« De Fleur et d'Epée »
Lordess Ananda Teenorag
Titre : « De Fleur et d'Epée »
Auteur : Lordess Ananda Teenorag
Série : Fire Emblem Awakening
Genre : Epopée, Romance, Fantasy, Comique – Semi Alternate Universe.
Résumé : De fleur et d'épée – tel un chrysanthème à l'âme du désir, à la couleur de la passion. Une lame nacrée dont le cœur danse, en secret, le rythme des valses de la nuit.
Personnages principaux : Íñigo, Lucina, Gerome.
Personnages : Tiki, Laurent, Cynthia, Owain, Brady, Linfan, Kjelle, Severa, Noire, Yarne.
Pairings : Íñigo x Gerome, Lucina x Tiki et Lucina x Laurent.
Autres pairings : Owain x Cynthia, Nah x Yarne, Severa x Noire, Brady x Severa, Laurent x Noire, Tiki x Marth, Chrom x Olivia, Frederick x Zelcher.
Résumé : Lorsque se tient la Cérémonie des Protecteurs, le Prince Cadet Íñigo songe au plus mystérieux et distant des Chevaliers de l'Ombre.
…
Awakening I : De Fleur et d'Epée – la Danse de la Lune Nouvelle
…
…
Lac de la Lune.
Soirée de nouvelle lune.
…
『月潭二结义』
« Serment du Lac de la Lune »
《 I Shall Be Your Knight, my Prince. 》
En cette nuit de cristal, ces mots étaient les seuls compagnons qui le contemplaient – tel le baiser d'une amante désavouée.
Ni homme, ni femme ne se tenait à ses côtés :
Il était seul, face à ce rêve qui l'agitait.
« … »
Un bond – tel l'envol d'un cygne. Gracieux comme l'indigo du sourire, passionné comme son écarlate joie. Il était passion et grâce, dans un corps d'homme et de femme, qui racontait une seule et même histoire.
« Oh ! Pas mal, ça. »
Ce n'était point que le jeune Danseur recherchait un public : d'ordinaire, il fuyait les yeux, lorsque la Danse prenait possession de son corps…
« Je veux que l'on me voie danser. Je veux que les gens sourient en me voyant… mais je n'arrête pas de penser à ce qui se passerait si je ratais ma performance. Est-ce qu'ils se moqueraient de moi ? Chaque fois que j'ai envie de danser, ces deux voix se battent dans ma tête. Je ne sais toujours pas laquelle a raison. »
Pourtant, lorsque la Danse prenait possession de son âme, il désirait ardemment – ardemment ! – voir leur sourire étinceler, leur yeux se remplir de joie… d'une joie telle, telle qu'ils oubliaient leur tristesse, et… et… !
« J'essayais de m'imaginer ce que vous m'auriez dit en me voyant. Ce que vous me conseilleriez de travailler… vos louanges lorsqu'enfin j'y arriverais… j'entendais tout cela dans ma tête… mais je voulais l'entendre pour de vrai… Enfin, voilà, c'est pour ça que je suis… très heureux… snif… »
Alors il bondit.
« …yaaaaaaaahh ! »
Flamenco du Désir,
Tango de la Passion.
Je suis la Vie et la Joie qui sourient
A travers les Chrysanthèmes.
La Fleur à l'Epée qui chante,
Et danse les Valses du Cœur.
La chanson commença à s'égrener : mais, pile au moment où elle atteignait l'apogée de sa joie, son pas trébucha sur une motte de terre – arrêtant la manifestation sacrée de son sourire.
« RAAAAAAAAAAAHHHH ! Ça m'énerve ! Nul, nul, nul, et nulllleeeeeuuuhhhh ! »
Un juron : et un tissu vola rageusement dans l'air calme. Le jeune homme soupira, en se laissant tomber sur un rocher. Ses yeux noisette brillaient avec passion.
« Je suis un homme de passion ! Le futur grand Danseur d'Ylisse, étoile parmi les étoiles, sourire parmi les sourires, et… »
La Fleur à l'Epée.
Okay, il avait l'air pathétique – il était pathétique. Quel imbécile crierait tout seul, dans la nuit, tous les rêves qui l'habitaient ? Mais bon, c'était là où il était content d'être seul… à moins que…
…quelqu'un ne l'espionne ?
« …hé ho ? »
Inconsciemment, son regard se tourna vers l'autre bord du Lac, où – d'ordinaire – se tenait une ombre silencieuse, masquée derrière un calme impénétrable. L'ombre solitaire, qui l'accompagnait toujours, depuis des lustres…
Mais, ce soir-là, seul le silence lui répondit.
Le silence de son absence.
« … »
Même le loup solitaire avait déserté son flamenco…
'Peut-être que je ne danse pas aussi bien qu'il le prétend… ou qu'il s'est lassé.'
Le jeune homme soupira – encore plus fort. Ces pensées oppressaient son cœur. Depuis quand, depuis quand…
…s'était-il habitué à ces yeux silencieux et calmes, mais jamais railleurs, qui l'accompagnaient où qu'il allât ?
« Ce n'est pourtant pas son genre de parler juste pour faire plaisir… est-ce qu'il lui serait arrivé quelque chose ? »
'A moins que Minerva ne soit malade et que… non, je l'ai vue ce matin, elle chassait avec entrain dans les environs. Alors, pourquoi… son Maître n'est-il pas là ?'
Soudain, sa tête se secoua fortement, en tous les sens : et le jeune homme se donna une bonne paire de claques.
« Mais à quoi je pense ?! Je devrais être en train de m'entraîner, non pas de douter… ! »
Un pétale de rose s'envola… était-ce…
« Íñigo, la danse reflète ton état le plus profond. Lorsque tes pas trébucheront malgré toi, interroge le fond de ton cœur. »
« Maman… »
Ce que lui avait enseigné sa mère – feu la Légendaire Danseuse Cœur de Rose, Olivia de Ferox – ne le quittait point. C'était la plus grande Danseuse qui vécut jamais en Ylisse : mais aussi une des femmes les plus timides qu'il lui fût jamais donné de connaître. Sa lame avait une couleur rosée, timide, hésitante – Eclat de Rose. Elle dansait au rythme des pirouettes du vent, tournoyante grâce qui inspirait une rose d'espoir, et parfois un bouton de désir…
Bien meilleure Danseuse que guerrière, elle était capable de transcender la lassitude des foules en une armée de soldats ardents…
« C'est une artiste itinérante. Elle n'a pas son pareil pour la danse. Quiconque la voit… devient comme le papillon épris de la rose. C'est une rose à l'éclat si doux… »
Eclat de Rose…
Íñigo avait hérité de ce cœur timide, à l'éclat gracieux, valsant… bien qu'il fût un homme, il aimait la danse. Son père avait beau lui avoir légué la force et l'honneur du guerrier, il demeurait, au fond de lui, un homme de tango et de passion gracieuse…
'Père… mère…'
Ses yeux tombèrent sur sa propre lame, nacrée comme le cœur irisé des coquillages, ciselée comme les fleurs de joie ornant les champs.
« De Nacre est le tranchant de son éclat,
Passion et Joie sont comme la Fleur de son cœur.
Son nom sera… »
'Nacre de Chrysanthème'.
C'était Frederick, XIIème Grand Chancelier de la Cour, qui avait baptisé les jeunes rejetons de la Famille Royale d'Ylisse ainsi que leur Lame. Chaque combattant recevait un nom spécial, qui reflétait sa personnalité et son style : mais, en tant que Cadet des Jumeaux de la Sainte Lignée, une attention particulière lui avait été accordée.
Le Porteur de la Lame Nacre de Chrysanthème…
On lui avait donné le surnom de 'Lame Nacrée', car son sabre avait la grâce d'un oiseau dansant sur la mer, comme les plus belles couleurs de ses trésors. Si le jeu d'épée de son Aînée stupéfiait par sa force et son charisme, le sien charmait par sa grâce et son exubérance.
« Lame Nacrée, vous êtes un bon combattant. Mais vous ne surpasserez jamais Lame Blanche ainsi. »
'Surpasser Lucina ?'
Une sorte de rire silencieux secoua la poitrine du jeune homme, à ce souvenir. S'imaginaient-ils vraiment que son but était de surpasser sa grande sœur ?
« Dévoilez votre véritable style. Recherchez avec ardeur votre nature. Entraînez-vous avec la passion qui est vôtre. Ne tentez pas d'imiter l'Aînée de la Sainte Lignée. Soyez vous-même lorsque vous combattez. »
'Mais qui pensent-ils donc que je veuille être ? Le futur Souverain d'Ylisse ?!'
Ironie du sort, Íñigo le Mercenaire – Porteur de la magnifique Lame Nacre de Chrysanthème – était un Prince de la Maison Royale d'Ylisse. Le caractère optimiste, les cheveux bleutés, la Marque de la Sainte-Lignée… tout en lui attestait la royauté dans son sang le plus pur – jusqu'à la stupéfiante ressemblance physique avec son père, feu le grand Souverain Chrom. Certains disaient, en le voyant pour la toute première fois, qu'il était le portrait de la Lame Droite qui combattit jadis le Dragon Déchu Grima.
Naturellement, c'était avant qu'ils ne passent plus de temps avec lui.
« Ma sœurette ressemble bien plus à père que moi. Moi, je ne suis qu'un… qu'un homme de passion ! »
'Une meneuse exceptionnelle… une guerrière déterminée… une fine stratège…'
Lucina – Porteuse de la Lame Blanche Falchion – était le personnage charismatique que tous attendaient, et dont tous avaient besoin. Elle avait tout : talent, force, classe, générosité – jusqu'à la royale beauté qui faisaient se pâmer hommes et femmes, tant la conjugaison parfaite de ses qualités faisait d'elle un chef d'œuvre de la nature.
Lame Blanche, pour la pureté de l'âme.
« Grande sœur… »
Le jeune Prince était fier – immensément fier – de sa sœur. Depuis leur plus tendre enfance, dans le futur sans espoir où ils avaient vécu, elle avait toujours tenu le sceptre royal du dévouement, sans jamais cesser de lutter, de croire. Elle vivait pour eux tous et lui était heureux de se tenir à ses côtés. N'eussent été les terribles difficultés auxquelles ils avaient dû faire face, il aurait pu parler de bonheur.
'Vivre là-bas… était horrible. Mais vivre sans toi… c'est tout bonnement impossible.'
Lucina était née pour être une dirigeante d'Ylisse. Mais lui…
…n'était-ce pas d'autre chose, dont il rêvait ?
« … »
'A quoi bon tout ceci ? Moi, ce dont je rêve, ce dont je rêve… !'
Il allait s'élancer, tel un cygne bleu dans la douce lumière du soir – lorsqu'une ombre dessina sa présence, dans un éclat furtif.
« … ! »
Alors, un sourire se dessina sur ses lèvres, et accueillit la nouvelle venue encore invisible.
« Oh. »
Le jeune homme sourit largement – mais abandonna les pas qui le portaient juste à l'instant.
Même devant elle, il n'osait encore danser.
« Eh bien, eh bien, eh bien… si ma grande sœur se met en tête de me traquer… où va le monde ? »
« … »
Son sourire s'élargit encore, alors que la jeune femme émergeait des fourrés. Tout à la fois fluide et précise, cette dernière exhalait la royauté dans le moindre de ses pas.
« Ah, Luce ! Tu tombes bien. Je te cherchais. »
« En plein milieu de la forêt, Íñigo ? »
Hé, comptez sur Lucina pour pointer les faits irrationnels. Parfois, le Cadet de la Sainte-Lignée se disait qu'être un super dirigeant classe, ça avait le défaut de rendre pas drôle du tout. Et sans doute que la compagnie de Laurent (Chef des Mages Impériaux et Grand Administrateur Royal) n'arrangeait pas les choses.
'Pourquoi les gens autour de moi sont-ils tous si sérieux ?'
« Euh, je veux dire, je pensais à toi ! C'est pareil. »
Un immense sourire charmeur se peignit sur ses lèvres : mais, sa sœur ne s'y laissa guère piéger.
« Avez-vous un souci, Íñigo ? »
Ses yeux bleus profonds, inquiets, sondaient ses propres orbes noisette. Le jeune Danseur tiqua légèrement, malgré son sourire.
Elle le connaissait un peu trop bien.
« Mais pas du tout ! Pas du tout du tout ! Qu'est-ce qui te fait croire ça ? »
Ses prunelles s'étrécirent, devant le mensonge quasi fragrant (mais enfin, pas tant que ça, hein !).
« Íñigo… »
C'était incroyable : plus il s'efforçait de la rassurer… plus elle s'inquiétait ! Il s'efforça donc de sourire un peu plus : mais la Princesse ne se dérida pas.
« D'ailleurs, que faîtes-vous ici, à cette heure-ci ? Ce n'est pas exactement l'endroit rêvé pour une promenade nocturne. Et si des ennemis se tenaient en embuscade ? »
« Roh, je suis un grand garçon, Lucina. Si un ennemi se pointe, je prends ma lame, et… »
« …et ? »
La nacre irisée de la Lame Chrysanthème dansa devant lui. En un éclair d'instant, le Cadet de la Sainte Lignée comprit qu'il avait été joué.
« Hééééé ! Quand l'as-tu… »
« …depuis au moins trois bonnes minutes. Si j'avais été un ennemi, vous seriez mort. Ou kidnappé. »
Comptez sur Luce, pour envisager le pire… non pas qu'Íñigo eût pu la blâmer : combien de fois, des nuits et des nuits de leur enfance – et même maintenant encore – il avait pleuré devant le lit vide, que la guerre rendait angoissant, la perte insupportable…
« Tu as prévu de m'abandonner, toi aussi ? D'abord mes parents et ensuite toi ?! »
« Pas par choix, Íñigo. Je ne l'ai jamais souhaité. Mais la guerre n'offre aucune garantie… »
« Et tu penses que ça me remonte le moral, tes histoires ?! »
Ce souvenir, pénible, agita son cœur.
« … »
Alors la Marque de la Sainte-Lignée s'assombrit dans l'œil droit du Cadet. Tout de suite, ses ténèbres entrèrent en résonnance avec l'autre Marque de la Sainte Lignée, dans l'œil gauche de sa sœur…
'Non, je ne dois pas. Lucina va encore souffrir, et…'
Alors, il sourit.
« J'espère au moins, que dans ce cas, tu aurais volé à mon secours dans la seconde qui suit. Ou versé de l'or en abondance pour me délivrer. Mes charmes se monnayent cher, nulle femme en ce monde ne saurait en être privée. »
« Íñigo ! »
La tête que faisait Lucina valait le détour : le genre d'expression qui le rendait heureux d'être le petit frère de cette grande Princesse trop sérieuse – un garçon normal, avec ses défauts et ses millions de rêve.
(Comme le jour où il avait coupé cette pomme avec Falchion, la Lame Légendaire d'Ylisse. Mais, comment le blâmer ? Cette pomme avait l'air tellement bonne, et, l'imbécile qui avait retiré tous les couteaux à côté, aurait également dû penser à ranger Falchion…)
« Je plaisantais, je plaisantais ! Ne fais pas cette tête. J'ai été imprudent, ça te va ? »
« Non. Mais je ne suis pas venue pour vous faire la morale, même si vous le méritez. »
« Alors tu es venue pour quoi ? »
La Princesse sortit une magnifique Lame de son fourreau.
« Pour ça. »
'Nan, ne me dites pas que… !'
La Légendaire Lame Blanche brilla sous la lune. Íñigo hoqueta de surprise – avant que ses yeux noisette s'assombrissent.
« Falchion ?! Mais, Luce, on avait dit que… »
« Je le sais. Mais, je persiste à penser, mon frère, que nous avons été trop hâtifs sur cet examen. En tant qu'Héritier de la Maison Royale d'Ylisse et de la Marque de la Sainte Lignée, vous restez un sérieux successeur pour la Lame Légendaire. »
Devant le silence dubitatif de son frère, la jeune femme poursuivait.
« Père affirme avoir vu cette buche d'entraînement parfaitement coupée en deux. Et si c'était… »
'…la preuve que vous pouviez manier Falchion, la Lame Blanche.'
Íñigo renifla.
« Père a des hallucinations, si tu veux mon avis. Peut-être qu'il était fatigué et qu'il a mal vu. A moins qu'il ait un peu trop bu ? »
« Ce n'est pas son genre. »
Le Cadet de la Sainte Lignée savait qu'elle avait raison. Néanmoins, il se refusait à envisager une quelconque succession. Ce serait elle, ou personne.
« Luce, j'ai testé moi-même ta lame après que tu es partie. Je peux t'assurer que cette bûche était intacte après mon coup. »
De nouveau, les yeux océan de la Princesse scrutaient intensément le visage du jeune homme. Mais, cette fois, elle changea de sujet – souriant à son tour.
« La Cérémonie des Protecteurs commence demain soir. Avez-vous choisi le Chevalier qui se tiendra à vos côtés ? »
Et voilà. Ça, encore. Íñigo coula un regard vers l'ombre absente – de l'autre côté de la rivière, et détourna la tête.
« Nan. »
Devant tant de désinvolture, la jeune femme sentit ses mâchoires lui tomber.
« Mais, Íñigo, elle a lieu demain soir ! Comment peux-tu être aussi irresponsable ?! Tu veux vraiment que n'importe qui reste avec toi et que… »
« Oh, Luce. »
Cette fois, il sourit allégrement – avec sincérité. Quand sa grande sœur s'énervait vraiment, elle en oubliait les usages de la cour, qui voulaient que le plus grand Héritier Royal vouvoie son interlocuteur par respect. Íñigo détestait cet usage – qui l'obligeait à vouvoyer ceux qu'il aimait le plus. Mais il n'y avait pas moyen de faire autrement : un Prince d'Ylisse ne peut déroger à la règle – même s'il n'est que le Cadet.
« Quoi, encore ? »
Bêtement, le jeune danseur se sentait heureux. Il ne put s'empêcher de faire un pas dansant – allègre.
« …il y a tant de filles que j'aimerais avoir à mes côtés ! Je ne peux pas en choisir une seule, ce serait criminel ! »
« Íñigo, tu es vraiment désespérant. »
Mais, à présent, elle souriait aussi.
'C'est bon, ça. J'aime voir sourire les gens autour de moi. Surtout toi, Luce. Et aussi…'
Alors que le Danseur en était à ces joyeuses pensées, la Princesse rangea Falchion dans son fourreau, arborant une expression moqueuse.
« Eh bien, mon frère, je comptais vous faire part de mon propre choix. Mais si vous le prenez ainsi… »
« Hein ? Quoi ?! Nan, tu peux pas me faire ça ! Pas à moi ! On s'était dit qu'on se le dirait ensemble, et… »
Il bondit sur sa sœur, s'agrippant à elle avec un regard de chiot battu (encore une tactique de son enfance, qui marchait – hé oui ! – encore maintenant. Le seul inconvénient étant l'effet sur sa réputation…)
« Oh, traîtresse ! Tu veux rendre triste ton petit frère adoré ?! Je me plaindraaaaaaiii ! Le royaume ENTIER saura que la future grande Reine d'Ylisse maltraite sa propre famille ! »
« Hiiii ! Lâche-moi ! »
Il n'était guère dans l'habitude de Lucina de faire du second degré – c'était un défaut qu'Íñigo avait toujours déploré, ainsi que certains de leurs amis. Mais, ce soir-là, un miracle eut lieu.
« Tu peux toujours adresser tes plaintes au Grand Administrateur Royal. Je te promets que j'en tiendrai compte. »
« Grrrr ! De toute façon, Laurent est de ton côté… alors je suis mal barré… »
« Hi hi hi… »
Les deux Jumeaux riaient joyeusement, heureux d'être ensemble et de savourer un instant de paix. C'était ça, la paix, maintenant qu'elle était revenue…
…avec ses rires, ses moments, ses peines…
…ses joies.
« De toute façon, je sais qui c'est ! »
Les yeux noisette pétillèrent de grâce taquine. L'autre haussa un sourcil, presque curieuse.
« Oh ? »
« Cynthia ! »
Mais la Princesse éclata de rire : ses propres prunelles étaient gagnées par l'humeur espiègle de son frère.
« Parfois, Íñigo, je me demande ce qui te passe par la tête. J'ai beaucoup d'affection pour Cynthia et je la considère comme ma petite sœur. Mais un Protecteur est censé veiller sur son Protégé, non pas inventer des situations dangereuses… ou des attaques farfelues. »
Íñigo bouda largement.
« Héééé, c'était un choix tout à fait tangible ! Elle t'est dévouée, elle t'adore… et ceci dit en passant, je le dirais à Cynthia. Owain ? »
« Il excelle à comprendre les armes, mais je crains que son imagination n'égale celle de Cynthia. »
Dire que son imagination égalait celle de Cynthia était un euphémisme. Il vivait dans un monde saugrenu où des héros de cape et d'épée pullulaient à foison et terrassaient des démons imaginaires. D'ailleurs, c'était peut-être la raison pour laquelle les deux s'entendaient aussi bien…
…et formeraient peut-être un bon couple, qui sait.
'De toute façon, il risquerait d'inventer les situations dangereuses rien que sauver Lucina, alors, non merci.'
Une étrange idée lui traversa l'esprit.
« Pas Yarne quand même ? »
« … »
L'absence de réponse de son Aînée – ainsi que son expression – le convainquit du mal-fondé de son hypothèse. Le jeune homme s'étouffa de rire.
« Oui, c'est vrai que ce serait plutôt lui qui aurait besoin d'un Protecteur… »
« Íñigo, ce n'est pas gentil. »
Mais elle souriait aussi. Alors, il enchaîna ses suppositions.
« Severa ? Noire ? »
« … »
Apparemment, les Mercenaires acerbes ou les Archères schizophrènes n'étaient pas du goût de la Princesse d'Ylisse – même si elles étaient extrêmement jolies et charmantes, à leur façon.
'En excluant les fois où la bague que j'ai offerte m'a été lancée dans la figure et celles où j'ai failli me faire transpercer par une flèche. Encore un drôle de duo, celles-là…'
« Kjelle ? Holà. »
Kjelle – Descendante de la Grande Chevalier en Chef Sully – était la candidate idéale. Elle était forte – terriblement forte. En duel pur et dur, Íñigo n'était jamais parvenu à la vaincre – ni personne, d'ailleurs. Seuls Lucina, la Princesse à la Lame Blanche, ou Gerome, le puissant Chevalier Wyverne à la Lance Solitaire, pouvaient la tenir en respect. D'ailleurs, c'était les seuls qui l'avaient, son respect – en excluant l'estime qu'elle portait à Severa.
Mais à propos de Chevalier Wyverne…
« Gerome ? »
Une légère étincelle vibra dans les orbes bleus de la Princesse. Tout de suite, quelque chose brûla dans le cœur de son jeune frère.
« Qui sait ? »
'Alors, ce doit être lui.'
Le Cadet de la Sainte-Lignée sentit son cœur se serrer : il aurait tant aimé… mais, si c'était pour Lucina, alors tant mieux. Alors il sourit largement, et planta là sa grande sœur.
« Bon, sœurette, ce n'est pas que j'apprécie pas, mais je dois quand même me préparer pour la Cérémonie… on se voit bientôt ? »
« Bien sûr. »
Il disparut en un coup de vent – comme emporté par la légèreté de la brise, qui, au cœur du soir, pare le lac de chrysanthèmes. Alors, souriant pour elle-même, la Princesse contempla la place de danse désormais vide, pour adresser à son déserteur.
« Oh, Íñigo. Tu ne l'as peut-être pas remarqué toi, mais tu as déjà été choisi. N'es-tu donc point capable de déchiffrer le secret des Lettres Vassaliques qui t'ont été adressées ? »
Seule l'ombre de la nuit lui répondit.
