Burning down the house.


Bleach appartient à Tite Kubo. Kasai Olivia est, quant à elle, mon OC un peu maso. Enjoy !


Elle ne pouvait plus respirer. La cendre remplissait ses yeux de larmes. En partie la cendre. Il lui semblait être assise, où peut-être l'avait-on posé à terre. Ses jambes étaient repliées contre sa poitrine qu'elle entoura de ses bras. La tête posée sur ses genoux, Olivia fixait un point quelconque à l'horizon, son esprit dépourvu de la moindre pensée, ou plutôt trop de choses se bousculait dans sa tête pour qu'elle puisse y mettre un ordre. Une chaleur insupportable fouettait son dos, mais elle ne semblait pas s'en préoccuper. Du moins, elle essayait. Au bout d'un moment qui lui sembla durer une éternité, Olivia se retourna.

Un gigantesque brasier avait pris forme devant ses yeux, ses flammes affamées rampant jusqu'à elle, rampant jusqu'au ciel. Aveuglée par le feu, par les larmes, Olivia attendit que les flammes la consument, indifférente, mais soudain, elle sentit un souffle glacial balayer les environs. Un bruit de pas se fit à peine entendre au près d'Olivia, cette dernière levant lentement la tête : elle ne put voir son visage, n'y pas grand chose de cet homme qui se tenait debout à ses côtés. Olivia savait pourtant qu'il fixait l'incendie.

Se relevant d'un bond, la jeune femme due attendre un long moment avant de reprendre son souffle. Elle sentait son cœur prêt à se rompre dans sa poitrine et son front trempé de sueurs. Se laissant retomber sur son lit, Olivia souffla un grand coup. C'est vraiment de pire en pire. Ces cauchemars étaient devenus quelque peu récurrents, bien qu'aussi loin que le Troisième Siège pouvait s'en rappeler, ses rêves n'avaient jamais été bien paisibles. Mais lui, c'est une nouveauté, nota-t-elle curieusement. Le rêve de « feu » comme elle l'appelait n'avait jamais montré une autre personne à ses côtés. Haussant les épaules, elle décida de se relever pour commencer à se préparer. Ce qui l'énervait par-dessus tout dans ce rêve-là, outre le fait qu'il lui semblait complètement stupide et d'autant plus inintéressant, était de se voir perpétuellement chialer comme une gosse. Et je suis tout, sauf une gosse, se rappela-t-elle, l'air résolu.

Marchant d'un pas rapide vers ses nouveaux locaux, Olivia espérait que son arrivée hâtive lui permettrait d'avoir l'office à elle seule, au moins pour un moment. Elle avait décidé qu'elle n'arriverait pas à apprécier Hinamori, car même si elle avait tous les droits de se méfier d'Olivia, ce qui était également plus ou moins problématique, le Vice-Capitaine ne lui procurait pas l'impression qu'Olivia pourrait un jour être à l'aise en sa présence. Ce genre de choses arrivait, elle le savait plus que bien. Trop con que ça doive arriver avec mon Vice-Capitaine. Elle soupira légèrement (et maudissant une énième fois Soi Fon), tourna la poignée de la porte. Tiens, y'a une porte maintenant. Refermant derrière elle, Olivia s'installa à sa place, à l'opposé du bureau d'Hinamori qui n'était pas encore arrivée et décida qu'aujourd'hui serait une bonne journée. Ou au moins une bonne matinée, vu qu'elle n'aura pas à forcer ce stupide sourire de façade. Elle préférerait encore chialer.

S'activant à remplir sa paperasse, Olivia sentait qu'elle ne pourrait plus tenir en place très longtemps. Il lui semblait avoir accompli un travail monstre, mais lorsqu'elle leva la tête vers l'horloge, elle se rendit compte avec horreur que quatre heures étaient déjà passées et que sa pile de papiers n'avait pas semblé s'être réduite d'un poil. Premier jour de boulot et je suis au bord de la crise psychotique. Elle s'estimait tout de même chanceuse de ne pas avoir sa supérieure sur le dos. Pour le moment en tout cas. Se relevant frénétiquement, Olivia se dirigea vers la porte, bien qu'elle n'avait absolument aucune idée quant à sa destination, ni à ce qu'elle pourrait bien dire à Hinamori si elle venait à la questionner sur son absence. Elle avait besoin d'air, c'est tout ce qu'elle savait. Or lorsque sa main allait tourner la poignée, la porte s'ouvrit d'elle-même, Olivia se voyant impuissamment propulser en avant. Lorsqu'elle leva les yeux au ciel, deux orbes vertes la scrutaient, incrédules. Se redressant plus lentement qu'elle ne l'aurait voulu, Olivia ne détacha son regard de celui se tenant à moins d'un mètre d'elle.

« Capitaine Hitsugaya. » réussit-elle finalement à articuler tout en se reculant à une distance plus appropriée.

« Kasai. » la salua le Capitaine tout en entrant dans l'office. « Hinamori n'était-elle pas venue ? »

Tu détruiras la porte si je te dis que non ?

« Non, monsieur. Pas encore en tout cas. »

« Elle ne devrait pas venir du tout alors. »

Fixant le bureau d'Hinamori, le jeune Capitaine demeura alors immobile. Et silencieux. Olivia ne savait vraiment plus quoi faire : attendait-il quelque chose d'elle ou devait-elle reprendre sa paperasse ? Tout sauf ça, pitié. Etrangement, elle ne se sentait pas mal à l'aise. La présence d'Hitsugaya l'intriguait au plus haut point. Bien qu'elle était tout de même étonnée qu'il soit celui l'informant de l'absence du Vice-Capitaine. Olivia ne doutait pas que ces deux-là se connaissaient en dehors de leurs fonctions en tant que membres du Seireitei, il aurait fallu être aveugle et sourd pour ne pas l'avoir deviné. Par contre, elle trouvait qu'ils ne se ressemblaient pas du tout. Dans tous les sens du terme.

Hitsugaya vint enfin rompre le silence, les yeux toujours rivés sur quelque chose que lui seul semblait voir : « Soi Fon a appuyé votre candidature quant à ce poste : elle clame que vous êtes même apte à assurer le rôle de Vice-Capitaine si l'occasion s'en présentait. »

Il se tourna vers elle et ajouta, les sourcils froncés :

« J'espère qu'elle a raison : Hinamori ne pourra pas assurer son devoir en raison de sa guérison dans les temps à venir. Vous devrez assurer la direction de cette Division par vous-même. »

C'est pour la renvoyer que tu as fait tout ce scandale ? pensa-t-elle en glissant un rapide coup d'œil vers la porte désormais flambant neuve. D'une certaine manière, Olivia ressentait une sorte de déception quant à ce grand intérêt que cet homme portait au Vice-Capitaine. Il devait très certainement se soucier tout particulièrement de son rétablissement, elle n'en doutait pas.

Olivia savait qu'elle serait incline à prendre les reines de la Cinquième, c'était ce à quoi elle s'était préparée lorsqu'elle avait quitté son ancienne vie. Alors la remarque du Capitaine ne la surprenait pas du tout. Elle était même heureuse quant à ce retour normal des choses, bien que légèrement flippée à l'idée de réparer tous les pots cassés que la Division pourrait subir durant son commandement. Mais le fait qu'Hitsugaya soit celui qui lui confia cette tâche la rassurait, quoiqu'étrange cela pouvait paraître.

« Je ferai tout mon possible. »

Le Capitaine dû remarquer son coup d'œil vers l'entrée car il répondit d'une voix un peu plus basse, détournant le regard.

« Désolé, au fait, pour la porte. »

Olivia écarquilla les yeux, incrédule à son tour. Rêvait-elle ou ce Capitaine à la réputation de génie venait tout juste de s'excuser auprès d'elle ? Elle fut soudainement prise d'une grande envie de sourire qu'elle contrôla difficilement. T'es quand même pas venu jusqu'ici pour ça… ? Elle essayait de visualiser Soi Fon s'excuser auprès d'elle, mais à chaque tentative, le résultat était plus qu'hilarant. Ce qui ne l'aidait certainement pas à se calmer. Hitsugaya dû entrevoir son amusement qu'elle se faisait violence à dissimuler et s'apprêta à ajouter quelque chose avant qu'Olivia ne déclare :

« Ne vous en faîtes pas pour ça… J'allais partir manger en réalité, donc… Vous pouvez m'offrir mon déjeuner, vous savez… En échange pour la porte. »

A peine les mots étaient sortis de sa bouche qu'Olivia fut prise d'une irrésistible envie de s'éclater le crâne contre le mur le plus proche. J'ai sous-estimé mes lubies suicidaires sur ce coup. Ne sachant cette fois-ci vraiment plus où se mettre, elle se contenta d'attendre la réponse du Capitaine avec un léger sourire sur le visage. Sourire complètement figé et qui communiquait une détresse monstrueuse, mais peu importe. Hitsugaya quant à lui, se tourna complètement vers sa direction et la fixait d'un air abasourdi, véritablement pris au dépourvu. Après un instant de silence qui dû paraître un siècle à tous deux, il répondit enfin :

« Oui… Euh, bien. »

Olivia n'aurait sérieusement pas pu deviner lequel des deux était le plus choqué. Moi, c'est certain, pour ma connerie et la sienne. Cependant, plus elle l'observait, et plus elle trouvait que cet homme possédait à cet instant quelque chose de… véritable, une humanité qui sembla un instant faire disparaître le fossé social entre eux. Tâche de ne plus l'oublier ce fossé à l'avenir, si tu tiens à ta peau. Sortant un peu précipitamment du bureau, elle ralentit le pas et se dirigea vers le restaurant le plus proche de la caserne. Le trajet se fit en silence, et même si le Capitaine était celui qui la suivait, Olivia remarqua du coin de l'œil qu'il marchait presque à la même hauteur qu'elle. Il lui semblait naturel de marcher à ses côtés, et elle ne se sentait plus tellement stupide désormais : il lui était en réalité aisé d'être naturelle en présence de cet homme. Lorsqu'ils arrivèrent au restaurant, Hitsugaya passa devant elle et s'apprêta à commander deux plats, spécialités de la maison, à base d'amande.

« Excusez-moi, je suis allergique aux amandes. » lui souffla-t-elle avec un air désolé. Désolée, elle l'était vraiment, mais pas au point de volontairement s'étouffer à mort.

Hochant brièvement la tête, Hitsugaya changea sa commande et prit son plat à emporter avant de payer pour les deux, le déjeuner d'Olivia toujours en préparation.

« Nous sommes quittes. » dit-il d'une voix basse et s'en alla.

Cette fois-ci Olivia n'attendit pas et le regarda partir. A peine quelques instants plus tard, il était hors de sa vue. Je suis une putain de miraculée, pensa-t-elle en prenant son plat et en s'en allant à son tour. Elle n'avait aucune envie de revenir dans ses quartiers et partit donc en direction d'une forêt non loin du restaurant. C'était une journée ensoleillée et il aurait été stupide de ne pas en profiter pour savourer son plat (gratuit qui plus est) en extérieur… Et c'était apparemment ce qu'avait aussi pensé Hitsugaya. Interdite, Olivia se rendit compte qu'elle s'était dirigée exactement à l'endroit où déjeunait le Capitaine et qui la dévisageait désormais. Une fois mais pas deux, pensa-t-elle avant d'essayer maladroitement de rebrousser chemin. La voix d'Hitsugaya l'arrêta cependant.

« C'est bon, Kasai. Installez-vous, il y a assez de place pour deux. »

Hésitante, Olivia regarda autour d'elle, et vérifiant qu'Hitsugaya n'était pas sur le point de dégainer son sabre et la taillader en pièces, choisit un emplacement à l'ombre assez loin du Capitaine pour s'asseoir.

« Vous êtes venue pour m'en réclamer un autre ? » demanda-t-il lorsqu'elle prit la première bouchée de son plat. Olivia s'étouffa violemment et dû faire signe au Capitaine de se rasseoir lorsque celui-ci la rejoignit pour vérifier qu'elle allait bien. Il se rassit à côté d'elle et attendit qu'elle arrête de tousser.

« Non, bien sûr que non, je… » réussit-elle à articuler tant bien que mal, son visage rougit par sa toux incontrôlable et une gigantesque honte.

« Je plaisantais Kasai. Vous êtes sûre que ça va ? »

Hochant la tête, Olivia leva les yeux vers Hitsugaya. Son regard la scrutait d'un air préoccupé, les sourcils froncés et une main posée légèrement sur son dos. Plus rien ne me surprendra maintenant. Elle garda un moment le contact visuel avant de se détourner et d'esquisser un sourire amusé. Il a faillit me tuer, le con. Mais elle dû reconnaître que sa plaisanterie n'était pas mal du tout.

« Oui, ça va. Vous n'imaginez pas ce que ça aurait été avec des amandes. »

Hitsugaya l'observa un instant avant se reculer légèrement, soupira et haussa les sourcils en guise de réponse, un sourire presque imperceptible au coin des lèvres. Reprenant son déjeuner, Olivia remarqua que le soleil éclaircissait les yeux du Capitaine, et fut surprise que cela fût seulement possible : les émeraudes qu'il paraissait avoir à la place des yeux ne la regardaient pas, mais elle les sentait tout de même la brûler, ou la glacer, à chaque fois qu'ils la croisaient. Elle ne comprenait pas vraiment comment elle pouvait aimer ça.

Ils mangèrent en silence, ou presque, lorsque Hitsugaya s'étouffa à son tour et qu'Olivia ne put s'empêcher d'éclater de rire, ce qui la fit tousser à nouveau… et ce qui la fit rire de plus belle. Lorsqu'elle arriva enfin à se calmer, la jeune femme sentit qu'elle avait encore les larmes aux yeux. Elle n'arrivait plus à se souvenir de la dernière fois qu'elle avait tant rit. Rire d'un Capitaine, je pense que c'est une première, pensa-t-elle en glissant un rapide coup d'œil vers Hitsugaya. Celui-ci s'était remis de son léger étranglement, et ne semblait pas en vouloir à Olivia. Il t'aurait déjà décapité sinon, pensa-t-elle avec amusement, et non plus avec angoisse.

« C'était infecte. » déclara Hitsugaya en se relevant.

Olivia se releva également et se débarrassa de la poussière qui s'était accumulée sur son uniforme.

« Je suis sûre que vous dîtes ça parce que ça n'a pas réussi à me tuer. » répondit-elle nonchalamment avec un large sourire.

Hitsugaya se retourna vers elle, fixant ses yeux qu'elle aimait tant contempler sur les siens. Elle n'eut plus tellement de mal à supporter son regard, et son sourire ne semblant pas prêt à se dissiper. Il lui sembla qu'il voulut avancer vers elle, mais il se détourna à la place, et lança par-dessus son épaule avant de s'éloigner.

« Bonne journée, Kasai. Essayez de terminer la tonne de paperasse qui est sur votre bureau. »

L'enfoiré, il l'avait vu ! pensa Olivia avant de lever les yeux au ciel et de pouffer doucement.

« Bonne journée, Capitaine Hitsugaya. » souffla-t-elle après qu'il eut disparu depuis un long moment.

Elle rebroussa chemin et partit en direction de ses quartiers, quoique déplaisant cela pouvait lui être. N'essayant pas de se chercher des excuses, elle s'assit à son bureau et entreprit furieusement de faire son travail. Il faisait déjà nuit lorsqu'Olivia termina son dernier rapport. Elle s'élança sur le dos de sa chaise et lança un énorme soupir de soulagement, ou d'agacement, elle ne savait pas trop. Ce ne fut qu'à ce moment qu'elle réalisa avec une sueur froide qu'elle n'avait fait que penser au Capitaine de la Dixième Division pendant qu'elle remplissait ses papiers. Qu'à Hitsugaya et ses yeux plus clairs que l'émeraude, qu'à la manière dont il détournait les yeux lorsqu'elle le surprenait à la regarder. Olivia serra son poing et le cogna contre son front, les yeux fermement clos.

Et merde, qu'est-ce que tu fous Kasai ?

Le trajet jusqu'à son appartement se fit long et difficile, et jusqu'au moment où Olivia se laissa tomber sur son lit, elle s'était sentie impuissante. Elle avait tout oublié : sa promotion, Hinamori, Soi Fon, son bon sens, sa raison. Elle se sentait stupide. Stupide comme l'enfant qu'elle n'avait plus été depuis des décennies. Elle s'en voulait d'éprouver cette impuissance pour un homme si loin d'elle, et qui semblait si proche. Elle s'en voulait de s'en vouloir aussi.

Tournant les yeux vers les étoiles qu'elle apercevait par la fenêtre, Olivia en conclu qu'elle ne savait plus grand chose, qu'elle n'apprenait pas de ses erreurs finalement. Mais elle savait qu'il était trop tard, qu'elle était foutue, et cela n'allait certainement pas aller en s'arrangeant.

Et merde Kasai, pensa-t-elle en fermant doucement ses yeux, un léger sourire se dessinant sur son visage là où l'angoisse et l'exaspération avaient pris le dessus, tu n'es vraiment qu'une gosse. Une gosse qui tombe pour le premier qui détruit ta porte et t'offres de la bouffe empoisonnée.

En s'endormant, Olivia revit deux lueurs vertes la scrutant, et qui l'englobèrent d'une fraîcheur protectrice.