Comme l'avait prévu Cédric, le trajet ne dura plus que quelques minutes. Arrivés sur le quai de Pré-au-lard, l'excitation des élèves était palpable. Les premières années bouillonnaient d'impatience, les plus vieux voulaient retrouver leurs amis et se raconter leurs vacances, et c'était le spectacle d'une rentrée normale. Ou presque.
Parce que contrairement à toutes les autres rentrées, le nouveau grand intendant de Poudlard, Remus Lupin, attendait les élèves de première année à la place de Hagrid pour leur expliquer les consignes. Severus Rogue, quant à lui attendait sur le quai, ce qui n'était pas habituel et pour le moins angoissant.
Juliet était grisée et son esprit partait dans toutes les directions en même temps. Le tournoi des trois sorciers tournait dans sa tête comme si c'était devenu son unique raison d'exister. Quand, une voix la ramena sur la terre des sorciers illico presto.
-Je savais, miss Lupin, que vous feriez tout pour vous démarquez des autres élèves. N'était-il pas plus simple que de mettre l'uniforme? Non, c'est tellement mieux d'exhiber son arrogance et son orgueil à la vue des autres élèves en vêtements moldus.
Elle faillit répondre «Quel bonheur de vous rencontrez, mon oncle!» pour le railler, mais elle se souvint qu'elle devait être pour tous la nièce de Lupin, et non pas celle de Rogue. Donc elle répondit de l'air le plus provocateur qui soit :
-Je savais, cher Professeur Rogue, que vous feriez tout pour que je vous reconnaisse immédiatement et je vous en suis presque reconnaissante. Cela me facilite les choses.
Il pinça ses lèvres. Evidemment la situation lui était douloureuse. Il était devant la réincarnation physique de James. Mais plus encore, il était perturbé à l'idée de ne retrouver aucun trait, aucune manie que sa soeur avait. Il était devant la fille de James et uniquement la fille de James. Comme si Luncinda n'avait pas porté cet enfant, comme si elle n'avait pas participer à lui donner la vie.
Contrairement à PetitPotter qui lui a toujours été le portrait craché de sa mère et n'avait que quelques reliques du caractère (exécrable) de son père, Juliet était une reproduction parfaite de James à ceci près que Juliet était une femme.
Il fit un geste de la main qui invitait la jeune femme à le suivre un peu à l'égard de la foule.
-Je suis venu à la gare, miss Lupin, car le professeur Dumbledore m'a demandé de vous entretenir sur quelques choses avant que vous n'entriez au château. Dumbledore suspecte certaines choses. Il a notamment souligné l'idée d'un duel, cassa-t-il sèchement.
-J'admets que j'ai répondu à une provocation en duel, fit-elle sur le ton de la confession, mais je ne suis pas à l'origine de cet accrochage, se défendit-elle ensuite. Drago Malefoy a traité Remus Lupin de monstre.
-Sais-tu seulement ce en quoi Lupin se transforme une fois par mois? attaqua-t-il d'un coup en oubliant le flegme et le vouvoiement.
-Je le sais. Cela vous inquiète, Professeur Rogue?
-Tu sembles oublier que tu es la fille de ma soeur, je crois ! Et que tu vis avec ce ... lycan.
-Si vous teniez tant à faire valoir vos droits d'oncle -notamment à propos de ma sécurité, vous n'aviez qu'à m'adopter avant ! Je crois que c'est vous qui avez informé Dumbledore au sujet de ma naissance, non? s'enflamma-t-elle soudain, N'auriez-vous pas pu l'informer et prendre les devants?
-J'aurais pu le faire, sauf que j'avais un rôle important à jouer dans des affaires autrement plus importantes que toi, et excuse moi de blesser ton petit ego !
Elle fouilla dans une des multiples poches intérieures de sa cape pour en tirer le présent qu'il lui avait envoyé pendant les vacances, un fameux petit livre certainement très utile mais très dur à lire et le lui plaqua sur le torse comme si elle voulait lui enfoncer dans les côtes au sens propre.
-Vous avez renoncé à vos droits et à vos devoirs sur moi le jour où vous avez laissé Dumbledore me mettre à l'orphelinat. Vous n'êtes rien ni personne pour moi. Seuls Remus Lupin et Minerva McGonagall comptent. Et ni les fantômes que tout le monde semble apercevoir quand je rentre dans une pièce, ni les regrets que ma présence fait remonter à la surface changeront ça. Je suis née ici et on m'a invitée à revenir, c'est uniquement pour cela que je suis de retour. Mais ne comptez pas sur moi pour subir les séquelles de vos querelles passées. Est-ce que c'est bien clair? Je suis la fille de Remus Lupin et uniquement de lui. Je me battrai contre Drago Malefoy et ni Merlin ni Voldemort ne pourraient aller à l'encontre de ma décision.
-Petite insolente, ne prononce pas son nom !
-Aucun droit sur moi, catapulta-t-elle en forçant encore un peu plus sur le bouquin qui devenait presque douloureux pour Severus Rogue contre son corps maigre, pas même le droit de me faire taire.
Elle lâcha prise et le bouquin chutait sur le sol, elle récupéra son balai qu'elle avait posé sur sa valise à même le sol, empoigna la dite valise et s'envola en direction de Poudlard.
Elle se posait à quelques mètres de son père adoptif, les traits encore tirés par une colère violente. Une fois que les élèves eurent finis de la regarder hagards sous le prétexte qu'elle était arrivée en piquet (menaçant d'en tuer une dizaine dans le même coup), elle prit place dans le rang naturellement et Rémus avec elle.
-Que s'est-il passé? Rogue devait seulement te donner deux ou trois consignes pour le déroulement de la cérémonie de répartition et...
-Rogue voulait me décourager de me battre contre Malefoy.
-De faire quoi?
-De me battre. En duel. C'est Malefoy qui a lancé l'idée, je n'y peux rien. Et Severus Rogue a sous entendus que je me battais pour de mauvaises raisons.
-Et alors?
-Et alors je lui ai clairement dit ce que je pensais de lui. Une fois pour toutes.
Ils continuèrent d'avancer dans le parc puis jusqu'aux grilles de Poudlard ils ne pipèrent mot.
-Je suppose que je ne saurais jamais le motif de ce duel?
-Il t'a traité de monstre.
-Je ne crois pas que la solution soit dans le duel, fit-il en laissant son inquiétude pour elle s'afficher.
-Bien sûr que si. Je vais le faire taire. Ce garçon s'en prend régulièrement à Harry... Je ne le laisserai pas s'en prendre à nous en plus du reste !
Rémus soufflait, se remémorant avec quelle obstination James se défendait quand on lui disait de rester calme et de ne pas provoquer Severus Rogue. Remus voyait déjà le tableau dans lequel Drago Malefoy était le nouveau Severus Rogue mais il décidait de ne pas chercher un conflit immédiat avec sa pupille et se contentait de marmonner ce qu'aurait du lui dire Rogue s'il n'y avait pas eu l'altercation.
-Dumbledore veut que tu restes avec les élèves de première année et que tu subisses la répartition en même temps qu'eux. Si tu te fonds dans cette masse ça lui évitera de faire un discours et d'expliquer pourquoi tu arrives soudainement. Tu iras en cours avec les élèves de cinquième année. Avant d'aller te fondre dans les élèves à répartir tu dois absolument mettre un uniforme gris.
-Je ne veux pas porter de jupe.
-Mais c'est l'uniforme qui...
-Donne-moi un uniforme de garçon.
-Il faut que tu passes inaperçue ! Te donner un uniforme de garçon, ce n'est pas le meilleur moyen pour passer inaperçue !!
-Alors je reste vêtue comme ça.
-...Juliet. Voudrais-tu obéir rien qu'une fois?
Elle allongea son pas et le distança en quelques secondes pour unique réponse. Remus soufflait un grand coup et attendit la fin du cortège d'élève pour jouer au professeur balai.
Juliet imita les autres élèves et posa son bagage dans le hall, son balai glissé dans les hanses latérales. Elle les dépassait tous d'une bonne tête au moins et visiblement c'est sa taille qui fit qu'elle resta écartée du groupe naturellement. Elle ébouriffa ses cheveux. McGonagall vint faire son petit speech de début d'année, et ils entrèrent dans la salle déjà remplie d'élèves sous une ovation enthousiaste.
Elle chercha le regard de Drago Malefoy et lui adressa un sourire très goguenard. Elle continuait à avancer jusqu'à ce que la procession de chapeaux pointus noirs s'arrête tranquillement. Elle n'avait pas prit la peine de mettre le sien, d'autant que le sien était à l'effigie de l'orphelinat et qu'il n'était pas pointu mais avait une forme de béret avec le logo des pupilles du ministère. Elle jugea bon de le laisser sous sa cape pour ne pas trop se démarquer des autres, et ferma sa cape l'air de rien pour que Remus ne lui en veuille pas trop.
On appela les élèves un à un par ordre alphabétique. Et Juliet se demandait si elle allait être appelée à la lettre P, puisque son nom officiel était Potter-Lupin. Ou si les enseignants avaient décidé de lui tronquer le Potter au profit du Lupin.
Elle avait peut-être l'esprit qui se tourmentait de trop, mais si jamais McGonagall disait «P. - Lupin» alors qu'elle s'efforçait de dire les noms entiers de tous les autres élèves, parfois en dépit de la difficulté de leur prononciation, cela ferait bizarre. Ces deux fouines de Hermione et Ginny mettraient leur nez dedans et finirait bien par trouver.
Si on disait Lupin, par contre, la rumeur ne se ferait pas attendre. Nièce? Fille? Cousine? En tout cas Lupin. Mais ça voudrait aussi dire que son nom n'attirerait pas du tout l'attention des Gryffondor dans le bon sens. Ce qui voudrait dire forcément ou presque, que Harry ne se poserait pas de questions.
Le temps qu'elle s'ancre de nouveau dans le monde réel, McGonagall avait déjà fini d'égrainer les noms en L depuis longtemps. Elle en était aux noms en O. Le coeur de Juliet cogna fort dans sa poitrine, et elle eut le bon réflexe de calmer sa respiration au lieu de l'augmenter parce qu'à ce rythme, elle se voyait bien faire une crise d'hyper ventilation.
Les noms, les derniers noms avant...
«Juliet Potter-Lupin.»
...
Elle a bien dit ... Potter ?
