Chapitre 23 :

« Il faut croire que c'est la société qui m'a définitivement abîmée. »

We don't eat – James Vincent McMorrow

On commençait à mélanger tous les produits qui étaient supposés être explosifs. La potion était rouge vive. Je fronçai les sourcils, ça n'allait pas être une petite potion de rien du tout. On en mit dans deux flacons, un pour chacun. Il ne fallait pas qu'on se rate sinon l'effet de surprise ne marcherait plus. On se regarda et d'un commun accord on sortit du cachot de Rogue. On marcha quelque peu et j'eus l'idée de rétrécir nos sacs pour qu'on ne soit pas encombré. On commença à courir pour rejoindre le lieu de la bataille, il fallait qu'on se dévoile au bon moment car quand ce serait fait, on n'allait pas nous faire de cadeaux, c'était sûr. Il fallait que ce soit le moment propice. On entendit quelques pas dans le couloir où on était, je soufflais d'exaspération, on était si proche de la bataille. Drago me prit par le bras et me tira dans une pièce qui s'avérait être un placard à balais.

Je me retrouvais juste devant lui, ou plutôt, collée à lui. On entendit les pas se rapprocher, la personne ne se dépêchait pas. Loin de là. Je sentais son souffle sur moi, son torse contre ma poitrine. Je levai mon visage vers le sien. Il me regardait. Il me fixait.

- Ne me fixe pas comme ça, murmurais-je.

- Je veux graver ton visage dans mon esprit. Peut-être que ce sera la dernière fois.

Mon regard s'assombrit. Peut-être oui. La dernière fois. Il prit mon visage entre ses mains et m'embrassa tendrement. Je me mis sur la pointe des pieds pour me rapprocher un peu plus de lui. Il passa alors ses mains dans mon dos et je fis glisser les miennes dans ses cheveux. Je ne me lasserai jamais de son touché, de son contact. Jamais. Mais combien de temps dure jamais dans notre cas ? Une heure ? Une journée ? Une année ? Une éternité ? Combien de temps nous restait-il ? Je me sentais mélancolique à cause de ces pensées.

- La personne du couloir est parti, murmura-t-il.

- Je sais, lui répondis-je.

Je l'embrassai alors une dernière fois. Une toute dernière fois. Si jamais ça se finissait ce soir, il me manquerait. Tout ça me manquerait.

On sortit du placard à balais et on continua notre chemin. Les sons des sorts se rapprochaient de plus en plus. On commençait à voir des corps qui jonchaient le sol. Je continuai à me demander quel serait le bon moment pour jeter les « bombes ». Y avait-il un bon moment ? Je vis au loin les membres de l'Ordre et les mangemorts se battre. Il n'y avait aucune pitié, aucun répit, juste du sang, de la vengeance, de la haine. Je restai quelques instants stoïque face à cela, mais Drago me tira vers un coin un peu plus à l'écart. Le principal de la bataille était donc là. Puis tout s'arrêta, tout à coup. On entendit la voix de Voldemort. Il nous laissait une heure. Pour s'occuper des blessés, pour que les mangemorts retournent le voir et pour que Harry se livre. J'espérais dans le fond qu'il allait le faire, parce qu'il y avait eu trop de dégâts, trop de morts pour lui. La voix de Voldemort, cette voix sifflante qui s'infiltrait dans notre tête, qui nous paralysait, qui nous hypnotisait s'arrêta. Je me dirigeai alors vers le hall principal de Poudlard, l'endroit principal de la bataille.

Des morts. Voilà ce qu'il y avait. Des mangemorts morts. Des membres de l'Ordre morts. Des élèves de Poudlard morts. Je sentais Drago qui me suivait. Je n'en avais plus rien à faire que l'on me voit avec lui, que l'on me juge. Des gens que je connaissais étaient morts. Lavande Brown. Elle gisait là, par terre, ensanglantée, mordue par un loup garou. Dévorée par un loup garou. J'eus presque un haut le cœur en la voyant ainsi. Charcutée. Je détournai mon regard et les vis. Tous là. Ils me regardaient comme si j'étais un mangemort parmi l'Ordre. Je ne fis même pas attention à ce qu'ils pouvaient penser car ce que je vis me fit réellement mal. Car cette fois-ci c'était des personnes que j'avais aimé. Que j'avais réellement connu qui étaient là, étendues sur le sol. Je portais ma main à ma bouche. Non. Ce n'était pas réel. Ce n'était pas possible. Je sentis la main de Drago venir entrelacer mes doigts. Fred. Remus. Thonks. Ils étaient là, par terre et ils étaient morts. Personne ne me dit rien. Personne ne réagit car ils avaient compris que ce n'était peut-être pas le moment. Je me tournai alors vers Drago. Ça m'était insupportable. Il me prit alors dans ses bras.

- Il y a eu trop de morts, Drago, trop de morts, sanglotais-je en levant mes yeux embués vers les siens.

- Maintenant ? Murmura-t-il.

- Oui. C'est notre seule solution, tu le sais.

Je sortis alors ma fiole rouge avec un morceau de papier sur lequel j'avais écrit quelques mots avant de partir la jeter. Il hocha la tête et nous fit transplaner vers la forêt où on était arrivé. Ils seraient là tous les mangemorts. On resta quelques instants seuls. Il me tenait dans ses bras. Les larmes coulaient sur mes joues, toutes seules.

- Tu te rends compte de ce qu'on va faire ? Me murmura-t-il.

- Avons-nous le choix ? Nous ont-ils laissé le choix ? Lui répondis-je.

- Non, je sais bien. Mais on est sur le point de tout abandonner. Tu en es consciente ?

- Bien sûr, Drago. Mais la seule solution, c'est celle-ci.

J'enfouis alors mon visage dans son cou. On allait tout abandonner c'est vrai. Mais on n'avait aucune autre solution. Je tenais fermement la fiole et le papier dans ma main. En réalité c'était une lettre qui était destinée à un personne bien précise. Puis je me décidai. Il fallait qu'on le fasse, qu'on y aille. Tous les mangemorts étaient regroupés c'était le bon moment. Là, je le savais que c'était le moment, qu'on n'aurait pas deux occasions comme celle-ci. On devait le faire. Il me serra un peu plus ma main libre, comme pour se donner du courage. Je commençais à avancer vers l'endroit où étaient tous les mangemorts ainsi que Voldemort. On marchait en silence. Le seul bruit de nos pas venait briser le silence cette nuit qui était pourtant une belle nuit.

- Hermione ? Entendis-je alors.

Je me tournais vers l'origine du bruit. On n'était entouré que d'ombre. Le noir le plus complet puis je vis quelqu'un sortir d'un coin. Harry. J'eus alors un sourire. C'était idiot, mais oui. Les grands esprits se rencontrent. Il était là alors qu'on allait se jeter dans la gueule du loup, et il allait faire la même chose. Je lâchai la main de Drago et m'approchai d'Harry doucement.

- Qu'est ce que tu fais là enfin ? Me demanda-t-il.

- Ce que je dois faire. Tu le sauras plus tard.

Je m'approchai tout près de lui comme pour mieux voir son visage. Il n'avait pas une expression de colère ou de dégoût. Non bien au contraire. Après tout lui aussi venait se sacrifier pour le monde sorcier, il n'avait sûrement pas envie de repenser à nos querelles et peut être qu'il voulait penser d'avantage aux sept belles années qu'on avait partagé. Je lui tendis alors la lettre qui était pliée en deux. Il la prit et me regarda d'un air plus qu'étonné. Il essaya de l'ouvrir mais il n'y arriva pas.

- J'ai jeté un sort dessus, lui dis-je avec un petit sourire. Elle ne s'ouvrira que quand... Je l'aurais décidé, rajoutai-je d'une petite voix. Harry il faut que tu retournes au château. Ne reste pas ici. Bat toi. Ne te rend pas comme cela à lui.

- Je le dois Hermione ! Tu ne comprends pas... murmura-t-il.

- Écoute, pars. Et reviens quand la lettre se sera ouverte, ça ne devrait plus tarder, mais pars, il faut que je fasse quelque chose et il y aura des dégâts. Je ne veux pas que tu fasses partie des dégâts.

Il acquiesça d'un signe de tête car il savait qu'il n'avait pas le choix. Il fit demi-tour avec ma lettre dans les mains. Cette lettre était importante et quand il le pourrait il fallait qu'il la lise car je lui expliquais tout. Absolument tout ce qui s'était passé depuis que Drago m'avait sauvé. Je retournai d'ailleurs vers lui.

- Prête Granger ? Me demanda-t-il avec un sourire presque narquois.

- Non, soufflais-je tout courage m'abandonnant.

- Moi non plus... murmura-t-il. Ça ira vite. On ne sentira rien. Ça sera rapide et on sera ensemble.

Je levai mes yeux vers lui. Il était flou. J'avais les yeux embués de larmes. Oui, c'était la seule solution et c'est que je me répétais depuis quelques heures maintenant. La seule solution était de mourir. On le savait. On n'avait aucun avenir pendant la guerre, mais même après la guerre. C'était la seule solution. La seule. Une larme coula sur ma joue et on repartit voir les mangemorts. Je serrai à chaque pas un peu plus la main de Drago. J'avais peur. Je n'avais jamais eu aussi peur de ma vie. Mais à la fois je savais que ce que je faisais était la meilleure chose à faire. Et... Je le faisais avec Drago. Je savais, alors, que notre amour était éternel, le genre d'amour qui vous dépasse, qui vous comble, qui vous meurtrit, qui vous détruit, qui vous ressuscite, qui vous fait sentir, ressentir, qui vous fait vivre. Je l'avais vécu, avant de mourir. Je l'avais vécu. J'étais revenue à la vie avec Drago et je mourais avec lui.

On approcha et on arriva devant tous les mangemorts. Main dans la main. Chacun avec notre fiole. Drago regarda alors droit dans les yeux sa mère. Elle comprit. Elle se retira de la foule discrètement en prenant le bras de son mari.

- Vous revenez nous voir, comme c'est gentil ! Ricana Bellatrix. Dis moi Granger, tu veux qu'on rejoue à un jeu toutes les deux ?

- Volontiers. Mais je fixe les règles cette fois, Bellatrix, répliquais-je en m'approchant un peu plus. Et cette fois-ci, tu ne t'en sortiras pas avec une jolie pirouette.

Elle me regarda presque étonnée. Drago s'approcha aussi. On était juste en face des mangemorts qui ne faisaient plus rien et ne disaient plus rien. C'était le moment. On se regarda avec Drago une dernière fois. En un regard on se comprit. On courut vers les mangemorts et quand on entra en collision avec eux on lança les fioles au sol.

Une détonation. Des débris. Des morts. Des corps. Des membres arrachés. Drago avait raison. Ça avait été rapide tout compte fait. On n'avait rien senti. On avait tout abandonné et ça ne faisait pas si mal que ça tout compte fait. Tout était fini. Dans le fond, on savait que ça devait se finir ainsi. Harry allait pouvoir ouvrir la lettre, en effet, le sort était bien évidemment annulé. C'était la fin de Drago et Hermione et même là, on avait fini main dans la main. Ensemble.

À jamais.

« Un de ces quatre nous tomberons ensemble, moi je m'en fous c'est pour Bonnie que j'tremble.
Quelle importance qu'ils me fassent la peau? Moi Bonnie, je tremble pour Clyde Barrow.
De toutes façons, ils ne pouvaient plus s'en sortir. La seule solution c'était de mourir. Mais plus d'un les a suivi en enfer,
quand sont morts Clyde Barrow et Bonnie Parker. Bonnie and Clyde. »


Je ne fais pas mon speach ici, car je poste l'épilogue dans la foulée. Tuez moi pour cette fin, après l'épilogue ;).
En tout cas, j'espère que cette fin vous a plu ! Et croyez-moi, j'avais laissé des indices pour cette fin rien que par le titre de la fiction mes enfants :).