Origine : Autour_de_RAB - défi "Premières manifestations de magie"
Disclaimer : Ne m'appartient des personnages et du lieu que ce que j'invente à leur sujet, le reste est à JK. Rowling
Personnages : Regulus et Sirius Black
Rating: G
Nombre de mots : 660
Magie nocturne et petites contrariétés.
La nuit est tombée depuis plusieurs heures sur l'antique maison des Black.
Les enfants sont censés dormir à poings fermés et les parents ont déjà clos les portes de leurs chambres, lorsqu'au détour d'un couloir obscur, un bruit de pas se fait entendre.
Un bruit de pas tout léger – un trottinement, plutôt, alerte et impatient.
La trisaïeule Elladora (1850 – 1931), accrochée trop haut sur le mur et engoncée dans son corset, lance un regard interrogateur à son oncle Aldebaran (1827 – 1903), qui se penche un peu par-dessus son vieux cadre impeccablement poli.
Une petite silhouette intrépide, vêtue d'une robe de nuit blanche et couronnée de cheveux noirs en bataille, glisse rapidement sous les portraits bien alignés, à la faible lueur des feux follets ensorcelés pour servir de veilleuses à la demeure.
Arrivée à côté du petit-neveu Regulus (1906 – 1959) qui ronfle comme un sonneur sous son chapeau melon, la silhouette s'arrête devant une porte, et se hausse sur la pointe des pieds pour atteindre la lourde poignée de bronze en forme de tête de serpent.
En grand secret (du moins le croit-il) Sirius Black vient rendre une visite nocturne à son petit frère Regulus.
Sa main se tend, ses orteils nus tremblent sous l'effort, mais la poignée est trop haute pour ses trois ans quatre mois, et il retombe sur le tapis sans avoir atteint son but. Sourcils froncés et moue franchement contrariée.
Elladora se désintéresse de l'affaire et en revient au roman qu'elle feuillette depuis près d'un siècle, lorsque Aldebaran, en signes insistants, attire son attention et l'invite à se glisser dans à ses côtés, d'où la vue sur leur descendant est bien meilleure.
Les deuxièmes et troisièmes tentatives n'ont pas été plus concluantes et Sirius, bras croisés, air boudeur, contemple fixement l'objet qui ose lui résister. Et qui se nimbe, peu à peu, d'une légère lueur dorée.
Dans un cliquetis de métal bien huilé, la poignée tourne, et la porte s'entrebâille de quelques centimètres. Sur le visage du gamin, l'étonnement laisse rapidement place à un petit sourire satisfait, et il se glisse aussitôt par l'interstice sans prendre garde aux murmures que soulève déjà son exploit.
La première manifestation concrète de la magie de l'héritier Black n'a eu d'autre témoin qu'une série de portraits privés, mais l'information circule bien vite dans la demeure.
Et dès le lendemain, devant son frère, en grande cérémonie, ses parents lui remettent la petite gourmette traditionnelle en argent qui symbolise l'évènement… avant de lui infliger une journée enfermé au pain sec et à l'eau, pour être sorti de sa chambre sans autorisation.
*
Assis sur son lit, jambes repliées entre ses bras et menton planté sur les genoux, Sirius contemple d'un air mauvais le morceau de pain (frais) et le verre d'eau que vient de lui apporter Kreattur.
La belle bouffée de fierté à l'idée d'être enfin devenu un sorcier, un vrai (ou presque), est assez nettement tempérée par la punition conséquente, et une litanie de « c'est-trop-injuste » défile en boucle dans sa tête.
Puis, soudain, ses moroses considérations sont interrompues par un petit cliquètement de métal bien huilé, du côté de sa porte. Sa porte soigneusement verrouillée d'un sortilège parental, dont la poignée vient de s'abaisser.
Sous ses yeux ébahis, Regulus (deux ans, deux mois), se faufile dans la pièce, et vient poser un gros morceau de pudding aux airelles, emballé d'une feuille de papier huilé, sur le bord du matelas. Puis lève vers lui ses grands yeux gris, un peu incertains, en tripotant un pan du couvre-lit entre ses doigts.
Malgré la gratitude sincère que provoque en lui le geste de son cadet, Sirius conservera toute son enfance une profonde frustration d'avoir vu ce bébé réitérer son exploit à un jour d'intervalle.
Et sans se faire prendre, lui.
Raison pour laquelle il ne révèlera jamais à personne que Regulus aurait mérité son bracelet bien avant l'Evanesco instinctivement réalisé sur une purée de brocolis à l'âge de trois ans et demie…
Question de fierté.
Comme quoi, je suis même capable d'écrire des trucs mignons sur des gosses !
