Chapitre 12: Décision
- Alors mademoiselle, on traine toute seule le soir? Viens avec nous, tu vas t'amuser...
La demoiselle en question poursuivit sa route l'air de rien, la tête cachée sous une grande capuche qui retombait largement sur ses épaules, ses longs cheveux bruns se balançant au gré du vent de chaque côté.
- On t'a jamais appris la politesse?
L'homme à l'haleine fétide et aux mains poisseuses s'était avancé pour l'attraper quand Yûkchuu apparu en un éclair rougeoyant. Elle continua d'avancer, imperturbable, laissant derrière elle une énième mare de sang. Depuis sa discussion avec Tobi qui datait de la semaine dernière, Ayu ne savait plus quoi faire. Si elle tuait Tobi elle anéantissait les chances de Pain de voir la paix fleurir un jour. Si elle continuait d'obéir, il finirait par se venger de Konoha et elle serait son plus grand complice. Itachi ne la pardonnerait jamais. Qu'adviendrait-il du monde si le réel chef de l'Akatsuki mettait la main sur les bijûus? Elle errait ainsi dans les bois noirs, insensible au monde qui l'entourait, perdant peu à peu son âme déchirée de part et d'autre par le choix qu'elle devait faire. Pouvait-elle mettre toute sa confiance dans le creux des mains de Pain? Arriverait-il à contrôler Tobi le moment venu? Cet homme maléfique avait forcément un plan pour se débarrasser de sa marionnette quand cette dernière deviendrait une menace inutile. Et ensuite? Comptait-il anéantir Konoha et assouvir sa vengeance? Ou donner un exemple sanglant au monde de sa toute puissance afin que tous les villages se soumettent à ses désirs morbides? Elle refusait d'abandonner Itachi, c'était hors de question et Tobi ne le savait que trop bien. Il voyait clair en elle, il connaissait ces sentiments profonds qui l'habitaient à présent. Cet homme savait qu'elle n'aurait pas le courage de s'enfuir sans son amant. Oui, pour lui et seulement lui, elle resterait. Et si jamais Pain n'était pas en mesure de le stopper le jour venu, elle serait là. Elle guetterait cet instant et l'aiderait à instaurer la paix, peu importe les moyens et le nombre de victimes. Elle avait tué tellement de gens, son âme ne serait jamais rachetée alors peu importe qu'elle l'enfouisse un peu plus loin dans les ténèbres de la mort. Elle se sacrifierait et elle libérerait Itachi. Elle en était capable. Tobi croyait la contrôler? Bien, alors qu'il continue à se noyer dans ses douces espérances, jusqu'au jour où elle le ferait payer de son sang pour avoir osé enchaîné celui qu'elle aimait. « Un jour, toi aussi tu seras libre. Peut-être que ce sera la seule chose de bien que je pourrai faire dans ma vie... », pensa-t-elle. La jeune brunette en était persuadée. Et ce sentiment la submergea, accompagné d'une haine envers le monde shinobi qui forçait des innocents à sacrifier leur vie pour le soi-disant bien d'un pays.
C'est dans cet état d'esprit qu'Ayu reprit sa place au sein de l'Akatsuki, continuant de tuer avec toujours plus de sauvagerie tous les visages inscrits sur les feuilles que lui passait Tobi. Celui-ci évitait de la croiser autant que possible, laissant les contrats sur son bureau, trouvant à chaque fois une excuse pour s'éclipser quand il sentait sa présence. Encore plus depuis le jour où Kakuzu et Hidan étaient morts. La jeune fille avait pris connaissance de ses futures victimes l'air de rien mais sa colère s'était abattue sur les pauvres hommes qui étaient devenus ses cibles. Elle était devenue instable, haïssant un peu plus chaque jour le monde shinobi, nourrissant sa rancœur et son dégoût de sang et de chair fraîche. Yûkchuu aussi avait changé, libérant sa fureur contre tous ceux qui croisaient leur route. Était-ce lui qui entretenait cette haine dans le cœur de sa complice ou sa compagne qui le faisait prendre goût à la sauvagerie et au plaisir du repos des limbes? Peu importe, l'un comme l'autre ils étaient dangereux et portaient en eux un immense et incroyable désir de tuer. Que se passerait-il le jour où l'un des deux refuserait de suivre l'autre?
Les jours passèrent, les saisons aussi. Malgré le prix exorbitant offert à quiconque capturerait Ayu vivante ou morte, les chasseurs de primes se faisaient rares, voir inexistants. Ils préféraient tuer des cibles faciles et conserver leur vie que de croiser la faucheuse. Les villages cachés ne pouvaient faire autrement et se contentaient de la surveiller plutôt que d'anéantir leurs forces pour une cause perdue d'avance. De toute façon, ils ne pouvaient rien faire. Elle ne sombra pas dans l'oubli. Elle devint juste la bête noire du monde shinobi. Elle commettrait une faute un jour ou l'autre, personne n'était parfait. Et ce jour là, une armée d'assassins serait prête à lui bondir dessus. Son pouvoir n'était pas éternel.
L'hiver arriva rapidement. Et la froideur de la neige semblait presque chaude et douce en comparaison du cœur de la jeune fille qui venait d'ôter encore une fois la vie à sa victime. Une traînée de sang rougeoyante se dessinait dans la blancheur du tapis de neige qui recouvrait le sol. Ayu quitta le petit village de Kusa no kuni et rentra à la forteresse de l'Akatsuki. Elle prit sa douche et nettoya son arme, puis refit ses bagages. Les contrats devaient être sur le bureau de Tobi. Tiens, des bruits de tiroir. Pour une fois il ne se serait pas enfui? Elle ouvrit la porte et...
- Ah Pain tu tombes bien, où sont les médocs d'Itachi? Ses crises sont de pire en pire on a à peine eu le temps de fin...
- Kisame?
- Ayu-chan? Attends! Il n'est pas en état de...
Mais la jeune fille était déjà partie en courant dans les couloirs. Elle ouvrit la porte de la chambre en l'enfonçant presque et trouva son amant recroquevillé contre un mur dans le noir, un bandeau autour de yeux, le front en sueur.
- Putain Kisame tu peux pas faire plus doucem...
- Itachi...
Le ninja se redressa quand il reconnut la petite voix fébrile de son amante.
- Ayu... Tu ne devais pas être en mission?
Elle se jeta à ses pieds, incapable de contrôler ses sentiments qu'elle avait essayé de contenir depuis bien trop longtemps.
- Usotski! Tu m'as dit que ce n'était pas grave, que je n'avais pas à m'en faire!
- C'est vrai, je n'ai pas menti. J'ai juste oublié de prendre mes médicaments.
- Tu continues à mentir pour que je m'en fasse pas! Pourquoi tu ne me fais pas confiance?
- Chuuut... Là, là c'est rien, murmura-t-il en attirant son visage contre son torse.
Elle se pelotonna contre lui, perdue dans cette chaleur inhabituelle et tellement réconfortante. Comment avait-elle pu oublier cette douce sensation? Comment avait-elle pu penser qu'elle aurait pu se passer ne serait-ce qu'une minute de lui?
- Tu m'as manqué, lui chuchota-t-il dans l'oreille.
Son souffle chaud et rassurant la berça et elle s'endormit, les bras musclés de son amant la serrant contre lui. Kisame en profita pour entrer discrètement et tendit des gélules à son ami qui les avala sans discuter.
- Ça te dérange si on reste un peu plus longtemps que prévu ici?
- De toute façon je ne comptais pas partir avant que tu sois capable de mettre un pied devant l'autre. Profites-en pour te reposer, ton dernier combat a bien failli être le dernier. J'ai pas envie de crever parce que tu refais une crise.
- Tchh...
Il sortit et laissa les deux amants profiter du réconfort qu'ils s'apportaient mutuellement. Quelques heures plus tard, Ayu ouvrit les yeux dans l'obscurité de la nuit. Combien de temps cela faisait-il qu'elle n'avait pas aussi bien dormi?
- Réveillée?
Deux grandes mains chaudes lui caressèrent doucement le dos, provoquant des frissons qui lui rappelèrent une époque oubliée depuis bien trop longtemps. Ses yeux plongèrent dans les pupilles noires d'Itachi.
- Tu ne devrais pas remettre ton bandeau?
- Et laisser passer une seule seconde de plaisir en plus à pouvoir te regarder? Répondit-il en lui frôlant la joue du bout des doigts.
Il approcha son visage et ses lèvres s'emparèrent des siennes tendrement. Ayu se redressa et laissa à son tour vagabonder ses petites mains sur la nuque de son amant. Raisonnable ou pas elle n'avait plus qu'une envie en tête, redécouvrir le corps de celui qu'elle aimait. Qu'il était bon de sentir le désir monter, le souffle qui devenait de plus en plus saccadé, les caresses plus osées, les baisers plus pressants, les muscles se contracter toujours plus, les frissons parcourant leurs corps dénudés jusqu'à ce que la pression se relâche dans une intense vague de plaisir. La nuit ne suffit pas à rassasier leur appétit vorace et ce n'est qu'en fin de matinée le lendemain qu'ils s'écroulèrent sur le futon, exténués et trempés de sueur. Seuls résonnaient dans la pièce leur souffle haletant et les battements de leurs cœurs trépidants. Itachi se serra contre sa jeune brunette et la prit tendrement dans ses bras. Il s'endormit presque aussitôt après lui avoir murmuré un « Je t'aime ». Ayu le contempla, caressant ses joues qui perdaient peu peu leur rougeur pour reprendre leur couleur d'origine. Ses doigts s'attardèrent sur les fines paupières secouées de soubresauts. Elle n'était pas dupe. Itachi allait mal. La jeune fille se leva discrètement et se rhabilla avant de se faufiler en silence au dehors. Elle se rendit directement au bureau de Pain. Ce dernier et Tobi interrompirent leur discussion quand la porte alla s'enfoncer violemment dans le mur. Ils la saluèrent malgré son air maussade et ne prirent même pas le soin de l'engueuler pour cette entrée fracassante.
- Que faut-il que je fasse pour que tout cela cesse?
Ils devinèrent à son regard de quoi elle parlait. Pain fut pris de court par la question et ne sut quoi répondre. Au contraire, Tobi ne mit que quelques secondes à saisir la sublime opportunité qui se présentait à lui sur un plateau d'argent. Le moment était-il enfin venu?
- Capture le jinchuriki du Kyubi et tue les Kages.
- Pain, cela amènera-t-il réellement la paix?
- Ayu, je...
- Réponds juste à ma question.
- Oui, c'est le moyen le plus radical. Les villages seront dans une telle confusion que nous pourrons en profiter pour extraire le dernier bijûu. On aura plus qu'à montrer notre puissance et plus personne ne sera en mesure de s'élever contre nous. Dans le meilleur des cas, on évitera même de provoquer une autre grande guerre et des centaines de victimes...
- Je me fous du nombre de victimes! Tant que vous n'aurez pas atteint votre foutu but, Itachi ne sera jamais libre!
- Alors tu es prête à tuer des centaines d'innocents pour son bien?
- Je te tuerai de mes propres mais si tu te mets en travers de ma route.
Tobi la regarda attentivement, jubilant intérieurement. Enfin il allait posséder l'arme la plus puissante jamais créée. Au final, Itachi avait été au moins utile à quelque chose. Pauvre imbécile... Dans les yeux de la jeune fille, une lueur froide et angoissante s'anima. Puis le monde changea soudainement. Ses pieds foulèrent un tapis de cendres grises et chaudes, le ciel revêtit une couleur si noire qu'aucune lumière ne filtrait. Seul le bruit horrible de corps déchiquetés et d'os broyés résonnait, la douce musique d'hommes et de femmes à l'agonie qu'il ne connaissait que trop bien. Il sursauta quand une main attrapa sa cheville et lui brûla la peau.
- Tasukete... Onegai...
Le silence s'en suivit, puis des bruits de pas, lourds, pesants. Un grognement se fit entendre, grave et rauque, qui fit trembler le sol et plongea les ténèbres dans une tension telle qu'elle en était presque palpable. L'air était lourd, suffocant et Tobi avait de plus en plus de mal à respirer au fur et à mesure que les pas se rapprochaient. Il porta une main à sa nuque où perlaient des gouttes de sueur froide. Il regarda dans le noir mais était incapable de percevoir d'où provenaient ce bruit. Il avait l'impression qu'il venait de partout à la fois. Il voulait partir, s'enfuir en courant, mais la femme lui tenait fermement la cheville. D'où venait donc cet insupportable bruit? Il ne le comprit que trop tôt. Deux yeux brillants s'allumèrent dans l'obscurité, animés d'une lueur malsaine, sanguinaire, féroce. Ils s'approchèrent et Tobi reconnut alors Yûkchuu sous sa robe noire fumante. Chacun de ses pas soulevait un nuage des cendres et faisait vibrer le sol. Quelle était cette insupportable sensation qui l'empêchait de bouger? Et ce bruit désagréable qui martelait sa poitrine? Ah... Son cœur, battant à une cadence folle, apeuré, tétanisé. Quand était-ce, la dernière fois qu'il avait éprouvé une telle peur? Quand était-ce, la dernière fois qu'il s'était senti aussi misérable et insignifiant devant une telle puissance? Quand était-ce, la dernière fois qu'il avait vu la mort s'approcher de si près? La bête, elle, continuait d'avancer doucement, de ses pas agiles malgré sa taille imposante. Des ruisseaux de sang rouge s'écoulaient de sa gueule et Tobi trembla en voyant les rangées de dents acérées où des morceaux de chair gisaient encore.
Il n'eut ni le courage, ni la force et ni le temps de fermer les yeux. La jeune femme qui lui tenait fermement la cheville fut balancée en l'air et déchiquetée de toutes parts dans d'atroces hurlements de douleur. Des giclées chaudes et vermeilles tombèrent en une pluie de grosses gouttes épaisses qui s'écrasèrent au sol en soulevant des nuages de cendres grises et légères. La bête furieuse continua d'agiter sa victime dans une rage meurtrière, avant de laisser retomber ce qui restait du corps dans un grognement féroce. Tobi sentit ses entrailles se contracter et retint un hoquet face aux membres méconnaissables qui gisaient au sol. Même le torse venait d'être réduit en une infâme bouillie, mêlée aux cendres en une mare de sang noirâtre et écœurante. Il releva la tête de ce spectacle d'horreur et refit face au monstre qui le toisait dans toute sa splendeur. Il plongea son regard de feu impénétrable dans celui de l'homme tétanisé et apeuré, son souffle chaud aux relents métalliques l'enivrant, le transportant encore autre part.
- Tobi, ého Tobi!
- Hein, quoi?
Il rouvrit les yeux sur le monde réel.
- Qu'est-ce qu'ils s'est passé? Lui demanda Pain, alerté par l'état dans lequel il était plongé depuis cinq bonnes minutes.
- Je... J'ai...
- Tu es pathétique...
Ayu se retourna et s'en alla, indifférente.
- Bordel mais qu'est-ce qui se passe?
- Elle est terrifiante...
Tobi sortit à son tour et courut tant bien que mal jusqu'aux toilettes où il eut juste le temps de retirer son masque avant que son estomac ne se vide sous de violentes contractures. Il se releva et alla se rafraîchir le visage. Il releva la tête et fit face à son reflet blafard dans le miroir. Il s'affala au sol et resta à genoux, trempé de sueur et rigola en regardant ses jambes qui ne pouvaient plus le porter tellement elles tremblaient. Il remonta la jambe gauche de son pantalon. Une brûlure en forme de main le lançait douloureusement à la cheville.
- Terrifiante...
Mais elle lui appartenait, du moins pour l'instant...
Ayu ne retourna pas voir Itachi. Elle saisit ses affaires et partit discrètement après avoir s'être suffisamment renseignée sur le dernier jinchuriki. Pain la regarda partir de la fenêtre de son bureau. Il ne savait quoi faire, après la discussion qu'il venait d'avoir avec la jeune fille. Peu avant son départ, il avait tenté de l'arrêter, profitant du fait que Tobi avait encore du mal à se remettre de ses visions d'horreur.
- Ayu! Attends!
Elle s'était retournée, son visage revêtant à nouveau cette froideur de marbre, indifférente au massacre qu'elle se préparait à faire.
- Tu es sûre que c'est ce que tu veux?
- Qu'est-ce que tu essayes de me dire?
- Tu pourrais t'enfuir avec Itachi. Vous pourriez aller refaire votre vie ailleurs, tu pourrais oublier toutes ces horreurs.
- Pourquoi me dis-tu tout ça maintenant?
- Parce que j'en ai marre! Je vois mes amis tomber les uns après les autres. Je vois Tobi qui s'est bien joué de moi. Je vois le chaos qui se rapproche de plus en plus et les milliers de morts qui vont s'en suivre. Je vois des gens innocents souffrir inutilement pour une cause perdue, détruits par ma faute...
- Est-ce là la pitoyable image que tu as du monde? Serais-tu devenu aussi pathétique que ton ton maître? La paix a-t-elle si peu d'importance a tes yeux?
- Je n'ai pas le pouvoir d'arrêter ce monstre! Hurla-t-il.
- Moi je l'ai...
- Tu crois que c'est si simple? Tuer les Kages n'est pas aussi facile, en plus de capturer le démon à neuf queues, Kyubi. Tu crois que tu seras encore en état de combattre Tobi?
- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse? Que je le regarde plonger le monde dans les ténèbres? Crois-moi ceux-ci ne sont pas aussi doux et joyeux que tu l'espères...
- Alors enfuis-toi! Prends Itachi avec toi et partez tous les deux! Allez refaire votre vie ailleurs... Je t'en prie Ayu ne sombre pas plus loin, tu en as assez fait comme ça.
Pain était désespéré mais Ayu était restée indifférente face à cette inquiétude.
- Itachi ne partira pas, avait-elle repris plus doucement. De plus, tu es incapable d'arrêter Tobi. Je suis la seule à pouvoir lui tenir tête. Quand le moment sera venu, je le tuerai de mes mains. Ensuite, tu instaureras la paix et alors je disparaitrais. Vous n'entendrez plus jamais parler de moi.
- Tu crois qu'Itachi va accepter ça?
Puis elle avait baissé les yeux et s'en était allée sans répondre, le laissant seul avec ses doutes.
