Chapitre cinq
Un grand grand grand merci pour vos commentaires, voici le chapitre cinq !
Je vais essayer de poster plus régulièrement pendant les vacances, une fois libérée de mon concours blanc, enjoy !
Sherlock
La colère ? Non. Je ne suis jamais en colère, je n'ai pas le temps pour ça. Ce genre de sentiment complique la réflexion, or mon esprit ne peut pas se laisser aller à une telle bassesse. Je ne suis pas comme le commun des mortels qui cède à ses pulsions, à ses passions. Pourtant, alors que je regarde John, mes poings se serrent, mes mâchoires se contractent, et je sens une veine battre à ma tempe douloureusement. Lui, boudeur, fixe le paysage. Je veux qu'il me regarde. Qu'il me sourit, aussi, juste quand ses fossettes se creusent un peu.
« John. »
Il me regarde, interrogateur, mais je détourne les yeux sans mot dire. Impossible de parler. Les mots sont comme du poison quand ce n'est plus mon cerveau qui les gouverne. Et puis, John m'a alerté. Il connaît mieux ce genre de chose que moi , et je dois utiliser ce savoir à mon profit. Machinalement, je lance :
« Tu sais, si on était ensemble, ce serait plus simple. »
Froncement de sourcil de sa part, incompréhension.
« Oui, ce serait plus pratique dans la vie de tous les jours. »
L'incompréhension se mue en colère. La voiture s'arrête, il me dévisage :
« Alors c'est ça ? Monsieur s'est fixé une nouvelle épreuve, et pour réussir il ne trouve que ça comme argument ? Le côté pratique ? Tu me prends pour quoi au juste, un balai qu'on range dans un placard une fois qu'on a bien nettoyé ? »
Il claque la portière. Abasourdis, je réfléchis quelques secondes avant de me convaincre qu'il s'agit là d'une autre de ses illustrations stupides de la vie courante. Mais au sortir de la voiture, je me souviens de l'endroit ou nous nous trouvons, et reprend immédiatement mon sérieux : le temps de la collecte d'information est venu.
Le magasin est fidèle à l'idée que je m'en faisais : étroit, sombre, mais d'une délicatesse raffinée, des enluminures ça et là, et du lierre, du lierre sauvage qui s'étend presque sur la vitrine, envahit le bâtiment, s'enroule autour de la gouttière.
« Il y a un risque de… ?
-Non. Aucun. Je passe en premier, reste derrière et ne dis rien. »
Il grogne une insulte à mon encontre que je n'écoute pas, franchissant la porte. Il m'en veut, et je devrais régler ça plus tard. A l'intérieur : une moiteur atroce, des plantes, partout, et, au fond à droite, un comptoir. Les murs ne sont qu'armoires pleines de fioles, de boîtes qui se superposent dans un incroyable fouillis de papiers et de poussière. Je vois les prunelles de John briller d'émerveillement, il doit se croire dans un roman fantastique, sans doute.
« Je peux vous aider ? »
Une demoiselle d'une vingtaine d'années, croulant sous des pots d'orchidées, nous fait signe d'approcher vers le fond de la boutique. Je l'aide galamment à poser les fleurs sur des présentoirs qui ne les mettent nullement en valeur, et souris avec chaleur. La fille est blonde, avec des yeux caramel, et je sens que mon amabilité ne la laisse pas de glace. Parfait.
Je rend ma voix plus enjôleuse, comme je l'ai vu faire tant de fois dans les séries stupides que John suit le mercredi soir, à 20h30. Il est si simple d'amadouer ces esprits faibles…
« Je cherche un extrait d'amm…Ammo… Euh, je ne me souviens plus du nom exact… »
Je feins de rougir sous son regard, et la voilà qui s'accroche presqu'à mon bras en riant :
« De l'ammonite, je présume ! Bien sur, venez, c'est près de l'établi ! »
Je la suis, enregistrant quelques détails dans l'immensité de ma mémoire. La fille disparaît dans une arrière salle, et l'atroce chaleur qui s'en dégage me dissuade rapidement de l'y suivre. Mon cerveau travaille, analyse, range les informations dans les cases correspondantes. John à prit l'air narquois qu'il utilise généralement lorsqu'il me critique, et, stoïque, j'attend la première charge.
« Tu as une telle facilité à mentir à ces pauvres filles…
-C'est le travail qui veut ça, John, tu le sais aussi bien que moi. Sans mensonge pas d'indice, c'est une règle du métier. Sinon je ne prendrais pas la peine d'essayer de plaire à ce genre de sotte.
-Tu n'as d'estime pour personne. »
Il cherche le conflit. Il cherche à libérer ce qu'il à sur le cœur, mais ce n'est pas le bon moment. Trop d'épanchement m'ennuient à mourir. Alors même que j'allais lui indiquer que sa concentration n'était pas au beau fixe, la blondinette sort de la salle, les mèches en désordre et l'air quelque peu affolé, même si son sourire reste béat.
« C'est ceci que vous cherchez ? »
J'aurais aimé pouvoir me moquer de l'air profondément abruti que John arbora lorsque la fille sortit de la poche de son tablier un long revolver assortit d'un silencieux. Mais je n'en eu pas le temps, la fille leva son bras, l'air farouche et loin d'être décidée à parlementer, et avant que je n'ai eu le temps de lui briser le poignet d'un geste astucieux, John s' écrasa sur moi de tout son long, puis se mit à jeter vers notre ennemi tout ce qui tombait à sa portée. Littéralement tout, dont les fleurs, les papiers de publicité…
Les balles sifflaient à nos oreilles, soulevant des volutes de poussière.
…les gants de jardinier, un sachet d'herbes sèches, l'arrosoir en fer-blanc.
« Bonk » fit-il en heurtant la tempe de la tireuse.
Instant de silence. Maculé de saletés, je me relève tant bien que mal, alors que mon ami reste installé à terre, les neurones déboussolés. J'observe en m'époussetant le corps inanimé de la jeune femme avant de la fouiller distraitement, avant de laisser place au médecin qui refait surface :
« Dieu du ciel qu'ais-je fais ! »
Il soupire de soulagement en reconnaissant une blessure superficielle avant de se tourner vers moi, franchement mécontent :
« Je croyais que nous ne courrions aucun risque ! »
Nous sortons de la boutique alors que je lui répond distraitement :
« Sincèrement, si je t'avais dit que quelqu'un pouvait nous attaquer, aurais tu été…
-Attends. »
Il se tourne lentement vers la porte de la boutique, restée ouverte, alors que de la main droite il me fait signe de rester silencieux. il hume l'air, sensiblement, et une odeur bien reconnaissable de poudre lui chatouille les narines. Ni une, ni deux, son instinct de soldat refait surface.
« A COUVERT ! »
Lestrade. Commissariat.
Je tapote la surface de mon bureau, mes yeux clairs fixés sur mon téléphone inerte, des cernes se creusant de plus en plus profondément sur mon front alors que mon pouls accélère. Sonne, sonne, petit portable, sonne, donne moi des nouvelles de cet imbécile de privé qui nous met tout à l'envers, comme d'habitude. Une ombre passe devant ma porte, et il ne me faut qu'une seconde pour la reconnaître.
« Holmes ! » Je tonne, bondissant de ma chaise. Mycroft Holmes, sur son trente-et-un, cigarette aux coins des lèvres, fait un pas en arrière en souriant. Je déteste ce sourire presqu'autant qu'il m'intrigue. Non, je le déteste plus encore. Watson m'avait dit de me méfier de cet homme, qu'il le pensait plus terrible que Sherlock. Cela m'avait fait rire, sur le moment, car je ne le pensais pas possible. C'était avant d'entendre Mycroft Holmes ricaner, envoyer paître l'un de mes hommes comme s'il ne s'agissait que d'une poussière sur sa chaussure hors de prix. Je n'aimais pas ces attitudes, au moins Sherlock acceptait de reconnaître l'attrait des personnes dignes d'intérêt. Mycroft, lui, ricanait. Simplement.
« Oui ? »
Il a de beaux yeux clairs, moins glacés que ceux de son frère, mais ô combien plus disposés à vous disséquer. Je ne réponds pas à son sourire :
« Où est votre frère ?
-Je suis sensé le savoir ?
-Non, mais vous le savez. Ne me prenez pas pour une bille. »
Il tourne son visage souriant vers moi, jette un œil aux alentours, puis s'appuie sur son parapluie alors qu'il se penche en avant :
« Faisons un deal, voulez-vous ?
-Je vous demande pardon ?
-Je vous amène immédiatement voir Sherlock et le Doc, et en échange, vous dînez avec moi ce soir. »
Sourire. J'hésite entre lever mon poing ou lui hurler de foutre le camp, mais je sens immédiatement mon visage me démanger alors qu'il devient intensément rouge. Plus je me concentre, et plus je chauffe, je m'écarte rageusement, fuyant son regard :
« Mais vous êtes cinglé !
-Je passe vous prendre à six heures, c'est entendu. »
Furieux, je le prends par le col, mais son regard se gèle instantanément et je le relâche presque malgré moi, grinçant des dents :
« Je vais vous foutre dehors, Mycroft.
-Ne me faîtes pas rire, je ne suis pas n'importe qui… En tout cas j'apprécie fortement que vous utilisiez mon prénom, c'est charmant. »
Je m'apprête à beugler, mais son téléphone bip et il lève les sourcils en reprenant un air plus sérieux :
« Nos deux camarades ont des ennuis, nous devrions y aller. Après vous, mon cher. »
Ce sourire… Il me suit alors que je passe devant lui d'un pas rapide. J'ai le temps de sentir un parfum coûteux, mais pas désagréable, d'eau de Cologne alors que je me glisse hâtivement par la porte menant à la rue.
Je vous promet une belle avancée dans le chapitre suivant :)
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