Ecrit en écoutant : Let Her Go - Passenger.
Elle ne me hante pas, mais...
Je me revois encore franchir le pas de la porte en courant, je me revois encore gravir les marches menant à l'étage.
Je la revois encore allongée dans l'eau teintée rouge de son sang, je la revois encore inerte et je me revois encore, dans un acte désespéré, l'étreindre une dernière fois, dans l'espoir de la sauver.
C'était hier et je me souviendrais de ce moment toute ma vie, ma sœur, mon amour, mon bébé, la personne que j'aime le plus au monde, est morte dans mes bras.
Ils l'ont rendu suicidaire... Un pari et une lame de rasoir, l'ont tué. Je les hais tous mais par-dessus tout je le hais, lui. Paul. Je ne veux pas y penser, mais aujourd'hui, ma tristesse et ma douleur m'étouffent, je suffoque à chaque minute, chaque heure.
Aujourd'hui, je suis pleine de rage à son égard, ma sœur est partie à cause de lui et plus jamais je ne la reverrais. Je suis seule au monde et c'est de sa faute.
/
Je me rends au Lycée tribal de La Push, ce lycée qui a fait basculer sa vie à tout jamais. Je le cherche du regard et m'approche de lui pleine de rage.
Impitoyable, je le frappe, je le griffe, je le bats.
- Tu l'as tué ! hurlé-je en pleurant et le rouant de coups, tu as tué ma petite sœur ! Elle est morte à cause de toi ! À CAUSE DE TOI !
Je continue de le frapper encore et encore. Je me fais mal, mais je lui fais mal aussi.
- Elle s'est vidée de son sang ! Tout est de ta faute ! Tu l'as tué ! sangloté-je encore, tout continuant mon assaut plein de rage.
Deux bras chauds, m'attrapent par la taille et me tirent en arrière, je me trouve plaqué contre le torse, tout aussi chaud, d'un homme.
- Calme-toi, chut, ça va aller... me murmure l'homme à mon oreille.
Je me laisse bercer dans ses bras. Pleurant toutes les larmes de mon corps, pleurant qu'il l'a tué.
- Ça va, aller... chuchote-t-il de nouveau.
Je reconnais cette voix.
- Sam ? sangloté-je, Sam, il a tué ma petite sœur ! Elle est morte, Sam ! hurlé-je.
- Emily, occupe-toi d'elle s'il te plaît, demande ce dernier à sa fiancée.
Des mains féminines se posent sur mes épaules et glissent derrière mon dos. Ses bras finissent par m'encercler. Emily m'entraîne à l'intérieur du bâtiment, tout en me disant des mots réconfortants. Nous nous retrouvons très vite dans une pièce, qui me semble, à travers mes larmes, être un bureau.
Je laisse alors libre cours à mes peines et mes sanglots redoublent, je glisse contre un mur et Emily fait de-même. Cette dernière m'étreint de nouveau dans l'espoir d'apaiser mes peines.
Ava, ma petite sœur, mon bébé, est décédée à cause d'un stupide pari. Elle s'est suicidée à cause d'un garçon, elle est morte à cause de Paul. Il a parié sa virginité et elle en est morte.
Alors que je pleure dans les bras d'Emily, tous les souvenirs affreux me reviennent, en tête.
Ma sœur, la baignoire, son sang.
La porte s'ouvre. Je lève la tête dans un geste désespéré de la revoir...
Mais ce n'est pas Ava.
Sue Clearwater s'accroupit en face de moi avec une mine défaite. Elle me serre tendrement dans ses bras.
- Elle est partie... murmuré-je entre deux sanglots, plus jamais... Je ne la reverrai plus jamais !
- Oh, ma chérie... Je suis tellement, tellement désolée... Si seulement... si seulement j'avais su...
Je pleure de plus belle, à tel point que je suffoque.
- Respire, ma belle, me dit l'infirmière scolaire, calme-toi... inspire et expire... je m'exécute mais respirer me fait mal.
- C'est bien, là... ça va aller ma puce... on est là pour toi... me rassure encore une fois, Sue.
- Je vais te ramener chez toi, Jade et je vais rester avec toi, d'accord ? déclare Emily avec bienveillance.
J'acquiesce difficilement d'un signe de tête et les deux femmes m'aident à me lever, je trébuche quelque peu mais Sue me rattrape.
- Rappelle-toi ma puce, on est là pour toi... insiste Sue avant de m'étreindre en guise d'au revoir.
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Le jour de son enterrement, c'est comme si je n'avais pas été là. Je ne me souviens de rien à part m'y être rendue. J'étais physiquement présente, intérieurement absente et moralement morte. Car en vérité, je suis morte avec elle.
Depuis lors, j'erre chez moi tel l'âme en peine que je suis. Je n'ose plus entrer dans la chambre ayant appartenu à ma sœur. La simple vue de la porte close me fait terriblement mal, cela me rappelle sans cesse que la pièce sera désormais vide.
Je n'ai pas réussi non plus à entrer dans cette foutue salle de bain. Je n'ai pas trouvé le courage de nettoyer le sang sur la baignoire.
En vérité, je ne me cantonne qu'à trois pièces : ma chambre, la cuisine et le séjour. Chaque pièce renferme son lot de souvenirs, qu'ils soient bons ou mauvais, mais le pire de tous est la vision ensanglantée du corps sans vie d'Ava.
Je suis dans un tel état d'apathie que je ne parviens même plus à regarder les personnes qui m'entourent lors des quelques brèves visites que je reçois.
/
Comme pour m'achever, c'est à moi que l'on me demande de vider le casier de ma sœur au lycée.
J'ai peur.
Peur de découvrir ce qu'il renferme. Peur de découvrir ses secrets.
J'avance lentement vers l'entrée du bâtiment, essayant de faire abstraction des regards que les élèves posent sur moi. À quoi s'attendaient-ils ? Que j'arrive avec une mine radieuse et non bouffé par la tristesse ? Que je fasse un effort pour m'habiller correctement ? Que mes cheveux soient propres, que mes ongles soient manucurés et que je sois maquillée ?
J'entre dans l'enceinte du lycée et je me dirige vers l'objet de mon angoisse, je tremble de plus en plus. Je retire mes lunettes de soleil et expose à tous mes yeux bouffis et rougis par les larmes.
Je me fige devant le casier d'Ava et ce sont les mains tremblantes que j'entreprends de composer le code du cadenas. Un déclic se fait entendre et j'ouvre maladroitement la porte du casier.
De nouvelles larmes menacent de rouler sur mes joues lorsque j'y découvre de multiples photos d'elle et ses amis. Je les décroche une à une et je les regarde avec affection.
Je vide le casier, prenant soin de d'étudier chaque cahier, chaque feuille dans l'espoir d'y trouver une formule pour la ramener à la vie.
C'est tout au fond du casier, caché derrière un classeur, que j'y découvre son journal intime. Je me rappelle très bien lui avoir acheté ce carnet, spécifiquement pour cet usage. Prise d'un frisson incontrôlable, je me mets à trembler comme une feuille et me tétanise.
Incapable de bouger, je perçois seulement qu'une personne s'approche timidement de moi. Cette même personne attrape le journal et me le tend. Pour la première fois depuis des jours, j'ose lever la tête vers quelqu'un, c'est Seth Clearwater qui se tiens près de moi, le regard profondément attristé.
- Je ne suis pas venu te voir avant... Cela n'aurait rien changé rien à ta peine, dit-il alors que les larmes me montent aux yeux, je suis si désolé...
- Le... Leah va bien ? demandé-je la voix tremblante, je... J'ai honte de ne pas être venus vous voir plus souvent...
- Viens manger à la maison un de ses quatre, tu as besoin du poulet au curry de maman, dit-il en souriant, sourire que je n'arrive pas à lui rendre, je vais te laisser... me salue-t-il en me déposant une bise sur la joue.
Et je me retrouve seule avec mon angoisse. Que va me révéler ce journal ? Je l'ouvre avec délicatesse quand quelque chose en tombe d'entre ses pages.
Une photo.
Toujours secouée par mes tremblements sans fin, je me baisse afin de la ramasser. En la ramenant devant mes yeux, je découvre avec effrois que c'est une photo de Paul. Instinctivement, mon regard devient haineux et je balaye le hall à la recherche de ce dernier.
Lorsque je l'aperçois au loin, son regard accroche le mien. Je lève la photo vers lui et la déchire en mille morceaux, profitant de ce moment pour lui faire passer toute la haine que j'éprouve à son égard. Il me fixe, incapable de bouger.
Alors que s'éparpillent au sol les derniers bouts de papier, je range le journal de ma sœur avec le reste de ses affaires. Les bras chargés, je me dirige vers la sortie, laissant derrière moi les vestiges la photographie au sol.
Sans un regard en arrière, je quitte le lycée. J'en ai terminé avec tout ça.
C'est du moins c'est ce que je croyais avant de lire les journaux intimes de ma sœur. Cela m'a dévastée. Cette lecture a été si éprouvante pour moi que j'en ai pleuré. J'ai pleuré, car elle était heureuse.
Lire ses journaux m'a permis de trouver le courage de nettoyer la salle de bain, mais c'est là que je l'ai vu, cet autre journal. Il était par terre là où j'aurais très bien ne jamais le voir.
Et c'est la tête pleine de vision d'horreur que je l'ai revue, sans vie, le bras pendant mollement à l'extérieure de la baignoire, je me suis revue aussi, me précipitant vers elle pour la sortir de l'eau, la secouant de toute mes forces afin de la réveillée. Cela a dû être à ce moment que j'ai dû pousser le carnet sous la baignoire par inattention.
Je l'ai lu, lui aussi. Il m'a dévastée, lui aussi. Et j'ai pleuré, là aussi. J'ai pleuré, car elle était malheureuse et que je n'ai rien vu de son mal-être. J'ai pris conscience de sa descente aux enfers, j'ai compris tout ce qu'ils lui ont fait subir, ce qu'il lui a fait subir.
Elle y a écrit : « Je sais que ce n'est pas à moi d'avoir honte, que ce n'est pas à moi de souffrir, je sais que je ne devrais pas, mais permettez-moi d'être lâche ». En écho à ses mots, des tâches brunies éclaboussent ses mots. Des taches de sang. Son sang.
C'est cet événement qui m'a décidé d'aller confronter Paul. Je veux lui donner ses journaux pour qu'il se sente misérables comme je me sens misérables. Je veux qu'il lise et je veux qu'il souffre comme il a fait souffrir ma sœur en ne sortant avec elle que pour un pari, en ne couchant avec elle que pour un pari. Je veux qui se sente sale comme elle s'est sentie salie.
Serrant les carnets de ma sœur contre ma poitrine, je toque à la porte de la maison de Paul avec vigueur. Un homme m'ouvre, ce doit être le papa.
- Bonjour, est-ce que Paul est ici ? demandé-je en regardant par-dessus son épaule.
- Euh, non, hésite-t-il, non il est absent actuellement... reprend-il, vous voulez l'attendre ? Mais je ne sais pas à quelle heure il rentrera... me demande-t-il avec bienveillance.
- Non, mais j'ai quelque chose à lui donner, déclaré-je en lui tendant les carnets.
Il s'en saisie avec précaution en m'interrogeant du regard.
- Vous lui direz que c'est de la part d'Ava.
- Aaa... Ava ? s'étrangle-t-il.
- Je suis sa sœur, annoncé-je, le ton dur.
- Je... euh... mes condoléances ne changeront rien et je sais que mon fils y est pour quelque chose, mais il... il a changé depuis... il veut vraiment changer.
- Je m'en fiche, ça ne la fera pas revenir, craché-je alors que le regard de mon interlocuteur se fait tendre.
- Je sais, je le sais très bien... J'aimais beaucoup Ava et si j'avais su quoi que ce soit, j'aurais empêché mon fils de lui faire du mal, croyez-moi...
J'acquiesce et pars sans un mot.
/
Le quotidien chez moi se fait de plus en plus difficile. Depuis le décès de ma sœur, je ne mange presque plus et ne dors pas non plus et c'est encore pire depuis ma la lecture des journaux d'Ava et ma confrontation avec le père de Paul.
Je broie du noir. Je suis malheureuse. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Je suis une épave. En d'autres termes, je me laisse mourir à mon tour.
Il y a trois semaines que je suis morte avec elle, mais mon corps, lui, est bien vivant. Chaque jour, inlassablement, je suis physiquement présente, intérieurement absente et moralement morte.
En raison de mon absence d'interactions sociales autre que celle que j'ai eu avec le père de Paul, la famille Clearwater, Emily et Sam ont décidés de me rendre visite le plus régulièrement possible. C'est d'ailleurs grâce à eux que j'ai au minimum un repas par jour. Je maigris à vue d'œil malgré les bons petits plats qu'ils m'apportent. Cependant, je n'arrive pas à manger seule, je n'en ai pas la force.
Mon médecin me menace de me nourrir par perfusion si je ne mange pas alors mes amis et le peu de famille qu'il me reste, viennent à tour de rôle pour me donner à manger comme à un bébé. C'est pour ma santé qu'ils disent, mais quelle santé ? Je suis déjà morte.
Dans son journal, Ava a écrit « permettez-moi d'être lâche », alors, permettez-le-moi aussi.
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Comme pour m'enfoncer encore plus dans la tristesse, la pluie bas son plein sur La Push. Cela ne m'étonnerait que le temps tourne à l'orage ou à la tempête.
Pour accompagner tout ça, voilà quelques nuits que j'entends des loups hurler à la mort dans la forêt. Cela m'attriste profondément et me déchire le cœur. Je me laisser à imaginer qu'ils ont perdu un frère ou une sœur, eux aussi. Ainsi, j'ai la sensation de les comprendre, d'être en communion avec eux.
Emmitouflée dans une couverture, j'observe la nuit par la fenêtre de la cuisine. Lorsqu'il ne pleut pas, j'ai une vision parfaite sur les maisons de la réserve. Pour autant, la vue doit me faire défaut, ce soir car je crois distinguer une silhouette dans la nuit à travers les gouttes d'eau de l'averse. Je dois être devenue folle. Cela doit être comme ça lorsqu'on se laisse mourir... La folie vient nous chercher, puis la mort nous emporte.
Néanmoins, la silhouette se dessine plus nettement, un homme approche de la maison. Cet homme m'intrigue et l'envie de connaître son identité m'attire vers la porte d'entrée.
Je sors. Nous avançons l'un vers l'autre de manière totalement synchronisée. C'est alors que je le vois plus distinctement.
Paul.
Il est là, debout, à deux mètres de moi.
Comme je me suis arrêtée, il s'est arrêté aussi. Je le toise tandis qu'il me contemple.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ? crié-je pour couvrir le son de l'averse.
- Je les ai lus, déclare-t-il sur le même ton, les journaux d'Ava. Je les ai lus et je voulais que tu saches que je n'imaginais pas qu'elle en arriverait jusque-là ! continue-t-il. Si j'avais su... Si j'avais su je n'aurais rien fait... Et pas qu'à elle. Je ne suis qu'un con ! Si j'avais su que ces paris aboutiraient à son suicide, je n'aurais jamais rien fait ! avoue-t-il, les épaules basses. Je ne suis qu'un con ! se réprimande-t-il encore.
Je le fixe toujours, le regard haineux.
- Je l'aimais, confesse-t-il.
- Si tu l'avais vraiment aimé, tu n'aurais jamais rien fait contre elle.
- Je m'en suis rendu compte trop tard.
- Espèce de salaud ! m'époumoné-je tandis qu'il baisse la tête. Tu vas me dire que tu braves la tempête juste pour me dire ça ? ricané-je.
- Non, avoue-t-il.
Je le regarde interdite, bien que poussée par la curiosité.
- Et alors quoi ? Pourquoi tu es là ? m'énervé-je.
Je commence à perdre patience.
- Je suis là pour toi !
Je ne comprends pas où il veut en venir.
- Je suis tombé amoureux de toi à cause de nos putains de gênes Quileute ! s'écrit-il en levant les bras au ciel. Je t'aime comme personne ne t'a jamais aimé ! Je suis dingue de toi, tu me hantes ! continue-t-il alors que mon cœur se serre douloureusement. À cause de cette putain d'imprégnation je suis obligé de t'aimer, toi, et personne d'autre ! Il y a des milliers de femmes sur terre et il a fallût que ça tombe sur toi ! Je suis la personne qui t'a fait le plus de mal et pourtant je suis aussi celui qui apaisera tes peines... termine-t-il, complètement dévasté.
Je ne comprends rien, il est devenu fou ? Ou alors est-ce ma propre folie ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?! l'interrogé-je, le prenant pour débile.
- Je suis un loup-garou, Jade, dit-il sérieux alors que je frissonne, je me transforme en un gigantesque loup gris argenté, comme nos ancêtres avant moi ! explique-t-il, cérémonieux.
- ÇA T'AMUSE ?! explosé-je. ÇA T'AMUSE DE ME RACONTER ÇA ?! TU N'ES QU'UNE PITOYABLE PETITE ME...
Soudain, un énorme loup gris se trouve devant moi, à la place de Paul. Il tente de faire quelques pas vers moi mais il s'effondre au sol. Le loup reprend aussitôt forme humaine.
Paul est nu comme un ver, baignant dans la boue. Je m'approche de lui avec méfiance et c'est alors que je vois alors du sang.
Beaucoup de sang.
Pourquoi faut-il que ma propre mort soit aussi douloureuse ? Qu'ai-je fait pour mériter d'être hantée par le souvenir de Paul agonisant devant ma maison ? Je n'aurais pas seulement dû retrouver ma famille dans un joli jardin ensoleillé ?
J'observe Paul, toujours allongé sur le sol boueux. C'est peut-être un test, je dois choisir entre sauver Paul et rejoindre ma famille en paix ou le laisser là et brûler en enfer pour l'éternité ? Mais brûler en enfer n'est-ce pas une douce pénitence après ce qu'il m'a fait subir ?
Je me penche sur lui et il grimace en tournant la tête pour me regarder.
- Aide-moi... aide-moi à me lever, supplie-t-il.
- Pourquoi je ferais ça ? craché-je.
- Parce que je suis le seul à pouvoir t'aider.
Étrangement, ses paroles me touchent en plein cœur et j'en frissonne. Poussée par je ne sais quel instinct, je choisis de partir en paix et l'aide à se remettre debout. Me dominant de sa taille, il me regarde droit dans les yeux.
- Merci, dit-il, sincère, je n'aurais pas dû me transformer, ça a rouvert ma blessure, se justifie-t-il.
- Elle y croyait... murmuré-je, Ava croyait aux légendes...
Une larme roule sur ma joue, mais elle passe inaperçu avec la pluie. Cette unique larme me ramène à la réalité. Je ne suis pas morte, je ne suis pas folle et Paul est un guerrier-loup.
- Il faut désinfecter la plaie, suis-moi, ordonné-je.
Tel un automate, je retourne dans la maison et grimpe à l'étage. Figée devant la salle de bain, Paul ouvre la porte la porte. Il est toujours derrière moi et je sens son aura m'envelopper. J'entre dans la pièce et Paul me suit, toujours sans un mot.
Tandis que je m'empresser de fouiller dans l'armoire à pharmacie, il reste silencieux et immobile au milieu de la pièce. Je finis par me tourner vers lui, une bouteille de désinfectant et des cotons à la main. Sa blessure lui parcourt le dos, aussi, je lui ordonne de se tenir au lavabo.
Me déplaçant derrière lui, j'observe la plaie avec plus d'attention. Je grimace et Paul étouffe un grognement en voyant ma réaction à travers le miroir face à lui. J'évite de le regarder à mon tour à travers le reflet et reste focalisée sur la l'entaille traversant le dos de Paul de l'épaule à la hanche.
Sans prévenir, je déverse de l'antiseptique sur la déchirure de sa peau et la tamponne avec du coton. Paul grogne de douleur, cramponné au lavabo qu'il manque de briser. La respiration courte, chaque battement de mon cœur pulse jusque dans ma tête. Au plus profond de moi, le voir souffrir me fait terriblement bien.
Je la recouvre la plaie le plus délicatement possible avec des compresses que je fixe à l'aide de sparadrap et alors que je mets une place le dernier bout de d'adhésif au niveau de sa hanche, je lève les yeux vers le miroir face à nous.
- Je ne suis pas obligée, c'est ça ?
Son regard accroche le mien et ne se quittent plus. Un frisson me parcourt le corps. Pourquoi faut-il que tout soit si compliqué ? Mon regard est toujours ancré dans le sien et je ne parviens pas à m'en détacher. Qu'ai-je fait par le passé qui mérite un tel châtiment ?
Je réussis bon gré mal gré à détourner le regard, balayant la pièce des yeux. Malheureusement, tout me ramène à lui. Lui, qui est responsable de tous mes malheurs, lui qui est mon âme-sœur.
Passant mes bras autour de sa taille et me pressant contre son dos. Je laisse libre cours à mes sanglots. Je frissonne à son contact, il est incroyablement chaud et j'ai si froid…
Paul tourne sur lui-même et je me retrouve la tête contre son torse, une de ses mains me caresse la joue tendrement. Cette tendresse me trouble, son odeur m'enivre et le son de sa voix m'ensorcelle.
- Non, tu n'es pas obligée.
Je relève la tête et nos regards se croisent de nouveau. Son visage s'approche du mien, doucement. Ses lèvres entrent en contact avec les miennes, sa langue caresse mes lèvres, que j'entrouvre. Nous nous embrassons comme deux adolescents tentant une première expérience, puis plus passionnément.
Il m'embrasse comme personne ne m'a jamais embrassé et ne m'embrassera jamais.
Mes mains remontent du bas son dos jusqu'à sa nuque. Nous nous séparons pour reprendre notre souffle, ses pouces caressent mes hanches sous mon tee-shirt. Je l'embrasse de nouveau, il comprend.
Je ne devrais pas faire ça. Je brûlerais en enfer.
Il déboutonne mon jean et entreprend de me le retirer, je l'aide. Je me presse contre lui et je sens sa verge devenir dure contre moi. Seule ma culotte sépare mon intimité de la sienne.
Et il brûlera avec moi.
Ses lèvres dérivent de ma bouche à ma joue et de ma joue à mon cou. Il me suçote la peau, je gémis. Ses mains s'attardent à me retirer mon sous-vêtement mais finissent par le déchirer d'un geste brusque.
Après m'avoir fait un suçon, les lèvres retrouvent les miennes pour m'embrasser de nouveau. Je me presse contre lui, impatiente. Il m'attrape une jambe au niveau du genou et la lève jusqu'à son bassin, je gémis encore et il me pénètre avec vigueur.
Je me retrouve finalement dans ses bras, mes jambes entourant sa taille avant qu'être plaquée contre un mur. Paul commence ainsi ses mouvements de va et vient.
Nous gémissons à l'unisson.
Et je m'abandonne à lui corps et âme.
/
Je me réveille dans mon lit, la place d'à côté encore chaude.
Il est parti.
Tant mieux, à quoi je pensais ? Faire l'amour avec Paul a été une terrible erreur. Je sors de mon lit, enfile ma robe de chambre et descends les escaliers doucement. Au rez-de-chaussée, je me retrouve nez à nez avec Paul sortant de la cuisine, un plateau repas dans les mains.
- Tu croyais que j'étais parti, hein ? Désolé de te décevoir, trésor, mais je nous préparais seulement de quoi manger ! Tu vois, je voulais te réveiller avec des mots doux, mais c'est loupé, dit-il en haussant les épaule.
- Tu es tout nu, répondis-je bêtement.
Il rit alors que je m'approche pour lui prendre le plateau des mains. Je m'installe à table et Paul me rejoint. Nous mangerons sans parler, il a fait des pancakes et grillé des petits pains briochés.
- Ça ne se reproduira plus, Paul.
- Qu'est-ce qui ne se reproduira plus ?
- Toi et moi. C'était une erreur que je ne commettrais pas une nouvelle fois.
Il ne dit rien, préférant baisser les yeux sur son pancake.
- Pense à ce que diront les gens de la réserve, Paul ! continué-je. Pour quoi vé-je passer ?
- Ils diront sûrement que tu es folle, que tu n'as pas de respect pour ta sœur, ils diront sans doute que tu es masochiste, voilà ce qu'ils diront.
Mon cœur se serre, mes larmes menacent de couler, encore. Je baisse la tête vers mon bol de lait chocolaté.
- Mais je te rendrais heureuse et leurs ragots cesseront avec le temps, Jade.
Je relève la tête vers lui, frissonnante, et plonge dans son regard tendre. C'est la deuxième fois qu'il prononce mon prénom et cela provoque chez moi une réaction immédiate.
- Je sais qu'être désolé ne changera rien, il y aura toujours une part de toi qui me détesteras et je ne te demanderais jamais de cesser de me détester parce que c'est comme ça que tu m'aimes...
- Je ne t'aime pas.
- Que tu m'aimeras, rectifie-t-il.
Je reprends une bouchée de mon pancake sans rien ajouter. Il faut que je réfléchisse à tout ça. J'ai certes ressenti un profond désir pour lui, mais ça ne change rien. Que je me sois abandonnée à lui ne change rien.
Quelqu'un toque à la porte.
- C'est Sam, tu peux ouvrir, me signale Paul.
Je me lève et vais ouvrir. Sam entre dans la maison avec des vêtements pour Paul.
- Salut Jade, me dit Sam en me claquant une bise sur la joue, comment vas-tu ?
- Ça va mal...
Sam me serre contre lui avec tendresse, comme s'il était mon frère.
- Jade, tu peux refuser l'imprégnation, tu sais ? me prévient-il en regardant Paul manger par-dessus mon épaule.
- Ouais, répondis-je, je vais aller voir Ava aujourd'hui et je reviendrais ici pour essayer de travailler...
- Je vais demander à Leah va venir te voir, d'accord ?
- Oui, je veux bien.
- Paul, on y va, ordonne Sam d'une grosse voix, à bientôt ma belle et n'oublie pas qu'Emily t'attend à la maison, me dit-il plus doux.
- J... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée...
- Au contraire, tout le monde serait ravi de t'accueillir ! insiste-t-il.
- Je vais y réfléchir...
Sam me relâche et il s'éloigne. Paul s'avance vers moi, mais son Alpha le retient d'un regard, il obtempère et s'en va. Je me retrouve seule à ruminer mes pensées. Je finis mon petit-déjeuner puis je m'habille pour aller sur la tombe de ma sœur.
Au cimetière, je m'assoie devant la pierre tombale de ma sœur et me met à la caresser tendrement.
- Salut petite sœur... Tu me manques, tu sais ? Ce n'est pas pareil sans toi... Je suis seule... pleuré-je, tu es partie et tu m'as abandonné ! Je suis toute seule dans cette grande maison ! Tu sais, je n'arrive pas à entrer dans ta chambre et je prends une douche une fois par semaine ! sangloté-je, suffocant presque. Voir cette baignoire me rend folle !
Les larmes coulent sur mes joues indéfiniment.
- Pourquoi tu as fait ça, Ava ? demandé-je, espérant avoir une réponse différente que celle de ses journaux intimes. Comment veux-tu que je tienne sans toi ? Papa et maman sont partis quand on avait dix et quinze ans et je n'ai plus la force pour vivre... Ava, maintenant que tu es partie, plus rien ne me retient ici !
Je renifle bruyamment et mes sanglots redoublent.
- Je veux être aussi lâche que toi... Je n'arrive plus à réfléchir correctement et hier... hier j'ai fait une grosse bêtise...
Je lève les yeux au ciel, cherchant mes mots avant d'inspirer.
- Je... J'ai fait l'amour avec Paul... pleurniché-je, la voix plaintive. Oh Ava ne m'en veut pas je t'en prie... Ce... C'est un loup ! bégayé-je. Mon loup, déclaré-je, le cœur battant avec force dans ma poitrine. Je suis désolée, tellement désolée !
Je touche les lettres de son prénom et gravées dans la pierre.
- Je te promets que je ne l'ai pas fait exprès, ça ne se reproduira plus. Je te le promets.
Je me tais quelques instants et je lève les yeux vers le ciel.
- Dis à papa et maman que... dis leur que je vais être aussi lâche que toi !
Je fais un bisou sur la pierre et me lève. En me retournant, je tombe nez à nez avec Leah qui me fixe droit dans les yeux, son regard est obscurci par la colère. Soudain, sa main se lève et claque sur ma joue.
J'ai mal.
- Je t'interdis de tenter quoi que ce soit, Jade, gronde-t-elle, je t'interdis de te suicider !
Je titube puis me fige. Je regarde de nouveau Leah dans les yeux.
- Tu n'as pas le droit de mourir comme ça ! JE TE L'INTERDIS, TU M'ENTENDS ? hurle-t-elle.
Je ne réponds rien. Que dire, de toute manière ? Leah se calme peu à peu.
- Si tu as besoin de te défouler, fait le sur autre chose que sur toi ! dit-elle en m'attirant contre elle tandis que je fonds de nouveau en larme. Tu n'as pas le droit de mourir, Jade, pas comme ça !
- Leah...
- Je sais que c'est dur, je sais que perdre un proche n'est pas facile, mais, ce n'est pas la solution.
Elle pleure à son tour.
- On va rentrer toutes les deux et se changer les idées, décide-t-elle fermement.
Nous allons chez moi en silence. Elle a changé, elle a grandi aussi. Dans la maison, je récupère une pile de document déposée dans l'entée et m'installe dans le canapé. J'ai repris le travail à domicile depuis peu, je suis agent d'édition, je lis les romans que les gens envoient à notre maison d'édition et je choisis les meilleurs, ceux que nous publierons. Leah décide de m'aider en sélectionnant des romans qu'elle lirait selon le synopsis.
- Pourquoi ne retournes-tu pas travailler à l'agence ? Ça te changerait les idées ! me demande-t-elle. Tu rumines ton désespoir tous les jours dans cette maison...
- Si je m'en vais, je ne reviendrais pas.
- Je pense que si !
Elle rit, cela fait une éternité que je ne l'ai pas entendu rire.
- Cette maison est ta maison, tu y as vécu toute ta vie, tu ne partirais pas comme ça, je te connais !
Elle a raison, si je pars, je reviendrais, c'est ici chez moi, c'est ma maison depuis toujours. Même après le décès de mes parents, j'y suis resté en tant que majeur émancipée pour m'occuper d'Ava.
Leah reste avec moi une bonne partie de l'après-midi et finit par rentrer chez elle. Je me retrouve seule de nouveau. Tristement et désespérément seule.
/
Les mots de Leah raisonnent en moi depuis sa visite, elle a raison, si je devais me défouler, il fallait que je me défoule sur quelque chose qui me hante, quelque chose qui me fait mal.
J'entre dans la maison avec l'objet qui soulagera mon mal-être et me dirige vers l'escalier
J'entre dans la salle de bain et m'approche de la baignoire.
De cette satanée baignoire.
Une masse à la main, je réunis toute la force nécessaire pour la soulever au-dessus de ma tête et je tape. Je tape la céramique aussi forte que possible.
La baignoire se brise sous les assauts orageux de ma masse. L'eau qui sort des tuyaux m'éclabousse et inonde la salle de bain, mais je m'en fiche, le plus important est de détruire cette foutue baignoire.
Je crie, je pleure. Je casse, je détruis et je réduis en poussière. Je me libère. Je libère ma haine, je libère ma peine, je libère ma rage et je libère mon âme.
Je n'entends pas la porte s'ouvrir, je n'entends pas les pas dans les escaliers et je ne remarque pas non plus que l'eau se coupe. Je ne réagis pas, je suis dans mon monde, dans ma bulle car je détruis mon malheur.
Quelque chose arrête l'élan de ma masse et un bras chaud entoure mes épaules. Je me débats mais la personne est plus forte que moi.
- C'est fini, Jade.
Je frissonne. C'est Paul.
- Tu as cassé la baignoire, il n'y a plus que des débris.
Je m'écroule en larme.
/
Depuis que j'ai démoli ma baignoire et le carrelage de ma salle de bain, je vis chez Emily et Sam. Mes amis ont pensé qu'il serait bon pour moi de profiter de la situation pour refaire intégralement l'intérieur de ma maison. Bien que réticente au début, j'avoue maintenant que vivre avec chez le couple m'est bénéfique. Je parviens à penser à autre chose.
La vie avec la meute me permet de sortir quelques peu la tête hors de l'eau. Sam et Jared étant particulièrement aux petits soins. Ils se sont eux aussi imprégnés, Sam d'Emily et Jared de Kim, ce lien qu'il partagent avec leur âme-sœur renforce d'une certaine façon leurs relations avec les imprégnées des autres loups, bien que cela ne soit pas comparable.
Les loups d'une même meute partagent leurs expériences à travers leur esprit commun, ils se comprennent parfaitement et ainsi l'ensemble de la meute a pu s'apercevoir des sentiments de Paul. Sam a tenté de m'expliquer, mais je l'ai arrêté aussitôt. Je ne veux pas savoir ce que ressent Paul, ma détresse est déjà suffisamment difficile à vivre.
Paul vient me voir tous les jours, il reste avec moi silencieusement et finit pas s'en aller, toujours sans un mot. Ses visites quotidiennes m'apaisent et je me surprends à attendre impatiemment son retour de l'école pour le voir.
Pouvoir le regarder de nouveau dans les yeux a été une grande étape. Il l'a compris et laisse faire le temps. Si quelque chose devait ou non arriver, il sait pertinemment que je ne le laisserais pas forcer les choses. Avoir succombé à son charme ayant été une terrible erreur, je ne voudrais pas la répéter.
J'ai toujours une profonde rancœur pour ce qu'il a fait, mais je ne peux plus nier le fait qu'il m'attire et que sa présence m'est indispensable. Imprégnation oblige. Il est tendre et compréhensif, néanmoins il est reste la cause de ma plus grande souffrance
Je lui en veux car je me surprends à aimer le haïr et à haïr de l'aimer. Son être tout entier me répugne et me fascine. Je deviens folle. Paul Lahote me rend folle.
/
La meute de Sam s'est vue s'agrandir au fil des semaines Sam, Jared, Paul, Embry, Jacob et Embry ont été rejoints par Seth et Leah. C'est la première fois qu'il y a une louve, mais elle est coriace, ma Leah. Elle a failli tuer Paul pour s'être imprégné de moi, mais Sam l'en a dissuadé en lui expliquant inlassablement que cela ne se contrôle pas. Elle a abandonné ses tentatives de meurtre, mais elle lui en veut. Pourquoi moi ?
D'autant plus qu'elle a ses propres problèmes, en mutant, elle a compris le lien qui reliait Sam à Emily et elle a pu pardonner à son ex petit-ami de l'avoir quitté pour sa cousine. Parce que oui, l'imprégnation ne s'était pas acharné que sur moi, Leah aussi souffrait.
Pour alléger le tout, notez bien l'ironie, la mutation de Leah a été un tel choc pour Harry Clearwater, qu'il en a fait une crise cardiaque. Les émotions qui ont traversés l'esprit de Seth ont été si fortes qu'il a muté à son tour. Harry Clearwater est mort à son domicile, dans les bras de sa femme qui n'a rien pu faire pour le réanimer.
Cette nouvelle m'a dévastée. Voilà que je perdais un repère de plus dans le sombre brouillard de ma vie. Je ne parviens pas à soutenir Leah, dans cette épreuve, je suis un fardeau pour tout le monde.
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Trois mois.
Cela fait trois mois qu'Ava est morte et je retrouve un semblant de vie normale. Je suis enfin retournée travailler à l'agence d'édition et dans la même démarche que chez moi, j'ai réorganisé mon bureau. J'ai également pu réemménager chez moi, les garçons de la meute ayant terminés l'ensemble des travaux de rénovation.
Ils ont fait un boulot remarquable, je ne reconnais plus rien et c'est véritablement magnifique. Les garçons ont tout cassé pour tout refaire, leur base était les quatre murs et le toit. Je me sens bien dans cette -presque- nouvelle maison, le choix du design étant à l'initiative d'Emily sous le couvert de Leah et de Sue.
Je change de vie.
Paul continue me rendre visite tous les jours après les cours. Comme je suis seule de nouveau, c'est lui qui s'occupe de moi. Il me fait à manger, regarde la télé avec moi puis repart chez lui ou patrouiller. Cette routine me plaît. Égoïstement, j'aime qu'il s'implique dans cette relation à sens unique et qu'il prenne soin de moi.
/
Cinq mois. Cinq mois depuis qu'Ava est morte.
Je vais mieux, j'ai repris du poids, je mange et dors correctement. Psychologiquement parlant, ce n'est pas vraiment ça, mais il m'arrive de rire et c'est déjà beaucoup. Je ne suis pas heureuse, mais pas malheureuse non plus.
Tout ça c'est grâce à la meute et je dois le reconnaître grâce à Paul. Comme il me l'a si bien dit : « je suis aussi celui qui apaisera tes peines » et je ne peux plus le nier, sa présence m'est devenue indispensable. Tellement indispensable que je me suis aperçue que je ne pouvais pas dormir sans lui.
Tout me ramène toujours à lui.
Ce soir, je suis seule à la maison, Paul est en patrouille dans les alentours. Ne sachant quoi faire, je décide de monter dans ma chambre avec un script découvert il y a peu. Avant de me mettre en pyjama, j'ouvre le loquet de la fenêtre pour que mon loup puisse entrer sans encombre, la porte d'entrée étant fermée à clef.
Changée, je me glisse sous les couvertures et continue ma lecture. Je me rends seulement compte du temps qui passe lorsqu'un bâillement de fatigue me tire de ma lecture. Je pose l'ouvrage sur ma table de nuit, éteint la lumière et me cale au chaud sous la couette.
Un courant d'air me tire de mon demi-sommeil tandis qu'un corps chaud se love contre le mien.
- Tu es là... dis-je.
- Tu ne pensais pas t'endormir sans moi ?
- Je ne m'endors jamais sans toi... répondis-je en sombrant de plus en plus.
Je me blottis un peu plus dans ses bras chauds et Paul me fait un bisou tendre sur le front.
- Je t'aime, dit-il.
- Paul, on ira au cimetière demain, je vais te présenter à mes parents.
Il rit légèrement.
- Un peu morbide... mais, c'est d'accord.
Je m'endors pour de bon, me concentrant sur les battements de cœur régulier de Paul.
Alors que j'ouvre les yeux, réveillée par les quelques rayons de soleil qui percent à travers le double rideau de ma chambre, Paul entre dans ma... notre chambre avec un plateau dans les mains.
- Tu n'étais pas obligé... dis-je, la bouche pâteuse.
- Trésor, je ferais toujours tout pour te faire plaisir ! répond-il en posant le plateau sur ma table de nuit.
Nous prenons notre petit-déjeuner tranquillement avant de nous préparer pour notre rendez-vous au cimetière. J'angoisse terriblement... Pour beaucoup cela parait stupide et d'en d'autres circonstances, j'en conviendrais bien, mais plus aujourd'hui. Et aujourd'hui, annoncer ma relation avec Paul à mes parents ainsi qu'à ma sœur me fait terriblement peur. Et s'ils se fâchaient ?
Nous nous y rendons à pied et c'est main dans la main que nous arrivons sur place. Ma grand-mère paternelle, assise sur un siège de camping, se trouve devant les pierres tombales. Je lâche la main de Paul avant qu'elle nous voie. Il baisse tristement les yeux et mon cœur se serre dans ma poitrine.
- Mamie ! Ça fait longtemps ! dis-je en l'interpellant.
- Oh bon Dieu, tu m'as fichu la trouille ! Comment vas-tu, toi ? dit-elle de façon bourrue, en se tournant vers moi. Hum... apparemment tu vas bien ! lâche-t-elle amère.
- Jade ? Tu me laisses discuter avec ta grand-mère quelques instants ? demande Paul, insistant du regard.
Il ne va tout de même pas raconter tout à ma mamie ? Si ?
- Je vais voir Harry, annoncé-je en m'éloignant.
Harry Clearwater était comme un père pour moi. Je le salue, lui demande s'il va bien avant de fondre en larme.
- Je suis désolée de ne pas être venue te voir avant, tu sais, avec tout ce qui est arrivé...Je...j'ai eu du mal à sortir la tête de l'eau... ça va mieux depuis que Paul est là, tout a l'air de s'améliorer... L'imprégnation, c'est quelque chose d'étrange...
Je sèche mes larmes.
- Ils vont bien là-haut ? Papa et maman ? Ava ? Tu lui as mis un coup de pompe au cul j'espère ! ris-je et pleuré-je en même temps tout en reniflant bruyamment. Tu nous manques Harry, tu nous manques vraiment beaucoup... J'aurais vraiment besoin d'un papa en ce moment, surtout d'un papa qui connaît les légendes par cœur...
Je caresse distraitement la pierre tombale.
- Je pourrais parler avec Billy, mais ça ne sera pas pareil... soupiré-je avant d'essuyer mes larmes. Tu sais, Paul... Paul est bon pour moi... Il veut mon bonheur, mais je ne lui rends pas... Je suis malheureuse.
Quelqu'un arrive derrière moi.
- Loup-garou ou pas, si jamais il fait quelque chose de mal, je le tue avec le fusil de ton grand-père ! déclare ma grand-mère.
Je la regarde s'en aller claudicante, son siège de camping sous le bras.
- Jade ? entendis-je tandis que je frissonne.
C'est Paul. Je me tourne vers lui.
- J'ai parlé de nous à ta grand-mère, elle a compris mais je pense qu'elle va rendre visite à Billy pour demander une confirmation...
- Elle ne veut pas que tu me fasses du mal... dis-je tout bas.
- Je sais, Trésor, confirme-t-il en me faisant un bisou au sommet du crâne, On retourne voir tes parents ?
Nous retournons dans l'allée de mes parents. Devant la pierre tombale, je fais les présentations en bonne et due forme puis j'attends, comme s'ils allaient répondre. Paul se racle la gorge discrètement.
- Je prendrais soin de votre fille, dit-il calmement, je l'aime de toute mon âme et bien plus encore... déclare-t-il alors que mon cœur se serre. Si vous croisez Taha Aki et sa troisième épouse, ils vous expliqueront ça mieux que moi... avoue-t-il.
- Je reviendrais plus tard, d'accord ? Je vous aime, terminé-je.
Nous rentrons à la maison, main dans la main. Lorsque j'ouvre la porte, Paul se dirige vers l'escalier et file à l'étage tandis que je m'installe sur le canapé. De loin, j'entends ses pas se diriger vers la bibliothèque.
J'ai remarqué qu'il s'y rend souvent et j'avoue ne pas savoir pourquoi. Il y reste pendant des heures avant de revenir me voir comme si tout allait bien. J'aimerais aller le voir, mais je n'ose pas le déranger, il a ses secrets et je le respecte.
Je suppose qu'il pleure la mort d'Ava et bien que cela me fasse mal au cœur, une part sombre de ma conscience s'en réjouit.
Et je n'en éprouve aucune honte.
Depuis que j'ai présenté Paul à mes parents, plusieurs jours ont passés. Comme il me l'avait exposé, la relation que j'entretiens avec eux a fait le tour de la réserve. Ils m'ont traité de folle, de masochiste et bien plus encore.
A cause de cela, Paul me paraît de plus en plus dévoué, bien que je ne sois pas sûr que ce soit humainement possible. Mais était-il humain ?
Nos réveils sonnent à quelques minutes d'intervalles. Je paresse au lit quelques instants, avant de constater que monsieur dort toujours à poing fermé.
- Il faut que tu te lèves, tu as cours... le grondé-je gentiment.
- Hum... Pas envie.
- Je sais bien que tu es fatigué, que tu as patrouillé toute la nuit, mais il faut que tu y ailles...
- Pourvoi... ? bafouille-t-il dans son oreiller.
Je soupire avant de lui caresser les cheveux.
- Parce qu'il faut que tu aies ton diplôme pour avoir un travail décent plus tard, expliqué-je, je vais travailler et toi tu vas en classe.
- Dis à Bob que tu es malade, comme ça tu restes avec moi !
- Non, je ne peux pas faire ça à Bob, tu sais, il m'a donné une chance alors que je n'avais aucun diplôme.
Il grogne et je me lève pour me préparer.
Au bureau, je passe saluer Bob, comme tous les matins. Bob était un ami d'Harry Clearwater et de mon père, ils étaient à la fac ensemble et lorsque papa est décédé, il m'a promis une place dans son agence d'édition afin que je puisse subvenir à mes besoins et surtout à ceux d'Ava. Tout comme Harry, Bob a été un père pour moi et depuis la mort d'Ava, il a été un soutient infaillible, allant jusqu'à me permettre de travailler de chez moi plus longtemps que ce qui est autorisé par la filiale.
- Oh, tu as une petite mine, toi... dit-il inquiet, aller entre et assieds-toi.
Je m'exécute.
- Ma chérie, est-ce que ça va, vraiment ? Tu peux tout me dire, tu sais ?
- Oui, ça va, beaucoup de choses ont changé et ça va mieux...
Il fait mine de réfléchir.
- Pardonne ma question, mais est-ce que ça va, avec ce Paul ?... Je veux dire qu'il euh... eh bien...
Il ne termine pas sa phrase.
- Il me rend heureuse, Bobby, je sais que tu ne me comprends pas, mais il m'aide... avoué-je.
- Il te fait souffrir... dit-il, bienveillant.
- Je n'oublie pas, mais il m'aide et me comprend, c'est... c'est compliqué et à la fois très simple... Tu sais il... il m'aime.
- Si tu sais ce que tu fais, je ne vais pas t'embêter plus, soupire-t-il, Helen voudrait tu viennes à la maison, nous souhaiterions te parler.
- Venez manger à la maison ce soir, vous n'avez pas vu le nouvel intérieur.
Il se gratte le menton distraitement avant d'acquiescer. Je me rends alors à mon bureau afin de véritablement commencer ma journée, entre lecture et rendez-vous.
Helen et Bob arrivent à la maison en fin début de soirée. Paul est en train de faire ses devoirs et cette image me fait sourire tendrement. C'est dans ses moments que je me rends réellement compte que ce n'est qu'un adolescent coincé dans le corps d'un homme d'environ vingt-cinq ans.
- Oh ma puce, tu as repris des forces depuis la dernière fois ! annonce Helen en me serrant contre elle, je suis si soulagée, continue-t-elle en tapotant la joue avant de me coller une bise maternelle sur la joue.
Je demande à mes invités de s'asseoir confortablement sur le canapé tandis que je prends place sur un fauteuil. Nous discutons de choses diverses et variées. Je sens bien que le couple est tendu, je décide de prendre les choses en mains.
- Allez, dites-moi pourquoi vous vouliez me parler, les encouragé-je.
Ils échangent un regard entendu avant que Bob ne prenne la parole.
- Tu sais que nous n'avons pas d'enfants…
- Oui... répondis-je ne voyant pas où il veut en venir.
- Et tu sais que nous vous considérions comme nos filles, Ava et toi.
- Oui, je...
- Nous réfléchissons depuis un moment déjà, me coupe Helen, et nous voulons t'adopter.
- M'adopter ? m'étonné-je.
- C'est juste une formalité... commence Bobby avant d'être coupé par sa femme.
- N'avons pas eu d'enfants pour cause d'incompatibilité et nous n'avons jamais pu adopter par manque de moyen... explique-t-elle, nous voulions attendre la majorité d'Ava pour vous en parler, mais depuis... sa voix se voile et ses yeux s'embrument.
- Je serais ravie que vous m'adoptiez, dis-je tout bas.
Bob sort des papiers du sac de son épouse et me les tend, je prends le temps de lire l'ensemble du document.
- Et pour mes grands-parents ? Est-ce que cela va changer quelque chose ?
- Ce seront toujours tes grands-parents et tu seras toujours leur petite-fille, me rassure Bob, seulement légalement, tu deviendras notre héritière directe s'il nous arrive quelque chose.
J'acquiesce avant de signer en bas de page. Paul nous rejoint dans le salon à ce moment.
- Vous restez bien dîner ? demande ce dernier.
- Nous ne voudrions pas déranger ! s'exclame Helen.
- Vous ne dérangez jamais ! m'exclamé-je. Restez...
- C'est ce qui était convenu, me soutiens Bob.
- Je vais chercher mon père, dans ce cas, si cela ne dérange personne...
- C'est une très bonne idée ! répondis-je en lui adressant un sourire timide.
Il sourit à son tour, comme si mon geste était la plus belle des déclarations d'amour. Je rougis quelques peu ce qui me fais l'impression d'être une adolescente.
Paul s'en va et j'en profite pour faire visiter la maison à mes parents adoptifs. Helen décide de m'aider à installer la table, le repas ayant été préparé par Paul plus tôt dans la journée.
Paul revient un peu plus tard accompagné de père. Je ne l'ai pas revu depuis l'histoire des carnets. Ce souvenir me coupe le souffle et Paul s'en aperçoit. Il se précipite vers moi et je me détends. Il m'accompagne vers son père que le salue timidement, consciente que notre dernière conversation n'était pas très cordiale.
Alors que nous allons nous mettre à table, quelqu'un toque à la porte et je vais ouvrir.
- Il paraît que tu as invité Bobby et Helen, alors Emily à faire une tarte aux pommes, me salue Sam avant de me coller une bise sur le front.
- Comment tu as su ?
- Disons que j'ai du flair, rit-il avant de se reprendre, c'est Paul qui me l'a dit.
Je salue Emily et la remercie pour la tarte aux pommes. Alors que les discussions vont bon train, je rajoute deux couverts. Tous à table, nous mangeons en parlant aussi joyeusement que la situation le permettait de diverses banalités, comme de mon boulot, de l'avenir de Paul en tant que comptable, de la petite entreprise de dépannage informatiques de son père... L'ambiance est bonne, mais je me sens légèrement mal à l'aise par moment.
- La tarte doit être assez chaude, je vais la chercher.
J'apporte le dessert et le repas suit son cours entre thé ou café. Au terme d'une soirée agréable, chacun rentre chez soi.
Alors que je ferme la porte derrière notre dernier convive, je fonds en larme et Paul me prends dans ses bras pour me réconforter. L'espace d'un instant, la sensation d'avoir été entourée d'une famille me bouleverse.
/
Avec Paul nous nous rendons chez Emily et Sam. Je n'y suis pas retournée depuis que je me suis réinstallée chez moi, je n'y suis pas. Bien que j'y ai entièrement ma place, je ne souhaite pas être source de discorde au sein de la meute, mon état d'esprit n'étant pas encore totalement bon pour eux.
Lorsque nous passons le seuil de la porte, l'ensembles des garçons me font un grand sourire. Ces sourires francs me font chaud au cœur. Dans un coin, je remarque une jeune fille qui me sourit timidement, cela doit être Kim, l'imprégnée de Jared, que je n'avais rencontré.
Nous passons la journée tous ensemble, comme une famille. Mon cœur se serre, Paul doit le sentir car il me serre contre lui afin de me réconforter. Au cours de la journée, les garçons patrouillent en petits groupes qui change toutes les heures. Lors des absences de Paul, je me sens comme perdue, ce qui n'a pas échappé au reste de la meute, Emily et Kim y compris.
Foutue imprégnation et foutues hormones !
En fin de soirée, installé contre Paul dans le salon, l'ambiance me paraît tendue.
- Ce serait bien que tu ailles chez Bob et Helen quelque temps, m'annonce Paul.
- Pourquoi ?
- Pour te reposer, profiter d'eux, je ne sais pas... Ce serait bien.
- Qu'est-ce qui se passe ? insisté-je.
Quil soupire de désespoir devant Paul qui s'y prend comme un pied. Je le regarde en fronçant les sourcils.
- Ce qui Paul essaye de te dire, c'est qu'on va se battre contre des nouveau-nés, enfin, des vampires ! Et il a trop peur que tu restes à La Push.
Je remercie Quil pour cette information, tandis que Paul l'engueule. Je décide néanmoins que je passerais cette journée là avec Kim et Emily. Après tout, rien ne risque de m'arriver, d'autant plus que les deux nouveaux louveteaux, Collin et Brady, resteront à la réserve pour nous défendre si besoin.
/
Plus tard, Paul m'a tout raconté concernant cette fameuse bataille contre les nouveau-nés, je sais désormais qu'ils traquent Bella Swan, que les Cullen sont des vampires dit « végétarien » car ils ne boivent pas de sang humain mais du sang animal et qu'ils ont entraînés la meute au combat depuis des semaines.
Le grand jour approche plus vite que prévu. Le Lutin, enfin, Alice Cullen, aurait annoncé à la meute que le combat serait pour le quinze juin. Dans un premier temps, j'ai été dubitative fasse à cette annonce... Comment pouvait-elle être aussi sur des événements à venir ?
Cependant, Jacob m'a expliqué que certains vampires ont des capacités spéciales et qu'Alice pouvait prédire l'avenir, qu'Edward pouvait lire les pensées et que Jasper pouvait contrôler les émotions. J'en suis restée bouche-bée.
- Paul, si Alice Cullen peut lire l'avenir... Elle connaît l'issue du combat, non ?
- Ça ne marche pas comme ça malheureusement... soupire-t-il, nous y avons pensés aussi, mais elle nous a expliqué comment son don fonctionnait : Elle ne peut voir l'avenir qu'à partir du moment où une décision a été prise.
- Je ne saisis pas bien...
- Les vampires ont décidés de nous attaquer le quinze de ce mois, alors Alice l'a vu, mais elle ne peut pas connaître l'issue de la bataille car elle ne sait pas comment elle se déroulera, explique-t-il, par contre, cela nous laisse le temps de mettre en place une tactique et ainsi déjouer leurs actions.
J'acquiesce avant de me perdre dans le flot de mes pensées. J'espère que tout ira bien pour eux...
/
Il est très tôt et je me réveille en sursaut. Nous y sommes. Paul est déjà debout et enfile son short.
- Je ne voulais pas te réveiller, dit-il désolé.
- Tu serais partis sans un mot ?
Il nie de la tête.
- Je voulais te laisser dormir encore un peu...
- J'ai toute la journée pour dormir.
Je me lève à mon tour et descends lui préparer un petit déjeuner royal. Il lui faudra des forces et pour une fois, c'est moi qui dois m'occuper de lui. Paul me rejoint rapidement et m'aide. Je l'observe attentivement... Que deviendrai-je s'il ne revenait pas ? Qui s'occupera de moi ?
Nous mangeons dans un silence religieux. Je ne sais pas quoi dire, j'ai trop peur de raconter n'importe quoi. Et a priori, pour lui, c'est pareil.
Je le laisse terminer son repas tranquillement et vais m'habiller afin de nous rendre chez Emily. Lorsque je reviens à la cuisine, tout est débarrassé et rangé.
- Tu es prête ? demande Paul, le regard dans le vague.
Je sais ce qu'il fait, il évite de me regarder pour ne pas renoncer à aller se battre. Je m'approche de lui et le serre contre moi.
- Embrasse-moi, ordonné-je.
Il a un hoquet de stupéfaction, nous ne nous sommes pas embrassés depuis le soir où il m'a révélé être un loup-garou et qu'il s'était imprégné de moi. Son regard plonge dans le mien et il m'embrasse tendrement. Mes mains agrippent sa nuque afin de prolonger se baiser. Lorsque nous nous détachons l'un de l'autre, son regard brille d'un amour infini.
Nous nous rendons chez Emily où la meute se rassemble avant la grande confrontation. Tout le monde est déjà sur place, les garçons sont tendus et notre arrivé ne passe pas inaperçue. Emily donne ses dernières recommandations à Sam telle une mère poule. J'hésite à faire pareil, mais me ravise, elle a dû faire le tour de toutes les directives.
- C'est l'heure, déclare Sam.
Paul s'avance vers le reste de la meute, mais je le retiens. Il se tourne vers moi, fronçant les sourcils d'incompréhension.
- Reviens-moi, dis-je dans un souffle, le suppliant du regard.
Il acquiesce sans un mot et quitte la maison d'Emily avec le reste de la meute.
Au cours de la journée, je me rassure en me remémorant leur plan d'action : Hier, Jacob a emmené Bella au sommet de la montagne, ils ont très vite été rejoint par Edward pour la nuit. Ce matin Seth prend la relève de Jacob, le reste de la meute et des Cullen attendent dans la clairière où le parfum de Bella a été pulvérisé afin d'attirer les vampires nouveau-nés. Tout est parfaitement sous contrôle.
Tout est sous contrôle !
/
Je n'aurais jamais été aussi heureuse que lorsque Paul a passé la porte ce soir-là. Attendez... C'est moi qui parle ? Mon cœur bat à toute vitesse, mais il ne semble pas s'en apercevoir.
C'est là que je m'en rends compte. Il est accompagné de Quil et Jared, seulement de Quil et Jared...
Je vois Emily défaillir à ma gauche, elle est aussitôt rattrapée par Collin et Jared se précipite vers elle et l'étreint avec force.
- Il est vivant Emily, tout le monde est vivant, déclare-t-il.
Elle pleure toutes les larmes de son corps suite à cette annonce et je ne tarde pas à la rejoindre. Kim reste silencieuse, la main sur le cœur, visiblement soulagée.
- Jacob est blessé, il est chez lui en train d'être examiné par le docteur Cullen. Nous sommes venus vous chercher, votre présence peut lui faire du bien d'après Billy, continue Jared.
Lorsque nous arrivons sur place, tous les loups sont attroupés sous le porche de la maison de Billy Black. Je me précipite dans les bras de Seth et de Leah. Cette dernière me semble contrariée et mes soupçons se confirme lorsqu'elle m'annonce d'un grognement que Jacob aurait pu être épargné s'il n'avait pas voulu faire son beau devant Isabella Swan.
- Je l'avais, gronde-t-elle. Ce vampire était fini mais non ! Il a fallu qu'il intervienne !
Je tente de la calmer, ce qui fonctionne dans un premier temps, mais l'arrivée de Bella Swan et Edward Cullen ravive sa rage. Je soupire. La journée aura été longue pour tout le monde.
Le docteur Cullen parvient à soigner Jacob, mais cela a nécessité de lui rebriser tous les os afin qu'ils se resoudent correctement. Le patriarche des vampires nous indique que Jacob a maintenant besoin de repos.
Tandis que Bella entre dans la maison afin de le voir, j'en profite pour saluer tout le monde. Je ne juge pas ma présence n'est pas utile, malgré ce que penser Billy Black. Paul m'accompagne sans un mot.
Personne ne lui en tiendra rigueur de tout façon, ma sécurité étant plus importante.
A la maison, je lui prépare un bon repas qu'il dévore, toujours sans un mot. Je ne sais pas quoi dire non plus, je suis confuse.
- Je vais prendre un bain, dit-il pour conclure son repas.
Je le suis du regard, avant de le suivre tout court. Il est déjà nu dans salle de bain à attendre que l'eau coule dans la baignoire. Tremblante, j'entreprends de sortir des sels de bains du placard, mais le pot me lâche des mains.
Paul le rattrape avec dextérité et le pose sur le rebord de la baignoire. Son silence me rend terriblement nerveuse et des larmes embrument mes yeux. Elles menacent de couler mais ne vienne pas. Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'a-t-il vu ? Que lui ont-ils fait ?
- Paul... chouiné-je, pourquoi tu ne me parles pas ?
Il ne répond rien et se contente de me regarder dans les yeux. L'imprégnation a-t-elle été brisée ? J'essuie mes larmes avant de tourner les talons. Mon cœur se serres, je ne comprends plus rien...
- C'est ce que je ressens tous les jours, déclare-t-il enfin.
Ces mots me font l'effet d'un coup de massue et me glace le sang. Je l'entends entrer dans son bain. Je me retourne lentement et le fixe alors qu'il regarde droit devant lui, évitant ainsi tout contact visuel.
- Jade, je ne veux plus de cette relation à sens unique, je ne veux plus être le seul à m'investir dans notre vie de couple. Quitte-moi une fois pour toute, déclare-t-il, froid.
Je ne sais pas quoi dire, ni quoi faire. Cette déclaration a dû lui coûter énormément... Un loup ne peut pas renier l'imprégnation et il est dévoué à son âme-sœur... Enchaîné. Mon cerveau est en surchauffe, des questions se bousculent dans ma tête, j'ai envie de hurler, de pleurer mais rien ne se passe. Je suis frigorifiée, j'ai chaud, j'ai peur. Il tourne la tête vers moi et son regard accroche le mien. Je me surprends à l'observer attentivement, plus que je ne l'ai déjà fait.
Il est beau.
J'inspire et expire brusquement et je me rends immédiatement compte que j'avais la respiration coupée. L'oxygène me monte au cerveau, ce qui provoque en moi un déclic.
- Je t'aime, déclaré-je enfin.
Poussée par je ne sais quelle force, je me dirige vers la baignoire et grimpe dedans, toujours habillée. L'eau déborde sur le sol, mais je m'en moque. Assise à califourchon sur Paul, je l'embrasse avec passion. Ses mains entreprennent de me retirer mes vêtements trempés, ce qui n'est pas une mince affaire... Au terme du lutte acharné, mes vêtements tombent lourdement au sol, puis il me pénètre.
Nous faisons l'amour brutalement.
/
Le lendemain, nous nous réveillons complètement nus dans notre lit. Nous avons fait l'amour encore et encore jusqu'à... Non, ce n'est pas vrai. Ça, c'est ce qu'il s'est passé dans mes rêves. Après avoir fait l'amour dans la baignoire, nous sommes allés nous coucher, nous blottissant l'un contre l'autre afin de savourer cet instant.
Paul reste à la maison, tandis que je retrouve le chemin du travail. Je suis particulièrement enjouée aujourd'hui et la plupart de mes collègues le remarquent. Paul va continuer de me rendre heureuse et je vais enfin pouvoir le rendre heureux à mon tour.
Depuis la bataille, je n'ai pas revue la meute, mais d'après les informations que Paul me transmet, Jacob a guéri plus rapidement que prévu et aucun nouveau-nés vampires n'est revenu traquer Bella. Les loups et les Cullen peuvent vivre leurs vies chacun de leur côté. Tout va bien dans le meilleur des mondes... Pourtant, lorsque Paul rentre à la maison ce soir-là, je ne pensais pas que mon monde allait s'effondrer de nouveau.
- Tu es enceinte, m'annonce-t-il.
- Pardon ?
Il répète alors ce qu'il vient de dire et touche son nez pour appuyer ses propos.
- Non ! m'écrié-je. Je ne peux pas... On ne peut pas ! Pas maintenant ! C'est impossible !
- Pourquoi ?
- Je n'ai pas les moyens de m'occuper de toi et d'un bébé !
- Je travaillerais après le lycée !
- Il est hors de question que tu abandonnes tes études Paul Lahote ! grondé-je. Je n'ai aucun diplôme et j'ai dû être pistonnée pour trouver un job décent...
- Je deviendrais informaticien dans l'entreprise de mon père !
- Non ! Tu seras comptable au terme de tes études comme tu l'as toujours voulu !
- Alors quoi, tu vas avorter ? s'emporte-t-il soudain. Fait des formations, passe des concours, parle à Bobby !
Il pose une boite boîte rectangulaire sur la table devant moi et quitte la maison. C'est un test de grossesse. Je récupère un gobelet en plastique et grimpe dans la salle de bain.
Accroupie dans la douche, je fais pipi dans le récipient et y trempe le capteur du test. Après quelques minutes, d'attente et selon la notice d'utilisation, je suis bien enceinte. Je pousse un soupir plaintif. Il me faudra quelques jours de réflexion...
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Au boulot, je demande un entretien privé à Bob. Au terme de ma discussions avec lui sur mon avenir dans l'entreprise, je lui explique la situation.
- Enceinte ? dit-il incrédule.
- Oui, enceinte de Paul et après mure réflexion, j'ai décidé de le garder.
- Mais enfin, Paul est encore un adolescent ! proteste-t-il. Comment peux-tu être sure qu'il ne te quittera pas après l'accouchement ?
- Bob, il ne me quittera pas, affirmé-je.
Après quelques secondes à se regarder dans les yeux, il pousse un soupir résigné et il sort un carnet qu'il lit attentivement.
- Tu n'as fait qu'une formation depuis ton arrivée ici. Je vais t'inscrire à différentes sessions d'examens qui te permettrons d'acquérir un diplôme universitaire, déclare-t-il en me soupirant, ça marche ?
- On fait ça, affirmé-je en souriant.
- Alors rendez-vous la semaine prochaine dans la petite salle de réunion.
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Paul est revenu à la maison après une semaine d'absence. Sam lui a annoncé à ma place que j'allais garder notre enfant. Depuis lors, il s'investi totalement dans ma grossesse, cédant au moins de mes caprices.
Bob et moi travaillons sans relâche afin de me permettre d'avoir un diplôme, un vrai. Au total, je vais passer trois examens complémentaires qui me donneront l'équivalence d'un Master « Métier du livre et de l'édition » qui me permettra d'avoir accès à un salaire plus confortable pour ma famille.
Ma grossesse se passe bien et les mois défilent à une vitesse folle. Je vois mon ventre s'arrondir progressivement au fil des saisons qui passe. S'occuper de moi et du bébé à naître deviens de plus en plus difficile à assumer pour Paul, qui doit jongler entre l'école et les patrouilles.
Heureusement pour nous, les vacances d'été lui permettent de souffler un peu et de se reposer. Malgré tout, la vie avec la meute le rappelle toujours à l'ordre et dernièrement l'annonce du mariage d'Isabella Swan et d'Edward Cullen a chamboulé beaucoup de chose. Jacob a quitté la région sous forme de loup et les garçons n'ont plus de contact avec lui.
Il est revenu le jour du mariage mais s'est disputé avec elle. Paul essaye de se détacher de tout ça, se concentrant sur notre vie de couple et de futurs parents.
Cependant, avec la reprise des cours, il ne parvient plus à gérer tout comme il le voudrait. Je fais de mon mieux pour l'aider mais je suis moi-même très prise par mes formations en vue de mon diplôme universitaire.
Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, je suis informée par Paul qu'Isabella est enceinte de son vampire et que la grossesse se déroule en accéléré. A cet instant, je me dis qu'il serait pratique pour moi de bénéficier d'une petite avance rapide pour la mienne.
Néanmoins, il m'annonce qu'ils vont devoir tuer la chose qu'elle porte en elle et que Jacob s'y est opposé, décidant de quitter la meute. Quelques jours plus tard, Leah m'apprit qu'elle avait rejoint la meute de Jacob, à la suite de Seth.
Je me suis trouvée très attristée par cette nouvelle, mais après mure réflexion, je me suis sentie soulagée pour elle et pour l'enfant à naître de Bella. Je me suis bien gardée de le confier à Paul, mais quelque part je pense qu'il le sait.
Au terme de sa grossesses surnaturelle, Isabella Cullen a accueilli une petite fille qu'elle a prénommée Renesmée avant d'être transformée en vampire. La naissance de la fillette a donné lieu à une bataille entre vampires et loups, mais c'était sans compter sur l'imprégnation de Jacob à l'encontre du nourrisson. Grâce à cela, la meute de Sam a stoppé toute attaque à l'encontre des Cullen et font, d'une certaine manière, entièrement partie de la meute de Jacob. Le pacte entre les Cullen et les Quileute a été quelques peu revu, devenant une véritable alliance.
Bien sûr, ce une imprégnation sur un enfant n'était pas inédite, nous en avions tous été témoin lorsque Quil s'est imprégné de la nièce d'Emily, Claire, qui a deux ans. Lorsque Paul est revenu ce soir-là, il s'est effondré en larme dans mes bras, espérant de toutes ses forces qu'aucun de ses frères ne s'imprègnerais de notre bébé à sa naissance s'il s'avérait que nous ayons une fille. Cette nuit-là, je l'ai bercé contre moi jusqu'à ce qu'il s'endorme.
Toute cette histoire aurait pu s'arrêter là, mais il a fallu qu'une vampirette, cousine des Cullen, voit la petite Renesmée et s'en aille avertir une famille de rois vampires que la famille Cullen a enfreint la loi en créant un enfant immortel. Tout ça vous semble du charabia alors laissez-moi vous expliquer.
Les lois vampiriques sont régies par un clan autoproclamé rois des vampires, les Volturi, qui ont prévu, et à juste titre, que la création d'enfant immortel, comprenez « transformation d'enfants humains dont la capacité à se comporter d'une manière compatible avec les lois vampiriques », est interdite.
Ainsi donc, quand la vampirette a vu Renesmée auprès de Bella, elle a déduit qu'il avait créé un enfant immortel, alors que si elle avait pris le temps d'observer la situation, elle aurait vu que les joue de l'enfant étaient rosie par le sang et qu'un cœur battait dans sa poitrine.
Aussitôt, la meute ralliés la cause des Cullen, honorant l'alliance entre les deux familles en protégeant Renesmée. D'après Alice, les Volturi seront à Forks au moment où les flocons de neiges tiendrons sur le sol et je prie les esprits des anciens pour que cette foutue neige n'arrive pas et que cette histoire se tasse d'elle-même.
Ma grossesse m'épuise, les formations aussi et l'angoisse que Paul puisse se faire tuer par des vampires d'ici la fin de l'année ne me permette plus de réfléchir efficacement. Pourtant, il faut que je me concentre car mon examen approche et si je veux mon diplôme, je dois absolument être efficace.
Paul m'a expliqué que la situation vampirique ne devrait m'affecter, que tout était géré et que tout se passerait bien, mais je sais bien qu'il me ment. Surtout qu'Alice est partie ! Elle a lâchement quitté sa famille alors qu'ils ne cessent de convaincre leurs amis vampires de les aider en témoignant en leur faveur.
Cette accumulation de nouveaux vampires a déclenché une vague de mutation hors norme. La meute devenant de plus en plus nombreuse et les nouveaux loups de plus en plus jeunes.
L'hivers approche à grand pas et les premiers flocons de neige tombés ne tiennent pas. J'en suis à cinq mois de grossesse et l'angoisse que me provoque cette situation me déclenche des contractions inhabituelles. Le docteur Cullen m'a prescrit des remèdes naturels à base de plantes.
Aujourd'hui, ce qui me permet de ne pas trop penser à l'événement à venir c'est mon examen d'équivalence et l'échographie qui me permettra de savoir le sexe du bébé. Dans un premier temps, Paul et moi avions souhaité garder la surprise pour l'accouchement, mais plus l'hivers approchait et plus je revoyais mon jugement. Paul voudrait savoir pour qui rester en vie, non ?
C'est avec cette idée que nous nous sommes rendu mon obstétricien afin de contrôler ma grossesse et d'avoir la réponse à cette question.
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Quoi de plus beau que de fêter le réveillon du nouvel an avec ses copines à angoisser pour leurs fiancés et leurs frères ? Notez l'ironie de la question.
Paul et le reste de la meute sont partis rejoindre les Cullen depuis plusieurs heures. Cette fois-ci, ce sont Kim et Emily qui sont venue à la maison. Kim a eu l'excellente idée d'organiser notre journée autour d'achat pour ma petite fille. N'ayant rien pour l'accueillir correctement, il fallait que je remédie à cela.
Nous passons notre journée à regarder divers catalogues pour bébés sur internet et cela nous a tellement passionnée que nous ne sommes même pas aperçus lorsque nos loups sont revenus. Nous n'avons remarqué leur présence qu'à partir du moment où la voix de Sam a retenti dernière nous, approuvant mon choix de gigoteuse.
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Les trois mois suivants furent les plus difficiles, ma grossesse commençait à être pénible et j'avais hâte d'accoucher. Lorsque ce moment arriva, cela fût un véritable soulagement.
Notre petite fille est née aujourd'hui, le trois mars, et demain nous rentrerons à la maison tous les trois, Paul, Ava et moi comme une famille
Après avoir rassemblé mes affaires dans le coffre, Paul installe le cosy de notre petite fille dans la voiture. Je vérifie l'installation avant d'installer dans le véhicule.
Paul conduit jusqu'à La Push tranquillement et lorsque nous arrivons à la maison, je pousse un soupir de soulagement. J'allais enfin pouvoir me reposer ! Nous sortons de la voiture mais Paul me retient un instant.
- Attends-moi avant d'entrer dans la maison... Je voudrais qu'on soit tous les trois... dit-il, légèrement gêné.
Je souris tendrement avant de détacher le cosy de ma fille. Paul finis de rassembler mes quelques affaires et nous nous dirigeons vers la porte d'entrée.
Lorsque je l'ouvre, je suis surprise de voir toute la meute, mes grands-mères, mon grand-père, Bob, Helen, le père de Paul, Steve, et Sue. Ils nous accueillent avec « Félicitations ! » enjoués.
Je souris, heureuse de les voir tous présents pour moi et je regarde Paul, qui sourit à son tour. Il savait, naturellement.
Mon regard s'attarde sur la banderole accrochée au plafond avant de retomber sur mes grands-parents maternels. Voilà des années que je ne les avais pas vus, excepté à l'enterrement de ma sœur... Nany, s'approche de moi, un sourire un peu crispé.
- Je n'ai pas été la meilleure grand-mère du monde et je ne l'ai réalisé que trop tard... dit-elle. Nous n'apprécions pas ton père et nous n'avons fait aucun effort pour nos petites filles, j'espère pouvoir être une meilleure arrière-grand-mère, si tu me le permets...
J'acquiesce sans rien dire et lui tends ma petite Ava.
- Je te présente Ava Leah Emily Lahote, déclaré-je en souriant tendrement.
Nany prend le bébé dans ses bras et fait le tour de l'assemblée en lui présentant ses oncles, ses tantes, ses grands-parents et arrière-grands-parents.
La porte d'entrée s'ouvre et la jolie Renesmée entre suivit de sa famille. La petite Cullen va se nicher dans les bras de son Jacob après avoir salué tout le monde, cette petite était véritablement charmante. Je les remercie d'être présent avec nous et Jacob qui s'est chargé de les inviter.
Les discussions vont bon train et je finis par récupérer ma fille que je souhaite coucher dans sa chambre. Paul m'accompagne aussitôt, s'excusant auprès de nos convives qui sourient, compréhensif.
Rosalie nous rejoint timidement.
- Je peux rester pour lui chanter une berceuse ? me demande-t-elle avec tendresse.
- Bien sur Rose.
Paul et moi prenons place dans un fauteuil près du berceau, moi sur ses genoux, et nous observons notre fille endormie. Bercée par les douces paroles de Rosalie, je finis par m'endormir à mon tour.
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Ta mort m'aura brisé, mais sa vie va me sauver...
... Ava.
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