Charlie Swan s'était retrouvé seul, attaché dans un tipi. Il était bien sur furieux, et malheureux.
Il espéra un moment que Jasper revienne le libérer mais cela n'arriva pas du tout.
La seule personne à lui rendre visite fut l'indienne que Jasper avait appelée Sue.
Elle devait avoir environ 35 ans et elle était particulièrement belle, aux yeux du shérif.
Elle ne lui avait pas beaucoup parlé mais elle lui avait apporté à manger et lui avait même détaché une main pour qu'il puisse se nourrir.
Il avait mangé un ragout de haricots, et des œufs, et des baies. C'était très bon et il s'était senti mieux après ça.
Il avait avalé une tisane sans broncher puis, une fois rattaché il s'était à nouveau retrouvé seul.
Et il avait cogité.
Pour lui, perdre sa fille était impossible, à plus d'un titre.
Tout d'abord, elle était une fille, une enfant, et il était hors de question qu'elle n'obéisse pas à son père, tout simplement.
Ensuite, et surtout…Elle était tout ce qui lui restait.
Il avait perdu sa femme presque 14 ans auparavant, mais la douleur était toujours aussi forte.
Son histoire d'amour avec Renée avait été particulière. Alors qu'il n'était encore qu'assistant du shérif, il avait rencontré une jeune danseuse de saloon, (elle refusait avec force que l'on dise d'elle qu'elle était une prostituée, bien que ce soit la réalité) et il avait totalement été sous son charme.
Il l'avait finalement fait sortir du saloon, non sans mal, ayant du affronter le propriétaire/maquereau.
Il l'avait épousée dans la foulée, malgré les cancans, ils avaient déménagé pour Forks, ou ils n'étaient pas connus et Isabella était née 10 mois après leur mariage.
La jeune mère était belle, drôle, fantasque.
Elle mettait du piment dans la vie de son époux.
Et quand elle était morte 2 ans après la naissance de leur fille, victime de graves complications durant le dernier trimestre de sa seconde grossesse, Charlie Swan avait cru devenir fou.
Sans la présence d'Isabella, qui était encore un bébé, il se serait sans aucun doute suicidé.
Mais l'enfant l'avait obligé à continuer à vivre.
Si elle n'était plus là, à ses côtés, il ne lui restait plus qu'à disparaître…Il avait essayé d'organiser la vie de sa fille pour pouvoir être avec elle, même après son mariage. Par amour, et aussi par nécessité. Il avait besoin d'elle comme il avait besoin d'air.
Et à présent elle ne voulait plus de lui…
Il voulait lui parler, la raisonner.
Alors il mit au point un plan, et, en début d'après midi, il appela à grands cris.
Une jeune indien arriva :
« Je dois aller aux toilettes ! »
« Faut aller dans la forêt ! »
« Ben amène moi ! »
« Je vais voir avec ma mère ! »
Il revint avec la dénommée Sue.
Elle sourit et l'aida à se relever :
« Avec la tisane que vous avez bu, c'est normal ! »
Elle riait mais sans se moquer, tout comme le faisait Renée. D'ailleurs, elle lui ressemblait.
Charlie secoua la tête ! Qu'est ce qui lui prenait de trouver des ressemblances entre sa défunte épouse et une indienne ?!
Elle demanda au jeune garçon, Seth, d'accompagner Charlie un peu à l'écart.
Une fois sur place, Seth détacha une des mains de Charlie, puis lui attacha le pied à un arbre.
Il ne s'éloigna que de quelques pas mais, rapidement, il entendit le shérif gémir.
Il se rapprocha et le trouva penché en avant, en train de se tenir la poitrine.
Il le secoua et l'interrogea mais l'autre se mit à râler, les yeux fermés.
Seth paniqua alors et courut vers le village, mais se figea sur place et fit demi-tour, prit d'un doute. Quand il arriva à l'endroit ou il avait laissé le shérif et ne trouva que ses liens : il enragea contre lui-même et sa naïveté.
Et il ne donna pas l'alerte mais décida de partir à sa recherche et de le ramener, à la fois pour réparer son erreur et pour montrer aux autres de quoi il était capable, malgré son jeune âge.
…
De son coté, Alice Cullen s'était enfoncée dans la forêt, pour pleurer et bouder, ce dont elle était assez coutumière : vivre avec deux grands frères taquins pouvait se révéler frustrant et elle avait assez souvent besoin d'évacuer sa colère.
Elle connaissait bien la forêt, encore mieux que ses frères et elle alla directement à un endroit qu'elle affectionnait particulièrement.
Il y avait une petite clairière et au centre un arbre plus gros que les autres encore : elle avait l'habitude d'y grimper et de s'asseoir sur la branche centrale.
Elle pleurait, puis, une fois calmée elle observait la nature. Fréquemment elle voyait des biches, et des écureuils, elle avait même réussi à en nourrir un dans sa main à quelques reprises.
Ce jour-là elle s'installa et enfouit sa tête dans ses bras.
Elle pleurnicha sur son sort un long moment puis releva la tête et chercha à voir des animaux, le cœur lourd.
Elle avait très peur de ses sentiments pour Jasper Hale.
Alice avait l'habitude de dominer dans ses rapports aux autres, hors ce jeune homme là lui donnait plutôt envie de se blottir contre lui, ce qui la désarçonnait complètement.
Elle ne savait pas comment être avec lui sans perdre la face. Elle n'avait pas envie de devenir une femme. Alice était un garçon manqué dans ses attitudes, et elle savait bien qu'elle n'allait pas devenir douce et féminine du jour au lendemain. Quel mari allait accepter que sa femme coure les bois et pêche mieux que lui ?
Emmett et Edward accepteraient cela, mais Jasper ?
Elle pleura à nouveau. Elle avait, en outre, un autre souci en tête.
Elle savait parfaitement qu'elle aurait un bébé très rapidement si elle se mariait.
Hors, depuis l'âge de 12 ans elle aidait sa mère lors des accouchements. Et elle s'était juré de ne JAMAIS avoir d'enfants elle-même. C'était bien trop douloureux !
Elle avait assisté Rosalie tout au long de la naissance de Henry, et bien que dans le cas de sa jeune belle-sœur le travail avait été rapide (moins de 5 heures) et l'expulsion assez facile, surtout pour un premier enfant, elle avait été impressionnée : Rose avait hurlé à s'en déchirer la gorge, contrairement aux indiennes qui restaient silencieuse en accouchant. Sa mère lui avait expliqué que c'était culturel : les blanches criaient, les indiennes non.
A la fin, il avait même fallut faire entrer Emmett pour calmer Rosalie qui était persuadée de mourir à la prochaine contraction.
Bref, Alice s'était tranquillisée en se promettant que tout cela ne lui arriverait jamais.
Mais Jasper faisait naitre en elle des envies bizarres.
Elle se voyait bien avoir une maison avec lui. Avec des rideaux. Et une jolie courtepointe sur le lit. Et…Elle avait même envie d'un bébé. Elle essayait de repousser cette idée mais elle se prenait de plus en plus souvent à s'imaginer avec un ventre rond, les mains de Jasper posées dessus, à guetter amoureusement les mouvements du bébé, comme elle le voyait si souvent Emmett le faire. Et elle imaginait aussi un bébé, avec de grands yeux bleus comme son père et ses mèches brunes à elle. Elle imaginait parfois un garçon, parfois une fille, cela n'avait pas d'importance en soi.
Mais il y avait un problème : le ventre rond, le joli bébé, tout cela c'était adorable mais Alice savait très exactement ce qui se passait entre les deux moments.
Et la panique montait en elle (ndla : je ne suis pas bien certaine qu'assister à un ou des accouchement(s) avant d'accoucher soi-même soit une bonne idée^^), mais plus le temps passait et plus l'envie l'emportait sur la panique.
Alice savait bien qu'elle allait céder et finir par se jeter au cou de Jasper. Mais pour l'heure, son amour propre l'en empêchait encore. Pour combien de temps ?
Bien que perdue dans ses pensées Alice perçut le danger comme le font les animaux.
Ses poils se hérissèrent sur ses bras et un gout métallique envahit sa bouche.
Elle releva la tête.
Elle n'entendait plus le chant des oiseaux.
Son instinct lui fit lever la tête vers le haut des arbres et elle le vit.
C'était un gros puma. Un male adulte, comme l'identifia tout de suite Alice.
La gorge sèche, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas son lance pierre sur elle (ndla : on ne se moque pas : un lance pierre bien utilisé est une arme redoutable) et donc qu'elle était une proie vulnérable.
Elle fit ce que son père lui avait enseigné : elle ne bougea pas, et attendit, tachant de se fondre dans le décor.
Le puma était dans un arbre un peu éloigné, plus haut qu'elle et elle analysa rapidement la situation : il n'avait pas l'air de vouloir l'attaquer elle, il ne regardait pas dans sa direction, fixant le sol.
Alice retint sa respiration et l'observa, parfaitement consciente que s'il s'en prenait à elle, elle était fichue.
Le puma bondit vers le bas et Alice le vit attraper un lapin, et partir avec.
Elle respira à nouveau, tremblant de tous ses membres et entreprit de descendre de l'arbre pour rentrer chez elle le plus vite possible.
Elle s'était beaucoup éloignée, ayant marché plus d'une demi-heure, et commença à le regretter amèrement.
Elle souleva sa jupe, se maudissant pour ne pas avoir enfilé un pantalon, et se mit à courir.
Elle savait ou aller et ne risquait pas de se perdre mais les larmes que la peur qu'elle avait eu faisaient désormais couler l'aveuglèrent et elle ne vit pas la grosse racine dans laquelle elle s'embroncha.
Elle s'étala de tout son long et sentit une vive douleur dans son poignet droit et dans sa cheville gauche.
Elle serra les dents pour retenir un cri de douleur et roula sur elle-même.
La souffrance était vive et elle gémit, au bord du malaise.
Quand elle reprit ses esprits elle essaya de se relever mais comprit très vite que sa cheville était gravement blessée.
Elle ôta sa bottine et son bas et sentit la peur monter en elle : sa cheville était très enflée, et commençait à devenir bleue. Elle n'était pas capable de déterminer si elle avait une fracture ou une entorse, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas marcher.
Alors elle retira son bas et l'entortilla le plus serré possible autour de sa cheville, en serrant les dents, luttant contre la douleur et elle entreprit de se trainer sur le sol, vers sa maison.
Elle savait qu'il devait être aux environs de 17 heures. On ne commencerait pas à la chercher avant la nuit.
Si elle réussissait à se trainer malgré la douleur, elle serait à ce moment-là suffisamment près de chez elle pour que sa famille puisse entendre ses appels.
A condition que le puma ne revienne pas.
Alice s'interdit de penser à ça et avança, par moments sur les genoux, parfois en rampant.
Elle s'épuisa vite, bien entendu mais elle continua à avancer.
Elle était obligée de faire de fréquentes pauses, car la douleur l'épuisait, de plus son poignet, bien que moins gravement blessé la faisait quand même souffrir, surtout quand elle prenait appui dessus.
Mais elle avança.
Charlie Swan s'était enfoncé dans la forêt, dans le but de trouver la maison des Cullen.
Il ne savait pas précisément ou elle se trouvait mais il en avait quand même une idée.
Chacun, à Forks, en connaissait la localisation, du moins à peu près, mais personne n'avait envie d'en découdre avec eux, d'autant plus qu'une attaque indienne s'en suivrait automatiquement.
C'est plus de deux heures après son accident qu'Alice, qui faisait une pause, en sueur et haletante, entendit des bruits de pas.
Son torse se distendit sous l'effet de la joie et du soulagement et elle cria :
« A l'aide ! Je suis là ! J'ai mal ! »
Elle n'obtint pas de réponse et renouvela son appel deux ou trois fois.
Et sa surprise fut immense en voyant, au bout de quelques minutes, un homme qui n'était pas de sa famille se dresser devant elle.
Elle n'était pas bien et ne reconnut pas le shérif Swan, mais ce dernier la fixa avant de s'exclamer :
« Mais…C'est toi la petite Alice Cullen ? »
« Qui êtes-vous ? »
« Le père de Bella ! »
« Oh…Je »
Alice se tut, se demandant s'il n'allait pas la prendre en otage, ou l'arrêter, ou pire encore.
Mais le shérif s'approcha d'elle et s'agenouilla :
« Que t'est-il arrivé ? »
« Je me suis blessée au poignet et à la cheville »
Il regarda sa cheville et grimaça :
« C'est pas joli, tu dois avoir très mal »
Elle acquiesça en silence.
Il soupira et se releva, avant de la prendre dans ses bras.
Elle ne s'y attendait pas et fut surprise mais soulagée aussi de voir qu'il ne s'en prenait pas à elle :
« Bon je t'amène ou ? »
« Vous ne croyez quand même pas que je vais vous dire ou se trouve ma maison ? »
« Si, je le pense, si tu veux que je t'y amène ! »
« On va plutôt attendre qu'on me cherche… »
Charlie la reposa au sol :
« Tu peux attendre toute seule alors ! »
« NON ! Ne me laissez pas ! Il...Il y a un gros puma, j'ai eu très peur ! »
Charlie regarda autour de lui et reprit la jeune fille dans ses bras :
« Bon, on va au moins s'approcher ! »
« Sinon on va au village indien ! »
« Certainement pas ! J'en viens et ça fait 2 heures et demi que je marche ! Tu n'es pas bien lourde mais je ne vais pas te porter jusque là-bas ! »
Il la porta un moment, suivant les indications de la jeune fille. Quand Alice estima qu'ils étaient suffisamment près elle lui demanda de la poser.
Il la regarda. Elle était pale et en sueur et souffrait visiblement, mais ne laissait pas échapper une plainte.
« Tu es drôlement courageuse »
Alice ne répondit pas.
Il était fatigué lui aussi et ils restèrent un moment silencieux.
Puis Alice brisa le moment de paix :
« Au fait, vous vous êtes enfui ? »
« Oui. Je veux retrouver Bella ! »
« Bella ne reviendra pas vous savez…Elle est avec Edward maintenant. Ils vont vivre en couple d'ici quelques temps et »
Alice s'interrompit, à son immense surprise le shérif Swan s'était mit à pleurer.
La tête enfouie dans ses bras il sanglotait et la jeune fille ne savait pas quoi faire.
Finalement, avec maladresse, elle lui tapota le dos, puis lui caressa la tête.
Il finit par relever la tête et lui dit :
« Mais vous ne comprenez pas ? Je n'ai qu'elle ! Je suis tellement seul…Elle a prit le chien, le chat et même mon cheval…Je n'ai plus rien moi ! »
« Mais si ! Si vous acceptez qu'elle vive sa vie vous ne la perdrez pas ! Vous pourrez venir la voir, et puis vous verrez le chien et le chat comme ça ! Le cheval on peut vous le rendre, on en a pas besoin vous savez…Et vous viendrez voir vos petits enfants, tout ça ! »
« C'est pas pareil… »
« Et puis c'est votre faute aussi, vous n'avez qu'à vous remarier ! »
Charlie ne put s'empêcher de sourire devant l'impétuosité de la jeune fille.
Seth arriva à ce moment là. Il avait pisté sans souci les traces du shérif, mais avait cru devenir fou en voyant le nombre de détours que ce dernier avait fait.
Et il avait vu que sur le dernier trajet le shérif portait quelque chose d'assez lourd et n'avait plus tourné en rond : il se méfiait : quelque chose s'était visiblement produit ! Et il ne s'attendait pas du tout à voir Alice, encore moins blessée.
Un certain nombre d'explications plus tard le ton monta un peu : Seth voulait ramener Charlie au camp après qu'Alice ait été récupérée par sa famille et bien entendu Charlie ne voulait pas.
Ils en étaient à se crier des mots comme « jeune freluquet inconscient » et « vieux schnock malhonnête » quand Alice poussa un cri de joie qui les fit taire.
Ils entendirent alors des appels. Alice hurla :
« ICI ! JE SUIS LAAAAA ! »
Très rapidement ils virent arriver Jasper.
Ce dernier, ignorant Seth et Charlie, se jeta sur Alice.
« Mais tu étais ou ? Qu'est ce qui s'est passé ?! J'ai eu si peur ! »
« Je suis tombée et je me suis blessée au poignet et à la cheville. Je me suis trainée comme j'ai pu et Charlie m'a trouvée et il m'a aidée à m'avancer »
« Fais voir ton pied ? Oh c'est très enflé, tu dois avoir mal ! »
La voix de Jasper était paniquée et Charlie leva les yeux au ciel, agacé.
« Non pas tant que ça, il suffit de serrer les dents… »
La jeune fille parlait les yeux baissés.
Seth était surpris par l'attitude d'Alice mais il comprit assez vite. N'y tenant visiblement plus, Jasper se pencha sur elle et s'empara de ses lèvres. Elle passa ses bras autour du cou de l'ancien shérif et ils s'embrassèrent, inconscients de ce qui se passait autour d'eux.
Seth et Charlie détournèrent le regard, pudiques, et entendirent d'autres appels.
Ils les hélèrent en retour et en quelques minutes Edward et Emmett les rejoignirent, rapidement suivis par Carlisle et Esmée.
Jasper ne rompit son baiser avec Alice qu'à l'arrivée des parents de celle-ci mais la garda dans ses bras.
Carlisle laissa ses fils se débrouiller avec Charlie et il rentra immédiatement avec sa femme et sa fille, et bien sur Jasper, qui refusa tout net de lui donner Alice et la porta lui-même jusqu'à la maison.
Le temps d'un certain nombre d'explications était venu.
Ndla : il reste finalement plus de chapitres que je ne le pensais, je dirais encore au moins un chapitre et un épilogue, et au moins un bonus (sur ce qui s'est passé quand Rosalie s'est enfuie avec Emmett). Je pense que dans le prochain chapitre il y aura du lemon. Mais je ne sais pas encore quel couple sera concerné.
