Je te regarde sans cesse. Tes grands yeux dorés sont loin, si loin, que tu ne me voies pas. J'ai disparu de ton horizon, happée par un paysage qui ne t'intéresse plus. Je suis du domaine de l'acquis, quand toi tu cherches l'inatteignable.
Tu ne m'aimes pas, je le sais. Tu préfères l'impossible, l'insurmontable au prévisible. Je suis une proie gagnée d'avance, et lui un délicieux interdit, une règle à transgresser, un ennemi à faire plier.
L'homonculus contre l'amie d'enfance, ton choix est vide fait, hein ? Tu cours sur la route de la vie, tu t'écorches les pieds sur les graviers meurtriers, tu tombes pour mieux te relever. Cette adrénaline t'excites, tu ne vis que pour ça, n'est ce pas ? Rien que pour lui.
Tu l'aimes, lui, ton pire ennemi, celui que tu es censé détester de toutes tes forces. Et moi, celle que ton cœur devait choisir, celle qui t'était, en un sens, destinée, tu me laisses périr sans l'ombre d'un regret. Devant moi le gouffre, le vide. Je t'aime.
