Comme je vous l'ai déjà expliqué, les grandes histoires, les vraies histoires, les histoires qui marchent mettent plusieurs semaines à s'établir. Ou même, plusieurs semaines pour commencer à naître. Alors ce n'était certainement pas en cinq jours de temps, malgré beaucoup d'efforts que Jules parvenait à clairement s'intégrer aux adolescents qui vivaient près d'elle à Loutry Ste Chaspoule, sorciers et moldus confondus.
Ainsi, elle passait beaucoup de temps avec Cédric Diggory car l'un et l'autre nourrissait une passion sans égale pour le Quidditch mais aussi pour les mœurs moldues. D'ailleurs, il était fréquent de les trouver au café du coin (moldu) buvant un verre tranquillement (boisson moldue) autour de journaux qui n'avaient rien de sorcier Daily Mail, The Times, The Guardian...
Et leur plus grand jeu consistait à regarder les moldus vivre. Ça les captivait tellement, d'ailleurs, que grâce à un contact moldu de la famille Diggory, ils trouvèrent à s'occuper chez une vieille dame qui avait besoin d'aide pour tenir son potager. L'argent moldus que la vieille leur donnait très facilement finançaient leurs magazines et leurs verres. Quant à la masse de travail, il ne fallait pas s'en faire pour cela, ils imitaient vaguement des photos de jardiniers qu'ils trouvaient dans les magazines, du reste, une fois que la vieille était calée devant sa télévision, Cédric sortait sa baguette. Après tout, il venait de fêter ses dix-sept ans et il n'avait pas de raisons de se priver plus que ça étant donné que tout ce qu'il faisait pouvait très bien servir dans un devoir d'étude des moldus.
Tous les soirs ou presque, Jules rendait visite aux Weasley. Sous le patronyme de Lupin, elle était considérée par une nièce de Rémus Lupin élevée aux USA. Mais elle s'était vite rendue compte qu'il fallait qu'elle se méfie parce que la famille Lupin était une famille de sangs-mélés, mais son grand père par adoption était un sang pur, issu d'un certain degré de la même famille que papi Weasley. Toute confusion dans son faux arbre généalogique pourrait mettre à mort son mensonge en un rien de temps. Ginny était perspicace, Percy avait l'art de chercher la petite bête, et il ne fallait pas sous-estimer Ron, même s'il demeurait vrai que quand on voyait ce grand garçon dégingandé arriver l'air un peu ahuri, on ne pouvait que le sous-estimer.
Le premier soir, elle était restée exceptionnellement longtemps, pour le dîner et une partie de la veillée, en partie à cause de la pleine lune et de la promesse qu'elle avait faite à Rémus.
Puis, le soir d'après, elle n'était restée qu'une demie heure pour boire le thé, préférant souper chez les Diggory pour laisser Rémus, encore affaiblit, se reposer.
Le troisième elle restait un peu plus longtemps... et ce rythme progressif perdura ainsi jusqu'à ce qu'arrive le fameux dimanche. À quatre heure et demie, elle arrivait chez les Weasley en balai. Elle avait emprunté une chemise à Rémus et avait vaguement nouée une cravate dont le nœud c'était déjà à moitié défait. Quand elle passa le seuil de la porte, madame Weasley l'attrapa par l'épaule et la colla sur une chaise le temps de la recoiffer.
Tentative vaine, mais la passion que madame Weasley mettait à tenter l'impossible aurait presque réussit à attendrir Jules si elle ne sentait pas son cuir chevelu s'arracher sous les coups de brosses répétitifs.
Puis, elle la tira de nouveau par l'épaule vers le haut et refit le nœud de cravate qui eut, l'insolent, aussitôt fait de se défaire une nouvelle fois.
Les longues jambes de la jeune femme et sa position légèrement penchée lui donnait un réel air masculin. Son air non-chaland et cette affreuse manie de jouer avec ce vif d'or …
George stoppa sa contemplation et ils s'en allèrent via la poudre de cheminette. Après que Mr Weasley eut réglé ce petit problème de cheminée condamnée, ils récupérèrent Harry sans avoir tellement de soucis, si ce n'est cette foutue praline longue-langue laissée là... par hasard. Juliet attendait beaucoup de cette rencontre. Finalement, elle en tira moins de satisfaction de prévue. Essentiellement parce que, Juliet resta avec Mr Weasley pour régler ce petit problème de praline et qu'elle revint au terrier particulièrement...
-George, franchement, s'en prendre à moldu gros et débile... je te croyais meilleur que ça.
Elle partit en claquant la porte et George tomba sur une chaise.
-Qu'est-ce qu'elle entend par là?
La vérité c'est que Juliet n'en voulait pas vraiment à George, lui-même. Elle en voulait un peu à la terre entière. Harry avait grandit dans une maison. Alors certes, sa famille ne l'aimait pas véritablement. Mais une maison ça reste une maison. Avec un toit qui ne laisse pas passer l'eau quant il pleut, un sol de béton recouvert par de la moquette, une chambre individuelle.
Merde, alors.
Un vrai lit...
Elle enfourcha son balai et dégageait du Terrier pour aller bouder près de Cédric Diggory. Elle entra par la fenêtre de sa chambre. Il était allongé sur son lit en pleine lecture d'un épais ouvrage de défense contre les forces du mal.
-Tu... Ne restes pas avec ton fr... enfin, avec Harry?
-Non. J'ai pas envie.
-C'est à cause de ta prétendue identité que ça coince?
-Non. Je fais une crise de jalousie.
-Ah. Je vois.
Il ferme le bouquin et le pose sur le sol.
-Viens-là, Juju, dit-il en tapotant son matelas.
Elle s'assit et s'allongea contre lui.
-C'est... C'est qu'une mauvaise passe.
Il la serra tout près de lui.
Juliet Potter s'effondra. Plus de résistance, plus de tolérance au stress, à la nouveauté, au changement de paysage. Plus rien. Plus rien du tout sauf des larmes.
