Deux ans, déjà.
Quand je pense à ce que j'étais, à ma vie d'avant avant tous ces chamboulements, avant que ma vie ne change littéralement. J'étais paumé, j'avançais sans vraiment savoir où cela pourrais me mener. J'étais dans une meute dans laquelle, malgré le fait que j'aimais être un loup, je n'y étais pas vraiment impliqué. Là encore, j'allais où le vent me menait et surtout où les ordres de l'Alpha me dictaient d'aller. J'étais comme ça, à attendre que l'on me dise quoi faire. C'était pareil avec Bella, j'attendais qu'elle me choisisse sans voir que la partie était jouée d'avance. Mais pourtant je suis resté, j'ai encaissé et j'ai fini par évoluer.
Je me suis tout d'abord émancipé de la meute et ce fut le premier tournant de ma vie, c'est à ce moment là que j'ai découvert qui je suis, ce qui me défini. Je n'avais pas à recevoir d'ordre car je suis un Alpha. Cependant, pour Bella c'était différent, je restais là comme immobile dans l'ombre à attendre. À force je ne savais même plus ce que j'attendais et pourquoi j'attendais. La séparation n'était pas si aisée que pour la meute, il n'y avait rien dans mon sang, dans mes gènes, dans l'histoire de ma famille qui me hurlait « Part Jacob ! Ne reste pas là, ton destin n'est pas ici!» Non, je n'ai rien ressenti de cela. Au contraire c'est comme si la partie masochiste de mon cerveau avait pris le contrôle de mon corps pour que je ne m'éloigne pas de ce spectacle grotesque.
Plus Bella avançait dans sa grossesse, plus ce besoin d'être présent pour elle était grandissant, je souffrais mais je restais. Puis tout se mit en place. Au fond si je suis resté, c'est bien parce que tout mon corps, mon sang, mon cerveau me hurlait de le faire et non l'inverse, parce que tout mon être avait besoin de ce qui allait arriver. Afin d'être complet mon cœur avait besoin de trouver sa moitié et je l'ai trouvée, grâce à Bella, à cette personne avec qui j'ai toujours eu un lien étrange. Oui, depuis le début je le savais, j'avais besoin d'elle, elle était la clé de mon bonheur mais je m'était mépris sur la manière dont elle le serait. Mais au moment où j'ai croisé le regard de sa fille, tout s'est éclairé. C'était elle mon bonheur et ma vie se ferait avec elle. Depuis ce jour, j'avance en sachant où je vais, j'avance vers, pour et avec Renesmée.
Pour le jour du deuxième anniversaire de Nessie, une fête d'anniversaire était prévue. Le premier anniversaire étant assez sombre nous avions fait comme pour Noël, une petite fête pour marquer l'événement aux yeux de Renesmée. Cette dernière année était passée très vite.
Alice organisait bien sûr l'événement, encore une fête confectionnée par Alice. Je me demandais comment elle faisait avant pour assouvir son besoin d'organisatrice d'événements en tout genre. En tout cas une chose était sûre, c'était que dorénavant le moindre événement devait faire l'objet d'une célébration. Concept qui plaisait énormément à Nessie et beaucoup moins à Bella ou à moi mais voir Renesmée avec des étoiles dans les yeux durant les fêtes d'Alice ne pouvait que nous convenir.
N'était-ce pas étrange de fêter les deux ans d'anniversaire à une petite fille qui paraissait en faire huit ou neuf ?
Ce bon vieux Charlie ne savait plus quoi en penser. Son esprit fourmillait de questions à chacune de ses visites à la villa. Cependant, il n'en pausait pas une de peur que Bella file avec sa petite fille. C'était sans compter sur son gendre télépathe qui ne loupait pas une de ses interrogations et hypothèses farfelues. Bien sûr n'ayant pas de réponse il s'en en trouva lui-même. En bon shérif qu'il est, il a passé toute la famille à la loupe. Edward nous en a parlé, il a fait trois groupes. D'un coté, les Cullen, qui n'ont pas pris une ride depuis le jour de leur arrivée à Forks, à ce groupe il y ajoute sa fille, identique à eux désormais. D'un autre côté, il y a Renesmée, le total opposé des premiers, car a chacune de ses visites elle est différente. Et il y a moi, il sait que je suis une sorte d'être humain qui se transforme en loup « à ses heures perdues » selon son expression. D'ailleurs, ma présence au sein de cette famille l'intrigue. Ce sujet est bien le seul qu'il a osé aborder avec Bella parmi la foule de ses question, car il ne se doute pas a quel point se sujet aussi est épineux. Bella lui a répondu de façon abstraite, ce qui ne la aucunement rassuré. Mais il continue de venir à la villa. Il est comme ça Charlie, il aime sa fille et sa petite fille, le reste ne compte pas. Sa plus grande crainte est d'arriver un jour à la villa et que Bella n'y soit plus mais les Cullen ont pris leur décision nous restons à Forks tant qu'aucun cas de force majeur nous pousse à en partir.
C'est aussi bien ainsi, nous étions en quelque sorte sédentarisés. Ma maison étant terminée, elle est devenue le repère de ma meute. Nous continuons les rondes pour le plaisir mais cela était devenu inutile car il n'y avait plus aucun vampire inconnu aux alentours. De ce fait, bon nombre de loups abandonnaient leurs gènes pour vieillir auprès de leurs imprégnées. Sauf ma meute était intacte : Seth et Embry n'étaient pas imprégnés mais ils adoraient leur vie ainsi et ils vivaient quasiment chez moi la plus part du temps. Quil, lui, attendrait que Claire vieillisse.
Leah, elle aussi devait attendre que son imprégné vieillisse : à son retour, les visages de son frère et de sa mère étaient tendus. Sa mère, pourtant heureuse de la revoir, craignait qu'elle reparte dès qu'elle apprendrait la nouvelle qui avait ébranlé La Push 6 mois plus tôt. Quand Seth annonça qu'Emily était enceinte, la réaction de la jeune femme fut des plus surprenantes pour sa famille. Elle décida de renouer le contact avec sa cousine. Ce lien ne fit que s'accroître jusqu'à la naissance du nourrisson et à l'imprégnation de Leah.
Quant à moi, je m'acclimatais plutôt bien à cette nouvelle vie. Ma maison était devenue le deuxième foyer des miens, ainsi que celui de Nessie et plus surprenant Alice et Jasper me rendait régulièrement visite. Je me rendais aussi régulièrement à la villa car mon don de la mécanique s'était avéré utile. J'étais devenu « l'ami mécano » de la famille et loin de m'en plaindre, j'étais ravi de ce boulot qui était pour moi un véritable plaisir. Il n'était plus question de réparer des tas de ferrailles comme ceux que Bella m'avait apportés mais plutôt d'entretenir des voitures toutes plus luxueuses les unes que les autres.
Mais la routine ne s'installait jamais ici, Renesmée y veillait personnellement. Le jour de son second anniversaire ne dérogea pas à la règle. Ce fut une fête fabuleuse et un jour merveilleux.
