Androméda Black était une fille complexe. Androméda Tonks était une mère remarquable. Une vie à supporter les affres d'une famille sombre, une vie à tenter des les oublier. Mais rien n'est si simple. Si semblable à sa sœur aînée physiquement, à aucun moment elle ne lui a ressemblé mentalement. Elle n'a jamais prêté attention aux règles que ses parents tentaient de lui inculquer. Elle ne voyait pas le plaisir, elle ne ressentait pas le plaisir dans la torture. Quel intérêt de se moquer des autres ? Pourquoi faut-il voir le mal dans les gens sans magie ? Si ces êtres étaient si faibles pourquoi en avoir peur ? Pourquoi les humilier ainsi ? Elle n'avait jamais compris l'idéologie de sa famille. C'était si absurde. Alors, elle rêvait d'un autre monde. Elle imaginait un monde uni où chacun pourrait accepter l'autre. Chez elle, elle n'avait personne avec qui partager cela. Bellatrix était déjà bien trop plongée dans les ténèbres et Narcissa ne voyait rien d'autre qu'elle-même. Quel soulagement d'entrer enfin à Poudlard. Elle savait que Serpentard était élitiste et surtout haï des autres maisons. Un instant, elle s'est demandé si elle serait placée dans une autre maison. Quel mal y aurait-il ? Ses parents ne faisaient déjà plus attention à elle. Ils étaient tellement sûrs qu'elle suivrait aveuglément leurs traces. Elle ne leur avait jamais dit qu'elle se fichait de leur manière de vivre, qu'elle trouvait ridicule leurs préceptes. Elle n'écoutait simplement pas et s'éloignait à la moindre occasion. Elle avait trouvé en Sirius un alter ego mais il était encore trop jeune pour vraiment partager autant qu'elle le voudrait avec elle. Il lui avait demandé de lui envoyer des lettres de Poudlard.
S'asseyant sous le choixpeau elle attendit sa décision. Elle était étonnée comme les autres. Tout le monde savait que les Black finissaient à Serpentard depuis des siècles. Elle sentait le regard de Bellatrix la scrutant. Sa sœur n'attendait qu'une chose pour prouver à ses parents qu'elle n'était pas digne de leur famille. Enfin, le choixpeau lui glissa que sa place était à Serpentard parce qu'elle avait de grandes capacités et qu'elle voulait faire ses preuves. Elle ne serait jamais mieux placée que dans la noble maison du grand Salazar révéré par son illustre famille. Elle ne savait pas encore comment interprété ces paroles et se demandait ce qu'elle avait de si particulier. Elle s'assit à côté de sa sœur qui lui lança pour la première fois un regard appréciateur. Rapidement, elle comprit ce que le choixpeau attendait d'elle. Elle pourrait tenter de montrer aux autres que tous les Serpentards ne sont pas des nobles pourris gâtés passant leur temps à torturer et à tuer par plaisir. Elle fit attention en cours à ceux qui réussissaient malgré des origines moins aisées ou leur appartenance au monde moldu. Elle découvrait en eux une plus grande ouverture sur le monde. Elle savait qu'elle n'aurait pas le droit de suivre le cours sur l'étude des moldus, il n'était même pas besoin d'ouvrir le dialogue à ce sujet, mais elle aimerait tant le découvrir. Elle dut mettre en place plus d'une ruse pour échapper à la vigilance de sa sœur et des autres serpents pour obtenir quelques minutes avec tel ou tel élève des autres maisons. Parfois, elle était immédiatement rejetée, quelques fois on la fuyait à son approche, mais certains acceptaient pleinement sa présence et même appréciaient sa compagnie. Elle était observatrice, intuitive, drôle. En troisième année, elle fit connaissance avec un né-de-moldu. Un certain Ted Tonks. Elle n'avait jamais prêté attention à cet élève. Timide, il devait être dans le fond de la classe mais en cours d'arithmétique elle ne pouvait pas le louper vu le peu d'élèves à le suivre. Elle l'observa sur les premières semaines avant de s'asseoir à côté de lui. Il n'engagea pas la conversation. Il connaissait la réputation des Black. Il tenait à sa vie, merci. Il fut rapidement surpris par la bienveillance qui se dégageait de son être. Elle était douce et attentionnée. Elle lui proposa d'étudier ensemble pour les examens à venir. Il accepta incertain de son choix. Bellatrix les surprit et lui rappela qu'elle ne pouvait pas se permettre de voir un autre garçon que celui choisit par leurs parents. Mais moins d'un an plus tard, Bellatrix l'accula dans un coin et lui interdit de revoir ce sang-de-bourbe. Pour la première fois, Androméda écouta sa sœur attentivement et lui répondit aussi sèchement que personne ne lui dicterait sa conduite, que sa vie ne serait pas limitée aux règles de sa famille, qu'un plus grand avenir pouvait lui être offert et qu'elle était désolée que Bellatrix soit déjà si enfermée et aveugle à ce qui l'entourait, qu'elle était déjà morte avant d'avoir vécu. Pour la première fois, Androméda dévoila vraiment ce qu'elle pensait.

A partir de ce jour, elle montra à tous ce qu'elle voulait. Elle ne cachait plus ses amitiés. Elle séduisit Ted qui tentait vainement de l'en empêcher ne voulant pas que sa famille la rejette. Au vu de tous, elle lui expliqua que rien ni personne ne l'arrêterait. Sa famille pouvait lui faire ce qu'elle voulait, rien ne la ferait changer d'avis. Elle se fichait de son sang, elle se fichait de son rang social, elle se fichait de savoir que sa mère insensible la réprouve, que son père brutal la bannisse.
Elle avait fait son choix. Sa vie serait à elle et pas aux autres. Sa vie serait libre. Elle décrivait à Ted ce futur rayonnant. Elle se voyait avec lui dans une petite maison à la campagne, loin de sa famille. Elle dessinait des sourires sur leur visage. Elle rajoutait même des gestes d'affection qu'elle n'avait jamais vus chez elle. Dans ses bras, se tenait une petite fille, fruit de leur amour. Elle avait dit en rigolant qu'elle se contenterait même d'un appartement minable en plein centre ville si cela l'éloignait assez de sa famille et de leurs préjugés moyen-âgeux. Reprenant son sérieux, elle lui avait expliqué qu'elle voulait élever son enfant en fonction des deux mondes, de leurs deux identités. Elle voulait voir une fille enjouée et pas une enfant désabusée, rayonnante de haine à tous ce qui l'entoure comme Bellatrix, ou une fille incapable de voir au-delà des apparences comme Narcissa. Elle voulait changer le monde, changer le regard de chacun. Elle n'avait pas pu réunir les maisons de Poudlard comme elle aurait voulu, mais si elle avait un enfant, il serait digne d'une éducation nouvelle.

Sa relation avec Ted avait évolué. Ils étaient devenus plus mâtures. La fin de Poudlard approchait et le choix d'un avenir se faisait plus présent. Les liens avec sa famille s'était considérablement détériorée, bien que cela puisse sembler impensable. Elle n'eut aucune honte, aucune crainte quand elle annonça au milieu d'un dîner qu'elle partait vivre avec Ted Tonks un né-de-moldu et qu'elle priait ses parents d'arrêter de chercher un parti pour la fille ridicule et perdue qu'elle était. Elle vit Narcissa blémir, Bellatrix fulminer de rage. Ses parents étaient muets de stupeur. Soudain, la tempête se déclencha. Ils lui hurlaient dessus, la suppliaient de revenir sur son choix, la menaçaient des pires sorts qu'ils connaissaient, tentaient de la raisonner. Et puis la décision. Fatale, immuable, imprescriptible. Elle était bannie de la maison, chassée de la famille, rayée de l'arbre généalogique. Pour eux, elle n'existait plus. Elle les regarda une dernière fois et les remercia pour la première fois de sa vie. Elle prit quelques affaires qu'elle avait préparées d'avance. Traversa pour la dernière fois ce manoir sombre, les jardins seul havre de paix de son enfance, et sans regarder derrière elle, elle passa la grille qui ne s'ouvrirait plus pour elle, avant de transplaner rejoindre son futur époux.

Ils s'installèrent, comme elle l'avait imaginé, dans une petite maison de campagne. Elle s'était tout de suite entendue avec sa belle-famille qui l'avait accueillie à bras ouverts. Pendant ce temps, Voldemort se levait. Il préparait des troupes. Androméda avait peu d'informations mais ce peu était déjà inquiétant. Elle échangeait avec Alice, une des rares Gryffondors l'ayant acceptée, à ce sujet. Elle en avait un peu entendu avant de partir de chez elle et même le jour de son départ. Bellatrix l'avait menacée : les sang-de-bourbes seraient les premiers à payer, suivis par les traîtres à leur sang. Le Seigneur des Ténèbres serait impitoyable tout comme elle-même si elles devaient se croiser à nouveau. Elle ne faisait pas partie de l'Ordre mais apportait son aide ponctuellement si nécessaire. Cependant elle tomba enceinte. Heureuse et comblée, elle apprit avec joie le sexe de son enfant : une fille. Son rêve était devenue réalité. Toute son attention fut concentrée sur son éducation. Elle ne travaillait plus. Sa mère avait été aussi présente durant toutes ces années mais à part critiquer elle n'avait rien fait. Androméda ne voulait pas refaire le même schéma. Elle jouait avec son enfant, prodiguait des soins, lui apprenait ce qu'elle savait. Souvent, ils allaient tous les trois dans le monde moldu. Les parents de Ted la prenaient régulièrement. Son enfant s'ouvrait aux deux mondes et était pleinement épanouie. Malheureusement avec la mort de ses beaux-parents et les dangers pris en sortant, cela ne dura que quelques trop rares années. Que n'aurait-elle pas fait pour sa fille ? Sa si chère et si douce enfant. Elle l'avait baptisée Nymphadora. Elle savait que c'était un prénom inhabituel. Unique en réalité comme son don de métamorphomage. En la voyant changer de couleur de cheveux dès sa naissance, Androméda avait pensé à ces déesses aux formes multiples. Le prénom sonnait doucement à son oreille et chantait une mélodie joyeuse tout comme le rire de sa fille. Elle en était folle. Ted regardait avec amour les deux femmes de sa vie. Au fil des années, ils remarquèrent le caractère fort de leur fille qui avouait haut et fort ses idéaux, qui se battait pour ce en quoi elle croyait.

Androméda était fière d'elle à chaque occasion : son entrée à Poudlard, sa place à Poufsouffle, ses talents en métamorphose, son choix de devenir auror. Androméda lui avait raconté son histoire, lui avait expliqué qui était sa famille. Nymphadora ne comprenait pas que l'on puisse juger ainsi des gens. Peu à peu, elle entendit parler des crimes de sa famille et des autres sang-purs. Quand elle dut voir sa directrice de maison pour son choix d'avenir elle y était allée en n'ayant qu'un seul but en tête : changer les mentalités. Elle voulait un monde pacifique, du moins un monde où la terreur ne régnerait plus, où les crimes seraient vraiment punis. Elle en avait discuté avec ses parents. Sa mère avait si peur pour elle. Mais Androméda avait écouté sa fille, entendu ses arguments. Qu'aurait-elle pu attendre d'une jeune femme aussi déterminée, aussi forte ? Elle avait été à son tour jugée pour être en partie Black. Tout comme sa mère, elle voulait montrer que tout n'est pas tout blanc ni tout noir.
Androméda a suivi la carrière de sa fille, elle la voyait régulièrement, lui demandait des nouvelles à chaque mission. Et puis un jour, Androméda apprit que sa fille faisait partie de l'Ordre, qu'elle avait fait connaissance avec Sirius, qu'elle se sentait enfin utile. Androméda était désespérée de la voir si proche du danger et si heureuse d'avoir pu élever une femme avec des tels idéaux. Elle la respectait énormément. Elle se demandait si à travers de Nymphadora elle n'avait pas aidé le monde magique à aller mieux. C'était peut-être orgueilleux, elle le reconnaissait. A nouveau, il y eut débat quand sa fille lui apprit son désir d'épouser Rémus. Elle le connaissait. C'était un des meilleurs amis de Sirius. Un homme bien, bon, gentil, doux. Du moins quand il n'était pas loup-garou. Sa fille aimait le danger, peut-être un peu trop. Elle tenta de comprendre son choix, de lui faire voir le danger pour une famille. Que ferait-elle quand elle aura un enfant ? Elle ne pouvait pas juger sa fille de choisir elle-même un mari, ni même quelqu'un d'aussi peu conventionnel. Après tout, ne l'avait-elle pas fait elle aussi ? Cependant, elle pouvait la mettre en garde contre le danger. C'était son rôle, après tout. Mais elle vit l'amour dans les yeux de son enfant. Elle vit la joie et la vie. Elle avait vu ses changements quand Rémus la repoussait. Elle avait été témoin de son manque de joie de vivre. Rémus était tout ce que cherchait Nymphadora. Elle ne pouvait pas rejeter sa fille, comme elle l'avait été. Elle s'était promis de ne rien faire comme ses parents. Elle voulait juste être là pour sa fille. Elle l'avait éloignée de sa famille, elle l'avait gardée cacher de ses sœurs, elle l'avait éduquée afin de s'ouvrir à la société entière. C'était à sa fille de faire ses choix.

Elle avait entendu les pleurs de son petit-fils. Elle était allée le consoler. Elle pensait qu'il avait fait un cauchemar ou qu'il avait faim. Au même moment, elle entendit toquer à la porte. Elle descendit avec son petit-fils les marches de sa maison, trop grande, trop seule, trop triste depuis la mort de son mari. Ted avait dû fuir pour échapper aux raffleurs. Il avait pris cette décision pour la garder en sécurité. En s'éloignant de la maison, il voulait amener les mangemorts loin d'elle. Il avait expliqué que tout le monde s'attendait à ce qu'ils soient ensemble. En le chassant, ils la chassaient. Leur fille aurait ainsi toujours un endroit sûr, si elle en avait besoin. Elle avait trouvé cette idée ridicule mais l'entêtement était un trait de famille. Elle s'en voulait tellement. Elle était persuadée que si elle avait été là, elle aurait pu faire quelque chose. Elle se demandait tous les jours pourquoi il avait été seul, pourquoi elle ne l'avait pas obligé à rester avec lui, au moins à le suivre ? Elle ouvrit la porte et vit une partie de l'Ordre, dont Molly avec qui elle avait lié depuis quelques années, depuis que Nymphadora et Charlie avait été à Poudlard ensemble. Molly était devenue une amie et une confidente. Elles avaient parlé de la relation entre sa fille et Rémus, elles s'étaient données des renseignements sur la guerre, des éléments sur la famille Black, sur la magie noire pour mieux comprendre de quoi était capable les mangemorts, elles s'étaient données des conseils sur l'éducation de leurs enfants. Aujourd'hui, elles étaient deux femmes éplorées, deux mères perdues, deux mères endeuillées.

-C'est pour ça que je suis encore ici. C'est pour toi, mon chéri. Ta mère et ton pères sont des héros. Sois fière, mon bébé. Nymphadora, mon enfant, je prendrai soin du tien. Je t'aime comme tu l'aimes.

Partagée entre un rôle de grand-mère et de mère de substitution, elle éleva Teddy tout comme elle l'avait fait avec sa fille. A nouveau, elle ressentit de la fierté. Chaque jour, elle lui affirma que ses parents seraient fiers. Chaque jour, elle lui raconta comme ses parents étaient incroyables.