Lost in the echo.


Bleach appartient à Tite Kubo. Mon OC: Kasai Olivia. Enjoy !


« C'est donc comme ça que tu t'es faite casser la gueule. »

Olivia sentit son œil tiquer. Elle avait beau essayer de s'en souvenir, elle n'arrivait décidemment pas à se rappeler avoir déjà vu un visage aussi irritant. Grinçant des dents, elle se fit violence pour ne pas attraper le cou d'Hirako dans ses mains et le tordre jusqu'à y briser tous les petits os de sa nuque, bien que l'imaginer la calmait légèrement. Pas qu'elle aurait pu y arriver de toute façon, elle le savait très bien, mais bon, ça aurait valu le coup d'essayer. Olivia prit une grande inspiration, s'interdisant de fixer le blondin, sans quoi elle n'aurait plus répondu d'elle-même.

« Vous avez tout compris. »

« Vous avez tout compris, Capitaine. Combien de fois faut-il que je te le répète, hein Olivia, c'est Capitaine, CA-PI-TAI-NEUH. Tu veux que je te l'écrive peut-être ? »

Tuez-moi, pitié. Elle affichait un rictus nerveux sur son visage lorsqu'elle baissa ses yeux vers cet homme qui disait être son Capitaine. Ou plutôt tuez-le, lui. Assis derrière son bureau, Hirako Shinji faisait une moue improbable, ses lèvres repliées en un sourire quadrillé, or son regard ne riait pas. On aurait plutôt dit qu'il s'était endormi les yeux ouverts tellement rien ne ressortait de ces yeux de mort. Elle qui avait prié un nombre incalculable de fois qu'on attribue enfin un nouveau Capitaine à la Cinquième Division, se sentait bien conne désormais. Quelques paperasses en moins ne valaient avoir cet abruti en tant qu'officier supérieur. Maintenant qu'elle y songeait, Olivia préférait de loin avoir Hinamori comme seule tête de la Division. Dire que je compatissais pour lui. Avoir été déclarés comme égaux aux Hollows et bannis à jamais de Soul Society a dû, curieusement, leur passer en travers de la gorge, mais ces individus qui se disaient désormais Vizard n'ont (apparemment) plus vraiment de ressentiments envers cette même institution. Enfin, il fallait

l'espérer. Olivia n'aurait probablement pas pardonné si elle se serait retrouvée à leur place, mais peu importait. Il ne s'agissait pas d'elle. Si c'était pour me récupérer celui-là, c'était pas la peine de revenir, pensa-t-elle aigrement.

« Bon, tu peux disposer. Force pas trop sur cette jambe, j'ai pas envie d'te ramasser à la petite cuillère. »

Trop aimable. Olivia hocha rapidement de la tête, lança un dernier regard noir vers Hirako, et sortit furtivement de son bureau.

Elle avait été réhabilitée à ses fonctions ce jour même, ce pourquoi le Capitaine l'avait convoqué pour connaître la raison de son séjour relativement court à la Quatrième Division.

Comme si j'ai des comptes à lui rendre à celui-là, pensa-t-elle, énervée plus qu'elle n'aurait voulu l'être. Heureusement que cet entretien venait clore la journée, sans quoi Olivia n'aurait certainement pas pu retourner travailler dans son état.

Boitant légèrement, le Troisième Siège s'empressa tout de même de rentrer dans ses quartiers. A mi-chemin, elle s'arrêta net.

Est-ce que j'ai vraiment envie de rentrer chez moi ? se demanda-t-elle, prenant appui sur un mur. Agrippant nerveusement son uniforme, Olivia se souvint avec une bouffée de chaleur les évènements de la veille. Elle s'était forcée à ne pas y repenser pendant toute la journée, ce qui ne fut pas tâche aisée. C'est le cas de le dire. Mais désormais qu'aucune paperasse assommante ou supérieurs exaspérants n'étaient en mesure de l'empêcher d'y songer, Olivia sentit un flot incontrôlable de questions parasiter son esprit, sans même qu'elle ne puisse en démêler une seule de cohérente. Baissant les yeux, la jeune femme prit un autre chemin.

Il ne lui fut pas difficile de retrouver le bois près duquel se situait cet immonde restau' qu'elle aimait pourtant tant. Elle ne savait pas vraiment où aller, seulement qu'elle ne pouvait se retrouver cloitrer chez elle, seule. Seule à ressasser sans fin ce baiser.

La froideur d'une goutte d'eau lui fit lever la tête : le ciel s'était rapidement assombri, ou alors ce temps avait peut-être été dégueulasse depuis toute la journée. Balayant des yeux les alentours, Olivia repéra un banc protégé d'un arbre imposant. Trottinant jusqu'à lui, la rouquine s'assit, adossant son dos au tronc. Elle étira avec précaution sa patte folle, grimaçant un peu lorsqu'une douleur aigue vint la faire frémir.

C'était une erreur. J'aurais pu rester à ses côtés. Plus maintenant. A quoi je pensais ? Je ne peux pas l'aider. Personne ne peut nous aider. Personne.

Un chaos aveuglant vint envahir son crâne, que même la pluie battante ne pouvait faire taire. Olivia ferma les yeux, dans l'illusion que ça pourrait la calmer. Réfléchir posément était déjà perdu d'avance. Merde

« Tu la caches en permanence ta pression spirituelle, ou quoi ? »

La jeune femme fut à deux doigts de se ramasser au sol. Incrédule, elle toisa le Capitaine aux cheveux argentés : il avait beau pouvoir contrôler les cieux, ceux-ci ne l'avaient pas épargnés quand ils avaient décidé de le tremper jusqu'à la moelle. Mais cela n'avait pas l'air de le gêner. Quelque chose de plus profond qu'un temps pourri le dérangeait.

« C'est toi qui dis ça ? » lâcha-t-elle doucement tout en se relevant.

Lorsqu'elle se décida véritablement à le regarder en face, la jeune femme ne vit que peine et incompréhension sur le visage d'Hitsugaya, là où elle n'aurait certainement rien décelé quelques mois plus tôt, du temps où elle ne connaissait cet homme que comme ce Capitaine froid, dans tous les sens du terme. Savoir qu'elle le connaissait désormais un peu mieux la ravissait, malgré les circonstances.

« Non, c'est toi qui ne m'a pas cherché. Je ne cachais rien. » souffla-t-il, ne cessant de la dévisager.

Tu m'en veux ? Olivia détourna le regard. Elle ne se serait pas attendue à ce qu'il la cherche. Peut-être qu'inconsciemment, la rouquine ne voulait pas être retrouvée. Est-ce que je me cachais ? De quoi ? Soudainement, Hitsugaya était à un seul pas d'elle. Olivia leva les yeux vers lui, cessant de respirer. Le jeune homme soupira longuement, détournant finalement le regard vers la direction de sa venue, et lâcha, un ton de reproche à peine perceptible dans la voix.

« J'ai essayé de te trouver à la Cinquième, et près de chez toi. On m'a dit qu'on t'a vu boiter je-ne-sais-où… »

La peine qui résonnait sourdement de ses paroles vint poignarder la jeune femme, mais avant qu'elle ne puisse répondre, Hitsugaya prit délicatement le bras d'Olivia et le passa autour de son cou, la haussant légèrement sur sa jambe valide.

« Non mais je suis pas mourante là, ça va. » fit-elle en essayant sans trop grande conviction de se dégager.

« On va mettre trois heures avant d'arriver sinon, reste tranquille. » répondit Hitsugaya tout en rebroussant chemin, Olivia appuyée contre lui. Elle aurait été une bien piètre menteuse si elle aurait affirmé ne pas aimer ça.

« Arriver où ? »

« Chez moi. T'as rien mangé je parie. Et il est trop tard pour que les restau' soient ouverts. »

Ecarquillant les yeux, Olivia essaya de traiter cette dernière information. Résultat, c'était encore plus le boxon dans son crâne. Je vais… chez toi ? Une légère coloration rouge vint apparaître sur ses joues.

« J'ai pas faim. » fit-elle d'une petite voix, et ça aussi c'était un mensonge.

« Je t'ai pas demandé si tu avais faim. »

« Ouai… Tu m'as rien demandé du tout. T'es juste en train de me kidnapper. »

« Pour un kidnapping, t'es très coopérative. »

« Merci. » souffla-t-elle, riant à moitié.

Ils étaient tous deux trempés de la tête au pied lorsqu'ils passèrent le porche de la résidence du Capitaine. Olivia était pour le coup assez ravie d'être tombée sous cette averse : la pluie avait découragé la plupart des Shinigami à mettre le nez dehors, ce qui leur avait évité d'être dévisagés à chaque coin de rue.

Hitsugaya reposa la jeune femme sur ses deux pieds, lui redonnant son bras. Olivia balaya l'intérieur du regard : c'était sans grande surprise bien plus spacieux que ses quartiers (un autre avantage à être Capitaine elle imaginait), mais c'était également très sobre. Seul le minimum nécessaire était présent. C'est bien un mec ça, pensa-t-elle, un sourire au coin. Hitsugaya s'engagea dans un couloir, laissant la jeune femme à l'entrée : Olivia le suivit du regard, ne sachant pas vraiment s'il fallait qu'elle l'accompagne. Le jeune Capitaine revint tout de fois dans l'instant, une serviette de bain autour du cou, et en tenant une deuxième dans une main. D'un mouvement de tête, il l'invita cette fois-ci à le suivre jusqu'à sa cuisine. Olivia s'exécuta, traînant volontairement des pieds. Tout moyen lui semblait bon pour faire retarder la conversation à venir. Se poser pour parler à cœur ouvert n'était pas là où elle excellait le mieux. Hitsugaya laissa la serviette qui était destinée à la jeune femme sur la table et s'occupa de préchauffer deux boites de nouilles.

« Je t'ai dis que j'avais pas faim. »

« Tu mens. » répondit-il, une expression un brin fatigué sur son visage, bien qu'il souriait légèrement.

Olivia esquissa elle aussi un sourire, mais elle n'avait pas envie de rire. S'appuyant de ses mains sur la table, elle attrapa le regard du jeune Capitaine, s'assura qu'elle avait toute son attention, et lâcha.

« Je n'ai pas faim. »

« Tu mens. »

« Je n'ai pas mal. »

« Tu mens. »

« Ce baiser ne voulait rien dire. »

Un choc apparent traversa son regard, comme si elle venait de le frapper. Olivia serra ses poings, se forçant de ne pas détourner les yeux du visage empli d'incompréhension du Capitaine. Ce fut finalement lui qui détourna la tête. Passant une main rapide dans ses cheveux, le jeune homme débita, s'approchant du Troisième Siège.

« Pardonne-moi, je… j'avais pensé que… »

« Et moi je pensais que tu savais quand je mentais. » l'interrompit-elle, attrapant une boite de nouilles. S'asseyant par terre, elle prit une bouchée : elle ne s'était elle-même pas rendue compte à quel point elle avait eu la dalle.

« C'est du luxe par rapport à notre restau'. »

Olivia sentit le regard d'Hitsugaya la brûler : il prit à tour son repas et s'assit en face de la jeune femme, ne la quittant jamais des yeux. Pendant un moment qui parut insupportablement long à la rouquine, Hitsugaya resta assis, ne touchant pas à sa nourriture, et entreprit de la dévisager. Soudain, il étendit son bras et attrapa la main d'Olivia.

« De quoi as-tu peur ? »

« Je n'ai pas… peur. » murmura-t-elle, les yeux rivés sur la main du jeune homme sur la sienne.

« Alors où est le problème ? »

Lorsqu'Olivia releva la tête, un sourire, comme bien rarement elle eut l'occasion de voir, illumina le visage du Capitaine. Clignant des yeux, la rouquine en perdit ses mots. Il y avait pourtant tant de choses qu'elle aurait voulu lui dire. Ou alors elle ne savait absolument pas quoi lui dire, seulement que rien de tout cela ne lui semblait pouvoir marcher, car c'était elle. Détruire tout avant que rien que ce soit n'ait débuté, c'était ce en quoi elle était plus que douée.

« Olivia, nous pouvons être ensemble. C'est aussi simple que ça. » continua-t-il, caressant doucement sa main. « Je pense… t'avoir cherché, tu sais. »

Un léger sourire vint apparaître, malgré elle, aux lèvres d'Olivia. Elle secoua doucement la tête.

« Tu ne sais pas ce que tu viens de trouver. »

« J'ai envie de savoir, pourtant. » dit-il, levant un sourcil. Sa main tenait toujours celle de la jeune femme : d'un geste délicat mais ferme, il l'attira vers lui. Olivia en avait déjà oublié sa nourriture. Se laissant mener, elle ne put détacher ses yeux de ceux, émeraude, du jeune Capitaine. Elle était certaine qu'il savait très bien quel effet il lui faisait. L'enfoiré… Il reprit alors, son visage à un souffle de celui d'Olivia.

« Nous avons tous deux… »

« … nos cicatrices. » finit-elle lorsqu'Hitsugaya passa sa main sur le visage de la rouquine, à l'endroit où l'Adjuchas avait laissé son empreinte. Le jeune Capitaine ferma lentement les yeux, et soupira de manière presque inaudible. Et soudain, tout parut s'éclaircir : ce n'était pas une certitude, loin de là, mais plutôt comme la prise de conscience d'un sentiment dont elle ne pouvait se défaire, dont elle n'aurait plus vraiment la force de se défaire. Et il était certainement de même pour Hitsugaya. Qui sait, ce n'était déjà plus de notre ressort.

Dans un élan, Olivia attrapa la nuque du jeune homme et le mena jusqu'à ses lèvres. Elle s'en était privée de toutes ses forces depuis trop longtemps. Mais maintenant que ni même lui ne la retenait plus d'être à ses côtés, la jeune femme ne sentait plus la force de résister. Résister à son cœur. Résister de l'aimer. Même si elle savait, dans un recoin sombre et profond de son esprit qui restait toujours présent, qu'ils finiraient tous deux par payer, d'une manière ou d'une autre. Car il était si simple de tout détruire, Olivia le savait à ses dépens.

Hitsugaya retourna immédiatement son baiser, visiblement surpris, mais non décontenancé. Il glissa une main sur le dos de la rouquine, la rapprochant à lui. Sa tête était toujours pleine de doutes, mais sa tête n'était plus celle qui la dirigeait en ce moment. Elle passa ses mains dans les cheveux argentés du Capitaine, le tenant le plus proche possible. Si cela n'avait dépendu que d'elle, elle ne l'aurait jamais plus lâché. Il y avait cette tendresse dans les mouvements du jeune homme, mais aussi de l'envie. Envie qui était partagé, évidemment. Olivia fut celle qui y mit fin, rassemblant ses dernières forces.

« Merci pour le dîner. » souffla-t-elle à son oreille. Hitsugaya la toisa un instant, de l'affection dans le regard, puis se releva, et proposa une main pour aider la rouquine à se remettre sur ses pieds. Elle en avait totalement oublié la douleur, anesthésiée pour l'instant. Au pas de la porte, Olivia se retourna vers Hitsugaya, celui-ci souriant toujours ce léger sourire qu'elle aimait tant. Que j'aime tant…

Il pencha alors légèrement la tête, déposant un baiser volatile sur la joue de la jeune femme.

« Repose-toi. » murmura-t-il avant de la laisser partir. La fraîcheur après l'averse ne réussit pas à éveiller Olivia pour qu'elle sorte Hitsugaya de ses songes. De même lorsqu'elle arriva dans ses quartiers et lorsqu'elle se coucha, le jeune homme aux cheveux argentés occupait tout son esprit.

Elle s'endormit un sourire aux lèvres, l'angoisse qui l'avait rongé momentanément oubliée, forcée à rester prisonnière dans les tréfonds de son esprit.