Devant le portail de Poudlard, un adolescent se tenait immobile, le regard fixé sur le vide comme si les deux personnes qui venaient de transplaner si tenaient toujours. Il réfléchissait à la dernière phrase du plus âgé des deux, quelques mots murmurés contre se lèvres, avant qu'il ne disparaisse avec son fils : Fais vite le tour de ceux qui te soutiendront. Cela sonnait comme un avertissement, plus que comme un conseil. Harry secoua la tête avec un léger rire terne. Quelque chose lui disait que le total serait vite fait et quelque part cela l'arrangeait. Pas qu'il devenait asocial, mais le comportement de Ron et Hermione lui avait offert un vaccin efficace contre la tentation de lier des liens trop puissants avec quelqu'un.

Son retour dans le Parc du château s'accompagna d'un léger soupir. Pourquoi pour une fois les choses ne pouvaient-elles pas se passer normalement ? Après tout il ne demandait pas leurs félicitations, il souhaitait juste vivre sa vie comme il l'entendait et avec qui il l'entendait. Sans se faire manipuler par un directeur un peu trop collant de préférence. Le Gryffondor perdu dans ses remontrances contre le Destin qui avait décidé d'être peau de vache avec lui, ne remarquait pas les regards des autres élèves qu'il croisait. Mélange de haine, de dégoût, de mépris, d'incrédulité. Les rares qui étaient chargés de sympathie ou de soutien se trouvaient noyé sous cet océan de méchanceté concentré. Ce matin, il était le Héros, le Sauveur, en ce début d'après-midi, il était le Paria, le Traître.

En arrivant dans le Hall, il se décida à aller trouver Severus, l'intelligence fine de l'homme pouvait l'aider à faire un tri dans toutes ses pensées. Et puis question stratégie c'était un as. Le Gryffondor n'arrive pourtant pas au bureau professoral. En passant devant l'ex chambre de Draco, il fut surpris de voir Théo en train de finir d'emballer certains affaires que l'héritier Malefoy n'avait pas emporté, un peu trop pressé par son père. En fait ce qui le surpris fut de voir qu'encore une fois, le Serpentard était seul.

- Tu es seul encore ?

- Comme tu peux le voir.

- Ils lui en veulent beaucoup ?

- Blaise était très populaire dans notre maison.

Harry ne trouva rien à répliquer. Y avait-il quelque chose à rajouter de toute façon ?

- Mais c'est surtout à toi qu'il en veulent.

Devant la mine interrogative du Gryffondor, Théo reprit :

- Pour eux celui qui aurait du être exclu c'est toi.

- Ça m'aurait étonné aussi.

- Laisse moi terminer s'il te plaît. En fait, la plupart pense que tu as épousé Monsieur Malefoy simplement pour faire du mal à Draco. Que c'est une vengeance pour vos années de guerre. Grâce à cette union tu frôles Draco sans qu'il ait la possibilité de te toucher et par la même tu le coupes de son père qui est très important pour lui. Donc tu es responsable de la mort de Blaise à leurs yeux car ce sont tes actions qui ont mené Draco à agir comme il l'a fait.

- C'est ridicule ! Vous êtes vraiment tarés dans cette maison !

- Évite la généralisation.

Théo laissa retomber le couvercle de la dernière malle un peu trop brusquement. Harry se mordit légèrement la lèvre, il venait de s'apercevoir de sa bourde. Jusqu'à maintenant le Serpentard ne l'avait pas traité avec hostilité et lui il venait de l'insulter. Bravo le tact.

- Et toi tu en penses quoi ?

Le vert et argent se retourna vers Harry et le fixa. Le Gryffondor en profita pour le détailler. Théo n'était pas d'un beauté frappante. Un peu trop petit, un peu trop maigre, son regard avait tendance à paraître terne. Il avait une façon de se tenir toujours le menton un peu baissé qui ne respirait un peu trop la timidité.

- Que c'est une sale journée et que chacun va essayer de trouver un coupable pour ne pas voir qu'il est un peu responsable.

Le Serpentard s'assied sur la malle.

- Toi, moi, le père de Draco .........enfin tout ceux qui étaient dans l'entourage de Blaise et de Draco nous sommes tous un peu responsable de ce gâchis. Si on avait un peu plus fait attention, on aurait pu voir que ça allait mal se terminer et essayer d'éviter cette tragédie. Malheureusement on a tous vécu notre vie égoïstement. Enfin ça ne sert à rien de ressasser tout ceci, ça ne changera rien. Ce qui est fait et fait et il faut à présent penser à l'avenir.

Encore une fois Harry se retrouvait muet face aux mots du Serpentard et préféra repartir. Les paroles de Théo l'avaient touché plus qu'il ne le montrait et il avait besoin d'y réfléchir. Aussi il salua le vert et argent et reparti vers le bureau de Severus. Cependant, il ne pu lui parler. A travers la porte des sanglots étouffés filtraient. Le coeur de Harry se serra en pensant que ce devait être la mère de Blaise qui se trouvait là et les mots de Théo revinrent le hanter : « nous sommes tous un peu responsable ».

Merlin qu'il se sentait sale d'un coup. Le sang de Blaise l'éclaboussait. Il aurait du se rendre compte de quelque chose, la dernière fois que le jeune home lui avait parlé. Mais non, il avait fallu qu'il lui parle comme à un moins que rien, aggravant sûrement les blessures du Serpentard par ses mots. Le dos appuyé contre la porte du bureau, il entendit des bruits de chaises et repartit vers la sortie des cachots sans se retourner. Il n'avait pas la force de croiser la mère du jeune homme, il n'avait pas le courage de la regarder car il avait, même si cela pouvait paraître infime, contribué à l'acte désespéré du Serpentard.

Deux heures plus tard, Harry se retrouvait à traîner dans les couloirs sans réel but. Il n'avait aucune envie de rentrer chez les Gryffondors. Pas qu'il ne se sente pas d'affronter les reproches et les insultes mais il craignait de trop se laisser emporter par son caractère ce qui pourrait lui porter préjudice et donc par ricochet à Lucius. Car si lui le parfait Gryffondor attaquait ses condisciple ça ne pouvait être que de la faute du méchant ex-Mangemort Serpentard non ? Si au moins Remus était dans le château, il pourrait aller le trouver. C'était le seul, avec Severus, en qui il pouvait avoir confiance.

Y avait-il cours malgré le drame ? Harry n'en savait rien et s'en moquait. Cela lui semblait si futile à côté des évènements de la journée. A la fin ce fut son estomac qui le rappela à l'ordre alors qu'il usait ses semelles sur les dallages du château. Le Gryffondor aurait préféré se passer de dîner mais son ventre criait famine. Il dirigea donc ses pas vers la Grande Salle. Le silence qui accompagna son entrée ne sembla pas le perturber plus que ça, ni le bourdonnement de murmure qui suivit. D'un pas assuré, il se dirigea vers sa table et sourit narquoisement lorsqu'il s'aperçut qu'il ne restait pas une place pour lui. Pourtant les bancs étaient ensorcelés pour contenir le nombre exact d'élèves répartis dans chaque maison. Regardant ses camarades, il faillit exploser de rire. Ron semblait vouloir le transpercer de son regard, Mione l'observait comme si une seconde tête lui avait poussé, Ginny.......Ginny était absorbée dans la contemplation de son gratin, Luna restait Luna et lui fit même un sourire, Neuville lui accorda un regard de mépris et Dean un de sympathie. Même ses fans les plus imbuvables les frères Crivey le toisait avec déception.

- Monsieur Potter

La voix du directeur s'éleva faisant taire toute la salle. Harry serra les dents mais refusa de se retourner vers la table des professeurs.

- Monsieur Potter auriez-vous l'amabilité de vous retourner vers moi.

Un léger sourire innocent aux lèvres, Harry décida de se retourner enfin.

- C'est à moi que vous parliez ? Excusez moi je n'ai pas compris de suite. Vous m'auriez appelé par mon nom d'époux, je vous aurai répondu de suite.

Le sourire innocent devint vainqueur, mais se défit vite lorsque le vieil homme recommença à parler en lui désignant une table à l'écart des autres vides.

- C'est ici que vous prendrez vos repas désormais. Je suis sûr que votre mari vous a parlé de l'accord passé entre la famille Malefoy et mes prédécesseurs et qui impose que un élève marié à un Malefoy soit tenu à l'écart des autres élèves si il n'est pas à Serpentard et ce pour éviter toute tentative d'intimidation ou de chantage. Il en est de même pour votre logement, il sera à l'avenir dans un lieu extérieur à Gryffondor.

Dumbledore se rassied.

-Oh et bien sûr plus de Quidditch pour votre sécurité. Bon appétit........Monsieur Malefoy.

Harry se retint à grande peine d'envoyer un sort au vieil homme et pesta contre Lucius aussi. Dès le repas terminé, il allait lui envoyer un courrier bien senti pour lui demander des explications sur cette coutume ridicule et surtout lui demander si il y avait d'autres surprises. Il eut le temps d'apercevoir un très léger mouvement de sourcil de Severus. Pour tout le monde ce n'était rien, pour Harry par contre s'était un signe d'un certain agacement de la part du professeur de Potion. Et le regard qu'il lui lança le confirma bien rapidement. D'ailleurs l'homme quitta vite la table des professeurs.

Pour Harry aussi le repas fut vite expédié, d'autant que tout courageux que l'on soit, manger sous des dizaines et des dizaines de regard venimeux cela coupe légèrement l'appétit. Alors qu'il se levait, sa directrice de maison, lui fit signe de de rester en place et il obéit malgré l'envie furieuse de faire le contraire.

Le professeur vint vers lui et Harry soutint son regard sans broncher. Il avait réussi à dompter un Lucius Malefoy ce n'est pas elle qui allait lui faire peur.

- Suivez-moi Monsieur Po...Malefoy. Vu que vous appartenez à ma maison c'est à moi de vous montrer vos appartements.

Le Gryffondor la suivit en silence à travers les couloirs. Il préférait de toute façon que sa directrice n'ouvre pas la bouche. Il commençait à arriver à saturation aujourd'hui de toute ces imbécilités et il en faudrait peu pour le faire craquer. Et c'était surtout la chose à ne pas faire. Ne pas leur fournir d'armes contre eux.

- Voilà. C'est ici, le mot de passe est Erare . Comme le prévoit les accords avec la famille Malefoy, votre cheminée est reliée à celle du manoir de votre époux de façon à ne pas interférer au bon déroulement de votre union. Seulement je tiens à vous préciser que si votre époux peut vous rendre visite, l'inverse n'est pas possible.

En gros je suis prisonnier, pensa le Gryffondor, alors qu'il referma le tableau (un bouquet de fleurs fanées) presque sur la figure de sa directrice. Bon d'abord examiner son nouvel environnement. A première vue pas de coup bas. L'appartement se composait d'une grande pièce aux murs de pierre. Dans un coin, un lit à baldaquin de bois sombres, Harry nota avec amusement qu'il était prévu pour deux personnes, une armoire. De l'autre côté de la pièce un bureau et une cheminée devant laquelle se tenait un sofa et deux fauteuils ainsi qu'une table basse. La porte du fond devait accéder à la salle de bain.

Ses malles étaient déjà là, ainsi qu'Hedwige qui l'observait du haut de son perchoir. S'asseyant au bureau, Harry sortit un parchemin et sa plume, se chargeant de suite d'informer Lucius des dernières lubies de Dumbledore. Au moment de remettre la lettre à sa chouette, il hésita. Il y avait de grandes chances que son mari vienne de suite et délaisse donc Draco. Or celui-ci devait avoir besoin de la présence de son père. Le Gryffondor reposa donc la lettre sur son bureau et se laissa tomber dans un fauteuil. Demain, il en discuterait avec Severus et il verrait bien comment agir. Il ne vouait pas tenir Lucius à l'écart mais il craignait que Dumbledore ne finisse par sérieusement échauffer son mari. Or une fois la limite de patience de celui-ci franchit, il avait la baguette facile. Et il n'avait pas était un des bras droit de tonton Voldy pour rien.

Pendant que Harry rongeait son frein, une autre scène de cette journée tragique se déroulait dans le bureau du directeur. Les mêmes protagonistes que dans la matinée moins Harry et Remus.

- Voyons Albus, le danger c'est Lucius et non ce pauvre homme.

- Minerva, nous devons faire comprendre à Harry que son mari ne peut que lui apporter des ennuis.

- Pourquoi Remus ?

- Mlle Granger, je comprend que vous hésitiez. Remus est quelqu'un d'attachant, mais c'est uniquement dans le bien de Harry. Nous ne pouvons le laisser entre les mains de Lucius. Cet homme n'est attiré que par une chose le pouvoir et Harry ne lui est utile qu'à y accéder.

- Enfin, il va être jugé dans moins de trois mois et il a toutes les chances d'être condamné.

-Justement si nous attendons cet instant là, il deviendra un martyr pour Harry et il faut l'éviter.

- Il n'y a pas d'autre choix ?

- En un laps de temps si court, non malheureusement Mr Weasley. Le temps est notre ennemi.

- Mais ce matin vous vouliez simplement...........

- Je me rappelle de mes paroles Arthur. Malheureusement, nous n'avons plus le choix que d'agir. Alastore votre perquisition a-t-elle donnée quelque chose ?

L'Auror grogna quelque chose que personne ne comprit et Dumbledore le fit répéter.

- Nous n'avons pas pu entrer.

- Pardon ?

- Quelqu'un sembla avoir prévenu Malefoy de notre visite et il nous attendait bardé d'une armée d'avocat qui ont disséqué le mandat. Et qui ont trouvé la faille. Le manoir est au nom de Harry Malefoy et non Lucius Malefoy.

- Et alors ?

- Et bien, il faut que le propriétaire du lieu à fouiller soit présent, en l'occurrence Harry qui était ici.

Dumbledore ne dit rien pendant quelques secondes. Il savait qu'il jouait contre quelqu'un de particulièrement retors. Ce qui le chagrinait le plus était le fait que le blond ait été mis au courant de la perquisition. Malgré son jugement à venir il gardait quand même une certaine influence.

- Arthur ?

- Le néant malheureusement. Si il y a eu des affaires de mœurs mettant en cause Lucius, il n'y en a plus aucune trace.

- Vous comprenez mes amis maintenant pourquoi nous devons mettre mon idée en pratique ? Lucius est un requin de la politique, il sait exactement comment se protéger de chacun de nos coups. Ce n'est pas en l'attaquant de face que nous pourrons faire comprendre à Harry les conséquence de ce mariage.

- Oui mais Remus.......... Enfin Albus, il doit y avoir un autre choix. Severus par exemple, je suis sûre qu'il était au courant de tout.

- Minerva, Severus a obtenu une immunité totale pour son rôle d'espion.

Cela avait d'ailleurs assez gêné le directeur. Il aurait préféré voir son professeur tomber. Si il lui conservait son poste c'était uniquement pour avoir un œil sur lui Heureusement que Lucius n'avait pu en bénéficier. Il n'avait jamais été trop aimé. Lorsque les gens vous craignent, ils n'hésitent pas à vous faire tomber à la première occasion et le patriarche de la famille Malefoy payait pour des siècles de crainte que le simple nom de sa famille provoquait.

- Nous n'avons donc pas le choix.

- Non et croyez moi je le déplore pour ce pauvre Remus.

- Quand ?

- Demain Molly.

Sur ces mots le directeur se leva signifiant la fin de la réunion et chacun retourna vers ses logements. Seulement si Albus c'était un peu plus attardé sur le visage de ses invités, il aurait vu que l'un d'eux ne le suivait pas. Que l'un d'eux avait entrevu la folie du vieux sorcier.

Loin de cette agitation Severus finissait de lire un chapitre très intéressant du dernier livre de son auteur favori, lorsque l'alarme de son bureau se déclencha. Quelqu'un tentait d'y pénétrer. Bien décidé à remettre les pendules à l'heure avec ce petit plaisantin, il prit le couloir qui le menait de son appartement au dit bureau et ouvrit la porte d'un geste brusque pour se retrouver face à........du vide?!

Pensant que l'intrus avait renoncé, il refermait la porte lorsqu'un bout de papier attira son attention. Retournant dans son appartement il l'ouvrit et n'y vit qu'une phrase :

Dumbledore va faire arrêter Remus.

Considérant le papier pendant de brèves secondes, il le fit disparaître dans le feu sans une seule réaction et c'est avec un soupir peu digne de sa réputation qu'il prit sa cape. Le voilà à se porter au secours du loupiot maintenant. S'assurant de ne pas être suivit, il quitta l'enceinte de Poudlard et transplana rapidement vers le manoir Malefoy.

Non, il ne virait pas gâteux, mais il savait tout simplement pas où vivait Remus et Lucius devait le savoir avec sa manie de toujours tout savoir surtout ce qu'il ne faut pas d'ailleurs. L'Elfe de maison qui lui ouvrit le mena bien vite vers le salon où le blond l'attendait debout devant une fenêtre.

- Que me vaut l'honneur de ta visite tardive ?

- Dumbledore.

- Qu'a-t-il fait cette fois?

- Il va faire arrêter Remus.

- Et ?

- Et je ne pense pas que se soit dans ton intérêt que le loup soit incarcéré.

Lucius considéra un instant son ami. Effectivement, il préférait arriver que cela n'arrive pas. Car cela ferait beaucoup de mal à Harry pour qui Remus était comme un second parrain. Il eut un sourire en reconnaissant bien là, l'esprit manipulateur du directeur de Poudlard. Il se demandait d'ailleurs comment lui et Voldemort avait fait pour finir par se faire la guerre, ils étaient tellement semblables.

- Ce ne me dit toujours pas ce que je peux y faire.

- Je ne peux pas rester longtemps. Il faut que tu le préviennes, je ne sais pas où il loge.

- Et pourquoi le serai-je ?

- Parce que tu sais quel caleçon porte le Ministre.

Le blond fit un sourire amusé à son ami et ne put s'empêcher de rajouter

- Il porte des slips en coton rouges. Avant de s'empresser de rajouter devant la mine dubitative de Severus. D'accord,je m'en occupe.

Severus s'apprêtait à repartir, lorsqu'il repensa à quelque chose.

- Au fait Dumbledore a appliqué à Harry l'article Malefoy.

En sortant, il rit doucement en entendant le juron peu aristocratique qui retentit dans le manoir et alors qu'il se couchait, il eut une pensée pour ce couple d'exception. Dumbledore ne savait vraiment pas à quoi il s'attaquait.