Cédric avait envoyé, une fois que Juliet s'était endormie profondément, un courrier à Rémus pour l'informer de la présence de Juliet chez lui, et qu'elle restait aussi la nuit. Tout c'était passé très vite.

Tout c'était passé vite. Tellement vite. Immédiatement Cédric songea à l'avenir de cette drôle d'histoire. Ou plutôt, au non-avenir de cette histoire.

Elle était arrivée tellement peinée, tellement fatiguée d'avoir enduré un changement d'atmosphère, de famille et de rythme de vie, qu'elle avait pleuré une demie-heure. Avez-vous déjà vu Juliet Potter pleurer à chaudes larmes? Avez-vous déjà vu ses deux grands yeux châtaignes qui vous regardent comme s'ils étaient perdus, cernés d'une palette de rouges presque délicats qui s'étend jusqu'à ses pommettes rosies. Avez-vous déjà entendu Juliet Potter reniflé, l'avez-vous déjà sentie se coller tout contre vous en nouant ses mains dans tous les sens?

Cédric, lui, n'avait jamais vu ça. Il n'avait jamais vu ni Jules, ni personne d'autre se morfondre dans ses bras dans l'attente d'un réconfort. Même pas Cho.

À force de pleurer, les lèvres de la jeune fille s'étaient retroussées comme gonflées légèrement et entrouverte pour mieux pouvoir sangloter.

Cédric décida de troquer son honneur contre son envie, et quand elle ne parvint pas à retenir un ultime gémissement tout mouillé de tristesse, il posa ses lèvres sur les siennes.

Il resta un moment comme ça, juste posé sur elle, sentant doucement le rythme cardiaque de l'adolescente se calmer, comme sa respiration saccadée. Puis, enfin, elle ferma les yeux et Cédric se permit de continuer.

Cédric le sait que les grandes et belles histoires ne se construisent pas en une seule seconde alors il l'avait doucement repoussée de son corps et il avait séparé leurs lèvres. Mais finalement, c'était Juliet qui avait totalement oublier l'adage et ce fut elle qui revint vers lui. Il résista une fois, deux fois, trois fois.

Et puis plus. Mais alors vraiment plus du tout.

Alors, après deux heures de tendresse égoïste et mal placée, elle s'était endormie et il l'avait bordée avant de se morfondre seul face à face avec lui même.

Comment allait-il écrire ça à Cho?

Comment allait-il dire à Cho que leur histoire qui durait depuis près de un an et demi, cette histoire qui l'avait tant marqué, s'était évaporée de son esprit pendant deux heures?

Il attendit le matin, somnolant parfois sur le rocking chair sans trop s'endormir vraiment.

Pleurer aide à dormir mais malgré ça le sommeil de Juliet restait très léger et assez court. Elle se levait alors qu'il était encore tôt, en possession de tous ses esprits presque immédiatement. Elle s'habilla et s'apprêtait à partir quand la voix un peu cassée de Cédric brisa un silence que Juliet aurait adoré s'il était resté éternellement.

-Ça va pas le faire.

-Quoi qui va pas le faire?

-Nous deux. Ça va pas le faire.

-Cédric, tu peux pas me faire ça... enfin si, tu peux, mais...Pourquoi?

-Je... Je suis amoureux de ma copine.

-Tu ne m'as pas tenu exactement le même discours hier soir.

Elle s'était redressée, son balai à la main et Cédric fut soulagé qu'elle préférât glisser sa baguette dans les anses de son pantalon destinées à sa ceinture plutôt que de la pointer sur lui.

-Hier soir... Hier soir tu étais déboussolée, j'étais complètement perdu et... Et c'était pas calculé. Tu n'imagines pas tout ce … tout ce que... tu n'imagines pas combien tout ce qu'on a fait était quelque chose qui comptait pour Cho et moi.

-Alors tu me permets de résumer deux secondes?

-Euh...Oui.

-J'arrive ici complètement par surprise. Ma seule famille est un homme d'une trentaine d'année qui se change en loup-garou une fois par mois, qui est célibataire, gentil mais maladroit avec moi comme c'est pas possible. Le petit... le...mon cadet ne sait pas que j'existe et quand bien même il le saurait, ce qu'il croit être moi ne serait pas en adéquation avec ce qu'il s'avère que je suis. Je n'ai pas d'amis. Mais quand je dis pas d'amis c'est vraiment aucun, à savoir que je croyais que tu m'aimais bien mais que visiblement c'était pas tout à fait ça. Et qu'ensuite, nous avons fais l'amour. Mais cet amour était beaucoup plus important pour Cho et toi que pour toi et moi. C'est ça?

-Euh... Oui.

-D'accord. D'accord. Je comprends tout. Je … Comprends absolument tout. On notera bien sûr, pour accentuer les traits réalistes de ce petit portrait, que je suis une fille sympathique et que je n'ai rien fais pour mériter d'être considérée comme celle qu'on veut bien qu'à l'unique condition qu'elle ne soit pas vraiment elle-même devant les autres.

-Jules... Jules je t'aime beaucoup. Vraiment. Beaucoup. Mais... mais il y a Cho. Je ne peux décemment pas...

-Décemment. Bien sûr. Il faut rester décent... Il faut rester … décent. Alors... puisqu'il faut rester... enfin... Voilà. Nous restons amis, bien sûr?

-Oui.

Cédric se leva et l'enlaça.

-J'aimerais tellement que... j'aimerais tellement te dire que cette nuit a probablement été la plus belle nuit de ma vie... Mais figures toi que... je ne peux pas.

-C'est pas ce que tu viens de faire?

-Non. Pas exactement … enfin... je.. Je ne veux pas blesser d'autres personnes que nous dans cette affaire.

-Cho, elle est vraiment importante pour toi?

-Oui. Beaucoup.

-Alors c'est l'essentiel.

-Merci de comprendre.

Elle se mit sur la pointe des pieds et vint coller un baiser dans le cou de Cédric, juste sous son oreille gauche. Elle respira une dernière fois son odeur, regarda une dernière fois ses deux grands yeux gris qui lui plaisaient tant chez lui :

-Je vais... Je vais demander à Minerva MacGonagall si je ne peux pas rester chez elle à Londres quelques temps. Loutry ne me correspond vraiment pas, finalement.

-D'accord.

Le surlendemain, sans saluer personne sauf Rémus, Juliet Potter partit emménager chez MacGonagall.

Ce qui ne devait durer que deux ou trois jours grand maximum dura jusqu'à la coupe du monde de Quidditch (c'est à dire plus d'un mois complet), coupe du monde durant laquelle elle n'adressa la parole à personne en arrivant, ni aux Weasley, ni à Harry et encore moins à Cédric.

D'ailleurs, Cédric et elle apparurent totalement défaits. L'un et l'autre avaient perdus plusieurs kilos, leurs yeux étaient cernés, leur teint pale.

Quand Amos, Cédric et Juliet eurent finis d'installer leurs affaires respectives dans leur tente magique, Juliet s'allongea dans son lit pour lire un gros ouvrage de métamorphose.

-Jules...On peut pas... On peut pas se... se bouder comme ça, si?

-Tu préférerais qu'on le fasse comment?

-Je préférerais qu'on ne le fasse pas du tout.

-Alors ça, tu peux compter là-dessus.

Il déposait un petit paquet devant elle.

-J'ai reçu ta paire de multiplettes pendant que tu étais chez le professeur de méta.

-Merci.

-...Dans... Dans cinq jours on devra retourner à Poudlard, tu... enfin... je pourrais te voir dans le train?

-Oui.

Cédric parut soulagé.

Enfin, la journée passa. Puis le match. Puis, l'incident des mangemorts. Des hurlements de panique à droite et à gauche, les Diggory sortent de leur tente.

-Où est Juliet?

-Comment ça, où est Juliet?

-OU EST-ELLE? Vociféra Cédric alors qu'ils étaient déjà réfugiés dans le bois.

Il s'en alla en courant, baguette à la main. Juliet était là. Elle portait Harry encore sonné en tenant sa baguette fermement, et bientôt un cercle de mangemorts se formait autour d'elle.

-Laissez-moi tranquille!

-Dis donc, gamine... Comment tu parles?

-Laissez-moi... tranquille!

-On te fera pas de mal, à l'unique condition que tu nous laisses Harry Potter.

-Que je vous laisse qui?

-Le garçon que tu portes sur tes épaules. Si tu ne le fais pas nous allons te faire du mal. Beaucoup, de mal.

-Ah ouais?

-endolo...

-SECTUMSEMPRA! Hurla-t-elle avant que son assaillant eut le temps de finir son incantation, ce qui eut pour effet de laisser s'échapper une langue de feu jaunâtre de sa baguette, qui alla frapper la baguette du sorcier maléfique pour la couper en deux.

Comme les mangemorts étaient confus, Cédric lança un deux sortilèges de désarmement et un maléfice de stupefixion.

Ceux qui restaient armés s'évaporaient dans des transplanages aux fumées noirâtres, les autres se mirent à courir.

-Jambencoton! Lança Jules à plusieurs reprises avant de se mettre à courir comme elle le pouvait avec Harry sur les bras.

-C'était de la magie noire! S'écria Cédric alors qu'il l'avait rattrapée

-Je n'ai que foutre de la couleur de la magie que j'emploie si elle me sauve la mise, Diggory, grogna-t-elle en rejoignant les Weasley pour leur « donner » Harry.

-Qu'est-il arrivé?

-Il est tombé en tentant de se sauver, murmura-t-elle en le posant à terre aussi doucement qu'elle le pouvait. Hey, Harry... tout va bien.

Quand elle vit Harry cligner doucement des yeux, elle se redressa, lui rendit sa baguette puis attrapa la sienne nouée dans les anses de son pantalon.

-Cédric, on y retourne?

-Comment ça... les consignes sont formelles, on doit rester ici.

-Fais ce que tu veux, lança-t-elle sur un ton de défi, personne ne t'obliges à me suivre.

Cédric la regarda s'éloigner d'un air assez conquérant, le pas assuré, certain qu'à chaque pas qu'elle faisait elle se remémorait un sortilège offensif pour mieux pouvoir défaire les rangs des sorciers du mal, puis il se mit à courir comme un dératé pour la rattraper.

-Je viens, je viens, t'as gagné, je viens.

-Prépare ta baguette. J'ai un plan. On va aller jusqu'à la tente, puis, on prend mon balai et on leur règle leur compte version aérienne, t'es ok?

-Ok.

Au bout d'un quart d'heure d'escadron acharné autour des différents camping, ils avaient stupefixé cinq mangemorts, en avaient désarmés trois autres et ils faisaient leur rapport de « mission » totalement improvisée à Mr Weasley.

-Les enfants vous n'auriez jamais du faire une chose pareille!

Barty Croupton arriva derrière eux, après avoir écouté un bout de leur épopée.

-Aucune charge ne sera retenue contre vous pour l'utilisation de vos baguettes. Vous êtes bien les seuls à avoir su réagir. Bravo.

Les deux adolescents s'éloignèrent un peu. Mais aucun des deux n'osaient parler jusqu'à ce que Juliet murmure :

-Normalement je vais passer les cinq derniers jours à Loutry avec Rémus.

-qu'avec Rémus?

-Tu voudrais que j'aille avec qui, exactement?

-... à la rentrée, je vais... je vais rompre avec Cho Chang.

-Je croyais que tu l'aimais.

-Oui. Je l'aime.

-Et tu romps avec une fille que tu aimes?

-Oui.

-Pourquoi?

-Parce que... Parce que je serai plus heureux avec toi, si jamais tu veux bien de moi... parce que je t'aime... plus que... plus que je l'aime, elle.

-Alors je ne veux pas. Reste avec elle, asséna-t-elle avant de rajouter, histoire que ça suffise : Moi, je ne t'aime pas de toutes façons.