« De Fleur et d'Epée »

Lordess Ananda Teenorag


Titre : « De Fleur et d'Epée »

Auteur : Lordess Ananda Teenorag

Série : Fire Emblem Awakening

Genre : Epopée, Romance, Fantasy, Comique – Semi Alternate Universe.

Résumé : De fleur et d'épée – tel un chrysanthème à l'âme du désir, à la couleur de la passion. Une lame nacrée dont le cœur danse, en secret, le rythme des valses de la nuit.

Personnages principaux : Íñigo, Lucina, Gerome.

Personnages : Tiki, Laurent, Cynthia, Owain, Brady, Linfan, Kjelle, Severa, Noire, Yarne.

Pairings : Íñigo x Gerome, Lucina x Tiki et Lucina x Laurent.

Autres pairings : Owain x Cynthia, Nah x Yarne, Severa x Noire, Brady x Severa, Laurent x Noire, Tiki x Marth, Chrom x Olivia, Frederick x Zelcher.

Résumé : Lorsque se tient la Cérémonie des Protecteurs, le Prince Cadet Íñigo songe au plus mystérieux et distant des Chevaliers de l'Ombre.


Awakening II : De Fleur et d'Epée – Serment Masqué


Palais du Royaume d'Ylisse.

Jardins Royaux.

Le lendemain soir.


『月潭二结义』

« Serment du Lac de la Lune »

I Shall Be Your Knight, my Prince.

『王曰:"吾宮后有一月潭,花开正盛 (…)。我二人结为友,协力同心,然后可图大事。"(…) 臣曰: "虽然异姓,既结为友,则同心协力,救困扶危(…)"王与臣曰 :"不求同年同月同日生,只愿同年同月同日死。皇天后土,实鉴此心。背义忘恩,天人共戮 !"』

Et le Prince dit : « Derrière mon Palais se trouve un Lac baigné par la Lune, où les fleurs éclosent à souhait. (…) Jurons ensemble d'être amis, d'unir nos forces et nos cœurs, pour accomplir une grande œuvre. »

Le Chevalier ajouta : « Bien que nous portions des noms différents, nous sommes amis. Joignons nos forces pour un but commun : secourir ceux en détresse et aider ceux en péril. »

D'une seule et même voix, ils déclamèrent :

« Bien que nous ne soyons pas nés le même jour, le même mois, la même année, puissions-nous mourir le même jour, le même mois, la même année. (…) Puissent les Dieux du Ciel et de la Terre attester de ce qui est en nos cœurs. Que le Ciel et les Hommes nous foudroient si nous devions trahir notre amitié ! »

《王臣》

Roi et Vassal


Une larme perla à l'œil du jeune Mercenaire. Il était… impossible de ne pas être ému par ces mots – finement ciselés, tracés dans de l'or et destinés à son cœur. C'était… purement splendide. Une véritable œuvre d'art...

'Pas le genre de truc que je saurais faire… j'ai toujours été plus doué avec mon corps, qu'avec mes mains…'

« Celui qui a écrit cette Lettre Vassalique doit vraiment… vouloir devenir mon Chevalier. »

Íñigo s'assit sur une chaise. Bien des gens s'étaient manifestés pour devenir son Protecteur (bien plus qu'il ne l'eût pensé, et c'était non seulement flatteur, mais touchant ! Comme quoi il était bien plus aimé qu'il ne l'avait imaginé), mais celui que lui aurait aimé avoir à ses côtés…

'…pourquoi n'es-tu pas venu, hier soir, près du Lac ?'

« Raaahhh ! Je rêvasse encore. Il faudrait mieux que je réfléchisse aux auteurs de toutes les Lettres Vassaliques… à commencer par celle-ci, d'ailleurs. »

C'était une tradition royale pour la Fête des Protecteurs : chaque personne de la Maison d'Ylisse recevait des lettres anonymes – appelées 'Lettres Vassaliques' – adressées par les prétendants au titre de Chevalier Protecteur, et, au terme d'un long bal, où l'Héritier devait reconnaître ces derniers, il finissait par élire celui ou celle qui resterait à ses côtés jusqu'à la mort. Avec moult efforts, Íñigo avait fini par reconnaître les œuvres de certaines personnes (dont celle de Nah, la jeune Manekete qui professait également des velléités de mariages à son égard), mais celle-ci demeurait un vrai mystère.

« Bon, bon, bon… allez, dis-moi qui tu es… »

La seule chose qui était évidente, c'était que l'homme ou la femme qui avait conçu cette Lettre était quelqu'un de soigné. Déterminé, patient, calme – secret, aussi. Aux sentiments profonds…

…mais masqués.

« Hum… d'après la qualité de la calligraphie… j'en déduis… que… euh… euh… »

'…que j'ai pas la moindre idée de qui c'est.'

Okay. Okay. Il fallait l'admettre : impossible, impossible de dire d'où ça provenait, de qui ça venait. Il aurait bien demandé à des gens autour de lui, mais c'était un peu la honte, quoi.

Le Cadet de la Sainte-Lignée ne sait même pas qui désire devenir son Chevalier Protecteur ! Bouah ha ha ha ha !

Restaient Lucina et Gerome qui ne se seraient pas moqué : mais la première était exclue, et le second, introuvable.

Plac plac plac.

Un bruit de pas. Le cœur battant d'espoir, Íñigo prononça le nom dont il espérait l'ombre.

« Gerome ? »

Mais une tornade de lumière jaillit, acclamée par des pétales imaginaires : et une jeune fille en armure légère surgit, dynamique dans la pièce sombre.

« Nan nan nan nan, mon Prince : ce n'est que moi, l'Héroïne aux Radieuses Ailes de la Justice ! »

« Oh, Cynthia ! »

Un sourire radieux illumina le visage du jeune Héritier. Même si ce n'était pas le solitaire Chevalier Wyverne, c'était quand même une de ses meilleures amies, et il adorait l'avoir avec lui. Il lui dédia un clin d'œil charmeur.

« Alors, comment va mon héroïne préférée ? »

La Chevalière Pégase lui renvoya un sourire puissance mille.

« Oh, super bien, Íñigo ! Avec la Grande Fête des Chevaliers Protecteurs, c'est l'effervescence en ville ! Tout le monde veut savoir qui Lucina et toi allez choisir… hé, alors, qui tu vas choisir ? »

Le jeune homme plaça un doigt sur ses lèvres, avec un second clin d'œil taquin.

« Sur-pri-se. »

« Naaaaaannn Íñigo, tu peux pas me faire ça, à moi ?! Alleeeeeeeeezzz ! »

« Non mai-… huuuummmphhh ! »

Le Prince faillit mourir étouffé (notons au passage, que cette technique appliquée sur Luce venait de Cynthia), mais survécut pour désigner la Lettre (et rappeler brièvement qu'un Prince mort ne fait pas un bon matériau pour une Cérémonie royale).

« Wouah, wouah, wouah, c'est magnifique ! C'est une des Lettres Vassaliques qui t'a été donnée ? »

« Ouf… ouf… (/Respire/) …voui. »

« Trop bien ! Laisse-moi voir ! »

De nouveau, la jeune fille avait bondi sur lui – et Íñigo manqua de tomber à la renverse.

« Héééééé ! N'y touche pas ! »

Ce fut juste à temps que le Mercenaire parvint à éloigner la précieuse Lettre des doigts de son amie : l'enthousiasme démesuré de Cynthia allait malheureusement de pair avec sa maladresse légendaire…

'Désolée, chérie, mais celle-là j'y tiens !'

« Maaaaiieuuhhh ! Íñigoooo t'es méchaaaannnt ! »

« Nan nan nan nan ! Chuis le Prince, donc tu dois m'obéir et de toute façon chuis jamais méchant ! »

Après quelques bonnes minutes de lutte, la jeune fille renonça, à bout de souffle. Tout aussi éreinté, le Cadet protégea son bien, loin des assauts de son amie.

« Pffffff ! De toute façon j'm'en fiche… d'ailleurs, pourquoi t'y tiens autant ? »

« Quelle question. Parce que… »

Les yeux du jeune homme se remplirent d'étoiles.

« …parce que je suis sûr que c'est d'une Dame Chevalier, belle, mystérieuse et puissante… qui désire me protéger, dans l'ombre, sans avouer ses profonds sentiments pour moi… »

« Hi hi hi hi hi ! Oh, tu ne changeras jamais, Íñigo. Mais moi je t'adore pour ça. »

Les deux amis se regardèrent, d'un air rieur. Puis soudainement, la jeune fille avança les yeux, désignant la Lettre du menton.

« Bon, c'est qui finalement ? »

Íñigo haussa un sourcil.

« Alors ce n'est pas toi ? »

Elle fit un signe de dénégation, avec un sourire immense.

« Nan nan. D'abord j'aurais jamais été capable de faire un truc aussi beau… et ensuite… si c'avait été moi, je t'aurais déclamé devant tout le monde avec des pétales de fleurs : 'Je suis Cynthia, Héroïne de la Justice. Grand Prince Cadet Íñigo, je jure de vous servir pour l'éternité et de vous préserver des périls à venir ! Mon Prince n'aura jamais à souffrir une quelconque infamie, même s'il se prend des râteaux de la part de toutes les filles d'Ylisse !' »

« Cynthia, la dernière partie n'était pas nécessaire ! »

Íñigo bouda largement – mais son amie ne fit qu'en rire.

« Ben quoi ? Demande à Linfan si c'est pas vrai et… »

« Laisse Linfan en dehors de ça ! »

Songer au Stratège de leur génération faisait toujours un étrange effet à Íñigo. Le jeune homme n'avait jamais une personne aussi 'décontracte', malgré sa situation pas forcément reluisante : une amnésie partielle, mais incurable. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de croquer la vie à pleines dents, et d'accessoirement consoler le Prince de ses déboires sentimentaux lors d'agréables 'soirées thé'.

« Hi hi hi… pardon, Íñigo, je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Mais, tu n'as vraiment pas encore choisi ton Chevalier ? La Cérémonie a lieu ce soir, et… »

« Bouh hou hou… »

« Euh ? »

Le Mercenaire enfouit sa tête dans ses bras.

« Ça me désespère. J'ai beau me creuser la tête… je n'arrive pas à devenir qui est l'auteur de cette Lettre. Si ça continue… je vais finir seeeeeeul au monde pour l'éternitéééé ! Ouinnn ! »

Avec une affection vive, la jeune Chevalière Pégase passa ses bras autour de son cou.

« Roooooohhh, prends pas cet air triste, Íñigo, je te préfère quand t'es joyeux ! D'ailleurs, je sais ! »

Il releva les yeux – légèrement embués par les larmes.

« Quoi ? »

« Je vais t'aider à trouver qui est ton Prétendant ! A nous deux, on trouvera forcément ! »

Ses traits s'illuminèrent.

« Tu ferais ça pour moi ? C'est trop gentil ! »

Cynthia avait le don de le faire sourire. Lui qui se forçait parfois à afficher un air joyeux devant les autres, n'avait pas besoin de feindre quoique ce soit avec sa meilleure amie.

« Je ne serais pas un vraie Héroïne, si je n'aidais pas les personnes en détresse, et mon Prince délaissé par les filles, aussi ! »

« ARRÊTE avec ça ! »

Une lanière de fourreau vola dans l'air, manquant son but.


Chambre Royale.

Au même moment.


Du haut de son balcon royal, la Princesse d'Ylisse soupira profondément.

« Oh la la, ces deux-là… »

A côté d'elle, une silhouette indubitablement féminine – aux longs cheveux émeraude tressés comme un trésor, par des rubans – posa ses yeux verts sur les deux amis, comme un océan de sagesse.

« Les humains sont si intéressants, vous ne trouvez point, Lucina ? »

« … »

Mais la jeune femme restait soucieuse, comme si elle n'avait guère entendu les mots de son amie. Alors, cette dernière posa doucement sa main sur son bras, comme pour rappeler son existence.

« Lucina, ne laissez point votre dévouement vous porter défaut. Votre inquiétude pour votre famille et vos amis est tout à votre honneur… mais il serait contre-productif de la laisser vous miner. Votre bien-être influe sur votre entourage… y compris sur votre frère, qui vous aime tant. »

Un sourire naquit de nouveau : la jeune Princesse d'Ylisse n'avait jamais réussi à ne point être touchée par elle.

'Tiki…'

Elle avait quelque chose de spécial, qui l'avait attirée à elle – sans même qu'elle ne se l'avouât, ou l'avouât à qui ce fût. Mais certaines choses n'ont pas besoin d'être formulées, pour être dites.

« Une fois de plus, Tiki, vous avez su lire dans mon âme. »

Avec grâce, l'Oracle Dragon se mut près d'elle – ses longs cheveux flottant dans la douce brise du soir. Bien qu'elle touchât rarement quiconque, son cœur était plus proche d'elle que bien des personnes.

« Vous vous faîtes du souci pour les vôtres, n'est-ce pas ? »

« … »

Et elle pouvait comprendre la moindre de ses craintes, sans effort. Certains disaient que c'était parce que Tiki aimait jadis le Roi Marth et que Lucina d'Ylisse lui ressemblait tant : mais chaque amour et chaque amitié était unique en ce monde.

« Toujours. Íñigo est un garçon adorable… mais si on ne le surveillait pas, il créerait la pagaille dans le Royaume et se mettrait dans des situations inextricables. Je suppose qu'on n'y peut guère grand-chose… »

Les yeux sages de la Manekete semblaient lire à travers la moindre de ses émotions.

« La générosité et la joie caractérisent votre famille, Lucina. Vous êtes générosité… et il est joie. De même que la générosité s'étouffe lorsqu'elle ne peut atteindre l'âme à laquelle elle se donne… la joie peut déborder comme une coupe trop pleine, avide de remplir les cœurs d'autrui. Mais ayez confiance en lui aussi. Il est plus fort et raisonnable qu'il en a l'air. »

Il était étonnant de constater à quel point l'Oracle Dragon pouvait lire dans les cœurs – et les comprendre. Lucina avait toujours été impressionnée par la sagesse qui émanait d'elle, et plus encore, par sa capacité à la guider, lorsque son propre esprit s'embrumait sous le poids des responsabilités. Peut-être était-ce la raison pour laquelle même son frère – effréné coureur de jupons devant l'Eternel – n'avait jamais rien tenté pour la séduire. Et, inconsciemment – qui sait – il devait ressentir le lien qui reliait les deux femmes…

« Si j'avais pu vous demander de… »

Mais l'Oracle Dragon la coupa doucement, devinant ses mots avant même qu'ils ne fussent prononcés.

« N'oubliez pas qu'il s'agit d'une Cérémonie destinée à lier votre Famille à un Protecteur, et non à célébrer notre amitié – qui m'est si chère au demeurant, ne vous méprenez point. »

La brise souffla le silence entre elles, alors que l'Oracle Dragon contemplait le paysage devant elles.

« Ce Protecteur vous accompagnera jusqu'à la mort… mais moi, j'ai bien peur de ne pouvoir disparaître avec vous, Lucina. »

A son tour, la Princesse s'avança vers elle – la regardant avec passion.

La passion de la sincérité, de son cœur toujours vivant.

« Ne dites pas cela, Tiki, je vous en prie. Nos espèces ont beau vivre sur des espace-temps différents… nos cœurs restent liés par les mêmes espoirs. Même si mon corps retourne à la terre d'où il vient, mon âme ne cessera de veiller sur mes amis. Je ne vous laisserai point être triste tant que je serai en vie. Ni vous… ni personne. »

Pour la première fois, Tiki eut l'air troublé.

« Vous… vous lui ressemblez tant… »

Peut-être que je ne devrais pas… rester avec vous. Il… il se pourrait… que… il se pourrait que je vous confonde avec lui et que…

Ces mots n'étaient pas prononcés. Mais Lucina pouvait les entendre : alors elle dit simplement, avec ce sourire de Princesse qui était le sien.

« N'ayez crainte, Tiki. Je ne suis que moi-même et nul, en ce monde, ne pourra jamais se comparer au roi Marth. Mais si je puis, telle que je suis, vous apporter du baume au cœur… alors mon existence aura eu le sens que je lui souhaite. »

« Lucina... »

Ce seul mot. Son nom. Prononcé par elle.

Son cœur sembla danser doucement, mais allègrement – comme jadis sa mère, devant les astres du soir. Vous êtes l'étoile qui me guide – mais bien présente sur terre, avec moi. Notre vie est un espace-temps, où, au terme d'un beau pèlerinage, deux êtres se rencontrèrent après la traversée d'un océan de temps.

Nos âmes s'appelèrent, pour continuer ce voyage ensemble.

« Lucina. »

Sa voix chanta doucement.

« Oui ? »

Ses yeux émeraude sourirent tendrement malgré la distance. La Princesse sentit son cœur bondir comme la danse héritée de sa famille – mère et frère inclus.

« Avez-vous choisi votre Protecteur ? »

Et elle ne put s'empêcher de sourire – pensant à son cadet qui parcourait le Palais à la recherche de celui qu'elle savait être son destiné Chevalier. Mais, elle, était plus prévoyante.

« Bien entendu. Mais, vous qui êtes mon Guide, j'aimerais vivement que vous me donniez votre avis. »

La Manekete s'avança gracieusement.

« Si je le puis. »

« Voici. »

Tiki examina attentivement la gravure – destinée à sceller le Serment Vassalique. Puis elle sourit.

« C'est un choix très judicieux. Certains le qualifieront d'original, voire peut-être d'insensé… mais je crois qu'il est celui qu'il vous faut. Il est empli de sagesse et de talent. Il saura vous guider, lorsque votre cœur aura besoin d'un appui. »

Les yeux de Lucina étincelèrent de joie.

« Votre approbation vaut mille serments. »

Et cette joie se refléta doucement dans les orbes de son amie.

Vous aussi, demeurez avec moi.