Merci pour vos reviews, je suis ravie que ce premier chapitre vous ai plu!

Je vous laisse débuter ce nouvel "opus" avec les mots d'un groupe allemand cher à mon cœur, et dont le parolier a des textes des plus impressionnants! Et cette chanson là saura vous mettre dans l'ambiance! Elle raconte l'histoire d'un monsieur qui en cuisine un autre, ce dernier goûtant aussi à sa propre chair, malgré ses blessures… Je vous entends déjà dire que c'est malsain et glauque, je vous l'accorde, mais sachez que cette comptine trash est tirée de faits réels, donc, si le cœur vous en dit, faites vos petites recherches Google sur Armin Meiwes. Oh, mais rassurez vous. Il est devenu végétarien peu de temps après avoir été incarcéré… Comme quoi, les haricots verts ont meilleur goût que le steak 100% humain!

Non non, je ne suis pas folle… ^_^

Plein de bisous à tous et à toutes, et bonne lecture !

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C'est pourtant si bien assaisonné, et joliment flambé,

Et servi avec tellement d'amour sur une assiette de porcelaine,

Avec un bon vin et la douce lumière des chandelles

Alors je me laisse un peu de temps,

Il faut savoir être cultivé. *

La flicaille courait dans tout les sens, s'agglutinant autour des tables comme des mouche à un verre de mauvais Chardonnay. Perdant peu à peu patience, Sherlock tentait de concentrer son énergie et de s'enfuir dans son palais mental pour retrouver un peu de quiétude. Il unissait ses paumes comme en signe de prière, appuyait parfois ses deux index contre ses tempes, mais rien n'y faisait. Était-ce le bourdonnement constant des enquêteurs, ou l'excitation due au retour de Moriarty? Toutes les tentatives s'avéraient vaines, et le détective en venait même à regretter d'avoir prévenu la police. Il se serait peut être plus amusé en traquant tout seul son plus grand ennemi, peut être même qu'il lui aurait fait l'affront de goûter à la viande dans son assiette…Sentant une vibration dans sa poche, Sherlock s'empare de son téléphone et jette un coup d'œil à l'écran pour lire le texto qu'il vient de recevoir.

" Je viens de finir les analyses, la viande est d'origine bovine. Tu as envie de sortir pour un café ce soir? MH"

Sans prendre le temps d'y répondre, il laissa glisser le téléphone à son endroit initial, ébauchant un sourire satisfait. Jim Moriarty est bien trop intelligent pour ouvrir le bal de la sorte, sans prendre la moindre précaution. Ce mauvais tour n'était qu'une mise en bouche, un aperçu de sa dernière lubie. Cela aurait tout aussi bien pu être un mauvais tour, dans l'esprit de ces légendes urbaines qui prétendait qu'un cannibale se baladait dans Londres…

Le sang de Sherlock fit un bon dans sa poitrine à cette pensée. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant? Tout lui semblait si clair à présent… Les disparitions, le petit message annonçant les festivités… Tout était probablement signé de la main de Moriarty. Ce foutu psychopathe laissait planer l'effroi au dessus de Big Ben, s'ancrant dans les peurs populaires, et maintenant, il commençait à surveiller le brun, du haut de son piédestal, entouré d'admirateurs et de cadavres. Un peu comme le Joker, et Sherlock allait jouer son Batman pour nettoyer la chiotte qu'était devenu la Gotham britannique…

Excédé, le détective claqua la porte du restaurant et s'engouffra dans la gueule puante de la première bouche de métro qui croisa son chemin. Le quai était bondé, et il poussa un long soupir d'exaspération. Sa seule envie était d'arriver au 221B Baker Street, d'éviter les interminables discussions avec Mrs Hudson, et de retrouver sa chambre, son violon, et ses cigarettes.

Le trajet parut tout bonnement interminable. Entre les marmots pleurnichant, les filles sur-maquillées qui piaillaient d'une voix aiguë et les vieux ivrognes, tout le gratin londonien s'était réuni dans la rame de Sherlock. Il en sorti en laisser derrière lui une fille sanglotante, deux enfants en état de choc et une bonne douzaine de voyageurs hébétés. Le détective détestait vraiment les transports en commun.

Arrivant dans ses appartements, il fonça tête baissée vers l'escalier, monta les marches quatre à quatre et s'enferma à doubles tour. Le sommeil peina à s'offrir à lui ; il devait être une ou deux heures du matin quand ses paupières se fermèrent enfin. Et la nuit qui s'offrit à lui n'était pas des plus agréables...

Le cauchemar est trop ardent pour être irréel.

Il y a cette cage d'escalier peu éclairée, et au milieu une table où jouent quatre enfants et un adulte. Je reconnais mon ancien collège, avec tant de détails que je peux aisément reconnaître le couloir sur la droite qui mène aux salles du premier étage.

Je suis une petite fille, j'ai l'impression d'avoir six ou sept ans. Nous jouons avec deux sets de cartes différents. L'ambiance est tendue, presque angoissante. Nous prenons le temps de jouer malgré nos regards d'adolescents qui se croisent et s'intiment de se presser. Le seul et unique adulte est un homme d'une trentaine d'années, les cheveux châtains, presque roux, et cette peau pâle que l'on attribuait volontiers à un britannique. Je reconnais un ancien collègue, mais je ne dis mot, car je sais que la réalité est bien loin de la scène que je vis.

Tout est si sombre…

La tension monte, je regarde mes amies qui ne disent mot, alors que l'homme tremble. J'aperçois alors ses yeux dans les ténèbres. Ils sont vides, comme éclatés, et de terrifiantes larmes de sang en coulent lentement. Ce qui servait jadis de réceptacle aux outils de sa vision ne sont que des trous sans fond, dégoulinant de chair rougeâtre, un peu comme une plaie béante offrant l'immonde vue des entrailles batifolant dans l'air frais.

Des voix résonnent dans les étages supérieures, et le blessé semble s'agiter. Il y a un arrière goût de messe noire dans l'air, jusqu'à ce que je réalise que je suis responsable de ce massacre, membre d'un groupe malsain prenant plaisir à jouer avec l'interdit et la mort. Et cet être silencieux était le fruit de notre créativité meurtrière. Soudainement pressées par la peur de nous faire attraper et par la présence oppressante d'âmes errantes dans les environs, nous nous pressons de quitter les lieux, laissant l'homme à sa place, les mains clouées à la table, gémissant et dégoulinant d'un sang foncé.

Nous descendons les escaliers pour arriver au couloir du rez-de-chaussée, menant à la bibliothèque et à l'infirmerie. Mais des silhouettes noires paraissent nous observer, arrêtées dans leurs mouvements. Il y a une petite fille, la jambe levée comme si elle jouait à la marelle. Un garçon penché sur le côté comme un mort-vivant. Et tant d'autres… Tous ces personnages font grimper cette boule qui dormait au fond de nos gorges. Alors nous courons vers le sous-sol, où un petit escalier est supposé nous amener à l'extérieur du bâtiment. Mais les murmures sont encore plus forts, les lumières blafardes et nous ne sommes plus vraiment certaines de la présence d'une quelconque porte de sortie… Suivant les autres, nous prenons le couloir, bousculant les ombres, muées par la peur, s'échappant vers la lumière de la porte que nous apercevons non loin. Ce sont les plus long dix mètres de ma vie. Les ampoules grésillent, les messes basses deviennent des cris, et aussi stoïques qu'elles soient, les ombres des autres écoliers nous pétrifient…

Enfin. La lumière. L'air frais. Le soleil nous brûle presque les yeux. De larges sourires naissent sur nos lèvres alors que nous nous regardons, vivantes, libérées. Les collégiens sortent des salles et s'élancent lentement dans la cour. La journée vient de se terminer. Il est 17h, le ciel est d'un bleu éclatant. C'est le jour de la rentrée, et au loin, on aperçoit déjà les voitures et les parents qui attendent fièrement les enfants. Comme si de rien n'était, les quatre amies que nous sommes suivons le cortège. Tout est ralenti comme un beau travelling de cinéma. Je regarde la fille qui m'accompagne, ses lèvres sont teintées de noir et des anneaux ornent ses oreilles. Elle arbore un haut en résilles sombres, assorti à son pantalon et aux grosses boots qui n'alourdissent néanmoins pas ses pas. Je jette un coup d'oeil à mes vêtements, et me sens un peu trop enfantine, avec cette robe bleu pâle, les manches sombres de mon gilet et mes petites chaussures d'enfant modèle. Mais peu m'importe, car je me sais intégrée au sein de ce groupe, aussi marginal soit-il.

Une autre amie est devant moi, de dos. Je détaille du regard son blouson. Il n'est pas étonnant qu'elle se soit fait repérer aussi vite de l'administration… Le cuir est décoré d'un dessin aux contours blancs qui rappelle les gravures de Danse Macabre du Moyen Age. Il y a le squelette d'un cheval, majestueux et imposant, et contre son flanc, une femme nue aux os aussi apparents. Ses dents, sur-dimensionnées, mordent la chair, alors que ses yeux révulsés se plongent avec passion dans l'admiration du sang qui coule de la plaie vers ses joues. Ses hanches sont fines, mais partent vers l'extérieur en deux sexes masculins fièrement érigés en avant. Au dessus était écrit en grandes lettres, comme pour les groupes de métal norvégiens, l'écriture suivante: "Kunt" **. L'annotation m'amusa aussi je fis une réflexion à la jeune fille qui portait la dite veste, mais celle-ci ne semblait pas comprendre de quoi je parlais: il semblait que j'étais la seule personne à voir cette inscription.

Arrivant au portail de l'établissement, je cherche du regard un visage ami parmi ceux des nombreux parents attendant leurs enfants. Mais aucune personne ne me semble familière. J'attends alors, sans grande patience, l'arrivée d'un quelconque relatif pour me ramener chez moi. Mais personne ne vient. Sauf cet homme à l'air hagard, portant des vêtements légèrement usés par le temps, et aux pupilles pétillant étrangement. Il me tourne autour, tente d'engager la discussion. Mais quelque chose est bizarre chez cet homme, je le sens immédiatement, alors d'un pas rapide, je m'enfuie en direction d'un supermarché, espérant qu'il perde espoir et me laisse tranquille. Arrivant à l'accueil, je regarde derrière moi et vois que le fou me suis toujours. J'intime à la personne derrière son bureau de me cacher, mais elle semble reconnaître l'homme qui me terrorise. Sa réputation le précède, car tout les clients du magasin paniquent: certains s'enfuient, tandis que d'autres, manquant de temps, feignent de continuer leurs achats aussi naturellement que possible… Je me glisse sous la table, serrant mes jambes autant que possible contre ma poitrine, et supplie la femme responsable de l'accueil de faire comme si je n'étais pas là. Je réalise alors que ce mystérieux stalker est celui dont tout le monde parle avec ce timbre de voix angoissé propre à la peur. Il semblerais que cette homme aime la chair humaine autant que les enfants. Une sorte d'Albert Fish, un anthropophage aux tendances pédophiles, résolument malsain. La femme me réponds alors qu'elle ne pourra rien faire pour moi, car il m'a déjà vu, et il n'est pas décidé à partir sans voix. J'appuie ma main sur ma bouche, retient mes cris. Car la voix du dément résonne déjà dans mes oreilles… Et je reconnais le timbre de mon plus cher ennemi...

* Rammstein - Mein Teil

** En anglais, "cunt" est un mot représentant les parties génitales féminines, et il a une connotation très négative. Il s'agit aussi d'une insulte.