CHAPITRE QUATRE

Cela fait un bout de temps que je n'ai pas posté et j'en suis navrée! Merci à tous ceux qui sont au rendez vous cela me fait très plaisir, du coup je vous ai pondu un long chapitre pour me faire pardonner!


Sherlock


Je marche sans me retourner, je sais que cette femme me suit, car j'ai déjà repéré sa nature. Diabolica femina. Sorti de l'hôpital, je bifurque dans la première rue sur la droite, étroite, que je repère. A peine me suis je décalé contre le mur qu'elle se colle à moi, ses ongles acérés me caressant la jugulaire :

« Je vois que la réputation de Sherlock Holmes n'est plus à faire, tu as vite repéré mon manège, n'est-ce pas ? »

Evidemment. Mais elle sait comme moi que sans preuve je n'irais pas loin. Et, pour l'instant, la vie de mon cher médecin ne tient qu'à un fil. Je ne sais pas ce que veut cette folle, mais mon envie à son égard de la frapper ne fait qu'augmenter. Elle me sourit, lèche ses lèvres avec obscénité.

« Tu as essayé de me provoquer, dans la chambre…C'était très excitant. Je sais que tout le monde pense que tu es de glace. C'est juste qu'il faut un certain…Doigté, pour te satisfaire.

-Et je présume que tu te penses la seule à pouvoir me satisfaire ? »

Rire sybillin.

« Qui d'autre ? »

J'ai bien un nom en tête, mais préfère le garder pour moi. Mettant les mains dans mes poches, je renifle dédaigneusement :

« Qu'est-ce que tu veux ?

-Te rajouter à mon tableau de chasse.

-Tu n'es donc qu'un Don Juan au féminin ? Très subtile. Tu ne seras pas celle qui me fera voir les femmes sous un jour positif… »

Elle croise les bras, met sa poitrine en valeur alors qu'une moue presqu'agréable fait ressortir ses fossettes. Elle roules des yeux, replace une mèche :

« Erreur, mon grand, je préfère une belle prise à une poignée de petits goujons. Je ne suis pas comme toi, à attraper des voleurs à l'étalage alors que de grands criminels sillonnent la ville, dépouillant Londres de sa crédibilité déjà bien entamée. »

j'accuse le choc de son commentaire acerbe. Cette femme à de la répartie. Si je ne fais pas attention, elle pourrait presque m'attirer quelques ennuis.

« Laisse John en dehors de tes délires, d'accord ? C'est moi que tu veux tester. Lui, ce n'est que mon colocataire. »

Rire moqueur et décidemment très agaçant :

« Tu me prends pour une bille ? Tu crois que je n'ai pas vu la façon dont tu le couvais des yeux ? »

Sifflement arrogant qui me fait plisser les paupières. Elle se recule vers la lumière, son rouge à lèvres m'agressant la vue, et m'adresse un ultime salut :

« Ne te reposes pas trop sur tes lauriers, conseil d'amie. A plus tard, chéri. »

Elle ne laisse derrière elle qu'un parfum féminin atrocement sucré.

Il a fallut une bonne semaine avant que John ne sorte de l'hôpital. Je ne suis pas retourné le voir, tout entier à l'étude du dossier d'Adler. Un dossier vide, bien évidemment, cette femme était une citoyenne lambda, sans distinction particulière. Aucun détail n'aurait pu laisser présager un tel futur, mais ce n'est pas cela que je recherchai. Je voulais des détails, des signes qui auraient pu m'aiguiller.

"..."

« Je suis rentré ! »

Bruit d'un sac que l'on pose. John s'avachit dans son fauteuil en soupirant de contentement, je tourne mon visage reptilien vers lui :

« Adler a t-elle des tics ?

-Je te demande pardon ? »

Les rides, sur son front, viennent de réapparaître, et je comprends que si je ne lui donne aucune explication, il va s'énerver très rapidement.

« Irène Adler est notre empoisonneuse. Elle a très probablement fait exprès de te séduire pour pouvoir t'assassiner plus facilement, mais tu as résisté avec force. »

Il faut quelques minutes pour que John réalise ce que j'étais en train de dire, je le sais, et vais m'installer sans bruit sur l'accoudoir pour surveiller sa réaction. Ses traits se durcissent alors qu'il s'enfonce en arrière, fermant les yeux.

« Je le sentais.

-Qu'elle était une meurtrière ?

-Que c'était trop beau pour être vrai. Une femme aussi belle…Ne pouvait pas réellement s'intéresser à moi. »

Cette phrase me coupe le souffle. Je ne sais pas réagir dans ce genre de moment, mon cerveau génial n'est pas programmé pour ça. Et pourtant, presqu'avec naturel, ma main va serrer son épaule. Je ne lui fais pas mal, je le maintiens juste, et mes doigts redécouvrent la douceur de son pull. Doucement, à voix basse, je lui glisse qu'il ne doit pas s'attacher à des détails aussi stupides, car c'est justement ce que désire Adler : le perturber, lui faire oublier le principal. C'était bien une attaque de femme. John reste sans bouger, ses muscles se raidissent, et son regard fuit sur la droite, très intéressant. Je laisse mon index remonter jusqu'à la base de son cou pour le frôler, aucun mouvement de sa part : je me sens comme un scientifique attentif à son cobaye.

« Sherlock… »

Murmure rauque qui ne me fait pas reculer.

« Et si… ? Tu y as repensé ? »


John


Son esprit travaille à plein régime, c'est facile de le voir. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi je m'entête dans cette voie, pourquoi j'insiste, cela ne me ressemble ni de près ni de loin, mais je refuse d'y accorder de l'importance.

Evidemment que j'y ai repensé ! Il a suffit d'un simple mot pour que cette idée s'insinue en moi, envahisse mon cerveau et empoisonne mes sens. C'est curieux, nouveau. Je sursaute à peine quand ses lèvres frôlent mon oreille, survolent mon cou avec une chaleur délicate. Je me recule instinctivement :

« Non. Sherlock, si… Si j'avais été plus coopératif, ce jour là, rien ne serait pareil. Nous ne serions pas amis, pas comme ça, nous aurions perdu tant de choses… Tu te rends compte ? Et puis… Ca aurait été passager, un simple écart de conduite, je… »

Ses lèvres s'écrasent sur les miennes, il est demandeur, brûlant, et d'une insouciance à toute épreuve, je sens ses boucles chatouiller ma joue alors que je me tourne vers lui pour mieux accueillir son baiser.

« Sherlock, attends, ne… »

Comment en est-on arrivé là, exactement ? Pourquoi s'est-il fallu, tout d'un coup, que je me dise que notre relation n'aurait pas du être celle-ci ? Alors que je me questionne, Sherlock glisse sur moi, écartant ses jambes pour les glisser de chaque côté de mon bassin, ses bras s'insinuant autour de mes épaules. C'est chaud, c'est doux, je respire son odeur musquée, que je n'avais jamais remarqué auparavant. Ses joues sont rouges, du moins un peu. Je n'ose imaginer à quoi je ressemble à l'instant présent.

« Sherlock, non ! »

Il a appuyé sur mon entrejambe, qui, ravie de pouvoir se remettre en marche, est déjà bien gonflée. Sherlock me fixe, calme comme à son habitude, et je le repousse avec délicatesse :

« On ne peut pas faire ça, tu voudrais tout gâcher ?

-Et si c'était ça, que je voulais depuis le début ? Tu y as pensé, une seconde ? »

Je m'arrête soudainement, comme abruti. Cela n'aurait simplement pas pu m'effleurer l'esprit. Sherlock…Sherlock n'est pas comme ça, ce n'est pas celui qui dit ce genre de chose, c'est plutôt mon rôle en général. Celui qui a du mal à exprimer ses sentiments, celui qui fonce dans le mur, celui qui… Celui qui aime. Et je fixe ces yeux glacés qui perdent peu à peu leur intensité, sens ma mâchoire s'alourdir alors que le but de ses mots m'atteignent de plein fouet.

« …Qui es-tu ? Sherlock, tu ? Enfin…

-Tai toi. »

Sa main droite passe derrière ma tête et il m'embrasse de nouveau, sans complexe, avec un naturel déroutant, mais je l'écarte encore :

« Tu ne sais pas ce que tu fais.

-Tu dis ça parce qu'à Noel, je t'ai donné du houx au lieu de gui ?

-Hein ? Non ! Mais… Ecoute, c'est juste que… »

Il se lève d'un bond et réajuste sa chemise, lâchant d'une voix sans timbre qu'il a compris et qu'il ne recommencera plus. Ce n'est qu'un enfant vexé qui refuse la discussion, s'il n'a pas ce qu'il veut, il boude, le visage fermé, jusqu'à oublier. Je baisse mon pull sur mon pantalon, essayant vainement de cacher mon début d'érection, et m'avance vers lui, attrapant son coude, qu'il rejette nerveusement :

« Lâche-moi, pas la peine de te justifier.

-Bon sang, mais écoute moi une seconde, je me crois dans une putain de fiction à l'eau de rose ! C'est arrivé si soudainement, j…J'étais bourré, et j'ai déliré ! »

Je le tiens par le col, et il est trop proche de moi. S'il ressemble à présent à une poupée de cire, il n'en est que plus impressionnant. Il est grand, sec, et ses lèvres ourlées se serrent de colère. Brusquement je l'embrasse, avec douleur, avec empressement sûrement aussi, et il se fond contre moi avec un sourire de vainqueur.

Ce que Sherlock veut, Sherlock obtient.

Et si je lui avais cédé uniquement pour ne pas le perdre ?

Je préfère ne pas y penser de cette façon là. Sa langue joue avec la mienne, je le pousse sans ménagement contre la commode qui frémit. Le Crâne tangue un peu mais ne tombe pas, témoin de notre échange intime. Ses doigts glacés griffent mon dos, et alors que je sens mon pouls s'accélérer, le grincement des gonds de la porte retentit.

« Oh putain de… »

Lestrade ne termine pas sa phrase, recule, mouline des bras et tombe en arrière, enchaînant une chute d'une quinzaine de marches avant de heurter douloureusement la porte d'entrée. Ni une ni deux je me détache de Sherlock qui, sentant l'arrivée de nouveaux indices, me relègue instantanément. Ce n'est déjà plus le même homme. Comme d'habitude, les crimes restent en première position dans son esprit.

« Lestrade, relevez vous, ça vous apprendra à venir fouiner chez les gens sans toquer ! » braille le brun du haut du palier, un peu railleur, regrettant probablement la non présence d'Anderson. L'inspecteur, se frottant l'arrière du cou avec humeur, finit par réapparaître. Inutile de dire que je ne fais pas le fier.

« Je suis désolé, grogne t-il, je venais vous dire que l'on a une piste.

-Quelque chose de sérieux, ou un travail bâclé comme à votre habitude ? »

Lestrade glisse sur ses amabilités grossières, l'esprit surement encore empli de ses précédentes visions.

« Adler nous a envoyé un message. Je vous propose de tirer par vous même des conclusions. »

Il lui tend un message imprimé. C'est une jolie écriture pervenche, penchée, subtile. Amer, je me souviens qu'Irène m'a utilisé pour approcher Sherlock, mais me console en sachant que le détective ne s'y intéresse nullement. Le message est court et énigmatique, comme je m'y attendais :

« Eko Azarak, Eko Eko Zomelak, Eko Eko Gananas, Eko Eko Araca »

Dialecte inconnu ? Je fronce les sourcils :

« On dirait une chanson. Une comptine que l'on répète aux enfants.

-Tu y es presque, John, mais pas tout a fait. »

Sherlock pianote déjà sur son téléphone, visiblement ravi. Lestrade, consultant ses messages, commence son exposé :

« Nous avons déjà fait des recherches sur le net, il s'agit vraisemblablement de paroles de rites , d'un sortilège de sorcière pratiquée essentiellement en Angleterre, les…

-Les Wiccans, des sorcières célébrant la nature et la magie blanche, soit de magnifiques empoisonneuses en devenir. Cette femme doit probablement s'imaginer être une descendante de sorcière… Si elle veut nous effrayer avec ça, il y a du chemin à faire. »

Après cette pique mordante, Sherlock place ses mains sous son menton, nous montrant ainsi que sa réflexion ne nécessite plus notre aide et que nous devons nous taire pour faciliter sa concentration. Voyant que Lestrade tapote toujours activement son smartphone, je le rejoint et chuchote :

« Vous recevez de nouveaux indices ? »

Il change de couleur, balbutie :

« Non, je…Je discute tout simplement.

-Oh. »

Sourire bienveillant de ma part. Je savais, comme la plupart des êtres travaillant avec l'inspecteur, que son divorce avait été fait dans la douleur, aussi je me réjouissais de le voir retrouver une certaine flamme. Comme s'il lisait dans mes pensées, le voilà qui se défend activement :

« Ne croyez rien, j'échange simplement quelques mots avec Mycroft Holmes !

-Je ne crois rien vous savez, et puis Mycroft est un être très sympathique derrière son côté psychotique, bourgeois, effrayant et calculateur ! »

Sourire entendu. Bip du portable que Lestrade dégaine habilement. C'est moi, ou ses gestes semblent un tantinet trop empressés pour être naturels ? Je glisse mes mains dans mes poches :

« Je ne crois rien… Mais ça ne m'empêche pas de supposer.

-Pardon ?

-Et bien…Il est rare que Mycroft engage des discussions avec quelqu'un sans qu'il ait une idée précise en tête. »

Regard qui en dit long. Lestrade, habituellement si sûr de lui, vire au rouge tomate et se mord les lèvres, avant de répliquer avec un clin d'œil :

« Si j'étais vous, j'éviterait ce genre de commentaire , n'oubliez pas que je vous ai vu pendu au coup d'Holmes i peine dix minutes… »

Vaincu, je monte les mains en l'air pour montrer que j'abandonne le combat. Etonnamment, je réalise que le regard de l'inspecteur ne me gêne pas autant que je le croyais. Sherlock, dans son coin, marmonne des choses. Gregory murmure :

« Ca vous dirait, un échange d'information ? »

Ce qui, en langage normal, correspond à une conversation intime entre amis. Ni une ni deux j'hoche la tête, surveillant le brun du coin de l'œil.

« Je crois que Mycroft me fait du rentre dedans.

-Non ?!

-Shuuut pas si fort, je n'en suis pas sûr, il faut que je tire ça au clair, c'est…Impressionnant je dois dire. Et quelque peu flatteur. Enfin, reprend t-il gêné par mon regard amusé, uniquement parce qu'il s'agit d'un personnage important, évidemment !

-Evidemment… »

Evidemment il y a une hésitation qui se cache derrière, mais je ne cherche pas à en savoir plus. Lestrade s'amuse visiblement de cette situation, comme un adolescent qui flirt avec quelqu'un en qui il ne voit rien de sérieux. Ce qui n'est peut être pas mon cas avec Sherlock. Et si… ? J'éradique mes pensées sournoises, mais l'inspecteur ne rate pas le pli amer de ma bouche :

« Et vous…Avec Sherlock ?

-Si seulement je savais. Je ne veux simplement pas gâcher tout ça. C'est mon…Mon meilleur ami. Malgré le fait qu'il soit insupportable.

-Sincèrement…Je me doutait qu'il y avait plus ça. Enfin, du moins, c'était flagrant dans l'attitude de Sherlock.

-Vraiment ?

-Ne jouez pas l'innocent. Je n'ai jamais vu d'homme plus jaloux. »

Il me raconte son comportement, lorsque le soir il restait au commissariat quand je rejoignais une femme au restaurant. Il me raconte sa possessivité, son aigreur vis a vis de mes rencarts, et j'écoute tout ça bouche bée. Ainsi donc, j'étais si aveugle ? Je n'en reviens pas.

« Si j'ai un conseil à vous donner, en tout cas, c'est de vous laisser porter. Qu'est ce que vous risquez ?

-De le perdre. Sherlock est un nuage de fumée dans un bocal, il faut le manier avec précaution, car si on lui fait la moindre fêlure, il se dissout dans l'air et disparaît à jamais.

-Je ne vous connaissais pas si poète !

-A vrai dire moi non plus ! »

Nous rions de bon cœur. C'est fou de voir à quel point nous sommes détendus pendant les enquêtes, depuis quelques temps. Sherlock sort brutalement de sa léthargie :

« Vite, en voiture ! Direction Eltham ! »

Je ne rechigne pas quand il me saisit par le poignet avant de m'entraîner dans la cage d'escalier, Lestrade sur les talons. M'engouffrant dans un taxi, je lui demande de quoi il retourne. Il roule des yeux :

« C'est enfantin, voyons, Adler joue sur le côté sorcellerie, hors, les sorcières Wiccans se servaient de plantes pour leurs élixirs, et en tant qu'empoisonneuse, elle doit bien se fournir dans un magasin. Nous allons donc poser quelques questions a Ayurmedica, c'est une boutique très bien garnie, qui possède les ingrédients nécessaire pour une femme comme Adler. Nous serons à Eltham dans une heure et demi si mes calculs sont bons. »

Je siffle d'admiration, et vois ses yeux briller alors qu'il lâche que cela coulait de source. Cet homme continue de me surprendre jour après jour. Je veux relancer la conversation débutée plus tôt, mais il me coupe la parole furtivement :

« Lestrade fricote avec Mycroft, n'est-ce pas ? »

Je reste coi.

« Je le savais. Il s'y brisera les dents comme les autres.

-Ne sois pas aussi dur, c'est plutôt Lestrade qui va s'amuser. »

Rire assuré de Sherlock qui va jusqu'à me titiller la joue de son index ganté. Agacé, je m'écarte.

« Tu ne connais pas mon frère. Il joue jusqu'à faire craquer sa proie avant de s'en désintéresser totalement, il sait se servir de son esprit supérieur, parfois.

- Et tu dois bien comprendre ce genre d'agissement. »

Nos regards s'affrontent, mais ni l'un ni l'autre n'ajoutons de parole. Le reste du voyage se fait en silence.


Ploum ploum ploum, et voila les choses qui avancent plus ou moins bien!

Review ?