Rémus avait déposé Jules à la gare, avant d'aller faire une course au ministère, puis aller lui-même à Poudlard en transplanant jusqu'à pré-au-lard. Il avait un air triste et profondément contrarié, que les gens qu'il croisait mettaient sur le compte de sa dernière transformation sans réfléchir.

Lui, n'avait visiblement que foutre de sa lycanthropie et grommelait dans sa barbe qu'on ne l'y prendrait plus. La veille, il avait tenté de discuter avec Juliet sur les raisons de sa déprime on ne peut plus visible. Cependant, celle-cis'était refermée comme une coquille d'huître et avait prétexté que ses amies de Salem lui manquaient sans ouvrir d'autres pistes pour approfondir la discussion.

Dans le hall même de la gare, il croisait Amos Diggory, qui semblait aussi défait et inquiet que lui.

-Je crois que mon Cedric ne va pas trop bien, avança le bonhomme.

-Oui. Juliet non plus ne semble pas aller fort, en ce moment.

-Je me disais que... Comme... Comme vous allez travailler à Poudlard, vous pourriez peut-être jeté un coup d'oeil sur l'état de Cédric de temps en temps?

-Bien sûr, ne vous en faîtes pas, Amos.

-Merci beaucoup.

Les deux hommes s'étaient quittés dans le ministère, tous deux ignorants des raisons qui mettaient leurs enfants à mal et tous deux conscients qu'ils n'avaient pas réussi à se conforter mutuellement.

Juliet n'était pas particulièrement heureuse de faire sa rentrée à Poudlard. D'ailleurs, Juliet n'était pas particulièrement heureuse de faire quoique ce soit en ce moment.

Son teint blafard et ses joues émaciées témoignaient de son manque d'appétit, et l'allure ralenti de ses gestes ne manquait pas de lui attirer les railleries de ses camarades. «Elle est molle» disaient certains, d'autres fronçaient des sourcils inquiets.

Bizarrement pourtant, enferrée dans son petit monde de tristesse et de mélancolie, elle demeurait plus souple. Sa valise était deux fois moins grosse que les bagages estampillées poudlard et elle était deux fois moins remplie aussi. Rémus avait prit une grande partie de ses affaires avec lui pour ne pas qu'elle se fatigue. Son seul embarras était donc la valise à tirer et le balai à tenir à la main.

Sa démarche de cadavre inspirait un genre d'appréhension et de mépris qui maintenait tous ses camarades en retrait d'elle. Tous. Sauf un.

Quand elle progressait dans le couloir, sans faire attention, un blondinet au nez trop pointu et au front trop haut l'apostropha d'un ton désagréable :

-Alors, tu es la nièce de ce cher monstre ! Regardez, elle nous arrive tout droit des Etats Unis... Tu aurais pu au moins être belle !

Sa tête pivota de cinq millimètres en direction de Malefoy. Elle lui asséna un regard dédaigneux et plein d'arrogance qui fit automatiquement baisser le regard du serpentard et continuait à marcher le long du couloir sans provoquer une histoire d'ampleur poudlardienne comme on les connaît bien. Il restait une cabine, au fond. Elle s'y installait confortablement.

Elle avait choisit ses vêtements au hasard mais son look ne laissait pas à désirer. Ses longues jambes fines dans un jean étroit, ses petits pieds engoncés dans des bottes de moto simples en cuir avec une boucle en argent sur le côté. Comme elle n'avait pas acheté de pull vraiment épais à Londres, elle avait du superposer deux t shirt sur un débardeur puis s'engoncer dans une veste un peu gonflée.

Pour ses mains, elle portait des mitaines en laine que Rémus lui avait offertes. Comme elle n'avait pas grand chose à faire, hormis la lecture d'un livre (certainement passionnant) que son oncle Severus Rogue lui avait fait livré par colis, elle tripotait de ses longs doigts très minces et très agiles son vif d'or. Son furet dormait sur ses genoux, et à présent, elle commençait à sombrer dans une semi-inconscience faite de rêverie propres au sommeil et parsemée de pensées qu'on a lorsqu'on est éveillés.

-Tu veux quelque chose? demanda la femme au chariot croyant que Juliet était totalement réveillée.

-Euh oui. Une chocogrenouille et des pralines moldues s'il vous plaît.

-Ca fera dix huit mornilles.

Après avoir fait le compte et récupéré ses produits, elle retournait s'asseoir tranquillement.

Chaque praline mastiquée lui faisait revenir des images de Cédric et d'elle se gavant de bonbons moldus à Loutry Ste Chaspoule. Elle eut presque une larme, mais un arrivant inopiné ouvrit la porte du compartiment.

-Ah ! George ! fit-elle sans pouvoir s'empêcher d'être un peu déçue.

-Bonjour, Jules ! clama-t-il enthousiaste malgré ça, Je viens te voir parce que j'ai remarqué que tu étais seule et comme tu t'en doutes certainement, je pourrais te présenter à des camarades si tu venais dans notre compartiment.

-C'est très gentil, mais...

-Mais tu n'en as pas vraiment envie, c'est cela?

-Non pas que je n'en ai pas envie c'est juste que... je me sens fatiguée.

-Hermione rêve de rencontrer la nièce de Rémus John Lupin ! Ce serait cruel de la faire patienter.

Pour seule réponse, elle plongeait son regard dans le paysage qui défilait à grande vitesse par la fenêtre.

-Je vois. Euh. Bon. Tu dois vouloir rester seule, je pense. Donc ... je pars. La seule chose c'est... Enfin. Je t'ai préparé quelque chose et j'aurais voulu te l'offrir en août mais tu étais chez McGonagall et les cinq derniers jours Rémus nous faisait savoir que tu ne voulais voir personne donc je n'ai pas trop osé.

Il lui tendit une petite boite. Les joues de la jeunes filles rosirent et elle le remercia du fond du coeur. Mais malgré cela, même une fois qu'il fut sortit, elle n'ouvrit pas la boite et concentra son esprit sur L'Histoire détaillée des potions de toutes les sortes que son oncle avait eu la bonté de lui offrir.

Elle s'endormit sur son bouquin, et c'est un léger cliquetis de porte qui la sortit de son sommeil inconfortable, la tête encore penchée dans son petit livre à la reliure de cuir.

-Euh... Désolé, je ne voulais pas te déranger...

-Cédric?

-...Oui. Hm... Je... Je partageais un compartiment avec Cho mais l'ambiance est devenue insupportable quand elle a prit la décision de me quitter donc j'ai essayé de trouver un compartiment libre ou particulièrement silencieux et...

-Tu peux t'asseoir dans celui-ci si tu veux. Après tout, on a dit qu'on restait amis... il n'y a pas de raisons pour qu'on se boude, n'est-ce pas?

-Non, il n'y en a pas, en effet. Tu sais, on arrive bientôt à Poudlard et il faudrait peut être que tu mettes ta robe de sorcière.

-En effet, il faudrait, acquiesça-t-elle sincèrement sans pour autant esquisser un geste vers sa valise. Cho t'a quitté?

-Oui. Elle a trouvé que cet été, contrairement au précédent, je n'avais pas fait preuve d'une grande attention envers elle et elle croit qu'elle doute de ses sentiments...

-Elle est au courant, pour nous, en fait?

-J'avoue que je lui ai écris une lettre qui racontait tout. Mais elle m'avait pardonné !

-La preuve est là. Elle sait que c'est avec moi que ça s'est passé?

-Je ne lui ai rien dis mais à part Ginny et toi dans les environs de Loutry il n'y a pas de jeune sorcière et comme je lui ai maladroitement spécifié que je n'avais jamais touché Ginny...

-Ca c'est un coup à se faire des super bonnes copines chez Serdaigle, grinça Juliet.

-Je suis vraiment désolé.

Elle haussa les épaules pour lui faire comprendre qu'en fait elle n'en avait rien à faire et fit mine de reprendre sa lecture. Cependant, l'ambiance dans le compartiment était assez tendue.

-On t'a fait un cadeau?

-Oui. George Weasley.

-Tu ne l'as pas encore ouvert, constata-t-il brillamment en observant le cachet de cire encore intact sur l'écrin de velours usagé.

-En effet.

Encore un silence. Elle, faisait semblant de lire son livre et lui était très occupé à lisser un pli imaginaire de son pantalon.

-Je crois que George a le béguin pour toi.

-C'est ce que je crois aussi. Remus m'a souligné avec insistance qu'il aurait aimé me voir plus pendant les vacances.

-Qu'est-ce qu'on va faire maintenant?

-Comment ça? fit-elle tout en sachant de quoi il s'agissait.

-Et bien, maintenant que je n'ai plus de copine, et que toi tu ne sembles pas très intéressée par George, que va-t-on faire?

-J'ai une idée. Et si nous faisions l'amour une partie de la nuit pour se quitter au matin en restant bons amis?

-...Ce n'est pas très gentil de ta part, ça. Je ne pouvais pas faire autrement.

Ragaillardie par ce début de prise de bec, elle posa son stupide bouquin et ouvrit l'écrin de George. Une bague, qu'elle avait déjà vu sur un prospectus au chemin de Traverse en arrivant à Londres. Le sortilège était tout de même assez puissant, ou au moins très recherché puisque quand elle était passé au doigt de quelqu'un elle affichait les initiales de la personne (s'il y en avait une) qui était amoureuse du propriétaire de la bague, et celle qui aimait le plus fort (s'il y en avait plusieurs).

-Amusant !

-En effet, hilarant.

Elle la passait au doigt, persuadée que ça n'aurait aucun effet réel. Les initiales de Cédric Diggory se gravèrent dans le métal. Elle grogna :

-Ce n'est pas l'effet auquel George devait s'attendre.

-Non. Je ne crois pas. Mais avec un petit sort je devrais pouvoir arranger ça.

-Ouais. Bah oublies cette idée de suite. Je n'aime pas porter de bijoux de toutes façons.

Elle rangea la bague dans son écrin et descendit sa valise du filet à bagages pour y ranger son livre, sa besace et ses bonbons. Puis elle sortait sa cape et la jetait par dessus ses épaules.

-En principe on met l'uniforme en entier, tu le sais?

-Oui... Mais comme je ne suis pas encore placée dans une maison, ça sert à rien pour l'instant.

Elle glissa son furet dans la poche intérieure de sa cape et se rassit.

-On arrive dans combien de temps?

-Une dizaine de minu...

La porte du compartiment s'ouvrit à la volée. Drago Malefoy.

-Tu m'as fait un affront tout à l'heure. Je te provoque en duel pour régler cette affaire !

-Un duel, vraiment? Ne peux tu pas te contenter de la pâtée amère que je vais te faire bouffer au Quidditch, sale petite teigne?

-Ce soir, une fois que tu seras répartie dans une des quatre maisons, même si tu es envoyée à Serpentar, je réglerai ton compte à coup de baguette.

-J'y compte bien.

-Quatre ans que je martyrise ce petit Potter sans parvenir à lui faire cesser d'être arrogant, peut-être que j'aurais plus de chance avec toi !

Quand elle entendit «petit Potter» et «martyrise» dans la même phrase, Juliet sortit de ses gonds et sortit sa baguette magique pour la pointer sur la face de Drago Malefoy.

-Pourquoi attendre la cérémonie de répartition, le rat? Nous sommes si bien dans ce train !

-Parce que je veux que toute l'école et que les écoles collaboratrices du tournoi des trois sorciers te voient mordre la poussière !

-Il n'y a pas de problème, Malefoy. Mais méfie toi car plus l'ambition est haute, plus la chute est dure.

-Je ne chuterai pas.

Drago Malefoy sortit.

-Le tournoi des trois sorciers? s'excita Juliet.

-Je crois que c'est ce qu'il a dit ! reprit Cédric enthousiaste.

-Hm ! Voilà qui va me mettre du coeur à l'ouvrage ! lança-t-elle en renonçant définitivement à son air triste et résigné.