Chapitre 14: Un nouveau départ
Sur une montagne isolée, loin de la folie du monde, Itachi veillait sur la jeune fille endormie. Elle avait sombré dans un coma profond et même lui ne savait si elle en sortirait un jour. Mais il continuait d'espérer, que lui restait-il d'autre? Seuls les remords, amers regrets de ce dans quoi il l'avait entraînée, rongeaient son cœur un peu plus chaque minute passée à contempler la belle assoupie. Elle était si blanche et immobile qu'il sursautait à chaque fois que son regard se posait sur elle, accourant pour vérifier que son cœur si faible battait encore. Il aurait donné n'importe quoi pour voir un battement de cils, un geste, un signe, aussi insignifiant qu'il puisse être, du moment qu'il lui prouve qu'elle était encore liée à ce monde. Il avait tout abandonné pour elle mais c'était trop tard. Itachi avait regardé son âme se consumer, son regard s'évanouir dans les ténèbres sans rien faire et oui, il osait encore lui demander de ne pas l'abandonner. Il priait chaque jour qu'elle se réveille, qu'elle le regarde de ses grands yeux noisettes pétillants de vie, son sourire illuminant son visage si doux et heureux. Mais Ayu était autre part, errant en solitaire dans les ténèbres sans fin dont le néant s'était emparé. Elle foulait de ses pieds nus cette cendre grise et froide, marchant sans but, s'égarant dans le brouillard noir où seul l'écho de sa voix se perdait. La terre ne tremblait plus sous les pas de la bête, l'air ne vibrait plus sous ses rugissements, plus aucune chaleur n'émanait de ce lieu devenu austère. Et elle continuait d'espérer, qu'aurait-elle pu faire d'autre? Ne restaient de son âme que de multiples fragments éparpillés ici et là, se mêlant à la poussière sombre de ce lieu hostile. Était-elle contrainte à errer pour l'éternité? Une bien douce et amère punition pour tout le mal qu'elle avait fait, toutes les horreurs qu'elle avait commises. Ces regrets rongeaient le peu qui restait de son cœur lacéré, brûlé, brisé. Mais malgré la douleur elle s'obstinait à s'enfoncer dans les ténèbres, recherchant celui qui lui avait permis de vivre, sa moitié, sa part d'elle-même, sa raison de vivre. Vivre? Mais pourquoi donc? Quand on a tout perdu, pourquoi s'acharner, persister à rechercher cette lumière, s'accrocher à cette vie futile où seule les guerres et la violence des hommes demeurait? D'ailleurs, pourquoi son cœur battait-il encore? N'avait-elle pas abandonner l'idée de demeurer en ce monde? Ici pas de colère, ni massacres, ni haine, ni bonheur. Seul le vide et le silence existaient, le calme, ni paix, ni guerre, rien. Non, elle ne retournerait pas là-bas, plus rien de la liait à cet autre monde, cet autre univers.
- Ayu?
Itachi venait de se réveiller en sursaut, s'extirpant d'un mauvais cauchemar. Il s'était assoupi dans l'après-midi, bercé par la chaleur des rayons du soleil qui illuminaient le lac devant la maisonnette. Il avait eu un mauvais pressentiment et son corps tout entier se mit à trembler devant le visage de sa bien-aimée d'une pâleur alarmante.
- AYU!!! Hurla-t-il en se jetant à ses pieds.
Ses lèvres perdaient leur couleur, devenant grises et aussi froides que sa peau fine et blanche. Il posa une main sur sa poitrine, où les battements faiblissaient chaque seconde, l'entraînant un peu plus près de la mort, un peu plus loin de lui.
- Non, ne me laisse pas, pas maintenant je t'en prie, reviens, n'abandonne pas...
Il supplia, tressaillant, de lourdes lames tombant de ses yeux rougis sur le cou de son amante, immobile, figée. L'espoir était-il donc inutile, l'amour impuissant face au pouvoir de la faucheuse?
Quelque part, loin de cette Terre, Ayu s'éloignait vers un monde maudit. Le brouillard se dispersait au fur et à mesure qu'elle se confortait dans sa décision, au fur et à mesure qu'elle marchait sur les traces du démon.
- Que fais-tu ici?
Une voix lourde, rauque et grave résonna dans l'obscurité, faisant vibrer l'air tout autour d'elle. Un sourire, une once d'espoir parcourut son visage qui s'illumina.
- Yûkchuu? Yûkchuu c'est toi?
- Va-t-en, ce monde n'est pas fait pour toi.
- Je te suivrai, peu importe où tu vas, peu importe où tu es! Je tiendrai ma promesse, jamais je ne te quitterai...
- Je n'ai pas abandonné la vie pour que tu la délaisses toi aussi.
- Mais sans toi je ne suis rien! La vie n'a aucun sens, murmura-t-elle doucement, ses yeux revêtant à nouveau ce voile gris et triste.
- Tu es bien plus maintenant que tu l'étais avant. Mon pouvoir et ma haine n'ont fait qu'obscurcir ton cœur.
- Mon cœur n'a plus aucune raison de battre sans toi!
- Tu t'aveugles volontairement en t'enfonçant dans les ténèbres. Tu n'as pas ta place ici. Je n'ai pas décidé de quitter le monde pour te voir mourir ici.
- Décidé? Tu es mort par ma faute! C'est justement parce que j'étais aveugle que j'ai protégé les mauvaises personnes.
- Des innocents...
- Des meurtriers! Des gens qui ne cesseront de corrompre ce monde déjà pourri par leur faute! Des gens qui ne cesseront de jouer avec la vie des véritables innocents!
- Non Ayu et tu le sais. Cesse de te murer dans l'ombre, de te complaire dans l'erreur. Tu m'as fait découvrir ce qu'il y avait de bon en ce monde, souviens-toi de cette époque, de ces moments où tu étais en paix. C'est moi qui t'ai ôté ce bonheur, moi qui t'ai fait sombrer ici bas et c'est à moi aujourd'hui de réparer mes torts.
- Je ne veux pas y aller, sanglota-t-elle, pas sans toi. Je ne veux plus jamais être seule!
- Tu ne l'as jamais été et ne le sera jamais. Quelqu'un t'attends, quelqu'un qui a besoin de toi.
Elle releva la tête, une voix lui parvenant aux oreilles, une voix qu'elle connaissait, une voix qui criait son nom.
- Itachi...
Le dragon apparut alors devant elle, toujours aussi flamboyant, ramenant en ce lieu une chaleur bienveillante.
- Te reverrais-je un jour? Murmura-t-elle en tendant la main vers la bête fantastique.
Le bout de ses doigts effleurèrent les flammes ardentes et pourtant si douces puis tout disparut, à nouveau.
- Je ne t'oublierai jamais...
- Je serai toujours là, quelque part au fond de toi...
Les derniers mots du dragon résonnaient encore dans sa tête quand l'obscurité l'envahit, puis une sensation désagréable l'oppressa, douloureuse, comme si ses poumons se remplissaient d'air pour la première fois. Elle se redressa en sursaut, la bouche grande ouverte, inspirant violemment l'air encore froid qui lui cisailla la gorge et provoqua une brusque quinte de toux.
- Ayu? Ayu ça va?
- Je crois, murmura-t-elle en posant une main encore froide sur sa poitrine où son cœur battait la chamade.
- C'est vraiment toi, Ayu?
Elle le regarda sans comprendre, les deux mains chaudes et encore tremblantes du nukenin lui tenant tendrement le visage, réchauffant ses joues. Son visage était baigné de larmes, les yeux rougis, les lèvres frémissantes.
- Itachi, c'est moi, Ayu. Qu'est-ce qu...
- J'ai cru que tu étais morte, que tu ne reviendrais jamais!
Il l'entraina dans ses bras, contre son torse, et se laissa encore aller, pleurant en silence en serrant celle qu'il avait cru perdre pour toujours. Et plus les sanglots redoublaient, plus il se cramponner à la jeune fille, son trésor, son amour. Il lui fallut quelques minutes pour se ressaisir et oser relâcher son étreinte pour lui faire face. Il plongea ses yeux dans les siens et caressa son visage encore pâle pour s'assurer que ce n'était pas un mirage, qu'elle était bien là, réelle, avec lui.
- Itachi, chuchota-t-elle. Que s'est-il passé?
Il la regarda, interloqué.
- Je... Tu ne t'en souviens pas?
- J'ai un vague souvenir... Il y avait ces cendres, ce froid, puis cette chaleur mais tout est très flou.
- Tu as sombré dans le coma depuis un mois. J'ai cru que jamais tu ne te réveillerai.
- Le coma? Un mois?
Les souvenirs refirent surface, peu à peu. La bataille à Konoha, Itachi qui l'avait stoppée, la colère de Yûkchuu et puis...
- Ayu?
Elle se releva brusquement et se précipita dehors, dans la douce fraîcheur de la soirée. Itachi la suivit sans un mot, observant la jeune fille, inquiet et intrigué. Elle inspira profondément, étendit ses bras et ferma les yeux, laissant le vent caresser sa peau et agiter ses longs cheveux.
- Ayu!
Il accourut vers la brunette qui venait de tomber à genoux dans l'herbe verte et douce.
- Ce n'est rien, murmura-t-elle en regardant ses jambes tremblantes, penaude.
- Ça va?
- Ce n'était pas un rêve, chuchota-t-elle le regard perdu à l'horizon, vers le lac illuminé par le soleil couchant.
Une larme glissa le long de sa joue jusqu'au coin de sa lèvre. Itachi l'essuya du bout des doigts et serra Ayu dans ses bras alors qu'elle sombrait dans un profond sommeil. Il la porta délicatement dans la maisonnette où il la berça tendrement, ne pouvant lâcher cet être si frêle et fragile qui semblait sur le point de se briser à nouveau. Il ne mit pas longtemps à la rejoindre au pays des rêves, enfin rassuré après avoir attendu si longtemps son réveil.
Les journées passèrent, loin de l'agitation du monde. Itachi avait quitté l'Akatsuki pour elle et chaque minute passée lui confirmait qu'il avait fait le bon choix. Plus de guerre ni de batailles, plus de journées à attendre que son amante plonge un peu plus loin dans les ténèbres. Ils essayaient de vivre, malgré leurs mains souillées du sang de leurs trop nombreuses victimes. Cette partie d'eux-mêmes les hanterait toujours mais à quoi bon se remémorer ces horreurs? Personne ne pouvait changer le passé et effacer leurs erreurs. Ayu en avait assez payé le prix. Tout ce qu'il désirait à présent, c'était de passer chaque jour, chaque heure, chaque minute à ses côtés, la regarder sourire, jouer avec le vent, se noyer dans ses yeux noisettes pétillant de vie. Tout ce qu'il voulait, c'était de la voir vivre, heureuse et en paix, jusqu'au jour où il devrait partir. Ayu le savait, ils le savaient tous les deux, mais ils n'en parlaient pas. Les deux amants s'aveuglaient, se noyaient dans leur bonheur, oubliant le passé, retardant l'avenir, l'inévitable. Il les rattrapait pourtant, quelque fois, lorsqu'Itachi passait une journée dans le noir, fuyant l'éclat du soleil que ses yeux ne supportaient plus. Ayu restait avec lui, endurant sa souffrance à ses côtés, en silence. Dans ces rares moments, ses yeux se voilaient, son regard se perdant à l'horizon. Son visage reflétait son angoisse, sa peur de le perdre à tout jamais, la ramenant à la dure réalité. Itachi était gravement malade, mais elle savait que ce n'était pas la maladie qui l'emporterait. Il avait abandonné tellement de choses pour elle, elle ne lui demanderait pas d'abandonner son but. Le sujet fut évoqué une seule fois et Ayu respectait ses choix. Elle profitait du temps qui leur restait à passer ensemble.
Cela faisait maintenant près de sept mois que les deux amants s'étaient enfuis et isolés du monde. Ils vivaient toujours dans la petite maisonnette abandonnée au bord d'un lac, qu'ils avaient restaurés en un petit nid douillet. Ils n'avaient besoin de personne d'autre qu'eux-mêmes pour continuer à vivre, dans le calme et la paix. L'été s'en allait doucement, colorant la forêt alentour d'or et de pourpre, le ciel de rose et d'orange. Le vent se levait de plus en plus souvent, éparpillant ça et là les feuilles irisées des arbres après les avoir fait tournoyé une dernière fois dans les airs. Ayu resplendissait, insouciante et heureuse. Le vide qu'avait provoqué la mort de Yûkchuu n'était plus, ou presque. Ses blessures se refermaient, doucement mais sûrement. Itachi comblait ce manque du mieux qu'il le pouvait, attirant son regard vers les merveilles du monde à chaque fois qu'il se perdait dans l'obscurité du passé.
Les deux amants se reposaient dans la chaleur des derniers rayons du soleil de l'après midi, entrelacés, les mains chaudes d'Itachi caressant tendrement la joue de sa bien-aimée.
- Ayu?
Elle s'était relevée brusquement, alors que le vent s'était remis à souffler. La jeune fille resta quelques minutes immobiles, le regard perdu vers l'horizon où des millions d'étoiles perlaient à la surface de l'eau, illuminée par l'astre flamboyant qui sombrait doucement.
- Tout va bien? Murmura-t-il en jouant avec ses longs cheveux châtain.
- Oui, répondit-elle dans un souffle. Un mauvais rêve, c'est tout.
Elle se retourna avec un large sourire et se serra contre lui.
- Un mauvais rêve... Chuchota-t-elle pour elle-même.
La nuit arriva, revêtant le monde de son long manteau noir. Le soleil fit place à la lune blanche et éclatante et aux milles et une étoiles qui scintillaient dans le ciel. Itachi porta sa jeune amante à l'intérieur, à l'abri du vent de plus en plus fort. Il fut tendre comme jamais auparavant, multipliant les caresses aux endroits les plus sensibles, la faisant frissonner de plaisir sous la fièvre ardente et bouillonnante qui les enveloppa. Ayu s'agrippa à ses épaules, tremblante, gémissante, incapable de retenir ce flot de sensations exquises qui la saisit alors. Ces grandes mains brûlantes parcouraient son corps telles une vague de chaleur et de désir, la serrant toujours plus contre son torse nu où des gouttes de sueur perlaient par dizaines. Ils se laissèrent porter par ce torrent déferlant d'extase dans une fournaise suffocante, jusqu'à ce que, tous leurs muscles tendus à l'extrême, leurs cœurs battant à tout rompre, ils se délectent de cette douce volupté qui les assaillit délicieusement, calmant leur soif avide de plaisir. Exténués, trempés de sueur, le souffle encore haletant, ils se pelotonnèrent l'un contre l'autre, Itachi serrant contre lui la jeune brunette entre ses bras musclés et tendres.
Ayu ne voulait pas s'endormir, elle pressentait quelque chose, un événement qui arrivait bien trop vite, trop précipitamment. Le vent qui s'engouffrait dans la pièce lui murmurait ses pires craintes, lui rappelant l'inévitable, tourmentant son esprit, embrumant ses pensées déjà plus que confuses. Elle se crispa, essayant de retenir ces tremblements, tentant de chasser cet avenir loin d'elle-même, loin de son esprit.
- Ça va? Murmura doucement Itachi.
Elle releva la tête, les yeux embués, le visage empli de tristesse, de peur et d'angoisse.
- Promets moi que tu ne me quitteras jamais...
Il hésita une seconde, une petite seconde qui le trahit dans son regard, avant de la serrer un peu plus fort contre lui.
- Je serai toujours avec toi, quoi qu'il arrive, lui chuchota-t-il à l'oreille.
Ayu plongea son regard dans le sien, dans ces prunelles rouge et noir impénétrables. Elle voulut fermer les yeux, échapper à ce monde dans lequel ils l'entraînaient mais elle ne put s'y soustraire. Ses muscles se détendirent et ses paupières se fermèrent doucement.
- Ne me quitte pas, murmura-t-elle avant de sombrer dans un sommeil empli de songes doux.
Elle rêva d'un autre part, d'une autre vie, un monde de paix et de bonheur. Elle était avec ses parents, dans un village, quelque part dans la montagne. Le soleil illuminait le champ de blé dans lequel elle ramassait des épis dorés. Ayu releva la tête et aperçut un homme qui s'avançait vers elle. Il s'arrêta quelques mètres devant elle, tel une statue immobile. Le vent chahutait les épis en de magnifiques vagues d'or brillant. Elle tenta de cacher le soleil qui l'aveuglait de sa main afin de mieux voir le visage du mystérieux inconnu, mais il recula quand elle fit mine de s'approcher. Elle lui cria d'attendre mais l'ombre s'évanouit dans le ciel bleu azur, laissant derrière lui une étrange sensation de vide. Ayu se réveilla, troublée. Qui était ce mystérieux inconnu? Elle ouvrit les yeux et frissonna lorsqu'un courant d'air froid s'engouffra sous les couvertures. Elle se retourna pour se pelotonner contre Itachi mais seule la marque de son corps sur le futon demeurait. La jeune fille se redressa, s'étira et se leva.
- Itachi?
Mais la maisonnette était vide. Elle ouvrit la porte et s'avança dans la fraîcheur de la matinée. Seul le vent qui balayait les feuilles mortes l'honora de sa présence, un vent glacial qui lui parut bien doux en comparaison du malaise qu'elle ressentit. Elle repensa à la veille, à cette nuit, à ces yeux emplis de tristesse qui l'avaient plongée dans un profond sommeil. Elle repensa à cet avenir inévitable qui les attendait et qu'elle avait accepté. Seulement c'était trop tôt, trop rapide et soudain. Pourquoi maintenant, alors qu'ils étaient enfin en paix? Elle se rendit alors compte qu'elle ne l'avait jamais vraiment accepté, repoussant toujours l'imparable, refusant de voir ce que le futur leur réservait. Quand bien même cela serait arrivé dans dix ans qu'elle ne s'y serait jamais résignée, elle ne l'aurait jamais supporté. Son estomac se crispa, tendu par l'angoisse qui la gagnait peu à peu et elle tomba à genoux sous les violentes contractions qui le vidèrent douloureusement. Elle se releva, fébrile, et se précipita à l'intérieur pour empaqueter quelques affaires et se changer rapidement. La jeune brunette s'empressa de ressortir et s'élança là où le vent lui dictait d'aller. Elle courra sur le chemin de terre, rongée par l'inquiétude. Après des heures de course effrénée, ses muscles distendus par des crampes, elle tomba à genoux, la gorge cisaillée par le froid. Ayu se reposa contre un arbre, les jambes en feu. Elle les massa quelques minutes, essuya la sueur de son front et s'affala contre le tronc. A quoi bon courir? Elle n'avait aucune idée d'où il pouvait bien être. Elle n'avait plus la force que lui avait donné Yûkchuu, lui aussi l'avait quittée il y a de ça bien trop longtemps. La jeune fille se recroquevilla sur elle-même, perdue, angoissée, abandonnée.
« Je serais toujours là, quelque part au fond de toi... » Les dernières paroles du dragon de feu résonnèrent en elle, comme un écho, un signe. Elle crut percevoir l'ombre rougeoyante de la bête fantastique au loin. « Quelque part, au fond de toi... »
- Tu ne m'as jamais abandonnée, murmura-t-elle.
Elle se releva, inspirant profondément, faisant fi de tout ce qui l'entourait, cherchant ce qui se cachait au plus profond d'elle-même. Elle sentit alors le vent lui chatouiller le bout des doigts, l'odeur de l'écorce, de la mousse et des feuilles mortes, la chaleur de la terre, la fraîcheur du brouillard. Toutes ces sensations se mélangèrent en elle, réveillant une force qu'elle croyait perdue à tout jamais. Son sang se réchauffa, la douleur s'apaisa, ses muscles se détendirent. Elle tendit l'oreille, attentive au souffle du zéphyr qui transportait avec lui des bruits cinglants, qui portait l'odeur du sang versé dans une bataille, à la terre qui tremblait sous des chocs puissants et lourds. Elle rouvrit les yeux. Elle savait où aller.
En fin d'après-midi, Ayu courrait toujours. Au loin, des nuages noirs s'amoncelaient, déversant des éclairs trop violents pour que ce soit d'origine naturelle, dans un fracas tonitruant. Le combat faisait rage, arriverait-elle à temps? Quelques heures plus tard, elle se stoppa nette lorsque le ciel s'éclaircit. Une douleur vivace telle une lame lui transperçant le cœur la fit trébucher et elle s'affala sur le sol. Quand elle releva la tête, ce fut sur un champ de ruines, des blocs de roches brisés, de la poussière mêlée à la pluie fine et froide, désagréable et de gigantesques flammes noires qui étaient tout sauf naturelles.
- Amaterasu, chuchota-t-elle.
Cette vision d'effroi, cette angoisse qui la submergea dissipa la douleur. Elle se releva doucement et s'avança en titubant sur le champ de bataille, l'effroyable scène de combat qui venait de se terminer. Elle aperçut un mur qui se dressait entre tous, le dernier pan de mur encore debout, tel une stèle où était gravé l'insigne du clan des Uchihas. Deux ombres étaient à ses pieds, l'une debout, l'autre allongée au sol. La douleur revint, violente, brutale, insupportable, les larmes avec, qui s'écoulèrent en silence, se mêlant aux gouttes de pluie qui perlaient sur son visage. Elle reconnut Sasuke, exténué par son combat, pétrifié devant le corps de son frère. Il sursauta quand il sentit la jeune fille s'approcher et se colla contre le mur, terrorisé, quand il la reconnut.
- Tu... Tu es venue me tuer? Demanda-t-il encore haletant.
Il la regarda, figé, alarmé. Dans son état actuel, un enfant de sept ans armé d'un kunai pourrait le tuer sans peine, alors qu'en était-il d'elle... Elle n'avait qu'à soulever le petit doigt pour lui ôter la vie. C'était terminé, Elle venait se venger de la mort de son amant et il n'avait aucune chance, aucune issue possible. C'était bel et bien la fin. Paralysé par la peur, il continua de la regarder s'approcher, doucement, comme si elle retardait le moment où elle devrait faire face à ce qu'elle refusait de voir. Il frémit quand elle fut à portée de bras mais elle passa devant lui sans le voir, les yeux fixés sur le corps inerte qui gisait à terre.
- Itachi, bredouilla-t-elle en tombant à genoux.
Elle saisit sa main encore chaude et la posa contre sa joue.
- Ne meurs pas, je t'en supplie, ne me quitte pas toi aussi. Tu m'avais promis... Sanglota-t-elle.
Ce vide horrible, ce néant dont elle avait tout fait pour oublier la moindre trace l'envahit à nouveau, la coupant du monde extérieur. Plus de bruit, plus d'odeurs, plus de sensations, plus rien ne la touchait. Mise à part une caresse, chaude, fébrile, hésitante.
- A...y...u...
Une voix, un murmure, cette voix....
- Itachi!!!
Il avait rouvert les yeux, difficilement, mais il respirait mal.
- Accroche-toi, tu vas t'en sortir, dit-elle en s'empressant de repérer les blessures les plus importantes à soigner.
Elle concentra son chakra afin de stopper l'hémorragie interne mais elle était trop importante et son pouls trop faible.
- A...r...rê...te...
- Tais-toi, ne parle pas, garde tes forces!
- Ayu... ça ne sert... à rien, continua-t-il en crachant du sang.
- Je t'en prie ne dis plus rien, tu vas vivre, tu verras... On retournera bientôt chez nous, comme avant.
- Non... Tu le sais...
Elle ne sut quoi répondre, perdue, refusant de faire face à la trop dure réalité.
- Ne me laisse pas seule, je t'en supplie, sanglota-t-elle.
- Tu n'es pas seule, chuchota-t-il avec de plus en plus de difficultés.
Il ôta sa main de la joue de son amante et la posa sur son ventre. Ayu ne comprit pas, le laissant faire, interloquée.
- Mitsuki... Oui, Mitsuki... C'est parfait...
Il sourit malgré la douleur, puis sa main retomba sur les genoux de la jeune fille, inerte.
- Itachi? Itachi!!!
Mais il ne se réveillerait pas, elle le savait. Son cœur luttait encore, vainement. Les battements s'affaiblissaient de plus en plus, rapprochant l'inéluctable au fur et à mesure qu'ils s'espaçaient dans le temps. Ayu se pencha sur le visage de amant.
- Je t'aime, chuchota-t-elle en l'embrassant tendrement.
Il sourit, puis ses yeux se fermèrent doucement, se laissant aller dans l'obscurité et la paix. La jeune fille resta contre lui jusqu'à ce que la chaleur le quitte, laissant un corps froid et brisé. Elle se retourna vers Sasuke, toujours pétrifié, incapable de faire le moindre mouvement. Il avait assisté à leurs derniers échanges sans un mot, ému par la force des sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Jamais il n'aurait cru que son frère pouvait être si... humain. Lui qui l'avait toujours considéré comme un être insensible, le voilà qu'il remettait tout en question. Au final, il savait bien peu de choses sur lui. Un mouvement de la jeune fille le ramena à la réalité et à la raison pour laquelle il était encore là, paralysé par la peur. Son avenir à lui ne tenait qu'à un fil, au simple désir de celle dont il venait de briser le cœur.
- Tu comptes me tuer? Demanda-t-il en essayant de rassembler ses forces.
Certes il n'avait peut-être qu'une chance sur un million mais s'il pouvait ne serait-ce que profiter de son état pour s'enfuir. Il suffirait d'une petite seconde d'inattention, de...
- Non.
- ?!
Il était pour le moins interloqué. Qu'était-ce? Une ruse pour mieux l'avoir? Lui faire croire qu'il allait vivre, faire naître en lui l'espoir pour mieux le faire souffrir après?
- Il n'aurait pas voulu que je te tue, répondit-elle simplement.
- Et c'est tout, ça s'arrête là? Tu ne chercheras jamais à te venger?
- La vengeance est si importante pour toi?
- Tout le monde veut se venger, c'est dans la nature des hommes.
- Ton frère ne l'a jamais désiré lui.
- Itachi? Et pourquoi le voudrait-il? Il n'a fait que semer la mort et détruire des vies tout au long de la sienne! Il n'a eu que ce qu'il méritait!! La mort c'est tout ce qui l'attendait, tout ce qu'il pouvait espérer d'avoir après tout ce qu'il a fait!
- Et maintenant?
- Et maintenant quoi?
- Tu te sens mieux après avoir tué celui que tu as passé ta vie à haïr? Quel est le sentiment que l'on ressent après avoir assouvi une vengeance si forte, si tenace?
- Je...
- Du plaisir? Le calme? Ou plutôt non, laisse moi deviner, rien. Un vide amer et acerbe, c'est tout. Et tu devras l'endurer jusqu'à la fin de ta vie. Une fois qu'on a les mains souillées de sang, peu importe de se les laver encore et encore, c'est ton cœur qui en garde les marques et ceci pour toujours, comme des cicatrices de tes erreurs passées.
- Erreurs? Ce n'était pas une erreur. Il l'avait mérité, je me devais de venger ma famille, mon clan. Sais-tu seulement combien d'innocents il a tué? Pourquoi il m'a laissé en vie toutes ces années?
- Pour te protéger...
- Il... Pardon? Pour me quoi? Il vient d'essayer de me tuer! Tu appelles ça protéger toi? Vous étiez vraiment fait l'un pour l'autre!!
Un sifflement aigu lui gifla l'oreille et il stoppa net son discours quand il aperçut le shuriken planté à quelques millimètres de sa tête. Il ne l'avait même pas vu le sortir.
- Ton frère a pris des décisions difficiles que je respecterai mais ma patience a aussi ses limites.
Elle se releva et s'approcha de Sasuke, le regard vide, noir, transperçant. Elle saisit l'arme encastrée dans le mur et le rangea.
- N'oublie jamais cette sensation, murmura-t-elle en prenant la main du jeune homme et en la posant contre sa poitrine.
Elle se retourna et s'apprêta à partir mais il l'interpella, la main encore posée contre son cœur où il ressentait une étrange sensation, comme de l'insatisfaction, une sorte de désir inassouvi.
- Attends! Que voulais-tu dire par me protéger?
- Un jour tu comprendras...
Elle s'évanouit telle une ombre, laissant Sasuke seul, sain et sauf. Itachi fut enterré près de la maisonnette, dans la clairière, au pied d'un arbre. Elle y resta, laissant les guerres, s'isolant du monde. Son amant lui manquait et ce manque provoquait en elle un vide immense que rien ne pourrait calmer. Sauf peut-être...
Ce n'est que quelques semaines plus tard, quand elle finit par accepter sa mort qu'elle comprit enfin ce qu'il avait voulu dire avant de rendre son dernier souffle. Il n'y avait pas qu'un vide en elle, non, loin de là. Une chaleur, douce et bienveillante y naissait, grandissant de jour en jour.
- Tu ne m'as jamais abandonnée, murmura-t-elle.
Une larme s'écoula le long de sa joue, emplie de tristesse et de joie alors que ses mains serraient son ventre où la vie renaissait.
