Origine : Autour_de_RAB
Défi : Animagus
Personnages : Les Maraudeurs et Regulus Black.
Disclaimer : Ne m'appartient des personnages et de l'univers que ce que j'invente à leur sujet, le reste est à JK. Rowling
Rating : PG
Nombre de mots : 1 100 environ
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Discrétion, Résistance
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La lune est ronde, comme une bulle de savon suspendue à quelques mètres de l'horizon, au dessus de la forêt interdite.
Sa phosphorescence infuse le ciel, ourle quelques rares nuages, affadit les étoiles, rebondit en paillettes blêmes sur les feuillages mouvants, creuse la lande d'ombres maladives et caresse amoureusement le toit bancal d'une vieille bicoque délabrée.
A l'intérieur de ladite bicoque, un hurlement rauque, mélange de rage et de déchirement, vient de s'interrompre.
Sur le plancher vermoulu, scarifié, où des taches sombres ont coagulé la poussière, un loup se redresse. Pelage gris-fauve, couturé de vieilles blessures, regard d'ambre où couve un feu sauvage... Trop grande taille, silhouette étrange, anormale, où l'animal le dispute à autre chose, comme un relent d'humain : il ne serait pas nécessaire à l'observateur averti d'avoir suivi sa transformation pour deviner que ce loup est garou.
Cliquètement de griffes sur le sol. Il s'avance de quelques pas, incline la tête...
Devant la porte, trois autres animaux viennent d'apparaître.
Un cerf, qui serait probablement majestueux si ses bois ne semblaient aussi déplacés, ridicules, dans un espace si exigu.
Un chien - un grand chien noir au poil lustré, mi-long, splendide.
Un rat un peu absurde là au milieu, dressé sur ses pattes arrière en retrait des deux autres.
Les animaux avancent encore, se flairent, se reconnaissent, se tournent autour... Dans un concert étouffé de jappements et de couinement, ils jouent un instant autour de la pièce, puis s'élancent au dehors.
Sinistre farce.
Aucun d'entre eux n'a remarqué la petite bestiole noire accrochée dans l'ombre, sous le plafond, à une poutre enguenillée de toiles poussiéreuses. Elle se confond si bien avec les autres arachnides des lieux...
Elle n'a rien perdu du spectacle, pourtant, et les Maraudeurs partis, se glisse à leur suite aussi discrètement qu'elle est entrée. Le Saule Cogneur lui-même n'y prend pas garde lorsqu'elle émerge de ses racines, se juche sur la plus haute pour observer les silhouettes bondissant en direction de la forêt... puis disparait à son tour entre deux touffes d'herbe.
Cette nuit-là, Regulus Black se glisse entre ses draps avec un sourire froid. Triomphal.
Severus n'a rien voulu lui dire, après être rentré blême et blessé de sa mystérieuse petite escapade nocturne du mois dernier, mais il n'a eu besoin que de logique et d'observation pour deviner l'essentiel. Et il les tient, désormais.
Son frère, qui lui pourrit l'existence depuis trop longtemps. Et n'aimerait certainement pas que Dumbledore apprenne comment l'un de ses élèves préférés transgresse tous les règlements et met la vie de tous en danger, pour faire prendre l'air à son pote lycanthrope.
Snape, qui se montre beaucoup trop secret avec lui, ces derniers temps. Et n'aimerait certainement pas que Sirius puisse imaginer qu'il a trahi son précieux secret.
Son objectif est clair : faire disparaitre l'un, une bonne fois pour toutes, de la maison des Black - et de son chemin.
Faire collaborer l'autre un peu plus étroitement à ses projets d'avenir - aux projets de ses parents.
Les dés sont jetés...
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La caverne est une bouche de ténèbres immense autour d'eux, prête à les avaler. La potion irradie sa chair d'une brûlure atroce, comme si toute l'eau de son corps avait laissé place à un feu dévorant. Sa main tremblante, agrippée à la coupelle, cherche l'eau du lac. Y plonge - fraicheur infime, bénédiction... Et déjà des doigts glacés, visqueux, s'agrippent à son poignet, cherchent à l'entraîner...
Après avoir bu à la vasque, nul ne peut ressortir vivant de cette grotte... Aucune surprise, ici, Kreattur lui a tout raconté...
Focalisé jusqu'à l'obsession sur l'eau, il met ses dernières forces à s'arracher à l'étreinte de l'Inferi, recule tant bien que mal en s'accrochant à la roche inégale, préservant de son mieux le liquide précieux qu'il porte enfin à sa bouche... Soulagement immense et bien trop faible. Il pourrait boire toute l'eau de ce lac sans étancher la soif qui le dévore, en un lancinant vertige.
Une autre main de mort s'accroche à son pied et il se raidit instinctivement, relève la tête. Les Inferi sont là, prenant déjà pied sur l'ilot, entourant Kreattur qui serre le maudit médaillon dans son poing, fixe de ses grands globuleux, larmoyants son maître qui va mourir, sans pouvoir se résoudre à l'abandonner...
La main remonte sur sa jambe, et il n'a plus la force de s'y opposer. Le cœur au bord des lèvres, la tête floue, il regarde l'elfe une dernière fois.
- Va-t-en. Maintenant.
Les mots viennent de très loin en lui - il n'aurait jamais cru que ce serait si dur... Kreattur secoue la tête, hésite encore...
- C'est un ordre.
Ses doigts défont leur étreinte... son corps est plus lourd que toute la roche amassée au-dessus de sa tête... d'autres mains, d'autres bras s'emparent de lui, l'enlacent, l'entraînent... Il se laisse faire, sans lutter, sent à nouveau le baiser glacé de l'eau...
- Laisse-moi...
Enfin, comme un bruit de bouteille débouchée, résonnant à l'infini dans le vide minéral. Kreattur a transplané. Disparu...
Et l'eau remonte sur son corps, vers son cou... Inclinant la tête, il parvient à boire, goulument... se débat encore un peu pour avaler une longue bouffée d'air humide, puis se laisse couler.
Le lac se referme sur lui, des myriades de membres morts - bras, jambes, mains, doigts, bouches avides - se plaquent à lui, l'emprisonnent de leur étau plus puissant que la vie, et une brusque nausée, une vague de terreur brutale l'envahit soudain.
Et si...
Il ferme les yeux. Entrevoit l'image furtive d'un rayon de soleil sur Hogwarts. Se reprend, de son mieux.
C'est la dernière épreuve. La plus dure. Et après il sera libre, enfin...
Le manque d'air ne va pas tarder à se faire sentir, il n'a plus le temps d'avoir peur. Il se concentre, tout son corps douloureux imprimé dans son esprit.
Et soudain se transforme.
Tout s'efface. La souffrance. La terreur. Plus rien ne le retient et il chute, quelques secondes encore, comme une pierre, jusqu'à sentir la roche salvatrice sous ses pattes...
Les Inferi s'agitent, remuent l'eau en écume, mais aucun ne remarque la petite bestiole noire qui se hisse lentement sur l'ilot et se glisse dans une anfractuosité, juste sous la grande vasque luminescente. Sa carapace obscure se confond si bien avec les ténèbres, et le sort qui les anime les désintéresse d'une proie si petite lorsqu'elle se faufile pour venir boire à leur antre.
Longtemps, longtemps plus tard, alors qu'un calme létal a repris ses droits sur la caverne, Regulus se métamorphose à nouveau. Il est épuisé, la douleur est toujours lancinante en lui, mais un sourire pâle ourle ses lèvres lorsqu'il se hisse dans le bateau ensorcelé. Severus, qui a trahi lui aussi, il le sait, saura guérir ce feu insidieux qui le ronge... et la chasse aux Horcruxes pourra continuer. Menée par un mort que nul ne retrouvera.
Le scorpion n'est-il pas réputé être l'une des créatures les plus résistantes de cette planète ?
