Chapitre 9: Descente aux enfers – Deuxième partie
Ayu était bloquée à Ame no kuni, dans la forteresse de Pain où la pluie ne cessait de tomber. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle avait accompli sa mission et qu'elle était rentrée, mais il refusait de la laisser partir pour Susanoo. D'une certaine manière, cela lui permettait de faire le point mais quand elle repensait à tout ce qu'elle avait découvert... Ces pensées la rongeaient et encombraient son esprit, l'empêchant de dormir et de se concentrer sur autre chose. Les cauchemars envahissaient ses nuits, accompagnés d'un horrible sentiment d'aversion envers elle-même. Les seuls jours où elle parvenait à dormir étaient les rares moments où Itachi était là. Dès qu'elle sentait sa présence, son esprit se libérait et un sentiment de totale sérénité l'envahissait complètement. Lui s'inquiétait de plus en plus pour elle, la retrouvant à chaque fois un peu plus fatiguée, son sourire un peu plus lointain. Ayu faisait des efforts considérables pour n'ennuyer personne, mais elle sombrait doucement dans un monde qui n'était pas fait pour elle et qui l'attirait inexorablement vers le fond. Il ne savait quoi faire pour l'empêcher de plonger dans ces abîmes.
Il l'avait retrouvée une semaine après qu'elle soit rentrée de sa mission, assise dehors, trempée par la pluie, la flamme qui habitait autrefois ses yeux noisettes éteinte, noyée par les larmes qui avaient trop coulé. Son cœur s'était figé et une incroyable envie de détruire tout ce qui l'entourait l'avait submergé lorsqu'il avait entendu sa petite voix murmurer « Ais-je le droit de vivre? ». Elle s'était enfermée dans un cauchemar sans fin, se réveillait toutes les nuits en hurlant que ses mains étaient couvertes de sang. Itachi parvenait à la calmer, difficilement, mais il s'angoissait plus que tout quand il devait repartir en mission. Elle avait fini par lui raconter ce qu'elle avait découvert mais bien qu'il tenta de faire quelque chose, il avait dû se résigner. Il pensait cependant qu'elle oublierait, le temps finissait toujours par panser toutes les blessures et pour l'instant, ce qui le préoccupait davantage, c'était qu'elle voulait toujours rechercher sa mère. Si jamais elle rejetait Ayu, elle ne s'en remettrait pas et il le savait. Néanmoins il ne pouvait la forcer à renoncer.
Au final, l'état de santé de la jeune brunette influait grandement le moral des autres. Itachi était constamment préoccupé par son amante et d'une humeur exécrable, Deidara tentait de la faire sortir dès qu'il le pouvait mais il cachait bien mal son tracas. Il ne supportait pas de voir son rayon de soleil broyer du noir. Mais après tout, c'était le destin de tous ceux qui s'engageaient dans une telle voie. Il avait cru qu'elle était différente, il voulait encore y croire... Les autres gardaient le silence, soit parce qu'ils avaient d'autres soucis bien plus importants, soit parce qu'ils fuyaient cette atmosphère qui était devenue intenable. Et pour couronner le tout, il ne s'arrêtait plus de pleuvoir, comme si le ciel versait les larmes que la jeune fille n'avait plus la force de faire couler. Konan avait tenté de faire pression sur Pain pour qu'il la laisse partir, persuadée que tout s'arrangerait, que sa mère serait heureuse de la revoir, qu'Ayu retrouverait une famille. Au fond d'elle-même, elle se rendait compte qu'elle se mentait, mais la jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser à ses propres parents, morts pendant la guerre. Elle aurait donné tout ce qu'elle avait pour avoir l'occasion de les revoir. Elle savait que le cas de son amie était bien différent mais elle continuait d'espérer car à ses yeux, une mère ne pouvait décidément pas haïr son enfant. Seulement, Pain n'était pas vraiment celui qui décidait et elle se pliait, impuissante, aux décisions de celui qui menait la barque, cherchant désespérément ce qu'il prospectait de faire avec la jeune brunette.
- Ayu...
- Quoi? Une mission? Qu'est-ce que c'est?
- Tu souhaites vraiment y aller?
Elle s'arrêta de frapper dans le poteau en bois l'espace d'un instant, avant de reprendre son entraînement, l'esprit ailleurs...
- Dis tu m'écoutes? Insista Pain.
- Tu sais très bien ce que je veux, alors pourquoi tu demandes?
- Je veux être bien sûr que tu as réfléchi à toutes les éventualités et que tu ne t'y es préparée.
- Pain-san. Cette fois elle s'arrêta pour de bon et lui fit face. Je ne suis pas stupide au point de croire qu'elle m'accueillera les bras grands ouverts, si toutefois je la retrouve. Si elle m'a abandonnée ce n'était sûrement pas dans l'espoir de me revoir un jour... Elle marqua une courte pause avant de reprendre. Néanmoins, je garde l'espoir... Je sais que j'ai tort, mais une partie de moi veut encore croire en elle. C'est la seule famille qui me reste, la seule preuve que je ne suis pas un monstre. Je veux m'excuser auprès d'elle, je veux qu'elle sache que je ne lui en veux pas, que je comprends. Je veux retrouver ma mère, c'est tout. N'est-ce pas humain?
- Si... murmura-t-il avant de partir, la jeune fille se laissant glisser à terre le long du poteau de bois.
Sa volonté le touchait. Il avait eu peur que son désir de retrouver sa mère soit un désir de vengeance, qu'elle regretterait amèrement par la suite. Mais il avait eu tort, elle était bien plus généreuse et pure que la plupart des humains. Y en avait-il seulement un capable de pardonner une telle chose que la mort? Sa gentillesse était infinie... Son âme était la plus belle qui lui était donné de voir, resplendissante. Un ange protégé par un démon, deux opposés réunis. Pas étonnant que la bête soit tombée sous son charme. Le soir même, il se décida à aller voir celui qui tirait les ficelles, bien décidé à lui faire entendre raison. Pour lui, elle était prête, il ne s'imaginait pas qu'elle puisse s'enfoncer plus dans la sphère infernale de la souffrance et de la vengeance. Ayu était intelligente et ils avaient un atout non négligeable, Itachi. Même s'il n'aimait pas cette manière de faire, elle ne les quitterait pas, tout simplement parce que son cher amant ne pouvait pas partir... Il avait raison sur ce point, mais il ne savait pas alors vers quoi il envoyait la jeune fille.
- Je te dis qu'il faut la laisser y aller!
- C'est encore trop tôt!
- Je t'ai laissé faire la dernière fois et regarde ce qui s'est passé! Dis moi une raison valable de la laisser dans un tel état sinon je l'autorise à partir.
- Te rends-tu seulement compte de la chance que c'est d'avoir une telle puissance parmi nous? Si tu la laisses partir, qui te dis qu'elle reviendra?
- Elle le fera. Elle n'abandonnera pas Itachi... De plus, je te rappelle qu'officiellement, c'est moi qui donne les ordres...
- Tu n'oserais pas...
Mais Pain lui avait déjà tourné le dos, obstiné dans sa décision qu'il pensait être la meilleure à prendre. Foutu Pain! Ses nouveaux plans risquaient de tomber à l'eau si jamais... Ah! Une des dernières phrases résonna dans sa tête. Peut-être que... Non, en fait, c'était une merveilleuse idée que de laisser la petite Ayu rejoindre sa mère, l'idée la plus sublime que cet imbécile de Pain n'ait jamais eu... Au final, ce qu'il craignait qu'il se passe pouvait se révéler être une opportunité à ne pas manquer... S'il faisait assez vite, l'Akatsuki allait bientôt posséder l'arme la plus dévastatrice qu'aucun pays n'oserait rêver. L'ombre partit, un sourire démoniaque aux lèvres, les yeux brillant d'une lueur rouge assassine...
Le chef officiel de l'organisation criminelle aux nuages rouges jubilait intérieurement. Il avait réussi à imposer ses idées. Tout allait redevenir comme avant. Elle allait pouvoir se libérer de sa souffrance grâce à lui, une sorte de dédommagement pour ce qu'elle avait apporté au cours de ces derniers mois. Oui, grâce à elle, une certaine paix avait envahi les membres de l'Akatsuki, comme si son sourire dispersait leurs tourments et ravivait en eux un sentiment de bien-être oublié depuis bien trop longtemps. Elle leur rappelait qu'ils étaient humains avant tout et que leur but final était un monde uni, sûr, où il ferait bon de vivre. Il endosserait la responsabilité de tous les crimes commis pour instaurer cette paix fragile et incertaine, il forcerait les gens à goûter à ce bonheur. Bien sûr, au début, ils se révolteraient, les humains n'aimaient pas les changements brusques. Mais avec le temps, ils oublieraient les sacrifices qu'il avait dû faire et ne pourraient plus se passer de ce nouveau monde pacifiste. Oui, tout était aussi simple que ça...
- Ayu?
- Elle dort. Qu'est-ce que tu lui veux? Questionna Itachi d'un ton glacé, la tête de la jeune fille reposant sur sa cuisse, son bras autour de ses épaules, une main lui caressant les cheveux. Encore une mission stupide?
- Elle peut y aller. Dis-lui juste ça, répondit-il calmement.
- Matte! L'interpella le grand ténébreux avant qu'il ne referme la porte. Et pour...
- Ne t'occupe pas de lui. Elle peut partir, c'est tout ce qui importe.
Il aurait dû être heureux non? Sa précieuse Ayu avait toutes les chances de retrouver sa mère. Alors pourquoi, pourquoi cette inquiétude ne le quittait pas? Pourquoi se transformait-elle en angoisse qui lui tiraillait les entrailles?
- ..tachi? Ça va?
- Oui. Tout va bien maintenant...
Il embrassa tendrement la jeune fille encore somnolente qui lui rendit passionnément son baiser, une main sur sa nuque l'attirant contre elle. Ses craintes attendraient, ces douces lèvres espiègles étaient tout ce qui lui importaient pour l'instant. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas pu les sentir se poser sur sa peau, son souffle chaud frôler son cou, son torse, déclenchant une vive chaleur et des frissons qui l'emmenaient dans un ciel lointain... Il se laissait porter par cette vague brûlante de plaisir où l'entraînait la brunette aux pommettes rosies, le corps en transe. Avait-elle entendue ce que Pain était venu lui annoncer? Sentait-elle au fond d'elle-même qu'ils allaient être séparés? Son regard pétillant ne laissait rien transparaître et la lueur coquine qui venait de s'éveiller lui interdit de réfléchir à toute autre chose qu'au moment présent. Il ne pouvait décidément pas détacher ses yeux de ce merveilleux trésor se donnant à lui d'une façon si osée et en toute confiance. Il pressa les paumes de ses mains contre son dos et l'attira encore plus près de lui, collant son torse contre sa poitrine dénudée, voulant la serrer plus, toujours plus, jusqu'à ce qu'il sente les fines jambes de sa chère et tendre se crisper, ses petites mains agripper ses épaules, son corps se cambrer sous les mouvements indécents du jeune homme. Et puis il s'abandonna dans un ultime effort et se laissa tomber en arrière, essoufflé, comblé, le visage d'Ayu dans son cou, ses longs cheveux habillant son corps nu aux formes envoûtantes. Il passa ses doigts dans ces fils de soie avant de l'entourer de ses bras et de déposer un dernier baiser sur son front brûlant. Cette nuit, le monde réel n'aurait rien à envier au pays des rêves...
- Mmmh...
- Ah... Je t'ai réveillé? Désolée....
- Tu t'en vas déjà? Demanda Itachi en regardant la jeune fille faire ses bagages.
- Le voyage risque d'être long, plus vite je serai partie, plus vite je rentrerai, répondit-elle en souriant.
- Passe voir Deidara avant de partir, ça lui fera plaisir.
- Il est déjà rentré de mission?
- Hier je crois bien.
Elle boucla son sac et s'approcha de lui.
- Je reviendrai vite, je te le promets.
Elle avait beau être sûre d'elle, elle ne savait pas ce que lui réservait l'avenir et l'inquiétude rongeait le ninja de l'intérieur.
- J'attendrai ton retour alors.
Un mince sourire se dessina sur son visage, mais que pouvait-il faire d'autre? C'était le souhait d'Ayu de partir, elle avait le droit de découvrir la vérité. Elle s'était préparée au pire alors que pouvait-il arriver? Il se résigna à chasser ces pensées noires et lui souhaita bon voyage aussi sincèrement qu'il le put. La jeune fille l'embrassa passionnément, une dernière fois, avant de disparaître. Elle descendit d'un étage et alla frapper à une porte.
- Ouais?
- Deidara?
- Ayu!
Il semblait visiblement heureux de la retrouver en pleine forme, même si son sourire se figea quelques secondes lorsqu'il vit son bagage.
- Alors tu t'en vas?
- Oui, mais je serai vite de retour t'en fais pas!
- Bien sûr, on sera encore là quand tu reviendras! T'en fais pas pour nous et concentre toi sur ce que tu dois faire, rigola-t-il, rire quelque peu forcé mais amical, une main s'ébouriffant les cheveux.
Il sursauta quand elle le serra dans ses bras et murmura un « Excuse-moi... », mais lui rendit son étreinte avant de lui dire de filer.
- Ayu!
- Mmmh? Elle se retourna sur le pas de la porte.
- Si jamais, enfin... Avec toi ici, j'ai l'impression qu'on est une sorte de grande famille. Sans toi, ce ne serait plus pareil, alors...
- Dei-chan! Il sursauta, surpris. Je reviendrai.
- Fais gaffe à toi...
- Compte sur moi!
Elle leva un pouce en l'air et lui adressa un clin d'œil avant de dévaler les escaliers à toute allure. La brunette passa à l'armurerie, saisit Kusanagi, un peu de matériel - sait-on jamais – et s'élança au dehors, un soleil éclatant et radieux illuminant le sol encore détrempé du village.
- Elle est partie? Demanda Kisame à son acolyte.
- Ouais... répondit-il, l'air maussade.
- Pain nous demande, on dirait qu'on va devoir aller chercher un autre bijûu...
- C'est lequel cette fois?
- Yonbi.
- Mmmh...
Il se rallongea, les yeux vissés au plafond, pendant que Kisame s'en allait. Ayu... « Je reviendrai vite, je te le promets. » Il ressassait ces paroles en se caressant les lèvres du bout des doigts. Il espérait sincèrement que tout se passerait bien, malgré son malaise intérieur qui lui disait tout le contraire...
Cela faisait maintenant un an que la jeune Ayu était partie de Konoha. Malgré les remontrances de Chiriku-sama, Tsunade continuait à faire surveiller l'Akatsuki. Ils s'étaient fait à l'idée que la brunette appartenait bel et bien à l'organisation. Pour Kakashi, elle était aveuglée par son amour pour Itachi mais l'hokage ne pouvait exclure d'autres hypothèses. Après tout, ils avaient collaboré avec les moines pour la sceller à nouveau et il était normal qu'elle se soit enfuie avec ses sauveurs, peut-être même lui avaient-ils promis de l'aider à se venger. La vengeance, encore et encore. Était-ce donc la seule motivation des Homme?
- Tsunade-sama!!!
Elle sursauta sur son siège quand un des membres du département des renseignements entra dans son bureau en claquant la porte.
- Nous avons des nouvelles inquiétantes...
Fronçant les sourcils, elle attrapa la feuille que lui tendait le ninja et la parcourut rapidement des yeux.
- Masaka! Qu'est-ce que ça signifie? De quand cela date-t-il?
- Selon nos sources, Chiriku-sama l'aurait rencontré hier, dans la nuit.
- Ayu-san, où se trouve-t-elle?
- Elle est partie il y a deux jours, il semble qu'elle se dirige vers Kaminari no kuni.
- Kso, murmura-t-elle en se mordant un doigt, le visage crispé.
- Que fait-on?
- Continuez la surveillance, prévenez-moi au moindre mouvement. Classez ce document confidentiel, que personne ne soit mis au courant!
- Bien madame.
Il salua l'hokage et repartit en courant.
- Que cherches-tu.... murmura-t-elle pour elle-même.
L'océan, aussi bleu que le ciel, semblait être parsemé de millions d'étoiles rutilant au soleil. Ayu pouvait voir Susanoo, petit village de pêcheurs installé sur la côte où les vagues venaient mourir sur les rochers, parsemant d'écume la plage de galets. Elle inspira profondément et reprit sa marche. Quelques minutes plus tard, ses pieds foulaient la route principale qui traversait le hameau. Elle emplit ses poumons de l'odeur de la mer que rapportait le vent, agréable et doux. Un marché se tenait sur la petite place, où la petite foule de villageois vantaient leurs produits. Poisson frit, beignets de crevettes, fruits et légumes, chaque commerçant proposait une multitude de mets aussi délicieux les uns que les autres. La jeune fille s'émerveillait devant toute cette agitation, elle qui n'avait jamais participé à aucun événement de ce genre. Un homme l'interpella en lui proposant des brochettes avec des petites boules de riz trempés dans une sauce caramélisée et qui dégageaient une odeur alléchante.
- Ano... Qu'est-ce que c'est? Demanda-t-elle innocemment au commerçant.
- Tu n'as jamais goûté de dangos? Il semblait surpris face à l'étonnement de la brunette.
- Non... répondit-elle, penaude.
Il rit et lui tendit une brochette.
- Cadeau de la maison! Ce sont les meilleurs mitarashi dangos de tout le pays!
Elle le remercia et croqua un bout de cette étrange spécialité.
- Oichii... Murmura-t-elle les yeux grands ouverts, émerveillée par la douceur du mets.
- Alors, qu'est-ce que tu penses de ça?
- C'est la meilleure chose que j'ai jamais mangé! Merci!
Il rougit face au sourire de la demoiselle et bafouilla un « Do itashimashite » à peine audible.
- Excusez-moi mais connaîtriez-vous une Shimizu Haiko?
Il reprit ses esprits avant de réfléchir quelques minutes.
- Non, ce nom ne me dit rien du tout. Désolé!
Elle le remercia et continua ses recherches en savourant la fin de son dango. Seulement, personne ne semblait connaître sa mère. Après trois heures d'enquête infructueuse, elle s'assit sur un banc à l'ombre, désespérée.
- Tu cherches quelque chose?
Elle se retourna, une vieille femme aux cheveux gris et au sourire chaleureux venait de s'asseoir à ses côtés.
- Plutôt quelqu'un...
- On dirait que cette personne est plutôt douée pour se cacher alors.
- Il semblerait, en effet.
- Que feras-tu si tu la retrouves?
- Je ne sais pas, je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je pense que je voudrai savoir pourquoi elle se cache.
- Mais ça, tu le sais déjà, non?
Ayu la regardait, méfiante. Qui était cette femme qui semblait tout savoir? Son visage calme et chaleureux la mettait étrangement en confiance et elle poursuivit quand même la discussion. Elle avait du temps devant elle de toute façon...
- Si une personne se cache, c'est pour qu'on ne la retrouve pas, non? Peut-être a-t-elle fait quelque chose dont elle a honte, quelque chose qui l'oblige à vivre seule désormais...
- C'est absurde! S'emporta Ayu avant de reprendre sur un ton plus calme. On fait tous des erreurs, si personne ne pardonne alors les gens doivent-ils tous vivre reclus?
- Tu serais prête à pardonner à quelqu'un, peu importe ce qu'il a fait?
- Si son repentir est réel oui, je pense que oui...
La vieille femme se releva et tourna la tête vers Ayu.
- Tu devrais faire un tour à l'est du village, lui dit-elle soudainement. J'espère que tu crois vraiment ce que tu dis...
Elle regarda Ayu se lever, la remercier et partir en courant vers la direction indiquée.
- Pardonne-moi, Haiko... murmura-t-elle doucement.
Elle s'en rendait compte maintenant. Peu importe ce que sa mère avait fait, elle avait dû se sentir désemparée, déroutée. Si elle lui disait qu'elle ne lui en voulait pas, si elle lui montrait qu'elle ne serait pas consumée par le pouvoir de Yûkchuu, si elle balayait toutes ses craintes, elles pourraient recommencer une nouvelle vie, ensemble. Le cœur léger, la brunette courut sur le sentier de terre, jusqu'à ce qu'elle atteigne une petite maison, à l'écart de tout, construite dans une grande prairie à l'orée d'une forêt de pins. Une femme en kimono tricotait sur le perron, à l'ombre d'un grand arbre. La jeune fille stoppa sa course et avança doucement dans l'herbe, tiraillée entre l'anxiété de ces retrouvailles et le bonheur qu'elle ressentait.
- Shimizu Haiko-san...?
La silhouette se redressa et stoppa ses gestes. Les cigales chantaient dans les arbres, les oiseaux dansaient dans le ciel bleu azur, le soleil rutilait, le vent soufflait, alors que sa mère affichait un regard partagé entre la peur et l'horreur, la haine et l'angoisse...
- Okaa-san? C'est moi, c'est Ayu!
Elle s'approcha mais Haiko recula, horrifiée.
- Va-t-en! Pourquoi es-tu venue ici? Pour me tuer c'est ça? Hurla-t-elle, le visage déformé par la peur.
- Non! Maman! Je... je suis venue pour m'excuser si je t'ai fait souffrir et te dire que je ne t'en veux pas s...
- M'en vouloir? C'est moi qui devrait t'en vouloir!! Je ne t'ai pas abandonnée pour que tu viennes me retrouver!
Elle devait être en état de choc, elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle disait, c'était impossible...
- Maman tu n'as plus rien à craindre. Je ne te ferai aucun mal et Yûkchuu non plus, s'il-te-plaît crois-moi!
- Tais-toi tais-toi tais-toi!!! La ferme espèce de monstre!
Elle plaqua ses mains contre ses oreilles, les yeux exorbités et continua de l'injurier en hurlant, hystérique, sous le regard désespéré de sa fille. La brunette ne remarqua même pas les hommes qui arrivaient derrière elle et ne se retourna que lorsque l'un d'eux prit la parole.
- Ayu-san!
- Vous... dit-elle d'un ton méprisable.
- Reviens avec nous, tu es dangereuse et tu le sais. Il f...
- Vous saviez où était ma mère et qui elle était tout ce temps et vous n'avez jamais rien dit?
- Ça n'a plus d'importance maintenant et ça n'en a jamais eu. Haiko t'a abandonnée pour ne jamais te revoir. Ayu ce monde n'est pas fait pour toi!
- C'est faux! J'ai trouvé ma place après d...
- SHINE!
Une atroce douleur la fit perdre ses mots. Hoquetant, tiraillée dans l'épaule, elle fit un ultime effort pour se retourner.
- Okaa-san...
Sa mère venait de lui planter une aiguille à tricoter dans la base du cou, qui venait perforer le poumon. Elle sentit son sang brûlant s'écouler sur sa poitrine et dans sa gorge, l'empêchant de respirer. Sa mère éclata de rire, un rire désagréable, malsain, démoniaque.
- J'ai réussi! Je l'ai fait! Hahaha! Enfin, je l'ai tuée! Criait-elle en pleurant, en riant, secouée par de violents spasmes. Elle avait complètement perdu la raison.
Les moines en profitèrent pour encercler la jeune fille et s'approchèrent doucement. Mais le chakra rouge et noir, dense, s'échappait déjà d'elle. Malgré la douleur, elle porta sa main droite à son épaule gauche et en sortit la longe aiguille de fer dans un hurlement. Les hommes tentèrent de se jeter sur elle mais furent repousser par une bourrasque de vent.
- Vous m'avez enfermée parce que vous aviez peur, vous avez tué Fujitaka, vous m'avez pris tout ce que je chérissais... Ne cesserez-vous donc jamais de me poursuivre?
De gros nuages noirs s'amoncellèrent au-dessus d'eux, le vent se transforma en tempête, les cigales se cachèrent, la pluie se mit à tomber, violente et froide. Le visage de la jeune fille, taché de sang, n'exprimait plus rien d'autre que la haine. Ses yeux noirs et écarlates ne reflétaient plus qu'un abominable désir de tuer, une insatiable soif de sang. Chiriku hurla un ordre mais un hurlement atroce le stoppa net. Il y eut une lumière aussi vive qu'un éclair, l'atmosphère devint extrêmement lourde, puis un choc et plus rien, le vide, les ténèbres. Ayu rouvrit les yeux sur un champ de bataille. La pluie tombait toujours aussi drue, transformant le cratère d'une centaine de mètres de diamètre en un marécage boueux et glissant. Des corps de moines gisaient, démembrés sous la violence du choc. Elle regarda autour d'elle, cherchant Haiko.
- Okaa-san? Okaa-san où es-tu?
Elle se redressa et marcha en titubant pour sortir de ce bourbier et regagner la prairie. Les débris de la maison s'étalaient un peu partout dans l'herbe détrempée.
- Maman! Hurla la jeune fille en courant vers sa mère assise contre un des murs de la maison qui avait tenu bon.
Elle accéléra en voyant ce qui la maintenait assise, refusant de voir l'évidence.
- Oh non maman! Je... Je suis désolée, je ne voulais pas...
Haiko avait une blessure mortelle au niveau du ventre et respirait avec difficulté. Ayu s'agenouilla à ses côtés, tentant d'empêcher le sang de s'écouler.
- Je t'ai haïe dès le premier jour....
- Ne parle pas maman, garde tes forces!
- Regarde ce que tu as fait... Elle toussa avant de reprendre d'une voix rauque et faible. Tu es un monstre, tu n'aurais jamais du voir le jour... Tu me rejoindras en enfer.
Elle se crispa l'espace de quelques secondes puis son corps se relâcha, inerte, vide de toute vie. Ayu ne dit rien, elle ne ressentait même rien. Les larmes ne coulèrent pas, aucune émotion ne la submergea, ni tristesse, ni souffrance. Seul ce vide noir qu'elle avait déjà ressenti l'envahit, la plongeant entièrement dans un monde de ténèbres obscurs. Elle se releva et partit, les pupilles toujours aussi noires. Un des moines avait miraculeusement survécu au choc et rampait au sol, les deux jambes brisées. Il supplia la jeune fille de l'aider, qui le regardait comme un insecte sans ailes. A quoi bon garder en vie un tel animal sans défenses? Ayu s'accroupit et posa sa main sur son dos. Il se retourna et implora la pitié de la jeune fille, indifférente et froide. Il hurla de douleur puis retomba au sol, son squelette entièrement fracturé. Elle reprit sa route pour Ame no kuni, désormais sa seule maison...
