Chapitre 13: Une âme brisée
Des traces de pas d'une solitaire s'effaçaient aussitôt qu'elles se dessinaient dans la neige qui ne cessait de tomber. L'ombre furtive, de plus en plus rapide, continuait d'avancer malgré le froid qui gelait toute vie osant s'aventurer au dehors. Mais la haine, oh la haine glaciale et pourtant si chaude lui réchauffait ses entrailles, faisant bouillir son sang dans ses veines palpitantes. Ayu courait vers ce qu'elle pensait être la paix et la liberté, vers un massacre sanglant, aveuglée par un amour malsain, peut-être. Aveuglée, tout simplement. Oui, elle ne réfléchissait plus, obéissant juste, masquant son regard qui lui faisait peur parfois. Elle écoutait les rugissements de la bête qui sommeillait en elle, une bête féroce et sanguinaire, son ami, sa force et d'une certaine manière, une partie d'elle-même... La jeune fille se laissait bercer par le son de cette musique douce et grave, poursuivant sa route vers sa prochaine victime. Au loin, son amant venait de se réveiller. Il se redressa, inquiet. Il n'était pas dans les habitudes de son amante de partir ainsi. Itachi s'habilla rapidement et descendit dans la salle commune, vide. Il monta alors dans la chambre de sa bien-aimée, où il toqua doucement à la porte.
- Ayu?
Il entra dans la pièce sombre, vide. Son katana n'était plus là, ni son sac. Une mission? Elle n'était pas en état de combattre qui que ce soit! Il referma la porte et courut au bureau de Pain où il entra brusquement, saisissant l'homme à la gorge.
- Où est-elle? Où l'as-tu envoyée? REPONDS-MOI BORDEL!!!
- Elle est partie...
- Où? OU EST-ELLE? Hurla-t-il.
- A Konoha.
Il se retourna vers Konan et lâcha Pain qui ne savait quoi dire.
- Elle a décidé de mettre un terme à tout ça.
- Un terme à quoi?
- Aux guerres, aux massacres, au monde shinobi, répondit Pain.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là? Reprit-il plus doucement. Comment compte-t-elle arrêter tout ça?
- En tua...
- Konan! L'interrompit brutalement Pain. Elle m'a demandé de ne rien te dire.
- Tu voulais qu'il la sauve non? Tu crois franchement qu'elle y arrivera toute seule?
- Je...
Mais il ne savait quoi répondre et laissa son amie lui expliquer dans quelle folie la jeune fille s'était embarquée.
- Elle a vraiment cru que tuer les Kages amènerait la paix? Et qu'elle serait encore en état de contrôler Tobi après ça? Dit doucement Itachi, abasourdi par ce que la jeune fille aux cheveux bleus venait de lui dire.
- C'est pour toi qu'elle le fait...
- Tu es autant responsabl.. Hurla-t-il à l'intention de son chef.
- Il a raison, le coupa Konan. Elle voulait te libérer, faire en sorte que tu n'aies plus à rester ici.
- Mais faire ça n'amènera qu'une guerre mondiale, pas la paix! Comment avez-vous pu lui faire croire une telle chose?
- Pas si nous arrivons à contrôler les bijûus. Les villages seront dans une telle confusion qu'ils seront obligés de se soumettre. Même si les chances sont minces, elles existent.
- Et si ça foire? Si les villages se rebellent et qu'un conflit éclate, tu imagines seulement dans quelle situation situation elle se trouvera?
- C'est notre seule chance...
- Et tu es resté là à ne rien faire? Tu lui fais porter un tel fardeau, une telle responsabilité alors que c'est ton rêve? Quel homme es-tu pour faire endurer ça à une innocente? Elle ne supportera pas d'être responsable du massacre qui va s'en suivre...
- Tu fais la même chose, à ne rien dire alors que tu la vois sombrer de jour en jour. C'est toi qui l'a amenée ici, toi qui l'a laissée devenir une meurtrière, toi qui l'a privée de sa liberté. Et aujourd'hui tu as le choix, lui rendre sa liberté à elle ou saisir ta seule chance de regagner la tienne.
Itachi était sans voix, incapable de contredire les paroles de Konan. Oui elle avait raison, ils s'étaient tous plus ou moins reposés sur Ayu, ils la croyaient tous forte et étaient responsables de sa descente aux enfers mais lui en premier. C'est lui qui aurait du la sauver et non pas l'inverse...
- Tobi est parti pour quelques jours, fait comme si je n'étais pas là, annonça soudainement Pain.
- Et pour Kisame?
- J'avais justement une affaire en cours qui mériterait bien un coup de main.
- Merci...
Il saisit les quelques affaires dont il avait besoin et disparut lui aussi à l'horizon.
- Tu crois qu'il arrivera à temps?
- Je l'espère, murmura Pain. Je l'espère vraiment.
Konoha n'était plus qu'à quelques heures à vol d'oiseau. Et c'est bien à un oiseau qu'elle ressemblait, courant sur la neige, l'effleurant à peine de ses pieds, accélérant encore et encore sur le chemin de la liberté. Les grandes portes de bois se dressèrent devant elle lorsque le soleil commença à décliner lentement à l'horizon.
- Qui va là? Cria un garde, alerté par les crissements de la neige.
Il plissa les yeux, cherchant à identifier l'ombre qui s'avançait ers eux. Ayu souleva sa capuche et se posta face aux deux hommes qui barraient sa route.
- Merde, sonne l'alerte! Hurla l'un des deux à son collègue, qui s'empressa de courir vers une petite porte en bois.
Mais il ne fut pas assez rapide et les deux corps ensanglantés tombèrent silencieusement sur le duvet de neige blanche. Elle s'approcha de l'énorme porte et posa sa main sur le bois froid et humide. Il se réchauffa rapidement avant de se consumer et de tomber en une poussière noire, dégageant une ouverture assez grande pour que la jeune fille puisse passer et tomba nez-à-nez avec un petit garçon qui regardait tour à tour le trou béant et l'intruse.
- Chuuut, lui chuchota-t-elle en effleurant ses lèvres d'un doigt.
Il la regarda poursuivre son chemin sur la grande route principale, ses longs cheveux bruns agités par le vent qui se levait. Dans les ruelles alentours, des enfants jouaient à se lancer des boules de neige, leurs éclats de rire portés par le souffle du zéphyr. Au fur et à mesure qu'elle marchait, les portes se fermaient. Son visage de meurtrière était bien trop connu pour qu'elle puisse espérer passer inaperçue. Les femmes s'empressaient de rappeler leurs enfants, terrifiées. Mais elle se concentrait sur autre chose, un chakra qui embaumait l'air d'un doux et chaud parfum. Elle la sentait, la puissance de Kyuubi, il était quelque part, non loin. Yûukchu aussi la percevait, et Ayu avait de plus en plus de mal à l'empêcher de déployer sa fureur grandissante.
- Que fais-tu ici?
Elle se retourna vers un ninja aux cheveux blancs, un masque recouvrant la moitié de son visage, son œil gauche caché par un bandeau. Il parut surpris quand son regard croisa celui de son ancienne amie, noir, glacial et pourtant si brûlant.
- On dirait que j'ai oublié de me faire discrète, murmura-t-elle avec un petit sourire.
- Tu n'as pas cherché le moins du monde à le faire. Qu'est-ce que tu cherches?
- Kyuubi. Aurais-tu l'obligeance de me dire où il se trouve, Kakashi?
Plusieurs membres de l'Anbu arrivèrent soudainement, encerclant les deux personnages.
- Je ne peux pas te laisser faire ça, je suis désolé.
- Ne le sois pas... Un petit échauffement ne sera pas de refus...
- Ayu?
Le vent tourbillonna, tel un ouragan, soulevant ses cheveux dans les airs. Son visage semblait triste, lointain. Elle dégaina lentement son katana, faisant glisser la lame d'une longueur impressionnante contre l'étui dans un crissement aigu. Ils firent le premier pas vers la faucheuse qui s'élança dans toute sa splendeur, entamant une danse légère et magnifique. Kakashi se recula, admirant la beauté morbide su spectacle qui se déroulait devant ses yeux. Il dut activer son sharingan pour suivre la vitesse affolante de la jeune fille qui tourbillonnait sous les giclées d'un rouge vermeil. A chaque fois que l'un des hommes pensait la toucher, le coup s'abaissait dans le vide. Elle disparaissait tel un courant d'air et poursuivait son massacre sans le moindre effort, jusqu'à ce que ses adversaires gisent tous à terre, immobiles, baignant dans leur propre sang. Elle rangea sa lame intacte et se remit en route, impassible.
- Ayu! Cria Kakashi, abasourdi par son habileté et sa détermination, mais surtout par sa froideur. Il... Il est encore temps. Tu peux encore arrêter. Pourquoi fais-tu tout ça? Pourquoi es-tu devenue comme ça, pourquoi es-tu partie....
- Parce que j'ai perdu mes rêves, lui répondit-elle. Elle se retourna à nouveau avant de reprendre. J'ai fait le choix d'abandonner la dernière part d'humanité qu'il me restait et je n'ai plus d'autre but que de réaliser le rêve que partagent Pain et Itachi. Parce qu'un jour, peut-être, ce rêve deviendra aussi le mien. Parce que Pain a tenu sa promesse et que je me dois d'en faire autant. Mais surtout parce que tout ce que je souhaite à présent c'est détruire, détruire ce monde shinobi qui l'a enchaîné à une vie faite de sang et de massacres. Je brûlerai ce monde et briserai ses chaînes, et les miennes...
- Tu crois sincèrement que capturer Kyuubi ramènera la paix? Tuer entraînera forcément la vengeance, qui amènera d'autres morts et d'autres vengeances. Tu ne feras que plonger le monde dans un chaos!
- Mais nous serons libres...
- La seule chose à laquelle tu sois enchaînée est la puissance destructrice de Yûkchuu.
Elle fit demi-tour vers l'homme qui venait de parler.
- Yûkchuu est le seul ami dont j'ai besoin.
- Un ami qui te trompe et t'utilise à sa guise. Tu n'es qu'une marionnette à ses yeux.
- Comment osez-vous...
- Combien de temps cela fait-il que tu ne le contrôles plus? Tu l'as remarqué n'est-ce pas, sa puissance indomptable, son incroyable et inapaisable soif de sang.
- Il n'a jamais été question de le contrôler! Nous sommes liés depuis ma naissance et nous le resterons jusqu'à ma mort. Il n'existe aucun mot pour définir notre relation, nous nous complétons, chacun est une part de l'autre. Nous sommes une seule et même entité et en même temps deux êtres totalement différents.
- C'est moi que tu essayes de convaincre ou toi?
Une violente rafale de vent projeta l'homme au sol.
- Jiraiya cria Kakashi en se précipitant vers lui.
- Un pas de plus et tu es mort.
Il stoppa net sa course face au regard de son ancienne amie. Elle était on ne peut plus sérieuse et décidée à tuer quiconque se mettrait en travers de sa route.
- Vois la réalité en face Ayu et rends-toi, supplia Kakashi. Vas-tu tuer tous ces innocents pour un mensonge?
- La paix et la liberté n'ont pas de prix...
- Forcer les gens à la paix en baignant le monde de sang n'amènera rien d'autre que la guerre, répondit Jiraiya en se relevant.
- Alors nous les tuerons, nous tuerons tous ceux qui se dressent contre elle et nous contraindrons les hommes à cette paix.
- Ton jugement est faussé par l'aura noire de Yûkchuu. Es-tu aveugle à ce point? Son seul but est de détruire ce monde qui l'a plongé dans les ténèbres...
- Cesse de parler de lui comme si tu le connaissais! Hurla-t-elle.
Elle porta une main à sa poitrine où son cœur affolé battait à tout rompre. Tout en elle bouillonnait. Le démon s'agitait, il voulait sortir mais il ne devait pas, pas encore. S'il sortait maintenant, elle ne saurait retenir sa puissance dévastatrice. Ah... Non il avait tort, il était juste énervé par les paroles insensées du vieillard. Ce vieil impudent tentait juste de semer le doute en elle pour la déstabiliser. Il était normal que Yûkchuu ne supporte pas de tels propos, normal aussi qu'il veuille se venger de ce monde, normal qu'il veuille le détruire, monde corrompu et pourri par les humains, monde qui ne méritait que de sombrer dans les ténèbres où ils avaient sombré tous deux.
« Oui, laisse ce sentiment t'envahir. Ressens cette sensation. Comme il est bon de se laisser aller à la destruction, comme il est doux de se laisser porter par le souffle chaud de la mort... Laisse toi aller dans les ténèbres, laisse le sang couler à flots... »
Cette voix grave, d'où venait-elle? Et cette chaleur, excitante et libératrice...
- Ne Yûkchuu, la paix viendra-t-elle vraiment un jour? Faut-il vraiment continuer à tuer?
« Oui, c'est le prix à payer... »
- Alors je te suivrai... Je suis à tes côtés. Même si tes intentions sont de détruire le monde, je resterai à tes côtés. Même si mon corps est brisé, mon cœur continuera de battre éternellement pour toi. J'ai toujours fini mes rêves seule et dans un nuage de flammes mais tu m'as rejoint dans ce brasier sans fin. Tu m'as accompagné dans les ténèbres, tu es resté à mes côtés, je resterai auprès de toi. Tu m'as suivi partout où j'allais, peu importe ce que je faisais. Aujourd'hui je ne sais plus ce que je veux. C'est à mon tour de te suivre, peu importe où tu vas...
- Ayu?
Kakashi s'était approché, inquiet d'entendre la jeune fille parler toute seule. Il posa la main sur son épaule. Elle tourna la tête, le visage baigné de larmes.
- Je suis désolée, murmura-t-elle.
- Désolée de quoi?
Il sentit la chaleur sous ses doigts, vibrante et brûlante et vit alors les longs filets de chakra rouge qui se mirent à parcourir le corps de la brunette.
- Non... Ne fais pas ça, AYU!!!
Il hurla, la supplia d'arrêter mais elle n'écoutait plus. La fureur du démon la submergea en une vague flamboyante si ardente que la neige se mit à fondre et les rares brins d'herbe qui demeuraient en-dessous se consumèrent immédiatement. Des nuages noirs recouvrèrent le ciel, la neige, la pluie, le vent, les flammes rougeoyantes, tout se mêla en un tourbillon infernal.
- Rasen Fuuton Shuriken!
Un jeune homme blond apparut soudainement à sa droite, avec dans la main une masse impressionnante de chakra en forme de shuriken. Le nuage de flammes et de cendres empêcha les témoins de voir le choc. Il se dispersa peu à peu et le vent retomba, laissant apparaître la jeune fille intacte tenant le poignet de son adversaire où le chakra se dissipait doucement.
- Je te cherchais justement, Naruto, ou plutôt Kyuubi...
Il hurla et tomba à terre, le bras entièrement brisé par les filets rougeoyants qui remontait le long de ses articulations, les fracturant les unes après les autres dans d'atroces craquements. Autour d'elle, des ninjas arrivaient par dizaines.
- Tu seras plus docile à présent. Et maintenant, à ton tour, dit-elle en pointant sa lame vers la femme blonde qui venait d'arriver aux côtés de Jiraiya. Je ne serai pas aussi gentille alors ne fait pas d'histoires et viens ici si tu ne veux pas que ces innocents meurent par ta faute...
Tsunade s'avança machinalement, pétrifiée par l'aura noire de la jeune fille mais les Anbus se mirent en travers de sa route, ainsi que les autres ninjas présents.
- Ne l'écoutez pas! Cria l'un d'entre eux.
- Vous tenez donc si peu à la vie?
Elle s'élança vers l'homme le plus en avant, prête à tous les tuer s'il le fallait, guidée par les pulsions assassines du démon qui rugissait en elle.
- OTO-SAN!!!
La pointe de la lame s'était arrêtée à quelques millimètres de la gorge d'un petit garçon. Les Anbus et autres ninjas étaient tellement occupés à surveiller Ayu qu'ils ne l'avaient même pas remarqué.
- Yugo!
- Ne fait pas de mal à mon papa! Cria-t-il en frappant la jeune meurtrière immobile de ses petites menottes. Il est gentil t'as pas le droit de le tuer! Continua-t-il en ignorant les appels de son père, quelques mètres en arrière, pétrifié.
- Je suis obligée... murmura Ayu en lâchant son sabre. Je suis obligée... Que deviendra la paix sinon? Que deviendra leur rêve?
En elle, la haine grandissante s'empara de son cœur, s'empara de son âme. Elle ne voyait plus que la cruauté du monde, l'horreur que les hommes continuaient de répandre, la mort qu'ils ne cessaient de semer depuis la nuit des temps. Ce n'était pas sa vision du monde mais celle de Yûkchuu et elle se confondit dans la sienne, l'aveuglant complètement. Elle forma dans sa main une boule de chakra blanche, pure et cristalline traversée par des flammes rougeoyantes qui rutilait dans l'obscurité qui régnait. Des larmes telles des perles de cristal s'écoulaient de ses yeux sombres semblables à deux billes de tourmaline scintillantes et magnifiques.
- Courrez! Hurla Jiraiya, terrorisé par la densité et la puissance que renfermait cette technique.
Oui, elle avait enfin réussi, la combinaison des cinq éléments dans une seule et même attaque, une simple sphère qui tenait dans la paume de sa main à la puissance si dévastatrice qu'il en suffirait d'une pour anéantir un village entier. Yûkchuu lui avait donné la force et le pouvoir, il lui avait tout donné alors peu importe qu'il l'utilise, peu importe qu'il veuille détruire le monde. Oh oui peu importe, ce monde était déjà mort à ses yeux alors à quoi bon le sauver? Elle s'apprêta à lancer cette perle d'ivoire limpide et meurtrière quand le ciel d'un bleu azur apparut devant ses yeux, dispersant le brouillard. Sous elle, un tapis d'herbe verte et douce lui chatouillait les pieds. Au loin, de gros nuages blancs flottaient au gré du vent. Le soleil resplendissait tel un saphir jaune, réchauffant la terre de ses rayons bienveillants. La musique des feuilles d'arbres chahutées par un courant d'air s'élevait dans les airs, la berçant doucement. Et en elle un sentiment enivrant de calme et de sérénité l'envahit totalement.
- La paix est là où tu veux qu'elle soit Ayu. Elle est en toi, en chacun de nous. Pas dans les guerres et les massacres. Il ne tient qu'à nous de la faire vivre.
- Itachi...
- La liberté est la seule chose que l'on ne pourra jamais nous prendre. Même enchaîné, tu peux continuer de rêver et d'espérer.
- Je... Je suis...
- Chuuut, murmura-t-il en plaçant un doigt sur ses lèvres. C'est à moi d'être désolé, je n'ai pas vu à quel point tu souffrais, mais je ne commettrais pas deux fois la même erreur. Me feras-tu confiance, encore une fois?
Il l'enlaça de ses bras et elle ferma les yeux, heureuse. Quand elle les rouvrit, Itachi la tenait toujours par les épaules. Les nuages noirs commencèrent à se disperser et les ninjas, encore tremblant de peur, observaient les deux amants et la boule de chakra blanche qui s'évanouissait en une infinité de cendres brillantes dans les airs. Un des ninjas courut vers le petit garçon et l'enlaça tendrement avant de retourner vers les autres.
- Nous allons disparaître. Vous n'entendrez plus jamais parler de nous, je vous en fait la promesse, dit Itachi à l'intention de Tsunade.
- Laissez-les partir, ordonna-t-elle en les regardant.
- Mais, Tsunade-sama...
- J'ai dit, le coupa-t-elle, laissez-les partir.
Les hommes s'écartèrent et les deux amants prirent le chemin vers la sortie, main dans la main. Mais Yûkchuu ne semblait pas être satisfait par la tournure des évènements. Après quelques pas, Ayu porta une main à sa poitrine, où son cœur semblait être brûlé par un ardent brasier. Elle tomba à genoux, haletante sous la chaleur suffocante qui montait dans sa gorge.
- Ayu...
- Yûkchuu, que fais-tu... balbutia-t-elle.
Elle gémit de douleur, son corps entier secoué de spasmes, puis elle se recroquevilla sur elle même, avant que ses bras ne s'étirent violemment. Le dragon de flammes apparut dans un hurlement de rage, s'arrachant de sa protégée de force et s'éleva dans les airs, son regard meurtrier porté en direction de l'hokage et des ninjas qui l'entouraient. Sa soif de sang et de vengeance était telle qu'il consumait petit à petit la jeune fille qui peinait de plus en plus à respirer.
- Yûkchuu, NON!
Dans un effort qui lui arracha ses dernières forces, elle s'élança telle une tornade et disparut sous les yeux effarés de son amant. Un cri déchira l'air, reflétant toute la douleur d'une âme déchirée, une douleur plus intense et insupportable que si on lui avait transpercé le cœur. Les larmes s'écoulaient en de longs ruisseaux sur son visage pâle et sans vie. Face aux hommes terrorisés, le démon de feu poussait ses derniers soupirs, la lame d'Ayu lui traversant la gueule.
- Pourquoi, pourquoi... Yûkchuu, POURQUOI? Cria-t-elle, désespérée. Ne me quitte pas, pas maintenant, continua-t-elle en sanglotant.
Elle lâcha Kusanagi, la lame maudite qui l'avait envoyé autrefois dans les ténèbres et qui le condamnait cette fois à la mort. La robe rouge et flamboyante du démon se ternit et devint aussi noire que son regard pourtant si doux et bienveillant. La jeune fille posa ses mains sur le museau de la bête à l'agonie qui ferma les yeux. Ses mains se refermèrent sur un nuage de cendres noires qui s'éparpillèrent dans les airs. La lame retomba au sol et ne resta plus que le silence insoutenable et le vent glacial. Ayu regarda ses mains blanches et tremblantes. Pourquoi avait-elle si froid, où était passée cette douce chaleur qui réchauffait son cœur? Elle entendit une voix qu'elle ne reconnaissait plus, une voix inquiète et désespérée, puis des bruits de pas précipités. Itachi l'appelait, il criait son nom. Mais elle cherchait Yûkchuu au plus profond d'elle-même, sans le trouver. Peut-être était-il retourné dans les ténèbres... Elle ne pouvait vivre sans lui. Ce froid glacial engourdissait ses membres, une sensation qu'elle n'avait jamais connu. Elle tomba à terre, le visage vers le ciel. Son cœur ne battait plus, brisé, autant que son âme écorchée vive. A quoi bon vivre à présent? Elle venait de perdre une partie d'elle-même, elle venait de tuer le seul être qui l'avait acceptée, le seul qui la comprenait, le seul qui l'accompagnait, peu importe où elle allait, ce qu'elle faisait. La paix, la liberté, elle s'en fichait. Elle ferma les yeux, se laissant aller dans cette douce et glaciale froideur, abandonnant la chaleur du monde, délaissant la vie.
