Chapitre 4 : Peine capitale
Du côté d'Ayu, elle s'était installée un peu plus confortablement chez elle, toujours en bougeant le moins de choses possible, souhaitant conserver la maison telle que son père l'avait arrangée. Vers 18 heures, Kakashi vint lui rendre visite, et elle s'empressa de l'inviter à dîner, ce qu'il accepta sur le champ. Malheureusement, elle ne se souvenait d'aucune recette de cuisine. Elle réfléchit deux minutes et pria pour que ses réflexes en cuisine soient aussi précis et utiles qu'en combat. Elle servit un thé à son invité et noua un tablier autour de sa taille.
- Besoin d'un coup de main ?
Kakashi venait d'arriver par derrière et l'aida à attacher les lanières du tablier dans son dos.
- Ça va aller, assura-t-elle avec un grand sourire, quelque peu gênée par le geste amical de son invité.
- Tu te souviens comment cuisiner ?
- Euh…
Il rigola et ouvrit le frigo.
- Fais-moi voir ce qu'il y a là dedans…
- Ah mais non ! Je t'invite alors tu ne vas pas…
- Taratata ! Ça ne me dérange absolument pas, au contraire ! Et puis tu n'auras qu'à m'aider !
Sur ce il sortit, riz, feuilles d'algues, poivrons, carottes, concombre et aromates et entreprit de faire des makis.
- Pas de poisson ?
- Pas de viande, tu as déjà oublié ?
- Ah oui c'est vrai, pauvres petites bêtes innocentes…
Elle lui asséna une petite frappe amicale et laissa un sourire s'afficher sur ses lèvres. Elle s'occupa d'émincer les légumes, maniant le couteau avec une agilité et rapidité toujours aussi déconcertantes. Ils mangèrent une demi-heure plus tard, dans une ambiance légère et décontractée. A 19h, Sakura frappa à la porte, accompagnée d'Hinata et Ino. Ayu s'excusa devant Kakashi pour ne pas l'avoir prévenu et s'empressa de rassembler quelques affaires. Pendant ce temps, le ninja profita qu'elle ne soit pas là pour tirer Sakura vers lui.
- Si tu remarques la moindre chose, préviens-moi.
- Comme quoi ? Se méfia-t-elle, fronçant les sourcils.
- Une marque, un comportement, une cicatrice, je ne sais pas, n'importe quoi.
- Compris.
Il la relâcha quand Ayu réapparut.
- Prête !
- Ok alors on y va, annonça Sakura avec entrain.
Kakashi les regarda s'éloigner, espérant au fond de lui-même que son ancien élève ne trouverait rien.
Arrivées aux sources, les filles se précipitèrent aux vestiaires et commencèrent à se déshabiller. Sakura ne manqua pas de surveiller discrètement Ayu et…
- Ouahou ! Il est magnifique Ayu !
Ino se précipita sur l'intéressée en question et la fit se tourner afin que son dos soit bien dans l'angle de la lumière. Un magnifique dragon y était dessiné, ses grandes ailes se déployant de part et d'autres de la colonne, juste en dessous des omoplates, une tête fine et élégante, aux yeux d'un noir brillant, presque animés d'une flamme. Son corps long et agile s'enroulait dans un mouvement gracieux et compliqué, laissant le bout de sa queue se nicher dans le creux des reins de la jeune fille. Le contraste entre le noir de l'encre et la peau pâle rendait la créature encore plus surnaturelle et terrifiante.
- Le détail est impressionnant, c'est somptueux, un vrai travail d'artiste ! Tu as fait ça quand ? Continuait Ino, impressionnée par la beauté de l'œuvre.
- Je ne me rappelle pas…
- Ah oui, excuse-moi… Répondit-elle, gênée de sa propre remarque.
- Je ne me souvenais même pas d'avoir un tel tatouage… Heureusement que tu l'as remarqué, sinon je ne l'aurais même pas vu ! Ajouta-t-elle en riant.
Est-ce à quoi faisait allusion Kakashi ? Sakura ne manquerait pas de lui faire part, même si elle avait l'impression d'espionner sa nouvelle amie, tâche qu'elle effectuait à contrecœur.
Après que chacune des filles ait admiré le travail de maître peint sur le dos de la brunette, les filles revêtirent chacune une serviette blanche, se relevèrent les cheveux en chignon et pénétrèrent dans l'eau chaude et bienfaisante du bain extérieur. Assises sur des pierres, elles discutèrent de tout et de rien, de la dernière mission de l'une, de la relation qui se créait ou pas entre l'une et l'un des garçons, de la dernière mode, bref, des discussions typiques de jeunes femmes ninjas. Ayu appréciait beaucoup ses nouvelles amies, mais elle se mit discrètement un peu à l'écart, visitant la petite source d'eau chaude. Malgré les rires animés des demoiselles, la douce mélodie des feuilles chahutées par le vent lui parvint aux oreilles, ranimant en elle le souvenir de cette journée passée dans une clairière.
- Où es-tu ?
- Qui ça ? Sakura s'était approchée sans qu'elle ne s'en rende compte, absorbée par ses pensées. Le propriétaire de ce joli collier ?
Ayu lâcha les anneaux qu'elle tripotait encore et baissa le regard, gênée de s'être fait surprendre.
- Désolé, je me montre peut-être un peu trop curieuse… Murmura-t-elle en guise d'excuse.
- Non non, ne t'en fais pas. C'est juste que ma vie est un peu chamboulée en ce moment. Un réveil un peu brutal, des rencontres en veux-tu en voilà, des pertes avant même la rencontre… Je t'avoue ne plus trop savoir où j'en suis, avoua-t-elle à moitié pour elle-même.
- Tu as tout le temps qu'il te faut pour faire le point, et des amis pour te soutenir, alors ne panique pas, laisse les choses faire.
- Tu as raison. Excuse-moi, je me suis laissée allée, un petit coup de blues passager, rien de sérieux !
Elle rejoignit le petit groupe qui discutait avec toujours autant d'animation et la rose la suivit de près tout en songeant que ce n'était pas vraiment passager. Son amie souffrait et elle avait peur de la voir disparaitre trop vite, comme son ancien coéquipier. Non, elle ne ferait pas la même erreur, cette fois elle protègerait ce qui était cher à ses yeux, elle ne la laisserait pas s'enfuir du mauvais côté.
- Alors Ayu ? La collocation avec Kakashi-sensei, c'était comment ? Demanda Ino, d'un air faussement détaché.
- Tu as vu sous son masque ? Reprit Tenten de plus belle.
- Tu l'as surpris sous la douche ? Demanda Hinata, qui vira rouge pivoine quand elle s'entendit parler, ce qui valut un éclat de rire général.
- Oui et alors ? Répondit l'intéressée.
- QUOI ??? Hurlèrent les quatre auditrices, les yeux à présent rivés sur elle, comme si des images sulfureuses allaient sortir de sa bouche lors des prochaines secondes – elle les soupçonna même de retenir leur respiration et surprit Ino à baver légèrement - .
- Et c'est TOUT l'effet que ça te fait ? Continua cette dernière, aux abois.
- Ben il est plutôt mignon mais bon, ça s'arrête là. Je vois vraiment pas ce qu'il y a d'extraordinaire là dedans…
- Mais attends, tu as du voir son corps magnifiquement sculpté, des cicatrices de guerre, un tatouage caché peut-être…
- Un corps de rêve sous l'eau ruisselante de la douche…
- … De quoi vous parlez ? S'inquiéta la brunette, sidérée par les réactions révélatrices des jeunes filles en émoi. J'ai juste vu sous son masque, rien qui ne mérite vos saignements de nez... Ah.. Ne me dites pas que vous avez cru que... Son visage vira au rouge cramoisi, pendant que Tenten et Hinata éclataient de rire, se moquant des réactions d'Ino et Sakura.
- Et ben, si on se doutait que vous vouiez un culte à Kakashi-sensei ! C'est la meilleure de l'année celle-là ! Tenten ne parvenait plus à s'arrêtait de rire, tapant ses mains dans l'eau, secouée par des spasmes, hilare.
Les deux visées par les moqueries se lancèrent un clin d'œil et se jetèrent sur la brune aux deux chignons qui fut entraînée sous l'eau, ce qui finit par une bataille d'eau et de chatouilles générale. Heureusement que personne d'autre n'était dans les bains…
A 22 heures, le groupe d'amies sortit de l'onsen et se sépara en chemin. Détendue et l'esprit léger, Ayu rentra chez elle, retira ses habits et s'allongea. Elle se releva quelques secondes plus tard et pénétra dans sa salle de bain où elle alluma toutes les lumières. Après mille et une contorsions, elle trouva une position où elle arrivait à voir à peu près le tatouage. Elle le frôla de sa main et fut surprise de la chaleur qu'il dégageait, comparé à sa peau, froide en comparaison. Mais elle mit ça sur le compte d'une réaction quelconque avec l'eau chaude et se coucha, aussi détendue qu'un chewing-gum, avant de s'endormir profondément.
Un étrange rêve l'emmena au loin, un rêve où son dragon prenait vie, un rêve où tout lui était possible, où rien ne s'opposait à elle, un rêve où elle régnait sur une terre maculée de sang, simple amas de cadavres en putréfaction, sauvagement déchiquetés, une armée de morts qui n'obéissait que par peur de représailles, un monde de feu et de souffrance où l'odeur âcre du fer remplaçait celle des fleurs, où les cendres remplaçaient la pluie, le sang mêlant sa couleur rouge sombre au bleu limpide des océans, les nuages noirs masquant le ciel azur et où le soleil n'était qu'une boule de lave en fusion, tellement chaud que tout être vivant suffoquait jusqu'à brûler de l'intérieur. Elle régnait sur cet enfer, avec comme seul compagnon ce dragon noir et puissant, obéissant au moindre de ses ordres pour peu qu'il ait assez de sang pour étancher sa soif. Elle se vit démembrer elle-même les rares personnes qui imploraient son aide, les brûlant vifs d'un claquement de doigt, ou, quand elle voulait s'amuser un peu plus longtemps, faire exploser une à une chacune de leur cellule, jusqu'à ce que la victime ne soit plus qu'une infâme bouillie humaine.
Elle se releva, trempée de sueur mais n'eut pas le temps de se reprendre qu'un haut le cœur lui souleva la poitrine. Elle fonça aux toilettes et se laissa aller dans la cuvette, une main tirant ses cheveux en arrière, pendant que l'autre se tenait au mur. Une fois sa nausée passée, elle tira la chasse et se laissa tomber sur le carrelage frais, se laissant quelques minutes pour récupérer. Après s'être calmée, elle se brossa les dents et prit une douche, livide. Elle regarda à nouveau dans le miroir son tatouage et sursauta. Elle aurait juré l'avoir vu bouger…
Le lendemain matin, elle avala un bol de thé, l'odeur âcre du sang lui emplissant encore la bouche. Elle croisa Sakura lorsqu'elle se rendit sur le terrain d'entraînement, qu'elle salua d'un geste de la main, auquel la rose s'empressa de répondre avant de courir, sûrement une mission. Sur le terrain, non pas un mais deux hommes l'attendaient, Kakashi et un vieil homme aux longs cheveux blancs.
- Ah, Ayu, te voilà. Je te présente Jiraiya, l'un des trois sannins, de grands ninjas reconnus dans le monde entier.
- Hem hem, ça va n'en fait pas trop Kakashi.
- Bon c'est vrai qu'il a été ermite un bon nombre d'années, qu'il paraît un peu louche à première vue, mais au fond il est pas si méchant ! Sur ce, je vous laisse ! Ah, et fait gaffe à toi, il a tendance à laisser ses mains se balader avec les jolies filles...
Il s'empressa de disparaitre, laissant le vieil homme la mâchoire déboitée, les yeux ronds ne reflétant qu'une sorte de vide profond et amère, traduisant une totale désillusion face au culte qu'il pensait que son plus grand lecteur lui vouait. La brunette secoua une main devant le regard toujours figé dans la même position de l'ermite, mais n'osa le frôler, de peur qu'il s'effrite et tombe en poussière.
- Je suis sûre qu'au fond, il rigolait… Dit-elle pour détendre l'atmosphère.
- Oublions-ça. Son corps se réanima d'un coup, surprenant la jeune fille. Alors comme ça on m'a dit que tu avais des capacités plus que surprenantes.
- Pas tellement… Ce sont juste des réflexes.
- Des réflexes qui en disent long sur ton apprentissage. Bien, j'aimerais voir ton maniement du chakra dans des exercices de base.
Il lui demanda alors de le copier dans ses mouvements, mais bien qu'elle connaisse par cœur les signes qu'il répétait à une vitesse folle, elle ne parvenait pas à former une boule de feu, un clone d'eau, ou toute autre technique autre que le Futon.
- Il y a un problème ? Demanda la jeune fille devant l'air déconfit du vieil homme.
- Et bien comme tu peux toi-même le constater, tu connais les combinaisons de signes par cœur, vu la rapidité avec laquelle tu les effectues… Mais aucune ne marche à part le Futon, comme si ton affinité était le vent.
- Et ?
- La petite expérience de la veille a prouvé que tu devrais être capable de manier les cinq ninjutsus… C'est là que je ne comprends plus…
Ils continuèrent malgré tout l'entraînement mais au bout de quatre heures, il n'y avait toujours aucun résultat et Jiraiya la libéra, perdu dans ses pensées.
Quelque peu attristée pour ce dernier, qui semblait avoir mis beaucoup d'espoir dans l'entraînement d'aujourd'hui, elle alla faire un tour dans le village. Il était presque midi et les jeunes sortaient de l'académie des ninjas. Elle passa à côté d'une petite fille qui pleurait à chaudes larmes en voyant son ballon rouge s'envoler dans le ciel, sa mère tentant de la consoler comme elle pouvait. Sans réfléchir, Ayu leva un doigt vers le ciel et un léger tourbillon de vent enveloppa le fugitif avant de le faire redescendre doucement, virevoltant dans les airs. Elle attrapa la ficelle entre le pouce et l'index et la noua délicatement autour du poignet de la petite fille qui la regardait avec de grands yeux ébahis. Elle sécha les larmes de l'enfant et afficha un grand sourire avant de continuer son chemin, après que sa mère l'ait grandement remerciée.
- Onee-chan !! Arigato !!! Cria la petite fille.
La brunette sourit, heureuse de ressentir autant de bonheur de la part du petit être. Elle vit alors Kakashi qui discutait avec un homme dans la cour de l'école. Celui-ci la remarqua et lui fit signe de le rejoindre. L'homme avec qui il discutait était enseignant à l'académie des ninjas de Konoha. Il se présenta sous le nom d'Umino Iruka et semblait être passionné par son travail. L'ancien hôte le salua puis partit se balader avec la jeune fille.
- Tu n'as pas de mission ?
- C'est plutôt calme en ce moment, ce qui n'est pas pour me déplaire, avoua-t-il avec un clin d'œil.
La journée défila ainsi doucement, comme à son habitude. Ayu passait beaucoup de temps avec Kakashi et ses amis, s'entraînant le matin, parfois l'après-midi, se promenant sinon. Le ninja l'invitait souvent à manger et ils se rapprochaient de plus en plus. Tous les soirs, la jeune orpheline se rendait sur la tombe de son père, remplaçant les fleurs fanées par un bouquet irisé, aux parfums délicats. Elle passait beaucoup de temps assise là, à lui raconter sa journée, parlant de tout et de rien. Plus d'une fois, le ninja la récupéra endormie sur la pelouse, une larme sur la joue. Il avait l'impression qu'elle avait oublié le nukenin, pour son plus grand bonheur. Pour rien au monde il ne souhaitait la voir souffrir et revivre ce qu'il avait vécu avec son ancien élève, Sasuke. Ainsi, il s'accrochait un peu plus à elle chaque jour, mais n'osant rien tenter de peur de la brusquer. Ayu profitait de chaque journée pleinement, car pour elle, sa vie n'avait débuté il n'y a de ça quelques mois seulement. Cependant, si chaque minute passée dans la lumière lui semblait magique, éphémère, fragile, elle appréhendait la nuit tout autrement. Les cauchemars envahissaient son esprit, l'obscurité des ténèbres l'envahissait petit à petit, et les nuits trop courtes se terminaient en crises de spasmes sur le carrelage de sa salle de bain. Sa peur prit une telle proportion qu'elle tremblait rien qu'à l'idée de s'allonger dans son lit, qu'elle approchait de moins en moins souvent, préférant se forcer à rester éveillée que sombrer dans ce monde macabre dont elle était prisonnière. Mais le sommeil finissait toujours par la rattraper et l'univers chaotique mêlé de sang et de cadavres aussi. Ses amis se rendaient bien compte de ces cernes noires qui se dessinaient sous ses yeux d'habitude grand ouverts, à l'affut du moindre détail qui pourrait les ravir, mais ils ne pouvaient rien, la jeune fille prétextant toujours un livre qu'elle voulait absolument finir, ou la lune qui était si splendide à observer – ce qui n'était pas totalement faux puisque le meilleur moyen qu'elle avait trouver pour oublier sa fatigue était d'admirer la beauté du clair de lune jusqu'au lever de soleil. Mais si elle se rendait bien compte qu'elle ne pourrait pas tenir ce rythme de vie bien longtemps, elle faisait tout pour se persuader qu'elle arriverait à fuir ces visions d'horreur et continuait sa vie, se voilant faussement la face.
Ce qui devait malheureusement arriver arriva. Un après-midi où le soleil rutilait de tout son éclat, Ayu et Kakashi s'entraînaient comme à leur habitude dans une des nombreuses prairies qui entouraient le village. Cela faisait deux jours qu'elle n'avait pas dormi, mais elle continuait de sourire – un roman tellement passionnant - … Le ninja lui avait proposé de remettre l'entraînement au lendemain, ce qu'elle s'était empressée de refuser, les yeux suppliants. Il ne résista bien entendu pas et, malgré sa réticence, ils commencèrent l'exercice. Ayu se jeta sur lui, oubliant toute fatigue, sautant en l'air, tourbillonnant, esquivant… Depuis quelques jours, elle essayait de ne pas perdre le contrôle quand elle combattait, le but étant qu'elle soit consciente de ses réflexes, ce qui déclencherait peut-être des souvenirs. Kakashi l'attaqua par surprise et elle para le coup en sautant agilement sur une branche d'arbre à l'orée de la forêt, mais la fatigue qu'elle avait accumulée surgit d'un coup en une vague déferlante et lui brouilla la vue. Elle perdit l'équilibre et ne put éviter la chute.
- Itai ! Je t'avais bien dit que tu manquais de sommeil, ce n'était pas prudent… Dit Kakashi, allongé dans l'herbe, Ayu dans ses bras.
- Je… Je suis désolée. Excuse-moi. Se défendit-elle en se redressant vivement. Mais une main saisit son poignet et la ramena contre le torse du ninja.
- Reste encore un peu… comme ça… Murmura-t-il doucement dans les longs et doux cheveux de la jeune fille.
- Pardon !
Elle se dégagea vivement et s'enfuit en courant, laissant un Kakashi un peu trop téméraire allongé dans l'herbe, surpris. Ils ne se croisèrent pas du reste de l'après-midi, elle, cherchant à oublier, lui, cherchant la meilleure manière de s'excuser. La nuit arriva finalement pendant qu'il repensait à l'odeur de ses cheveux, la sensation lorsqu'ils avaient glissé sur son visage, la douceur et la fraîcheur de sa peau, et le doux parfum qu'il émanait d'elle, un frêle bouton de fleur parsemé de rosée, un matin de printemps. Voilà qu'il se mettait à faire de la poésie ! Pire encore car au lieu de ressentir de la culpabilité envers son geste déplacé, il ne cessait de penser à la merveilleuse sensation que ce devait être de la serrer dans ses bras, de nicher son visage dans son cou si fin et sensuel. Il décida d'aller courir pour se remettre les idées en place malgré le deux heures et demie du matin qu'affichait son horloge. Ses pas le menèrent vers la maison de la brunette, et avant qu'il ne s'en rende compte, il était devant la porte. Il se ressaisit avant que sa main n'aille toquer, elle devait dormir, et la détourna pour se mettre un coup sur la tête, il aurait dû se contenter d'une bonne douche froide. Tournant les talons, un bruit sourd l'alerta et il remarqua alors la lumière sur le côté de la maison.
- Ayu ? Il toqua, doucement, puis plus fort face à l'absence de réponse. Ayu, tu es là ? J'ai vu la lumière, répond ! Je voulais m'excuser pour aujourd'hui…
Après avoir tambouriné contre la mince paroi de bois, il se décida à entrer, sachant qu'elle ne verrouillait que rarement sa porte, ayant encore du mal à se considérer vraiment chez elle.
- Ayu ?
Se dirigeant vers la source de lumière, il étouffa un cri face à la scène d'horreur qui se déroulait devant ses yeux. Le miroir de la salle de bain avait apparemment été brisé d'un coup de poing, un des morceaux acéré dans la main droite de la jeune fille, blafarde, les yeux vitreux, le visage baigné de larmes, le corps secoué de spasmes gisant dans une mare de sang, encore entrain de s'entailler les poignets, l'éclat de verre tailladant la chair de son bras gauche dans un va et vient abominable et un bruit de chair déchiquetée encore plus insoutenable.
- AYU NON !!!
Il se jeta sur elle, arrachant le bout de miroir de ses mains avant de le lancer au loin. Il déchira ensuite une serviette et en fit des garrots pour stopper l'hémorragie qui lui avait déjà fait perdre plus d'un litre de sang au moins.
- Je… je voulais juste que ça s'arrête… murmura-t-elle d'une petite voix faible presque inaudible.
- Que quoi s'arrête ? Demanda-t-il en continuant de bander ses bras, espérant ainsi la faire parler pour qu'elle ne perde pas connaissance.
- Les… cauchemars… Ils sont… ce n'est… je n'ai rien fait…
Il invoqua Pakkun et lui demanda de se rendre d'urgence à l'hôpital pour les prévenir de son arrivée, ce qu'il fit de suite. Emballant la jeune blessée dans une autre serviette, il la prit délicatement dans les bras et se précipita au dehors.
- Accroche-toi…
Quelques minutes plus tard, elle entrait en salle d'opération sur un brancard, inconsciente, le pouls si faible qu'il n'était plus palpable. Il la vit disparaitre derrière les portes blanches et quelques minutes furent nécessaires pour qu'il réalise ce qui s'était passé. Une infirmière le fit s'asseoir et lui apporta un thé, qu'il but sans s'en rendre compte, les yeux dans le vide, l'esprit ailleurs. Au moins trois heures défilèrent, chaque seconde ressemblant au supplice, avant qu'un médecin ne sorte du bloc chirurgical et se dirige vers lui.
- Comment…
- Son état est stable. Le coupa-t-il, exténué.
- Elle va s'en sortir ? Le pressa Kakashi, une lueur de vie animant à nouveau son regard, qui ressombra aussi vite dans le néant lorsqu'un long silence s'en suivit.
- Elle a sectionné plusieurs tendons et ligaments dans les deux poignets. Pour ce qui est de son avant bras-gauche, elle a perforé l'artère cubitale, quant au droit, elle a sectionné l'artère à 95%, ce qui est une chance en soit, si j'ose dire. Nous avons pu recoudre sans trop de difficultés, mais…
- Mais ? Le ninja le fusillait à présent du regard, le front en sueur.
- Elle a perdu énormément de sang et a sombré dans un coma léger. Il faut vous attendre au pire. Je ne veux pas vous faire perdre espoir, mais je ne veux vous en donner de faux non plus. Elle est en soin intensifs et les prochaines 24 heures détermineront si oui ou non elle survivra. Il faudra vous armer de patience, je ne vous cache rien en vous disant que les prochains jours vont être difficiles.
Sur ce, il le salua et repartit dans le couloir blanc. Blanc, il ne supportait plus la vue de cette couleur, ni l'odeur de désinfectant qui régnait ici, horribles effluves d'antiseptique qui lui brûlaient la gorge et lui donnaient des hauts le cœur. Ne s'attardant pas, il repartit chez lui, s'allongeant dans son lit comme un automate, les yeux errant sur le plafond de sa chambre, avant de sombrer dans le sommeil.
Il partit faire son rapport à l'hokage aussitôt réveillé, encore trop choqué pour avaler quoi que ce soit. Elle l'envoya répéter les évènements de la nuit à Jiraiya, enfermé dans la bibliothèque depuis maintenant trois semaines. Quand ce dernier apprit la nouvelle, son visage se fit sombre, et il lâcha le livre qu'il était entrain d'étudier.
C'est donc ça... Murmura-t-il doucement.
Quoi ça ? Explique-moi Jiraiya ! Nom d'un chien tu vas me répondre ?? Hurla-t-il en secouant le vieil homme.
Tu te souviens, je t'ai parlé des témoignages de personnes témoins des possessions de Yûkchuu, continua-t-il, impassible face à l'énervement de son ami.
Oui et ?
Laisse-moi finir, reprit-il calmement. Ceux qui sont parvenus à l'âge adulte ont tous fini par sombrer dans la folie et en sont morts. Je pense que ce devait être le même genre de visions dont souffre Ayu-san, pour qu'elle en arrive à un tel point de non retour.
Tu veux dire que...
Oui, son pouvoir la consume, petit à petit.
Cette phrase anéantit Kakashi, qui s'effondra au sol, la tête dans les mains.
N'y a-t-il rien que l'on puisse faire ?
Je l'ignore. Si seulement je pouvais étudier son tatouage, j'en saurais peut-être un peu plus, mais j'en doute. Le pouvoir de ce démon est énorme et un humain bien trop faible pour le supporter. J'ai peu d'espoirs.
Le ninja ne rajouta rien, se releva et partit, brisé. Pourquoi maintenant, alors que tout semblait aller pour le mieux ? Pourquoi ne pas l'avoir détruite après son réveil ? Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Il l'ignorait, et ces questions continuaient de se bousculer dans sa tête quand il arriva chez lui.
Les jours suivants furent des plus durs. Ayu avait été transférée dans une chambre où les visites étaient autorisées, toujours dans le coma. Ses amis lui rendaient cependant visite le plus souvent qu'ils le pouvaient, entre deux missions. Kakashi, quant à lui, passait la voir chaque jour. Il n'était pas en état de travailler, et Tsunade préférait le laisser au calme plutôt que de lui donner des missions qu'il bâclerait, mettant en danger sa vie et celle de ses coéquipiers. Jiraiya, lui, avait enfin eu l'autorisation d'étudier le tatouage de la jeune fille inconsciente, sous couvert d'un médecin. Il venait chaque jour, photo à l'appui, observer, cherchant le moindre détail qui pourrait le mettre sur une piste, jusqu'à ce que...
- Jiraiya ! Ca va bien d'entrer comme ça ? Hurla Tsunade, les nerfs à vif.
- Tu m'as bien dit qu'elle disait s'être réveillée sur un sceau, oui ?
- C'est cela, mais où veux-tu en venir ?
- Réponds juste à la question !
- Oui, je viens de te répondre que oui mais explique-toi bon sang !
- Le tatouage, le sceau, je crois que j'ai trouvé...
- JIRAIYA ! NOM D'UN CHIEN TU VAS T'ASSEOIR ET M'EXPLIQUER SINON…
Il obéit sur le champ et s'installa face à sa vieille amie avant de lui confier ses découvertes.
Regarde ces photos, dit-il en lui tendant deux images du tatouage de la jeune fille. Observe attentivement. Tu vois quelque chose ?
Non... Où veux-tu en venir ?
Elles ont été prises à quatre jours d'intervalle. Sur la première, tu peux voir des sortes de liens au niveau des pattes du dragon.
Effectivement, acquiesça-t-elle, attentive.
Maintenant regarde la deuxième. Un des liens se défait. D'ici deux jours tout au plus, il n'en restera rien.
Qu'est-ce que ça signifie, à ton avis ?
Ayu a été enfermée grâce à un sceau de confinement. Celui-ci se réalise en deux parties : premièrement le démon est scellé à l'intérieur même du possédé, de façon à bloquer son flux de chakra. Ensuite, il n'y a plus qu'à sceller l'humain lui-même. Les deux sont ainsi emprisonnés et ne peuvent s'aider mutuellement.
Tsunade écoutait attentivement, cherchant à comprendre où cela allait les mener.
Toutes les possessions de Yûkchuu se sont soldées par la mort de l'hôte. Pour Ayu, à en croire ses amis, les cauchemars ont du commencer il y a de ça quelques semaines. Je suppose que c'est à ce moment que le chakra a recommencer à circuler, doucement. Lorsque le sceau de confinement a été brisé, Ayu s'est réveillée, mais le premier sceau n'a pas été détruit. Une sorte de double sécurité, si tu veux. Cependant, j'ignore ce qui a provoqué l'annulation du second sceau, et il semble que le premier ait été endommagé. Avec son pouvoir, il est facile pour Yûkchuu de continuer de défaire les liens, même lentement.
Tu es entrain de me dire qu'il se libère petit-à-petit ?
Oui, et à en juger par la rapidité croissante à laquelle il le fait, il y parviendra d'ici quelques semaines, deux, peut-être trois.
Que se passera-t-il ?
Je suppose que ça finira comme tous les autres. Elle sombrera dans la folie et mourra de fatigue psychologique.
L'hokage réfléchit quelques instants. Quelque chose n'allait pas dans son raisonnement.
Attends. Mais pourquoi avoir scellé Ayu au lieu de la laisser simplement dans une prison? Elle serait sûrement déjà morte à l'heure qu'il est et le danger serait écarté.
Tu marques un point. Je n'en sais rien. Peut-être pour empêcher d'autres cas de possessions d'apparaître. En la gardant prisonnière, ils retiennent aussi le démon. Je ne vois pas d'autre raison.
Bien, répondit-elle simplement, pensive. Alors, que fait-on ?
Vous, rien !
Un homme âgé venait d'entrer, suivit d'une femme.
Homura Mitokado et Koharu Utatane, pesta Tsunade.
Tu pourrais montrer un peu plus de respect envers les membres du conseil – qui plus est – tes aînés, répondit l'homme, les yeux brillants.
Qu'est-ce que vous voulez?
Tu nous as caché une nouvelle des plus importantes mettant en jeu la sécurité du village tout entier. Je reprends cette affaire. Tu n'es apparemment pas assez qualifiée pour t'en charger.
Comment osez-v...
Jiraiya ! Tsunade le fusillait du regard, le priant de se taire.
Bien, je vois que tu n'as pas totalement perdu la raison, reprit Mitokado, aux anges face au visage énervé de l'hokage.
Que comptez-vous faire d'elle ? S'inquiéta cette dernière.
J'ai juste pris les mesures qu'il fallait pour assurer la sécurité de Konoha.
Tsunade fronça les sourcils, le sourire du membre du Conseil ne laissait présager rien de bon.
Shoetsu-sama a été prévenu et semble parfaitement d'accord avec ce Conseil. On ne peut laisser une telle chose errer à son aise dans la nature.
Que voulez-vous di...
Peine capitale. Il viendra rendre la sentence lui-même. Vous imaginez bien qu'une chose si contre-nature ne peut pas être anéantie avec les moyens habituels...
Sur ce, il partit, laissant les deux amis impuissants et seuls, un silence lourd et pesant sur eux.
