Quand elle entendit son nom elle se refusa fermement de regarder en direction de la table de Gryffondor. Ce moment arriverait tôt ou tard. Au lieu de cela, elle posa les yeux sur la table des Poufsouffles. Les yeux de Cédric étaient au rendez-vous et il trouva le moyen de lui communiquer de la force et du courage. Elle sortit du rang et montait sur l'estrade où Minerva l'attendait, tenant son long parchemin dans une main, le choixpeau dans l'autre, au-dessus d'un tabouret branlant.

La scène curieusement, se déroulait rapidement. Mais le silence complet que personne n'osait rompre dans la salle rendait le moment lourd et langoureux. Tellement silencieux qu'il y eut une fraction de seconde, une seule, ou assise sur le tabouret face aux élèves, elle crut mourir. Tous ces élèves... l'incompréhension de Harry... le sourire de Cédric... le dégoût de Cho... la haine de Drago ... la surprise de George... la stupeur de Hermione... la curiosité de Ron... Elle les connaissait tous ces gens, déjà tous ces gens. Elle les connaissaient déjà mais eux venaient de comprendre qu'elle était une inconnue. Sauf pour Cédric. Mais Cédric...

Roh et puis mince, arrête un peu de te casser la tête !

-Choixpeau?

Et qui voulais-tu que ce soit, exactement ?

-Euh.

Laisse tomber, c'était une question piège.

-Merci, chuchota-t-elle complice de l'humour de l'objet ensorcellé

Je vais te mettre à Gryffondor. Rogue m'a demandé de te mettre à Serpentard mais je ne trouve pas ça très raisonnable.

-Je risquerai de réduire leurs effectifs, en effet, acquiesça-t-elle mentalement

Tu n'as ta place qu'à Gryffondor.

-Alors crie le à la salle entière qu'on en finisse !

Laisse moi deux minutes. J'ai deux ou trois petites choses à te dire tant que personne ne nous entends. Quand Minerva va enlever le chapeau de ta tête, le petit Malefoy va se lever de table est venir te défier devant tout le monde. Qu'elle que soit l'issue de ce combat, tu ne dormiras pas dans les dortoirs des Gryffondor ce soir. Et après le banquet de bienvenue, tu devras te rendre dans le bureau de Dumbledore.

-Battre Malefoy, manger, aller chez Dumbledore, ne pas aller chez les Gryffondor, c'est bien ça?

C'est bien ça ! -GRYFFONDOR ! vociféra fièrement le choixpeau

Juliet suspecta d'ailleurs le choixpeau d'avoir des dons de divination car celui-ci avait réussit à deviner l'exacte réaction d'un certain petit blond à la table des verts et argent. Celui-ci s'était levé, avait brandit sa baguette d'un geste théâtral avant de la provoquer ouvertement et devant tout le monde.

-Décidément, chaque minute qui passe me donne une bonne raison de te ridiculiser et de te remettre à ta place, miss Potter, cracha-t-il en s'approchant rageur.

-Décidément, chaque minute qui passe est une occasion que tu rates de garder ta bouche fermée, monsieur Malefoy, lança-t-elle armée du même dédain.

Elle n'ôta même pas le couvre chef que McGonagall lui avait posé sur le crâne en se levant et en tirant sa baguette, d'un geste très simple et direct des hanses de sa ceinture.

-N'incommodons pas les autres et viens prendre gentiment ta pâtée, je n'ai pas que ça à faire, Mal-au-foie.

Les sourcils froncés de Cédric Diggory ainsi que sa main crispée sur sa baguette sur la table laissaient facilement songer qu'il pourrait intervenir d'une minute à l'autre.

-Mais voilà qui n'était pas encore arrivé à Poudlard ! s'exclama enjoué Dumbledore, Un duel de sorcellerie dès le premier soir !! C'est une bonne occasion de faire une petite démonstration à nos nouveaux élèves (dit-il en faisant un geste ample en direction des nouveaux, plus petits et visiblement terrifiés à l'idée d'un vrai duel de sorciers provoquant de réels dommages collatéraux). Cependant, je me dois de vous arrêter. Je tiens à ce que cette démonstration serve à nos nouveaux élèves pour les instruire et à nos invités pour les divertir. C'est pourquoi je vous laisserai un moment pour vous battre, mais après que nos correspondants se soient installés. Allez vous asseoir, il nous reste quelques élèves à répartir et des camarades à accueillir.

-Tu as de la chance que le directeur te laisse un sursis, grogna Malefoy

-Tu vas pouvoir relire ton manuel de sortilèges de première année ! répondit-elle toute souriante

Elle parvenait à sourire mais le coeur n'y était pas. Harry s'était déjà décalé pour qu'elle vienne s'asseoir près de lui et visiblement la joyeuse bande l'attendait de pied ferme. Il était désormais évident que les parents Weasley n'avaient pas annoncés à leurs enfants que Harry avait une soeur et s'ils l'avaient fait, ils n'avaient pas parlé de Jules.

Pourtant, Harry ne la «gronda» pas de s'être tue. Quand elle fut assise près d'eux, ils se regardèrent longuement. Il lui sembla que Harry avait compris tout seul.

-Tu es la fille de mon père?

Elle avait acquiescé silencieusement.

-Tu es ma soeur ? demanda-t-il encore

Elle fit une moue contrariée.

-Tu es ma demie-soeur? fit-il nerveusement

Elle ne changea plus d'expression. Est-ce qu'elle était la demie-soeur de Harry? Elle avait ouvertement provoqué Rogue en s'écriant qu'elle n'avait pas de véritables racines, et qu'elle ne revendiquait n'avoir pour seuls proches que Remus et Minerva. Elle aurait pu ajouter Cédric, puisqu'il était devenu son ami et peut-être plus. Elle aurait pu ajouter ses quelques amis d'Amérique. Mais elle n'avait dit que Remus et Minerva. C'était tout. Elle n'avait même pas mentionné Harry. Qu'est-ce que cela signifiait? Ou qu'est-ce que cela ne signifiait pas, plutôt !

-Je ... Je ne suis pas vraiment ta soeur, Harry... tu as une famille, un cousin, un oncle, une tante, un parrain ! Enfin ce que j'essaye de te dire c'est que... Tu as... Euh ... tu es le fils de...

-Tu es la fille de mon père mais pas de ma mère, anticipa-t-il

-Oui, déjà et en plus ce que j'essaye de te faire comprendre avec la plus grande maladresse du monde c'est que toi tu as un passé avec ... pas vraiment avec tes parents mais... Mais tu as un passé avec les souvenirs que tu en as, ou les souvenirs qu'on t'a donné d'eux. Moi je ... Je ne fais pas partie de la famille Potter.

-Alors comme ça, fit Hermione pour dissiper le malaise, tu vas te battre avec Drago?

-Oui.

Finalement, elle fit mine de s'intéresser passionnément à la cérémonie de répartition, et tous les gryffondors qui avaient cessé de le faire l'imitèrent ce qui dissipa, l'air de rien, le malaise ambiant et instaurait une ambiance joviale.

Au bout d'un moment, Jules adressa même un sourire sincère et... Fraternel? à Harry qui le lui rendit.

Les élèves de beauxbâtons firent leur entrée, et une élève réussit parfaitement bien son entrée dans le coeur de Ron (maintenant qu'on en parle ! il était complètement hypnotisé). Les élèves de Durmstrang les suivirent. Des tables apparurent pour installer tout ce petit monde sur les côtés, on expliqua le déroulement du tournoi des trois sorciers, et enfin, Dumbledore prit la parole

-Deux de nos élèves, dit-il en faisant ouvertement un clin d'oeil à Karkaroff et à Madame Maxime ont décidé, pour accueillir vos élèves de se battre en duel magique amical. Nous allons donc leur laisser de la place, et éventuellement protéger leurs camarades.

Dumbledore secoua légèrement sa baguette magique et la grande salle sembla s'agrandir encore un peu en profondeur. les tables des élèves bougèrent vers le fond de la pièce et l'estrade sur laquelle mangeaient les enseignants s'élargit.

-Miss Potter-Lupin, Monsieur Malefoy, je vous demanderai de venir vous saluer et d'être loyal dans ce combat. (alors que les deux ennemis se levaient de table et prenait la direction du nouveau centre de la pièce, Dumbledore continuait à parler) Je vais tout de même fixer quelques limites à ce combat et spécifier quelques règles élémentaires pour informer nos plus jeunes élèves. Au même titre qu'un véritable duel magique non encadré, les sortilèges impardonnables sont interdits, les sortilèges informulés sont tolérés, et la destruction de la baguette adverse provoque une disqualification immédiate. Les animagi et les métamorphoses de soi ou de l'adversaire sont interdits. L'intervention d'animaux est elle aussi, formellement interdite. Il va de soi que les combattants n'ont le droit de se servir que de leur baguette et de leur savoir-faire.

«Cependant, continua-t-il, il ne s'agit pas d'un combat non-encadré donc nous allons quand même rajouter quelques limites. L'issue de ce duel ne sera pas la mort d'un des combattants. En cas de réel dangerosité des sortilèges employés, les professeurs interviendront et j'ordonnerai la fin des combats quand je trouverai cela juste. Ne vous inquiétez donc pas, l'issue de ce duel n'est pas fatale... fit-il à l'adresse du responsable des jeux et sports magiques, Ludo Verpey (visiblement nerveux) qui attendait dans un coin de la pièce depuis qu'il avait fait le discours pour la coupe de feu.

«Miss Potter-Lupin, Monsieur Malefoy, saluez vous et commencez.

Malefoy refit un immense geste du bras, très théâtral pour sortir sa baguette, tandis que Juliet fit un petit mouvement parfaitement désintéressé ce qui agaça encore plus le dit Malefoy. Se rapprochant l'un de l'autre face à face, baguette brandit devant leur visage, Malefoy répétait exactement les mêmes mots qu'il avait dit à Harry Potter lors de leur duel en deuxième année.

-Es-tu effrayée par moi, Potter?

-Non. Plutôt morte de rire.

La réponse fit sourire même les serpentards et certains enseignants. Les deux adolescents se mirent dos à dos et firent six pas dans des directions opposées.

-3... 2... 1 ! décompta Dumbledore

Juliet fit un tour de poignet avec sa baguette. Une lumière douce sortit du bout de sa baguette et se répandit sur elle, puis sur sa main, son poignet, son bras et bientôt tout son corps pour l'auréoler d'une lumière orange délicate. L'impassibilité des visages des enseignants ne permirent pas aux élèves de faire des pronostics, mais quand bien même ils auraient pu, tous étaient tellement rivés sur le combat qu'ils maintinrent un silence de fer qui semblait incorruptible, même pas pour tenir quelques paris.

-Jambeencoton ! lança Drago

Elle sembla impassible et fit un imperceptible mouvement du poignet pour lancer un sortilège de renvoi. Drago l'évita de justesse et répliqua

-Levicorpus !

Elle fit un pas sur le côté et le sortilège alla s'écraser contre un mur.

-Ne peux-tu rien faire d'autre que des petits maléfices de bas étages?

Plus loin, Harry se renseignait auprès de Hermione.

-Que crois-tu qu'elle prépare ?

-Je ne sais pas précisément. Ca ressemble à de la vieille magie mais je ne peux rien affirmer avec précision. Je n'ai jamais pu voir ça.

-Moi je sais ce que c'est, fit Ron stupéfiant tout le monde, elle va effectuer une projection spirituelle.

-Une quoi? fit Harry

-Tu crois qu'elle peut le faire, Ron? s'exclama Hermione à moitié convaincue avant d'expliquer pour Harry, la projection spirituelle c'est une forme de patronus. Sauf que pour le produire, tu n'as pas besoin que d'évoquer un bon souvenir, tu dois te servir de toute ton âme. Sa taille et sa puissance sont le reflet de la force de ton esprit. Très peu de sorciers utilisent cette technique et ça m'étonnerait qu'elle soit enseignée, même à l'institut de Salem. A mon avis elle a du apprendre à pratiquer cet enchantement toute seule, fit Hermione sur le ton de l'admiration.

-Et comment tu sais ça, Ron? demandait Harry, inquiet d'ignorer quelque chose qui semblait visiblement typique du monde des sorciers.

-C'est comme ça que Dumbledore a battu Grindenwald. Mais à mon avis il n'y a pas lieu de s'inquiéter, elle n'a que quinze ans, ça ne va pas faire grand chose. A part une grosse frayeur à Malefoy...

Malefoy tenta encore de lancer trois ou quatre maléfices qui furent déviés, évités, retournés à l'envoyeur, ou bloqués purement et simplement. Puis, elle qui était restée stoïque et droite comme un «I» fit un large mouvement du bras droit qui tenait sa baguette. Elle le tendit comme si elle comptait poignardée avec sa baguette Malefoy, puis le levait, fit une arabesque qui ramena la baguette contre son coeur et visiblement le choc fut terrible.

Au même titre que si elle avait été subitement accrochée à la taille par un fil qui se tendait au plafond magique de la grande salle, elle décollait, et toute la lumière qui l'avait délicatement enveloppée pendant un moment glissa sur elle pour former un magnifique cerf de lumière orangée qui commençait à galoper autour d'elle pour charger Drago.

Ce fut Severus Rogue qui décidait de mettre fin au sortilège en ne bloquant pas ses effets mais en attaquant son sorcier. Il lança un expelliarmus tellement puissant que Juliet fut littéralement projetée contre le mur de pierres. Le cerf s'évapora immédiatement en de délicates fumerolles.

Remus lança un regard réprobateur à Severus Rogue, Minerva McGonagall envoyait un signal d'appel à miss Pomfresh grâce à sa baguette, et Dumbledore prit la parole devant une salle consternée.

-Et bien je crois que physiquement, Monsieur Malefoy est vainqueur de ce duel. Cependant, en raison de la qualité des esquives et du niveau du sortilège ultime proposé par Juliet Potter-Lupin, je crois pouvoir lui accorder la victoire.

Juliet était sonnée et même quand elle parvint à s'asseoir à l'aide du mur, elle demeurait déboussolée. Une violente douleur lui vrillait le haut du crâne et bientôt elle vit une traînée épaisse de liquide carmin couler sur son nez et sur une de ses paupières.

Sa main se détendit du manche de sa baguette et chu sur le sol. Elle vit vaguement Cédric, Harry et Remus arriver vers elle avec un air inquiet et paniqué sur la face, puis, plus rien.