Chapitre 6: Souvenirs

Ayu se réveilla doucement, détendue. Elle soupira, réfléchissant à tout ce qui venait de se passer. Elle leva les bras en l'air et regarda ses mains, pliant et repliant ses doigts, un mince sourire aux lèvres, les yeux embués.

- Quelque chose ne va pas?

La douce voix qu'elle entendit la fit sursauter.

- Tu es revenu...

- Je ne t'ai jamais quittée, rétorqua-t-il en caressant le collier au cou de la jeune fille.

Les doigts de la jeune fille s'y pendirent, avant qu'Itachi ne les enlace tendrement. Il s'approcha silencieusement et sa main gauche caressa tendrement la joue teintée d'un magnifique rose pastel de sa protégée. Ses doigts se perdirent dans sa longue chevelure brune scintillante et il attira son visage vers lui, embrassant ses lèvres délicieuses aussi délicatement qu'un pétale de rose. Ce fut un baiser tendre et passionné, qu'il mit fin en plongeant ses yeux noirs dans les pupilles noisettes de la jeune femme.

- C'était si horrible que ça? Rigola-t-il doucement en essuyant les larmes qui se déversaient sur ses joues.

- C'est juste que... Mes souvenirs... Toi... J'ai cru avoir tout perdu à jamais et voilà que tout me revient sans que je n'ai rien fait pour le mérit...

Il l'interrompit en l'embrassant encore plus passionnément. Même si elle ne s'en rendait pas compte, elle venait de lui avouer à quel point il comptait pour elle. Il n'était pas le seul à avoir souffert de cette séparation, et c'était tout ce qui importait à ses yeux. Il se serait damné pour avoir le droit de poser ne serait-ce qu'un regard sur elle et il avait dû rassembler tout son courage pour ne pas tuer Kakashi lorsqu'il avait posé ce regard si envieux et haineux quand il avait emmené Ayu. Un instant, il avait bien cru que... Il n'y pensa plus, absorbé par cette créature de rêve qui réclamait toute son attention. Emportés par le désir de combler le vide qu'ils avaient ressenti, le baiser si tendre s'accompagna de caresses, légères et timides, sensuelles, érotiques, de plus en plus pressantes. Les vêtements s'éparpillèrent au sol sans attention particulière, leurs lèvres ne voulant s'éloigner, leurs corps se réclamant l'un à l'autre, brûlants d'un désir ardent et passionnel. Serrant les mains de sa belle aux pommettes légèrement rosies, allongée en dessous de son corps musclé luisant de sueur, à sa merci, dans une position si désirable, sa bouche laissant échapper des gémissements au combien indécents, il replongea son regard dans ces yeux noisettes qui avaient le don de le réchauffer, mais qui ce matin déclenchèrent en lui des frissons qui eurent raison du ninja solitaire et de celle qui s'était donnée tout entière à lui, sans aucune réserve.

Exténué et heureux, il s'allongea à ses côtés, entourant sa taille de ses grands bras, comme un précieux trésor.

- Je t'aime, murmura-t-il à son oreille.

- Je t'aime aussi, répondit-elle, son léger souffle effleurant la peau fine et claire du jeune homme, ses petites mains fines agrippant son torse encore brûlant.

Rassurés par la proximité et la chaleur de l'un et l'autre, ils s'endormirent, la brunette blottie dans les bras du grand ténébreux.

Quelques heures plus tard, Ayu ouvrit les yeux. La tête reposant sur l'épaule du ninja, son cœur s'apaisa lorsqu'elle constata qu'elle n'avait pas rêvé. Il était là, bien réel, ainsi que tous ses souvenirs. Elle se redressa discrètement, laissant son amant dormir paisiblement. Elle s'étira, enfila ses sous-vêtements et la robe qu'elle portait avant que leurs ébats ne les transportent ailleurs, et sortit sans un bruit dehors. Le soleil brillait dans le ciel azuré, quelques nuages blancs cotonneux voguant par ci par là, transportés par un léger vent des plus agréables. Elle tendit ses bras, déliant ses mains pour ressentir le souffle chaud de la brise sur la moindre parcelle de peau. Ses longs cheveux s'envolèrent, et elle tourbillonna dans les airs, suivant le rythme de la douce mélodie du chant des arbres, bercés par le vent d'humeur taquine. La jeune fille sourit, ferma les yeux et se laissa transporter, jouant avec lui, jusqu'à ce qu'elle ressente la chaleur qu'elle avait été forcée d'oublier pendant des années. De minces fils de chakra rouge jaillirent de son tatouage, se glissant dans son dos, sur ses épaules, le long de ses bras. Ils s'échappèrent du bout de ses doigts en longs rubans, ondulant sous la brise, magnifiques dégradés de rouge orangé tournoyants dans l'air rempli du parfum des fleurs qui parsemaient la clairière. Ils se rassemblèrent, formant bientôt un dragon de feu qui se matérialisa complètement, gracieux et élégant. Ayu reprit sa danse, accompagnée par son précieux gardien flamboyant. Elle tournoyait dans les airs, légère et vive, ne faisant plus qu'un avec lui. Elle pouvait à nouveau goûter au plaisir de virevolter aux côtés de Yûkchuu, ce démon qui la protégeait depuis sa plus tendre enfance, celui qui l'accompagnait avant même qu'elle ne voit le monde, celui-là même qui l'écoutait à chaque fois qu'elle ressentait le besoin de parler, celui-là, encore, qui aurait donné sa vie pour elle. Il était une partie d'elle et elle était une partie de lui. La jeune fille n'aurait pu mettre un mot sur la relation qu'elle entretenait avec la créature que certains jugeaient comme démoniaque, ou encore monstrueuse alors qu'ils ne la connaissaient pas comme elle le connaissait. Ils n'étaient pas liés à ce dragon avant même d'avoir été créés, ce n'était pas leur destinée mais la sienne. Quelle relation? Une amitié profondément ancrée, une confiance infinie, une harmonie totale et une affection et un attachement réciproques. Voilà tout ce qu'elle pouvait en dire, et à présent qu'ils s'étaient retrouvés, rien ni personne ne les sépareraient plus jamais.

Elle arrêta sa danse, béate, emplissant ses poumons d'air frais. Elle rouvrit doucement les yeux, son regard rencontrant les prunelles étincelantes de la bête qui se dressait devant elle. Ayu lui sourit, passant sa main sur la tête abaissée à son niveau.

- Tu m'as manqué... Murmura-t-elle.

Il regarda au loin et la jeune fille se retourna, apercevant Itachi adossé au mur de la maisonnette. Elle s'approcha en virevoltant et atterrit comme une fleur devant lui. Un sourire aux lèvres, il saisit sa jeune amante et embrassa les siennes passionnément. Elle se colla à lui, laissant reposer sa joue contre son torse nu.

- J'ai cru que tu avais disparu, avoua-t-il en passant sa main dans ses cheveux emmêlés.

- Jamais je ne te quitterais, j'ai déjà été séparée une fois de toi, je ne veux pas...

Il posa un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de raviver en lui cette sensation de vide qu'il avait ressenti, et la serra contre lui encore quelques minutes. Il remarqua alors que la créature de feu n'avait pas bougé de place et les observait de ses grands yeux noirs intelligents. Ayu sentit son appréhension face au démon et lui prit doucement la main.

- Viens, murmura-t-elle en l'entraînant vers le centre de la clairière.

Itachi obéit, intrigué et confiant. Elle lui tourna le dos et étendit ses bras, se concentrant sur le souffle du vent qui circulait entre chaque brin d'herbe de la clairière. Une pensée suffit à ce que Yûkchuu s'élance rapidement mais toujours aussi gracieusement dans le ciel et virevolte autour d'eux, de plus en plus près, dans une danse surnaturelle, se mouvant dans le ciel comme un ruban ondulant sous le vent, ses longues ailes battant l'air dans un bruit sourd, vibrant. Sa peau n'était pas brûlante, bien au contraire. Elle dégageait une agréable chaleur bienfaisante, et toute peur ou appréhension quitta rapidement le ninja qui laissa ses yeux se fermer, entraîné par l'ivresse du souffle chaud de la créature fantastique. Il étendit ses bras nus, imitant la brunette, et joignit ses mains dans les siennes, les deux corps collés l'un contre l'autre. Ce fut l'expérience la plus improbable et la plus fabuleuse qu'il vécut, la douce chaleur apaisant son esprit, il n'y avait plus que lui, Ayu et l'étrange mélodie du vol du dragon. De loin, Zetsu observait le couple au milieu de la danse fascinante de la bête chimérique. Il attendit que celle-ci se finisse, lui même saisit par sa beauté surnaturelle et qu'il réintègre le corps de la jeune fille pour disparaitre à son tour.

Le tandem resta encore quelques minutes figé dans la même position avant de revenir à la réalité. Le nukenin enlaça sa compagne qui se blottit contre lui. A cet instant, aucun des deux amants n'aurait imaginé qu'ils puissent être séparés un jour. Leur attraction était telle que c'en était presque malsain, incapables de se détacher du corps de l'autre qu'ils souhaitaient posséder jusqu'à la moindre parcelle de peau. Un amour improbable et presque douloureux, maladif, mais si fort qu'il balayait toute forme d'angoisse, les plongeant dans un univers parallèle et sécurisant. Le jeune homme saisit sa belle dans les bras, leurs corps se réclamant à nouveau, et l'entraîna dans la maisonnette, poussé par un désir extrême de la posséder encore et encore...

Le calme était revenu à Konoha. Suite à l'accident de la veille, Tsunade avait demandé aux moines de lui dévoiler ce qu'ils savaient de la jeune Ayu. Mais ils avaient expressément refusé et s'étaient empressés de partir, emportant avec eux ce qui restait du corps de Shoetsu ainsi que les secrets du démon. Et l'hokage avait bien d'autres choses à faire pour l'instant que de courir après quelqu'un pour remuer le passé, alors qu'une menace sans nom se profilait à l'horizon. Que fallait-il faire? Kakashi était persuadé que l'Akatsuki convoitait le pouvoir démentiel du dragon et qu'Ayu courrait un réel danger. Jiraiya, quant à lui, craignait plus que la jeune fille rejoigne l'organisation criminelle, dupée par Itachi. Elle réfléchissait à la solution qu'il fallait rapidement prendre. Prévenir les autres villages? Lancer une escouade à la recherche de l'Akatsuki? Mais une visite inattendue lui imposa une toute autre décision qui ne la ravissait pas le moins du monde.

En effet, deux semaines après l'incident, un petit groupe de moines pénétra dans le village de la Feuille, pour se rendre chez Tsunade. Ce fut une bien grande surprise pour cette dernière de voir entrer dans son bureau une personne d'une telle importance.

- Chiriku-sama ! S'étonna-t-elle en se levant d'un bond.

Ils se saluèrent et le moine demanda à son escorte d'attendre au dehors.

- J'ai appris ce qu'il s'est passé et me suis empressé de rentrer. Veuillez accepter mes excuses quant au comportement de Shoetsu-san.

Il s'excusa sur un ton grave en s'inclinant respectueusement.

- J'espère qu'avec le temps, vous saurez lui pardonner.

- Je vous en prie, redressez-vous, lui demanda-t-elle poliment. Elle lui tendit un siège et attendit de comprendre ce que lui voulait le moine supérieur du Temple du Feu.

- Ayant été vous-même témoin de la puissance d'Ayu, j'ose espérer que vous comprendrez que je vous demande la plus grande discrétion à son égard. Je vais être clair et net: j'aimerai que vous oubliez cette affaire.

Tsunade s'indigna de cette proposition. Ils allaient attendre qu'une autre catastrophe se déclenche sans rien faire?

- Vous ne mesurez pas l'ampleur de ses pouvoirs, répondit-il calmement, indifférent face à l'emportement de l'hokage. Imaginez-vous seulement la panique que vous allez créer si vous dévoilez au monde que Yûkchuu existe vraiment? Nous prenons les choses en main et j'aime à croire que vous ne vous mettrez pas en travers de notre chemin.

Il termina son discours sur un ton qui ne laissait aucune place à la discussion, se leva, salua son interlocutrice et partit. Tsunade retomba sur son siège, abasourdie. Ils ne feraient rien. Comme de trop nombreuses fois, elle se sentait impuissante et mise à l'écart. Allaient-ils simplement continuer de vivre comme si de rien n'était, ignorant le risque qu'ils courraient tous? Mais elle ne pouvait aller à l'encontre de la décision de Chiriku. Les moines et le village étaient en paix depuis bien assez longtemps pour qu'elle comprenne que cette solution était sûrement la meilleure à prendre, même si elle ignorait pourquoi. Que s'était-il donc passé avant que la jeune fille ne soit scellée? Elle savait qu'elle n'aurait pas de réponse à sa question et laissa le moine s'en aller, incapable de faire quoi que ce soit.

- Fujitaka!

Ayu se réveilla en sursaut et plaqua ses mains contre ses yeux, ce qui n'empêcha pas les larmes d'inonder son visage. Itachi se releva et serra la jeune fille dans ses bras. Cela faisait maintenant deux semaines qu'elle avait retrouvé la mémoire, mais chaque nuit des cauchemars la hantaient et plus d'une fois elle s'était réveillée en hurlant ce nom. Le nukenin ne voulait pas la brusquer. Il comprenait à quel point ce qu'elle vivait devait être dur. Elle s'était réveillée dans un cachot il y a de ça quelques mois seulement, amnésique et en une soirée, tous ses souvenirs étaient brutalement revenus. Il y avait de quoi être quelque peu déboussolé. Même s'il ne supportait pas de la voir souffrir, lui-même avait des secrets qu'il ne pourrait lui avouer, de peur de ne jamais la revoir. Cette pensée le tiraillait de toutes parts. La quitter. Il ne le pourrait pas. Malheureusement, il allait bientôt devoir rentrer à l'Akatsuki. Il savait qu'ils étaient surveillés de près. Pain avait accepté qu'il reste avec Ayu le temps qu'elle se remette, à condition évidente qu'elle les rejoigne ensuite. Les rejoindre. Il lui en avait parlé, bien sûr, mais il ne voulait pas qu'elle se force à devenir une criminelle juste pour rester avec lui, ce qu'il la croyait fort capable de faire.

Quand sa respiration se calma, ils se rallongèrent, la jeune fille toujours blottie dans ses bras.

- Excuse-moi...

Il la berça doucement. Son précieux trésor, fragile et vulnérable sous son apparente puissance démesurée. Jamais il n'avait ressenti le besoin de protéger quelqu'un ou quelque chose de la sorte. Il aurait volontiers donné sa vie pour sauver la sienne...

- Itachi... Murmura-t-elle au ninja qui la regardait, attentif. Il faut que je te dise quelque chose...

- Tu sais, tu n'es pas obl...

- J'y tiens, le coupa-t-elle vivement. J'ai l'impression de te mentir en te cachant ça et je ne le supporte pas. Même si tu décides de ne plus me voir après ça, je l'accepterai...

Ne plus la voir? La quitter? Comment pourrait-il faire une chose pareille? Mais il l'écouta, elle prenait beaucoup sur elle pour lui annoncer quelque chose qu'il ignorait, même s'il ne voyait absolument pas ce qui pourrait le pousser à l'abandonner.

- Ma mère m'a abandonnée après m'avoir mise au monde. Comme tous les gens que j'ai rencontré, je suppose qu'elle avait peur de moi. Mais j'ai été trouvée par Fujitaka, qui m'a recueillie au Temple du Feu. Il m'a élevée comme sa propre fille et il a été pour moi plus qu'un père. Comme j'étais possédée par Yûkchuu, je n'avais pas le droit de sortir de l'enceinte du temple. Les moines essayaient d'être gentils, mais ils ne m'approchaient pas. Fujitaka était le seul à apprécier ma compagnie, il m'a enseigné tout ce que je sais aujourd'hui et m'entrainait souvent. Il a fini par quitter toute forme d'appréhension à l'égard de Yûkchuu et a rapidement trouvé passionnant et fantastique de pouvoir côtoyer et étudier d'aussi près le démon légendaire. Mais il n'a pas vu la jalousie qui rongeait le cœur de Shoetsu. Fujitaka m'a expliqué qu'il ne fallait pas que j'en veuille aux moines d'avoir peur de moi, que Yûkchuu avait blessé des gens dans le passé et qu'ils craignaient qu'il recommence. Je ne leur en voulais pas, je comprenais leurs sentiments mais je n'avais pas remarqué que ceux de Shoetsu étaient différents, plus malsains et je ne m'en suis pas souciée. J'étais trop heureuse de passer chaque jour avec mon père et mon seul ami, Yûkchuu. Mais il a fallu que ce jour arrive...

Elle se tut un instant, retenant les larmes qui menaçaient de rougir à nouveau ses pâles joues.

- J'ai rapidement appris à contrôler mon pouvoir, même si je ne me rendais pas compte à quel point il était incroyable. Je suis sortie en cachette, comme souvent pour me balader en forêt mais Yûkchuu s'est énervé. Des hommes sont sortis de nulle part et m'ont sauté dessus. Je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Il m'a protégé. S'il n'avait rien fait... je, je serais morte. Mais avant que je réalise ce qu'il s'était passé ils n'étaient déjà plus qu'un amas de corps sans vie. J'avais huit ans à l'époque, j'étais terrorisée, je ne savais plus quoi faire. J'avais tellement peur... Fujitaka, enfin celui que je croyais être Fujitaka est alors apparu. Si tu avais vu son visage... Yûkchuu a voulu le tuer lui aussi mais je l'en ai empêché. Il m'a alors dit qu'il me haïssait depuis le premier jour, qu'il savait que ça arriverait, que ce n'était qu'une question de temps. Qu'allait-il faire de moi maintenant? Il a voulu m'étrangler, j'étais perdue. Et puis... il y a eu un choc et... plus rien. Quand j'ai rouvert les yeux, Fujitaka avait été projeté à plus de 50 mètres. J'ai couru, mais encore une fois, il était trop tard. Il avait la moitié des os brisés et du sang partout... J'ai couru pour chercher de l'aide, paniquée. Mais les moines avaient déjà découverts les corps brûlés vifs. Shoetsu, Chiriku et Manzo-sama qui dirigeait le temple, ont décidé de sceller Yûkchuu. Je n'étais pas capable de maitriser ce pouvoir, contrairement à ce que Fujitaka avait pensé. J'ai accepté mon châtiment, peu m'importait de toute façon, maintenant que j'avais tué mon père... Mais voila que je me réveille, onze ans plus tard, libérée par celui que je pensais avoir tué! Je sais que c'est lui, je m'en souviens maintenant. Mais il est vraiment mort cette fois, Shoetsu l'a assassiné. Quand il a tenté de me tuer avec Kusanagi, il a libéré Yûkchuu et sa colère était tellement grande qu'elle m'a submergée et je... j'ai fait une chose si horrible! Je n'arrivais pas à stopper ma colère... Je suis une meurtrière, un monstre!

Elle éclata en sanglots, tremblante, perdue. Elle tentait de se préparer à la fuite d'Itachi, à ce qu'il se relève et s'en aille, à ce qu'il la tue, peut-être. Mais au lieu d'un vide froid et intense, une chaleur douce et réconfortante l'envahit. Les bras de son amant la serraient contre lui, assez fort pour stopper ses tremblements.

- Je ne te quitterai pas pour une raison aussi absurde. Ce n'était pas ta faute. Tu as été piégée par ce Shoetsu. Il t'a fait croire que tu avais tué ton père, c'était un coup monté, tu n'y es pour rien.

Il poursuivit son étreinte, la rassurant jusqu'à ce qu'elle finisse par s'endormir de fatigue. Il resta auprès d'elle, sa chaleur réconfortant la jeune fille. Comme d'habitude, les hommes n'étaient attirés que par le pouvoir et il ne savait pas si un jour il pourrait pardonner à de tels monstres ce qu'ils avaient fait subir à sa protégée. Oui, c'était bien eux les monstres, pas celle qu'il tenait dans ses bras. Elle portait un fardeau bien lourd pour ses frêles épaules, bien plus qu'elle ne pouvait supporter.

Lorsqu'elle se réveilla, quelques heures plus tard, Itachi était sur le perron, le regard perdu dans le vide. Ayu le rejoignit et se blottit timidement sur ses genoux. Il ne dit rien, caressant ses cheveux d'une main distraite, l'autre lui tenant les épaules. Fallait-il lui dire? Elle avait été sincère avec lui, il ne supportait pas de ne pas l'être. Mais elle avait vu assez d'horreurs pour ne pas qu'il en rajoute.

- Ayu, tu sais...

- Quelqu'un nous surveille, dit-elle alors en tournant vivement la tête, le regard perçant les buissons.

- Zetsu... Murmura Itachi.

Quelques secondes plus tard, un homme dont la moitié du visage était noire, l'autre blanche, apparut devant les deux jeunes amants. Une énorme plante carnivore s'ouvrait pour laisser apparaître sa tête. Itachi serra sa protégée contre lui, le regard assassin.

- Pain souhaite vous voir... Dit-il simplement.

- Nous viendrons.

- Ce soir.

- Bien.

Sur ce, l'homme plante disparut sous terre, laissant le couple à nouveau seul. Ayu laissa le ninja parler en premier, elle ne voulait pas l'obliger à parler de choses dont il n'avait pas envie.

- Je vivais à Konoha il y a encore quelques années de ça, commença -t-il, le regard toujours perdu au loin. J'appartenais à l'un des clans les plus puissants du village, les Uchiwas. Mais j'étais dégoûté par le mode de pensée de mon père et des dirigeants du clan, qui souhaitaient toujours plus de puissance, au détriment de la paix du village. Un jour, j'ai été forcé de choisir... Sauver le village ou sauver mon clan. J'ai cru en la paix que pouvait instaurer le Sandaime Hokage. J'ai tué tous ceux de mon clan, femmes et enfants, mes parents, mes amis, leurs amis puis j'ai déserté le village. Il n'y a pas eu un jour où je n'ai pas repensé à tout ça. Il devait y avoir une autre solution...

Ayu écoutait, attentive. Lui aussi portait un bien lourd fardeau et il avait l'air d'en souffrir autant qu'elle.

- J'ai rencontré Pain peu de temps après. Il m'a parlé de la paix qu'il voulait instaurer et m'a convaincu. Avec plusieurs nukenins comme moi, il a formé l'Akatsuki. Bien que notre but soit la paix, cela reste une organisation criminelle. Je ne veux pas que tu revives ce que tu as vécu il y a onze ans.

- Si tu crois en lui, je croirai en lui.

Elle le fixait avec un regard intense, ses pupilles noisettes semblaient le transpercer de part et d'autre. Il l'aimait. Jamais il n'avait ressenti un tel sentiment d'attachement, de désir qu'avec elle. Et comme toujours quand elle le regardait avec de telles flammes dans les yeux, son sang se mit à bouillonner et il ne put retenir ses ardeurs, emporté par la soif du désir. Elle frissonna quand ses mains se glissèrent dans son dos et que ses lèvres se collèrent à son cou, son souffle chaud frôlant sa fine peau claire. La fougue les emporta dans un jeu de caresses érotiques, de baisers sensuels, leurs corps brûlants se réclamant, encore et encore, jusqu'à ce qu'il tombe d'épuisement, le souffle saccadé, trempé de sueur sur sa belle encore frissonnante de plaisir. Quand sa respiration s'apaisa, Itachi attrapa ses lèvres délicatement et l'embrassa passionnément, les petites mains d'Ayu lui attrapant la nuque, l'empêchant d'y mettre fin trop tôt. Ils finirent par s'allonger l'un contre l'autre, en silence, avant que ne vienne l'heure de partir.

Elle le suivait de près dans sa course, sautant d'une branche à l'autre avec aisance et légèreté. A la tombée de la nuit, Itachi s'arrêta devant une cascade qui se jetait d'une hauteur vertigineuse dans le vide, s'écrasant contre la roche dans un fracas tonitruant. Un petit chemin discret et dangereux menait à l'arrière de la chute d'eau, ancré dans la falaise. Le ninja s'avança prudemment, jusqu'à ce qu'ils soient complètement cachés par les eaux. Quelques gestes suffirent à ce qu'une porte apparaisse, dissimulée dans un genjutsu. Ils pénétrèrent dans un des nombreux repaires de l'Akatsuki, la porte se refermant derrière eux, les plongeant dans le noir. Ayu s'agrippa à son amant, peu rassurée et la main chaude et réconfortante de ce dernier balaya toutes ses craintes. Quelques minutes plus tard, un escalier les mena à une nouvelle porte, qui donnait sur une gigantesque salle. Huit personnes étaient assises, attendant leur arrivée. Leurs regards intrigués mit Ayu mal à l'aise, bien que la présence d'Itachi la rassure. Ils la dévisageaient, pour la plupart, se demandant sûrement quelle était cette petite nouvelle qui faisait tant parler d'elle depuis quelques jours.

- Vous voilà enfin! Dit une voix dans l'ombre. Bon retour parmi nous, Itachi.

Un homme aux multiples piercings avança de quelques pas. Le grand ténébreux le salua poliment en s'excusant du retard, avant qu'il ne reprenne la parole.

- Voilà donc Ayu-san, dit-il à l'égard de la jeune fille, cachée derrière son amant. Avant toute chose, j'aimerai te parler seul à seul quelques minutes.

Elle interrogea Itachi du regard, qui lui fit comprendre qu'elle n'avait rien à craindre, puis elle suivit celui qui semblait être le chef de l'organisation dans une autre pièce. Dès qu'il fut sûr que plus personne ne pouvait les entendre, il se retourna vers la brunette qui le fixait avec de grands yeux interrogateurs.

- Itachi t'a parlé de l'Akatsuki?

- Un peu, oui. Vous cherchez à établir la paix dans le monde.

- C'est un rêve que j'aimerai en effet accomplir. Malheureusement, les hommes n'obéissent qu'à une chose, la puissance. La personne qui aura le plus de pouvoir imposera ses pensées, son mode de vie, c'est comme cela que le monde a toujours marché, et c'est comme ça qu'il marchera toujours. Les pays font semblant d'être en paix, mais en réalité, il y aura toujours un gouvernement qui voudra plus de libertés et qui provoquera dans sa folie des guerres et des morts. Je crois savoir que tu as déjà vu à quoi menait la soif de puissance. Elle est inapaisable, rien ne peut la satisfaire... Si tu te souviens de la souffrance que tu as enduré, tu comprendras contre quoi nous nous battons.

- Votre but n'est que d'instaurer la paix? Qui me dit que vous ne recherchez pas vous aussi juste le pouvoir?

- C'est à toi de décider de me faire confiance ou non. Je ne t'oblige à rien.

Elle sentait dans son regard à quel point il avait souffert. Lui aussi avait vu l'horrible folie des hommes à l'œuvre. Lui aussi avait du faire face à la dure réalité trop tôt, bien trop tôt. Ses blessures étaient profondément ancrées en lui. Elle ressentait le désespoir qui l'habitait, froid, noir et douloureux, un supplice qu'il endurait chaque jour, une torture qui s'était éveillée pour ne jamais s'arrêter. Elle vit des corps allongés, un enfant apeuré pleurant ses parents, tiraillé entre la peur face aux deux meurtriers et la peine d'avoir perdu son père et sa mère. Elle vit les ravages de la guerre sur un jeune innocent et la douleur fut telle qu'elle tomba à genoux, le visage baigné de larmes, une main tenant son cœur qui se déchirait horriblement. Le visage de Pain était complètement différent, apaisé, détendu, heureux. Pour la première fois depuis ce jour maudit, il ressentait en lui un immense sentiment de bien-être, une euphorie nouvelle et douce, un soulagement intense. Mais cette sérénité apparente se stoppa quand il entendit quelqu'un ouvrir violemment la porte et hurler le prénom de la jeune fille. Il rouvrit les yeux, abasourdi par le spectacle qui se déroulait devant lui. Un flot continu de larmes s'écoulait du visage de la brunette à genoux, ses deux mains serrant son cœur comme s'il risquait d'exploser à tout moment. Du chakra s'échappait de son corps, dense et malsain. Les rubans teintés de rouge et de noir, brûlants, se dirigeaient vers lui, ondulant dans l'air comme des serpents à l'affût de leur proie.

- Yûkchuu... Arrête... Ce n'est pas sa faute... Je t'en prie.... Hoqueta-t-elle.

La danse des liserés rouges se stoppa, le chakra s'évanouit dans l'atmosphère en milliers de poussières brillantes et la jeune demoiselle se laissa tomber dans les bras d'Itachi, à bout de force. L'homme jeta un regard noir à son chef, qui porta une main à son cœur, la douleur qu'il avait l'habitude d'endurer lui paraissait plus douce, apaisée.

- Pain-san... Murmura-t-elle, essoufflée. J'accepte... à une condition...

- Je t'écoute, répondit-il doucement.

- Aide-moi... à retrouver ma mère...

Il comprit alors qu'elle avait vu. Elle savait qu'il avait perdu ses parents. Elle lui avait volé une partie de sa souffrance et en voyant à quel point il lui avait été douloureux de perdre des êtres chers, elle avait dû se rappeler qu'elle-même avait une mère, quelque part. Cette jeune fille renfermait en elle un pouvoir insoupçonné et sûrement bien trop pesant pour la plupart des hommes.

- C'est d'accord.

Puis elle s'endormit, épuisée.