Ce regard brûlant que tu portais, toi, si petit enfant, je ne l'ai pas oublié.

La vie t'a mutilé, t'accablant d'un poids sous lequel tu n'as jamais croulé. Et même encore aujourd'hui, alors que tout le monde croit que tu vas bien, je le vois, moi, ce fardeau qui te tire en arrière, qui te lacère les épaules et fait courber ton dos.

Dis, m'en laisserais-tu en porter la moitié ?

Même si ce n'est qu'une infime partie de toute la douleur que tu portes, j'aimerais la partager. Pourquoi refuser ? Par fierté ? Je t'en prie laisse-la tomber.

Petite bestiole que j'ai vu grandir trop vite, gamin mature que je n'ai eu de cesse d'observer de loin, s'il te plait, crois-moi lorsque je te dis que je t'aime. Non, ne ris pas. Ne te sens pas gêné, je sais que tu as envie de pleurer. Et si je te prends dans mes bras, là, c'est uniquement pour te le prouver. Tu as un endroit où t'épancher, tu sais. Je t'écouterai, sans t'interrompre. Tu me parleras de tout, de rien et, le temps de cet entretient, tu oublieras tout de cette vie qui te fait souffrir, juste parce que je serai là.

Et moi je serai heureux, tout simplement, parce que pour la première fois de ma vie, la toute première fois, je te verrai tel que tu es, sans avoir à passer outre le masque que tu t'es donné.