Alice Londubat est l'une des femmes les plus regrettée de cette époque. Aimée dès sa naissance, appréciée par ses camarades, louée par ses professeurs. Pourtant son visage joyeux, avenant et arrondi, ses yeux calmes et tendres, son sourire timide n'auraient jamais fait penser qu'une véritable force, qu'un courage sans nom se cachaient sous ses attraits de petite fille sage et douce.
Ses parents l'avaient enveloppée dans un cocon, la protégeant de tout. Elle était si calme, si tranquille. Jamais elle n'aurait fait de mal à une mouche. Pleurant pour un oiseau tombé du nid, laissant toujours la dernière part pour un autre, aidant tous ceux qui lui demandaient un service. Son entourage était touché par cette grâce. Elevée dans le respect des valeurs, dans le respect des autres, elle dut apprendre rapidement que l'égalité n'existait pas. Elle fut sensible à la séparation de deux mondes : les sorciers et les moldus. Elle voulait tout savoir de ces univers agissant en parallèle si éloignés et si proches. Elle ne comprenait pas qu'on puisse haïr des êtres humains pour la seule raison qu'ils avaient d'autres capacités. Mais le choc fut d'autant plus grand en entrant à Poudlard.
Alors que tout le monde la soupçonnait d'être la parfaite Poufsouffle, le choixpeau annonça d'une voix claire et n'acceptant aucune discussion son entrée dans la courageuse maison de Gryffondor. Peut-être est-ce grâce à cela qu'elle apprit à se lever pour ses croyances. Peut-être aussi à cause des divergences avec les Serpentards, d'autant plus quand ceux-là comptaient les sœurs Black, du moins Bellatrix et Narcissa. Elle avait vite appris à apprécier Androméda, qui ne se souciait pas des maisons, qui cherchait beaucoup à s'échapper de la sienne au grand désarroi de ses sœurs.
Elle reçut son lot de critiques, d'insultes. Elle n'en parla à aucun des ses professeurs, prenant sur elle, se forgeant un caractère fort. Et surtout en comptant sur ses amis, particulièrement le jeune Londubat rencontré le premier jour et jamais quitté depuis. Il était drôle, un peu timide mais prêt à la défendre à la moindre alerte. Quasiment un homme avant l'heure se révoltant contre l'étouffement de sa mère. Grâce à lui, elle apprit à ne pas tout accepter. Grâce à lui, elle apprit à dire non.
Mais c'est réellement en cinquième année, qu'elle révéla son courage lorsqu'elle entendit un groupe de Serpentards se moquer d'une jeune fille, frêle, inhabile encore à la magie. La colère monta immédiatement en entendant l'insulte « sale sang-de-bourbe ». Elle se montra à ses monstres et les désarma sans qu'ils ne puissent agir. A son tour, elle les tourna en ridicule leur montrant leur lâcheté à s'attaquer à une seule personne. Elle se plaça devant l'élève et leva la baguette les visant à tour de rôle. Elle allait lancer un sort quand un professeur arriva signalant le départ pour les serpents. Elle se retourna pour demander à la fillette si elle allait bien mais celle-ci avait disparu. La rumeur selon laquelle Alice avait défait des verts et argents fit rapidement le tour de l'école et atteignit même les oreilles de ses parents. Si, l'utilisation offensive de la magie envers d'autres étudiants les laissait dubitatif, ils ne pouvaient être que fière de leur fille qui respectait les valeurs inculquées dès sa plus jeune enfance.
Durant ces années, sa relation avec Franck évolua et chacun regarda ces pauvres hères incapables de s'avouer leurs sentiments alors que cela allait de soi. Là encore, Alice surprit tout le monde en prenant à parti la Grande Salle pour avouer ses sentiments. Au petit-déjeuner, elle se leva résolument et alla voir Franck, assis quelques places plus loin. Elle se plaça derrière lui et toussa pour indiquer sa présence. Il se retourna aussitôt et rougit en la voyant. Elle lui expliqua qu'elle n'en pouvait plus de le voir s'éloigner, de le voir mal à l'aise avec elle et voyant qu'il ne répondait toujours rien, elle l'embrassa ce qui valut des sifflements et des applaudissements d'une partie de la salle, l'autre partie étant bien sûr les Serpentards croyant mourir devant une telle démonstration publique surtout entre ces deux traîtres à leur sang. Une fois fait, elle retourna s'asseoir comme si de rien n'était. Elle partit vers son cours quand quelqu'un la rejoignit et lui prit la main pour la conduire dans la salle de classe. Franck lui révéla être amoureux depuis le premier jour mais que jamais il n'aurait osé croire que cela puisse être réciproque.
Ils profitaient de leur bonheur autant qu'ils purent ayant en fond sonore les rumeurs de la levée d'un nouveau mage noir plus puissant que Grindelwald, plus puissant que Dumbledore lui-même. On disait que tous les Serpentards étaient à ses ordres. Alice écrivit à Androméda pour en savoir plus mais celle-ci ne put lui dire grand chose n'ayant plus aucun lien avec sa famille, ce qui, malgré la réputation des Black, attrista Alice qui espérait la revoir en sachant qu'elle vivait quasiment cacher par peur que sa nouvelle famille ne soit menacée. En apprenant cela, Alice se promit de tout faire pour aider à sauver le monde sorcier et même moldu. Elle décida de devenir auror et fit tous les efforts nécessaires.
Ces efforts furent rapidement remarqués par ses professeurs et même du directeur qui proposa à Alice et à Franck tous deux diplômés et jeunes aurors en formation de travailler pour l'Ordre du Phénix. Ils ne réfléchirent pas une seconde acceptant d'un commun accord. Ils feraient tout pour sauver les autres et surtout pour redonner au monde sa sérénité pour leurs futurs enfants. Ils en voulaient toute une ribambelle. Ils aimaient les enfants et voulaient les rendre les plus heureux possible. Mais leur travail, les années sombres firent qu'ils n'en eurent qu'un qui leur donna beaucoup de joie et d'honneur : Neville. D'autant plus qu'il naquit quasiment en même temps qu'Harry Potter dont les parents étaient de très bons amis, des êtres courageux et fidèles dont tout le monde était fier. Les deux couples apprenaient ensemble à devenir parents, ils regardaient grandir leurs garçons qui s'amusaient si bien ensemble. En les voyant, en couchant son fils, son petit garçon au visage joufflu et rieur, elle voulut redoubler d'efforts pour protéger leur innocence, pour protéger la lumière des ténèbres. Elle se déclara volontaire pour diverses missions ne pensant jamais à sa sécurité et privilégiant la sécurité future de son enfant et lorsque Albus les prévint de la prophétie elle refusa de fuir préférant se battre jusqu'au bout. Franck était de son avis. Jamais il ne se cacherait, jamais il n'aurait peur d'un être tel que lui, tel que Voldemort. On loua leur courage dans les rangs de l'Ordre mais on les fit promettre d'être prudents et au moindre problème de les prévenir.
Chaque fois qu'elle partait en mission, pour le ministère ou pour l'Odre, elle allait voir son fils et lui promettait de revenir, elle lui disait qu'elle faisait tout ça pour qu'un jour ils puissent voir le soleil se lever sans que la nuit ne le dévore. Elle retenait ses larmes qui coulaient librement durant la nuit. Elle n'était pas inconsciente. Elle savait qu'un jour tout pouvait basculer. Que le plus petit accident pouvait se révéler fatale. Elle se demandait toujours si sa décision était la bonne. N'aurait-il pas fallu faire comme Lily et rester avec son fils le plus de temps possible ? Cela faisait-il d'elle une mauvaise mère ? Est-ce que son fils pourrait lui en vouloir d'être partie en le laissant, peut-être pour toujours ? Elle savait que Lily n'avait plus de famille maternelle, ses parents étaient morts peu avant la naissance de son fils et sa sœur ne lui parlait plus depuis sa première année à Poudlard. Elle n'avait plus que James et ses amis qui faisaient tous partis de l'Ordre. S'ils disparaissaient, Harry serait seul. Bien sûr, ils pourraient s'en occuper mais ce n'est pas la même chose que d'être avec sa véritable famille. Au contraire, si elle et Franck venaient à mourir, Neville aurait toujours sa grand-mère.
Et puis c'est arrivée. Il aura fallu une tragédie pour y mettre fin. L'Ordre les a prévenus. Les Potter ont été assassinés par Voldemort qui a disparu. Harry a été envoyé chez sa tante qui ne sait rien de lui. Alice en est sûre, rien de bon ne pourra en venir. Lily lui en a déjà parlé, elle a partagé avec elle sa peine de ne plus voir sa sœur, les monstruosités que pouvait dire Pétunia. Cette femme serait horrible pour le garçon. Ce n'était pas un endroit pour lui. Mais il fallait qu'elle se méfie, qu'elle protège son propre enfant. Voldemort était parti, peut-être, mais pas ses mangemorts. Quelques jours après, son intuition ne fut pas démentie. Franck lui dit d'aller se cacher avec Neville, mais elle ne l'écouta pas. Neville était dans une salle avec un sort de silence, elle ne laisserait pas son mari seul face aux quatre silhouettes approchant de la maison. Elle reconnaîtrait la première les yeux fermés : Bellatrix Lestrange. Elle menait le groupe avec une hargne non dissimulée, sa rage se faisait sentir dans ses mouvements et quand elle leur parla c'était avec du venin. Ils ont tenu bon, comme personne. Alice ne pensait qu'à son fils. Elle ne livrerait aucune information pour protéger tous ceux auxquels elle tient. Elle ne dirait rien de l'Ordre, rien des Potter, rien de Dumbledore, rien de Voldemort. Albus les avait mis en garde : Voldemort était très puissant, il ne serait pas étonnant de le voir revenir un jour ou l'autre. Mais ils ont gardé la bouche fermé. Ils avaient tenté de se battre mais à quatre contre deux c'était quasiment impossible surtout quand les quatre en question n'avaient pas peur d'utiliser des sorts interdits et n'avaient aucune morale.
-Neville, tu seras un garçon fabuleux, nous n'en doutons pas.
Après ces mots, le noir l'engloutit. Elle ne comprendrait plus tout ce qui l'entourait. Elle ne saurait même pas qui est ce jeune homme qui vient la voir toutes les semaines, puis à chaque vacances. On lui dit que c'est son fils. Mais elle ne se souvient pas d'en avoir eu un. En tout cas, il est si gentil. Et un jour, on lui dira que son fils est un héros. Alors, elle chercherait le plus beau papier pour le récompenser. Parce que le courage est si noble et si rare.
