Alice se tut un long moment.

Puis elle murmura:

« C'est ma faute »

« Quoi? »

La voix de Jasper était empreinte d'un réel étonnement.

« Si j'avais pas eu l'idée idiote de voler ces pommes, tout ça ne serait pas arrivé…Je crois qu'elle a raison Bella tu sais… »

« Oui je sais… »

« Si tu veux je te montre le chemin »

« Quel chemin? »

« Pour aller à Forks. Je te bande les yeux et je te ramène à cheval. Après tu arrives en ville et tu dis que tu t'es enfui. Bella suffira comme monnaie d'échange pour Sam »

« Non. Ce serait pire: je m'enfuis en laissant ma fiancée aux mains des bandits? Ils me pendront et ils auront raison »

Un autre silence suivit.

Jasper finit par se lever et entrer dans la grange. A la lueur de son briquet il alluma la lampe à huile.

Alice l'avait suivit.

Il la regarda.

Sur sa pommette droite un hématome était désormais bien visible.

C'était la trace des coups que lui avait porté Jasper, deux jours plus tôt.

Un étrange remord s'empara du jeune homme et il se dépêcha de détourner le regard.

« Ce Sam, comment ça se fait qu'il ait tant d'importance? Que vous vouliez à ce point le libérer? »

Alice sembla surprise:

« C'est notre ami! »

« Oui…Je crois que je vois ce que tu veux dire. Au début je pensais que c'était parce qu'il est un membre de votre clan et »

« C'est un membre de notre clan! »

« Oui, oui, bien sur mais il n'y a pas que ça »

« Je te l'ai dit: c'est notre ami! Et on fait n'importe quoi les uns pour les autres »

« Oui, même pour un indien, je commence à le comprendre! »

« Jasper, on se moque qu'il soit indien, noir ou rayé à pois verts…C'est juste Sam notre ami. Le mari d'Emily, le papa d'une petite fille. Je veux qu'il la connaisse. C'est un être humain. Le reste n'a aucune importance »

Jasper la regarda intensément.

Pour une fois Alice n'était pas joyeuse, sautillante ou provocatrice.

Elle avait un regard dur, sérieux.

Il tiqua en regardant encore l'hématome et posa sa main dessus, sans l'avoir vraiment décidé.

Et poussé par l'instinct du désir qui venait de s'allumer dans sa poitrine il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur celles de la jeune fille.

Au tout début elle lui rendit son baiser. Mais quand il l'attira à lui, passant son bras derrière sa nuque et qu'il approfondit le baiser, glissant sa langue dans celle de la jeune fille elle se ressaisit et le repoussa brusquement.

Et avant qu'il n'ait le temps de reprendre ses esprits il reçut une gifle magistrale.

Puis une seconde qui le fit chanceler.

Alice, sautant sur ses pieds: lui hurla dessus:

« T'es sérieux là? Tu es fiancé et tu m'as à moitié tabassée il y a deux jours et là tu m'embrasses? T'es une ordure! »

« Je suis désolé Alice, je…Je te demande pardon, je n'ai pas réfléchi et »

Il reçut une autre gifle et Alice repartit en trombe.

Quelques minutes plus tard ce fut au tour de Carlisle d'entrer et Jasper se ratatina sur lui-même.

Mais il comprit vite que soit Alice n'avait rien dit à son père, soit celui-ci n'avait pas décidé d'en découdre.

A la place, Carlisle prit une fourche et commença à remuer le foin des cochons.

Jasper, que le fait de regarder un autre travailler sans rien faire emplissait de honte se leva pour l'aider.

Carlisle lui parla doucement:

« Je sais comment tu as été élevé. On t'a dit qu'un bon indien est un indien mort. On me l'a dit à moi aussi. Je suis devenu médecin militaire. Au début c'était la guerre de sécession et être un nordiste était normal, pour moi. Mais après, quand j'ai du participer aux guerres indiennes ça a été autre chose. Je trouvais horrible de s'en prendre à des gens sans défense, des femmes, des enfants, des vieillards. Mais je me disais quand même que c'était pour les coloniser, leur christianiser surtout. Leur faire du bien presque »

Carlisle eut un rire amer et s'interrompit un moment:

« Et puis…Un jour quelqu'un m'a sauvé. On était en pleine bataille, et il y avait des pertes des deux côtés. Moi, bien sur je ne combattais pas, je soignais. Les américains bien entendu…Mais je l'ai rencontré. C'était encore un enfant Jasper. Un môme, il devait avoir 12 ans, pas plus. Il ne parlait pas notre langue et moi pas la sienne, à l'époque. Il était blessé. Gravement.

Je l'ai trouvé au bord du chemin. Je me suis arrêté pour le soigner. Je n'étais pas censé faire ça bien sur, mais son regard. Son regard…Il me transperçait. J'ai fait ce que j'ai pu. Mais il saignait trop. Il est mort dans mes bras. Je n'arrêtais pas de penser que ce petit garçon avait une mère quelque part, qui ne saurait sans doute jamais ce qui était arrivé à son fils. J'étais sonné. Pourtant j'avais vu des morts, des bien pire même. Mais le visage de ce petit garçon est gravé pour toujours dans ma tête. Et le soir le sergent m'a fait venir dans sa tente. On lui avait rapporté ce que j'avais fait. Il m'a sermonné. Il m'a dit que j'étais un excellent soldat, qu'il passait l'éponge mais que je ne devais pas recommencer. Pas recommencer. Pas soigner un enfant à nouveau. Et pourtant ce petit garçon, avant d'être un indien, c'était un enfant. C'est-ce que moi j'avais vu. Mais pas lui. Alors je me suis mit en colère. Une rage que je n'avais jamais ressenti avant et que je prie pour ne jamais connaitre à nouveau. Je l'ai tué Jasper. Pour la première fois de ma vie j'ai tué quelqu'un volontairement. J'ai prit son sabre, qui était posé sur la table à côté de lui et je lui ai tranché la gorge. Parce qu'un homme qui regarde un enfant mourir et s'en réjouit ne mérite pas de vivre…

Puis je me suis enfui.

Dans la nuit.

Je n'avais rien avec moi. Tout juste mon arme, et ma mallette de médecin.

Et je suis allé au seul endroit ou j'ai pensé. Au plus proche campement indien. Heureusement pour moi l'un d'entre m'a reconnu. Il m'avait vu soigner l'enfant. Il m'ont donné à manger. Ils se méfiaient de moi mais moi j'étais déjà l'un des leurs. Je l'ai été à l'instant ou j'ai vu un enfant, et pas un indien, dans ce gamin mourant. Je les ai soigné. Toute la nuit. Et au matin je suis parti avec eux. C'est ça ma vie depuis. A tes yeux je suis un bandit, un hors la loi. Et c'est vrai. Je me moque de piller des banques. L'argent nous manque, aux miens et à moi, tandis que d'autres en ont trop. C'est une réalité. Pour moi, ta vie ne vaut pas mieux que celle de Sam. Elle vaudrait moins même, si tu n'étais pas le frère de Rosalie »

Jasper resta silencieux.

Il était fatigué, et tout ce que venait de dire Carlisle tournait dans sa tête.

Quand ils eurent terminé de soigner les bêtes, Carlisle le renvoya à l'intérieur;

« Ma femme t'a gardé une part de dessert. Vas-y »

Le ton était sans appel et Jasper obéit.

A table, il n'y avait plus que Bella, Edward et Esmée.

Ils jouaient aux cartes. (ndla: par pitié ne me demandez pas quel jeu! Je ne connais que la bataille et les 7 familles! Mais ils ne jouent pas au poker bien sur!)

Jasper fronça les sourcils:

Ils jouaient de l'argent.

Il vit tout de suite qu'Esmée ne jouait pas, et que Bella perdait largement.

Mais Edward riait et Jasper se détendit en comprenant que le jeu n'était qu'une plaisanterie.

Mais, acculée, Bella ôta sa bagues de fiançailles et la posa au centre de la table.

« Je relance! »

Dit-elle en regardant Edward.

Jasper se concentra sur sa part de tarte.

Esmée posa une main sur son épaule mais il lui sourit.

A la fin de la partie, alors qu'Edward récupérait les pièces de monnaie, Bella remit sa bague . Jasper se leva et déposa un baiser sur la joue de Bella.

« Bonne nuit petite sœur »

« Bonne nuit Jazz »

« Bonne nuit tout le monde! »

Il monta, ce satané chien toujours sur ses talons. Les Cullen n'avait même plus besoin de l'enchainer à lui: le chien hurlait à la mort si Jasper s'éloignait de lui de plus de 10 centimètres;

Il ôta ses bottes et s'allongea.

Bella monta elle aussi se coucher peu après.

Elle entra dans la chambre plongée dans la pénombre et se dirigea à la lueur de sa bougie.

Elle la posa sur la table de nuit et se déshabilla en silence.

Puis elle s'allongea à côté d'Alice, essayant de ne pas la réveiller. Puis elle souffla la bougie et se laissa aller sur son oreiller;

Bella fronça les sourcils: Alice faisait un drôle de bruit.

Elle souleva la tête et comprit très vite: Alice sanglotait.