Jack était resté immobile quelques instants, les bras sur le dossier de la chaise, sur laquelle il était assis à l'envers, les jambes écartées de chaque côté. Sam plia ses jambes pour pouvoir poser ses bras sur ses genoux et cacher son visage.
-"J'imagine ce que tu as dû te dire quand j'ai décidé de partir mais tu n'as pas voulu m'entendre à l'époque. J'ai gardé ma maison ici, pour rentrer tous les week-ends te rejoindre. Tu ne prends pas de vacances mais au cas où, j'ai toujours une feuille de congés dans mon tiroir, pour poser les mêmes dates que toi. Je reçois une copie de chaque rapport de mission et je les lis tous soigneusement pour m'assurer que tu vas bien. Carter, si je suis parti c'est pour que nous n'ayons pas à abandonner nos postes respectifs. Nous nous sommes battus pour en arriver là, c'était le seul moyen de nous préserver."
Sam releva la tête suite à la déclaration de Jack. Elle se débattait intérieurement pour garder la tête hors de l'eau et elle fut submergée par une vague inconnue. Elle n'arrivait plus à faire la part des choses. Sa tête et son cœur se battaient, elle ne savait plus qui écouter.
Jack croisa son regard triste.
-"Rentre avec moi Sam, tu me parleras de ce que tu veux et si je peux t'aider, saches que ma promesse tient toujours" lui dit-il, d'une voix calme et posée, alors que son cœur battait à tout rompre.
Sam hocha tout doucement la tête mais il n'en fallut pas plus à Jack. Il quitta la pièce pour faire ouvrir la cellule. Le sergent de garde qui passait par là ne fit aucune histoire, reconnaissant le général. Jack tendit le bras dans la cellule et Sam se leva, pour le suivre. Il passa une main dans son dos pour la guider. A la lumière crue des néons, elle avait l'air fatiguée, abattue et amaigrie. Elle avait besoin de lui, de son soutien. Ils remontèrent à la surface sans que Sam ne change de tenue. Il l'invita à monter en voiture et ils rentrèrent chez lui. La maison était vide, Teal'c et Daniel étaient partis et avaient utilisé la clef de secours pour fermer derrière eux. Jack déverrouilla sa maison et Sam entra. Elle resta debout dans le couloir, attendant d'être autorisée à entrer plus avant.
-"Sam, fais comme chez toi. Ce n'est pas la première fois que tu viens !" dit Jack, agacé.
Sam s'installa dans un fauteuil et se couvrit du plaid qui reposait sur le dossier. Elle ne savait pas si c'était la fatigue, mais elle était frigorifiée. Jack était dans la cuisine, lui préparant un thé. Il se servit une bière et s'installa dans le canapé. Elle ne voulait rien manger et Jack ne la força pas, même s'il devait reconnaître que ça ne lui aurait pas fait de mal.
-"Merci mon général, pour le thé et... l'évasion."
-"Mais de rien Carter, ça faisait un moment que je nous avais pas trouvé enfermée quelque part !" dit-il, utilisant le vouvoiement par accident.
Sam sourit alors qu'elle soufflait dans sa tasse pour faire refroidir le liquide chaud.
-"Alors, vas-tu te décider à me parler ?"
-"De quoi ?"
-"De nous, de Lizzie... Je ne sais pas, mais vide ton sac !"
Sam inspira un grand coup, chassant ses larmes naissantes. Elle devait parler, il fallait que ça sorte, même si ses idées n'étaient pas claires.
-"Hum, depuis sa disparition, je ne cesse de voir le départ de mes proches comme un nouvel abandon. Je suis déchirée de part en part. Après la mort de Papa, je me suis dit que c'était la dernière fois qu'un être cher me quittait. Avec ce que nous avons vécu, j'étais persuadée que vous seriez toujours à mes côtés, après cette promesse. Je vous ai laissé prendre un peu plus de place dans mon cœur, jusque-là déjà bien rempli de Jack O'Neill et au final, j'ai dû ramasser les morceaux. J'ai été trop confiante dans notre relation."
-"Sam, je..."
Mais elle leva la main pour le faire taire. Le général obéit alors au colonel.
-"Je sais aujourd'hui pourquoi, mais ça n'excuse pas le fait qu'on aurait dû en parler avant que vous ne décidiez de partir à l'autre bout du pays, sans moi."
Sam fit une pause pour boire une gorgée de thé et Jack réalisa son erreur. Il aurait dû l'aviser de la proposition au lieu de décider seul.
-"Je commence à peine à me remettre de tous ces changements et voici que la porte est activée et que Schrödinger passe à travers l'iris. J'ai cru que... Narim allait passer la porte mais j'ai réalisé ensuite qu'il était mort, comme son chat d'ailleurs. Quand elle a suivi, j'ai cru que je rêvais. Elle lui ressemble tellement, même avec des années en plus. C'est tellement dur de la voir ici, en vie alors que moi, j'ai tout perdu. Je me demande si je ne porte pas la poisse à ceux qui m'aiment !"
-"Si je peux me permettre, Carter, c'est la vie. Tu n'es pas responsable du sort des autres. Ne te met pas ce genre d'idées en tête, ça n'avance à rien, sauf à te faire plus de mal !"