Chapitre 5 : Libération

Tsunade reçut la lettre officielle signée et approuvée par tous les membres du Conseil, quant à la décision de tuer la jeune fille. Elle ne pouvait contredire la décision, n'en ayant ni le droit, ni le pouvoir. Elle se haïssait pour n'avoir pas été plus discrète, ou peut-être tout simplement aurait-elle dû en parler dès le début, ainsi ne l'auraient-ils peut-être pas tous pris en grippe pour leur avoir cacher un tel secret. Mais il était trop tard, et elle ne pouvait rien y faire. La sentence serait délivrée dans une semaine et rien ni personne ne pourrait les en empêcher.

Kakashi ne mit pas longtemps à apprendre la nouvelle. Il savait que l'hokage ne pouvait rien y faire et que s'il y avait eu la moindre chance, elle l'aurait tentée. Résigné, il passait le plus clair de son temps avec la jeune fille, dont l'état stagnait depuis l'opération. A présent, il priait pour qu'elle ne se réveille pas, espérant pour elle qu'elle n'est pas à endurer une telle épreuve. Il préférait qu'elle meurt dans son sommeil plutôt que quelques jours seulement après son réveil... Et il se détestait pour ces pensées. Mais deux jours plus tard, ce qu'il avait tant espéré, puis tant craint, arriva. Ayu s'était réveillée, et malgré qu'elle soit encore très faible, elle s'excusa de son geste ses amis présents. Sakura, Naruto et Sai n'étaient bien sûr pas dans la confidence de la peine qui pesait sur la jeune fille et quand ils virent Kakashi partir de la chambre aussitôt après avoir entendu ses excuses, ils mirent ça sur le compte de l'émotion.

Je vous remercie, pour tout ce que vous avez fait, vraiment. Je ne sais pas ce qui m'a pris, murmura-t-elle doucement.

Le principal c'est que tu te remettes vite sur pied !! On a tous hâte de s'entraîner à nouveau avec toi ! Lui répondit Naruto, un grand sourire aux lèvres. C'est trop marrant de voir Lee et Neji se prendre des raclées, pensa-t-il.

Toi aussi je te signale ! Dit-elle en souriant.

Moi aussi quoi ?

Toi aussi tu te prends des raclées, et pas que par moi ! Rigola-t-elle.

Naruto la regardait, bouche-bée. Il pensa qu'il avait peut-être dit tout haut ce qu'il pensait tout bas, mais...

Vous parlez un tout petit peu trop fort, leur dit-elle doucement.

Mais on a rien dit ! Répondit Sakura qui n'entendait que le ronronnement des machines et les bruits de pas dans le couloir.

Ayu plaqua ses mains contre ses oreilles, la respiration saccadée.

Taisez-vous, taisez vous, TAISEZ-VOUS !! Hurla-t-elle, les larmes s'écoulant le long de ses joues.

Naruto, appelle un médecin, vite, lui demanda Sakura, pendant qu'elle faisait son possible avec Sai pour la calmer.

Ayu ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. Chaque bruit était démultiplié, elle entendait absolument tout, le plic ploc de la perfusion, les battements de cœur de ses amis, les bruits de pas dans le couloir, comme si un troupeau de chevaux sauvages galopait juste à ses côtés et même les pensées de toutes les personnes à proximité. Tous ces bruits, ces voix, résonnaient dans sa tête en un vacarme insoutenable. Et puis les visions d'horreur se superposèrent aux bruits. Son amie aux cheveux roses se transforma soudainement en un cadavre brûlé, la peau en lambeaux, un membre en moins, le visage défiguré, la suppliant de l'épargner. C'en fut trop, elle hurla, se recroquevillant sur elle-même, jusqu'à ce qu'un médecin accourt et lui fasse une injection.

Ça devrait la calmer, dit-il après que la jeune malade se détende et se laisse aller dans son lit, le regard vide.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Kakashi qui venait de revenir.

Elle a fait une crise mais c'est bon, je l'ai mise sous calmants. Il vérifia ses constantes et partit, priant les visiteurs de la laisser se reposer. Elle est encore sous le choc, il lui faudra un peu de temps pour se remettre. Soyez patients.

Oui, mais du temps elle n'en a plus... Songea le ninja avant de partir.

Les deux anciens élèves et leur maître se séparèrent, quand une escorte passa devant eux.

Tiens, que font les moines du Temple du Feu ici ? Demanda Sakura, intriguée.

Mais Kakashi avait déjà disparu, une douleur lui écrasant la poitrine à la seule pensée que ce que leur venue signifiait.

Dans le bureau de Tsunade, celle-ci venait d'accueillir les visiteurs et tentait de les convaincre de trouver une autre solution. Malheureusement, Shoetsu était buté sur sa décision et rien ni personne n'aurait pu le faire changer d'avis.

Alors, comment comptez-vous vous y prendre ? Demanda Mitokado, que Tsunade comparait à un petit chien agitant la queue face au nouveau jouet qu'allait lui offrir son maître.

Le chef des moines fit un signe à l'un de ses subordonnés, qui s'avança, un sabre dans les mains. Il lui tendit l'arme en s'inclinant, que le moine s'empressa de dégainer. La lame était incroyablement longue et mince, légèrement arquée et il suffit de quelques secondes aux personnes présentes pour comprendre que c'était un katana d'une rare qualité.

Je vous présente Kusanagi, la lame forgée il y a plus de mille ans, la seule et unique lame de ce monde à résister à tout ninjutsu. Elle est enfermée depuis le jour où Yûkchuu fut envoyé en enfer.

Tsunade se garda bien de lui dire qu'il ne voulait que faire joujou avec son nouveau trésor, et eut pitié d'Ayu qui se retrouvait victime de la folie d'un homme.

Vous ne devriez pas attendre le retour de Chiriku-sama pour prendre de telles décisions ? Demanda-t-elle, énervée.

En l'absence du moine supérieur, j'ai le devoir de continuer sa mission et donc je me dois de protéger l'avenir de tout un pays.

Elle est innocente!! Que voulez-vous qu'elle fasse ? Elle n'a jamais montré une once de cruauté ou de méchanceté envers quiconque dans ce village ! Sur quoi se basent vos accus...

Vous ne la verrez plus comme un être humain lorsqu'elle aura démembré vos amis pour jouer ou ravager votre village parce qu'elle s'ennuyait. Vous ignorez totalement de quoi est capable ce monstre, la coupa-t-il.

Elle comprit que par monstre, il ne parlait pas de Yûkchuu mais bien d'Ayu.

Cependant, je n'ai ni le besoin, ni le devoir de vous révéler ceci. Maintenant, j'aimerai savoir où se trouve la condamnée ? Dit-il en coupant net la conversation et en rangeant le sabre.

A l'hôpital...

Êtes-vous totalement inconsciente ou simplement stupide ? Cracha-t-il. Faites-la enfermée dans une prison, cellule isolée, jusqu'à après-demain !! Je refuse de prendre le moindre risque !

Malgré le dégoût de Tsunade, le Conseil approuva encore une fois et la jeune fille fut transférée dans un cachot humide et froid, sous les hurlements d'indignation du médecin. Plus aucune visite ne fut permise, et une excuse comme quoi elle était à nouveau en soins intensifs fut donnée à ses amis, qui commençaient à se douter que quelque chose de louche se tramait. Pendant les deux jours qui précédèrent l'heure de la sentence, Tsunade demeura d'une humeur exécrable, Jiraiya resta plongé dans ses bouquins et Kakashi, et bien Kakashi semblait tout simplement mort, un corps vide errant de son lit à son salon, refusant de sortir, totalement anéanti et résigné.

Puis arriva l'heure tant appréhendée. La sentence devait être rendue à l'écart du village, là où la sécurité des habitants ne serait pas mise en danger s'il y avait le moindre imprévu. Les moines avaient mit deux jours à former un sceau de scellement mineur, les techniques ancestrales d'emprisonnement ayant été perdues depuis des siècles. Ce sceau permettrait cependant d'immobiliser la jeune possédée en attendant que la sentence soit rendue. Tsunade trouvait cela de plus en plus ridicule, surtout quand elle vit l'état de la jeune fille lorsque les gardes l'amenèrent, méconnaissable, tellement affaiblie qu'ils devaient la soutenir, les poignets et les chevilles alourdis par des chaînes en acier qui paraissaient totalement démesurés face à la finesse de la brunette, les yeux vitreux, à moitié inconsciente. Elle fut placée au centre de la figure compliquée tracée dans le sable et les moines s'agenouillèrent en des points stratégiques. Ils récitèrent des paroles en silence et dans un hurlement, ses bras s'écartelèrent, les os craquant sous la tension apparente, une grimace de souffrance remplaçant son visage d'ordinaire si souriant.

Puis, Shoetsu s'approcha, le sabre à la main. Les deux membres du Conseil qui assistaient à la mise à mort détournèrent le regard et Tsunade eut toutes les peines du monde à assister à ce spectacle et fut heureuse que Kakashi n'ait pas été autorisé à venir et que Jiraiya n'ait pas voulu l'y accompagner. Seuls étaient présents les moines, elle et les deux vieux traîtres qu'elle haïssait. Elle détourna quand même le regard, lorsque, dans un mouvement de lenteur extrême, comme s'il savourait la moindre seconde de son geste, il dégaina le sabre et brandit la lame vers Ayu. Un mouvement, rapide, sec, net et précis suivit. Quand Tsunade releva les yeux, la lame était encore logée dans le cœur de la jeune fille, du sang s'écoulant de sa blessure mortelle. Détournant le regard, horrifiée, elle pria pour qu'il la retire et abrège ses souffrances. Seulement, il n'en fit rien. Son visage était crispé dans un rictus sinistre, témoin d'une peur intense, une sueur froide et collante dégoulinant le long de sa nuque, le corps en proie à des convulsions, les mains toujours cramponnées au manche de son katana. Ayu... Ayu n'était pas morte... Son visage se releva, doucement, deux prunelles noires incandescentes remplaçant ses yeux noisettes si chaleureux. D'un geste sec, elle brisa les chaînes d'acier comme de vulgaires ficelles et agrippa la lame qui la transperçait de part et d'autre. Lentement, elle la fit glisser hors d'elle, dans un mouvement qui eut raison d'Utatane, la femme du Conseil. Mikotado mit aussi une main devant sa bouche avant de détourner le regard, écœuré, tant par le bruit de la lame sur la chair à vif et sanguinolente que par cette effroyable vision à laquelle ils assistaient tous.

Shoetsu avait à présent lâché son arme, et observait la blessure qui aurait dû être fatale se refermer à une vitesse folle. Le vent s'était levé, glacial, et soufflait en bourrasques puissantes et déchaînées. De gros nuages noirs couvrirent le ciel teinté de couleurs chaudes et harmonieuses, plongeant le village dans l'obscurité. Puis les éclairs déchirèrent cette toile obscure et zébrèrent le ciel dans toutes les directions, accompagnés d'un tonnerre assourdissant, qui fit trembler la terre.

Masaka... Murmura-t-il, apeuré. Tu ne devrais pas vivre! TU DEVRAIS ETRE MORTE!!!!! Hurla-t-il, le corps secoué à présent de spasmes, délirant totalement. Un rire inhumain sortit de sa bouche alors que les larmes sortaient de ses yeux exorbités et injectés de sang. MEURS SALE MONSTRE!!!

Il se jeta sur sa victime, entourée d'une tornade de vent qui mêlait sable, feuilles d'arbres et gravats, prêt à l'étrangler s'il le fallait. Mais elle fut plus rapide que lui, une vitesse telle qu'elle semblait s'être téléportée d'un endroit à l'autre. Il n'eut pas le loisir de crier, ni même la chance de tenter de s'enfuir. Ayu avait posé la paume main sur le buste de l'homme qui s'arrêta, ahuri.

Je te fais trop d'honneur en mettant fin à ta misérable vie, susurra-t-elle à son oreille.

Il n'y eut tout d'abord rien, puis un éclair des plus violents éclaira le visage inhumain de la jeune furie, les lèvres déformées en un sourire impitoyable et sanguinaire, les yeux animés d'une folie meurtrière intarissable. Shoetsu hurla de douleur, une plainte atroce et suppliante. Chacun de ses vaisseaux sanguins explosa, marbrant sa peau d'une teinte violet sombre, jusqu'à ce qu'il se vide de l'intérieur. Il mourut dans d'horribles souffrances, finissant par s'étouffer dans son propre sang, qu'il crachait en tentant de respirer. Puis sa carcasse s'étala au sol, des filets d'un rouge opaque s'écoulant de chaque orifice de son visage, puis de chaque pore de sa peau tuméfiée.

La jeune fille se recroquevilla soudainement sur elle-même, retenant un rugissement qui se perdit dans l'onde de choc qui repoussa tout le monde dans un rayon de dix mètres. Un chakra rouge et noir, dense et brûlant, s'enroula autour des membres de la jeune fille, brisant le reste des chaînes qui entravaient ses mouvements. Puis, lentement, il prit la forme d'un gigantesque dragon de feu qui se jeta sur Mitokado, tétanisé.

YUKCHUU! NON!

Tsunade, à terre, se redressa à temps pour voir la créature diabolique faire demi-tour, enlaçant le corps de sa protégée, pendant que le vieil homme tombait à terre, au bord de l'arrêt cardiaque.

Tu en as assez fait, murmura-t-elle à l'être démentiel d'une faible voix, essoufflée, qu'elle frôla tendrement du bout de ses doigts pendant qu'il volait gracieusement autour d'elle.

L'hokage avait beau ne pas pouvoir oublier l'horreur avec laquelle Shoetsu était mort, elle n'arrivait pas à détacher son regard de la danse hypnotique de la jeune fille et du dragon flamboyant qui virevoltait, magnifique, irréel et effroyablement menaçant. Il la souleva délicatement dans les airs, s'enroulant délicatement autour d'elle pendant que ses yeux se fermaient, la laissant sombrer dans les ténèbres noirs de ses prunelles scintillantes.

Tsunade! Tu vas bien?

Elle se retourna. Jiraiya et l'escouade des anbus étaient arrivés, alors qu'elle ne pouvait détourner ses yeux du spectacle.

Qu'est-ce que c'est que cette chose? Demanda le chef de l'unité spéciale.

C'est...

AYU!!!!!

KAKASHI NON! RETENEZ-LE!! Ordonna-t-elle aux gardes qui l'entouraient.

Trois personnes se jetèrent sur le ninja qui s'élançait vers le monstre et le maintinrent en retrait. Dans un grondement sourd, Yûkchuu s'élança dans les airs et disparu dans le corps de la meurtrière endormie. Son corps chuta, rattrapé tout en douceur par une silhouette cachée dans l'ombre. Il s'avança de quelques pas, serrant précieusement la jeune femme contre lui, ses long cheveux bruns agités par le vent qui se levait.

Itachi... murmura Kakashi, serrant les poings aussi fort qu'il le pouvait.

Les membres de l'anbu se mirent en position de défense, prêt à attaquer le nukenin, mais l'hokage leur intima l'ordre de rester à leur place, le regard sombre. Derrière le déserteur, trois autres ninjas firent leur apparition, tous membres de l'akatsuki à en croire leurs tenues. Kakashi reconnut de suite Kisame, l'homme requin qui s'empara du sabre légendaire sur ordre de son coéquipier et Deidara, le blond fanatique de la dynamite. Le troisième portait un masque qui empêchait de voir son visage.

Je le vous déconseille, avertit froidement Itachi en jetant un coup d'œil aux membres de l'unité spéciale à laquelle il avait jadis appartenu, qui établissaient la meilleure manière de les capturer.

Question nombre, les criminels étaient désavantagés, mais leurs capacités de combat surpassaient la plupart des personnes ici présentes et si un combat débutait, les pertes risquaient d'être nombreuses et sûrement pas en faveur de Konoha. Tsunade ne supportait pas ça mais il dut reconnaître qu'il avait raison et elle réitéra son ordre de rester en place.

Que lui veux-tu ? Questionna Kakashi, le regard haineux.

Mais Itachi ne répondit pas, ignorant le ninja aux cheveux gris.

Vous n'apprendrez donc jamais de vos erreurs passées, se contenta-t-il de dire à l'intention des deux membres du Conseil.

Petit insol... Hurla Mikotado, coupé dans son élan par un shuriken qui fendit l'air et passa à quelques millimètres de son oreille gauche.

On y va, ordonna le nukenin à ses compagnons.

Dommage, je me serais bien amusé à les faire tous exploser... marmonna Deidara en léchant ses lèvres, deux petits oiseaux blancs dans les mains.

Un coup d'œil d'Itachi suffit à ce qu'il fasse demi-tour et reparte avec les autres. Ils disparurent dans l'ombre comme ils étaient arrivés, emportant avec eux la jeune Ayu.