« De Fleur et d'Epée »

Lordess Ananda Teenorag


Titre : « De Fleur et d'Epée »

Auteur : Lordess Ananda Teenorag

Série : Fire Emblem Awakening

Genre : Epopée, Romance, Fantasy, Comique – Semi Alternate Universe.

Résumé : De fleur et d'épée – tel un chrysanthème à l'âme du désir, à la couleur de la passion. Une lame nacrée dont le cœur danse, en secret, le rythme des valses de la nuit. Lorsque se tient la Cérémonie des Protecteurs, le Prince Cadet Íñigo songe au plus mystérieux et distant des Chevaliers de l'Ombre.

Personnages principaux : Íñigo, Lucina, Gerome.

Personnages : Tiki, Laurent, Cynthia, Owain, Brady, Linfan, Kjelle, Severa, Noire, Yarne.

Pairings : Íñigo x Gerome, Lucina x Tiki et Lucina x Laurent.

Autres pairings : Owain x Cynthia, Nah x Yarne, Severa x Noire, Brady x Severa, Laurent x Noire, Tiki x Marth, Chrom x Olivia, Frederick x Zelcher.


Awakening IV : De Fleur et d'Epée – si j'étais Celui qui…


Alentours du Palais Royal.

Plus tard dans la Soirée.


Des lanternes multicolores dansaient au chant joyeux du vent, qui accompagnait les clameurs des hommes. Ici et là, s'élevaient des stands – bariolés comme la Fête qui avait lieu. Les gens riaient et s'interpelaient gaillardement, comme si la Guerre n'avait jamais existé.

« Approchez, mesdames et messieurs ! Concours de tir à l'arc toutes catégories confondues ! Qui sera le plus habile pour remporter cette magnifique poupée ? »

« Les meilleures sucreries de tout le Royaume, pour vous ! Vos papilles ne s'en remettront jamais ! Elles vous supplient déjà de les contenter ! »

Exceptionnellement, les marchands avaient la permission d'étendre leur stand aux alentours du Palais. Et tout le monde – nobles et gens du commun réunis – folâtraient ensemble, riant allégrement dans les rues parées de guirlandes.

« Qui veut assister à ce magnifique spectacle ? Les places sont limitées ! Représentation de la Victoire de la Sainte Lignée sur le mal ! »

« Rejouées ce soir, pour vous Messieurs Dames, les Légendes de l'Emblème de Feu ! Les Contes des Héros de l'Aube, des Héros aux Pierres Sacrées et bien d'autres encore… »

La Fête des Protecteurs battait son plein. Rires, chants et danses parsemaient ces places habituellement austères.

« …eh bien, eh bien, eh bien. Ça fait plaisir à voir… »

Íñigo se sentait heureux : ce genre d'ambiance avait le don de lui mettre le cœur en fête. Une place, en temps de paix, où tous souriaient, et partageaient un moment de détente, de joie…

« … »

'Et ce serait parfaaaaait, pour danser…'

Une voix rustre l'interrompit dans ses pensées.

« Tu rêvasses encore, mon petit ? »

L'Héritier Royal bondit, manquant de tomber en voyant le visage barré de cicatrices juste en face de lui – puis tira une grimace princière.

« Aaaaahhh ! Ne surgis pas comme ça, Brady, j'ai cru qu'on voulait m'agresser… oh, wouah wouah ! Quelle allure ! Tu veux attirer toutes les filles avec une tenue comme ça ? Eh bien, tu pourrais presque avoir du succès pendant un rencard… »

« CRETIN ! Je suis pas COMME TOI, moi ! Et change pas de sujet ! »

Une baguette de chef d'orchestre lui arriva en plein front.

« Aïe. »

Le Maestro avait la manie d'envoyer des objets sur la tête de quiconque l'exaspérait un peu trop. Inutile de dire qu'Íñigo en faisait souvent les frais. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de lui vouer une grande affection.

« Laisse-moi deviner : tu rêves de danser, n'est-ce pas ? »

Le jeune Prince le savait – combien de fois, combien de jours et d'heures, lui avait-il parlé de ses rêves, de ses aspirations ? Ils étaient des frères d'arme qu'un même amour pour l'art réunissait.

« Je suis… jaloux, Brady. Te voilà devenu le Maestro du Royaume… et moi, je dois t'écouter, au lieu de danser sur tes musiques ! »

« Patience, Íñigo. Ton tour viendra bientôt. Les gens commencent à parler de toi, tu sais ? Mais il faudrait, pour ça, que tu paraisses sur scène. Et non que tu te contentes de danser tout seul dans ton coin. »

Brusquement un peu tendu, le jeune homme dansa nerveusement sur ses jambes.

« Tu sais, que… je… je suis timide, hein ! Et que… aïe. »

Le violoniste venait de lui donner un coup de poing sur la tête.

« Tsss. Et ça de la part du coureur de jupons le plus effréné du Royaume… enfin, tu n'es pas le fils d'Olivia pour rien. Bon, je te laisse. Je dois faire les dernières vérifications avec l'orchestre. »

« A plus, mon pote ! »

Alors que son ami disparaissait (et que des gens effrayés s'écartaient de son passage), Íñigo eut un sourire rêveur.

'Ça me rappelle vraiment la Fête de la Moisson… mais, à ce moment-là, on était tous ensemble. Gerome était avec moi, et m'avait dit…'

Gerome. Voilà, le problème. Où se trouvait donc cet abruti ? Cela faisait des lustres qu'il ne l'avait pas vu, et – bien qu'il eût avalé toutes les armes de la Caserne avant de l'avouer à quiconque – le puissant Chevalier Wyverne lui manquait.

C'est à se demander s'il existait encore…

« Monsieur ! Vous, là ! »

Le jeune Prince cligna des yeux – sortant de sa rêverie.

« Euh… moi ? »

« Oui, oui ! Vous, là. Cela vous dirait d'essayer le jeu de notre stand ? Si vous parvenez à toucher la cible au milieu… vous pourriez remporter nos fantastiques lots ici présents ! »

Son regard se porta sur les objets en question – avant de s'illuminer comme une nuée d'étoiles.

'Oh ! Luce adorerait ça… ce vêtement est si coloré ! Et Cynthia craquerait sur cette reproduction miniature de Chevalier Pégase… mais, cette peluche ! On dirait Minerva, la Wyverne de…'

Sans hésitation, le jeune homme se précipita au devant du stand. Ce fut alors qu'il remarqua les traits fins de la marchande.

« Mademoiselle, quelle grâce. Puis-je vous demander votre charmant nom ? »

« Hi hi hi… oh, arrêtez, Prince Íñigo. Vous dites ça à toutes les filles. »

Le Danseur eut à peine un air d'excuse.

« Ah, grillé. Vous m'avez reconnu ? »

« Qui ne vous connaît pas, mon Prince ? Et cette Fête se tient en votre honneur, aussi. Votre Protecteur n'est pas encore avec vous ? »

'C'est plutôt lui qui n'est pas encore avec moi…'

Íñigo choisit de changer élégamment de sujet – continuant à sourire.

« Alors, puisque vous me connaissez… vous ne seriez pas contre une petite tasse de thé avec moi, hum ? »

Ce fut alors qu'un souffle de Dragon manqua de le faire tomber à la renverse (laissant intact, comme par hasard, tout le monde autour de lui et le stand). Lorsqu'il osa tourner un œil vers son agresseur, son cœur manqua de lâcher sur le champ : la jeune Manekete Nah – sous sa forme de Dragon – l'observait férocement, prête à refermer ses mâchoires sur lui.

« Je vois que vous ne changerez jamais. Je vais devoir vous manger pour que vous compreniez votre leçon. »

La voix dragonesque retentissait, gutturale sous sa forme transformée. Íñigo rampa sur le sol, couinant comme une souris piégée (et tant pis pour les filles autour ainsi que sa masculinité bafouée).

« Hiiiiiiiiiii ! Nan, je vous en prie, je suis trop jeune pour être mangé ! Je vous le promets, je le referai pluuuuuuuuuuuss ! »

« Je ne puis vous croire. Vous m'aviez promis la même chose la dernière fois. A présent il faut payer. Préférez-vous être consommé cru ou avec assaisonnement ? »

Alors que le jeune Danseur s'apprêtait à servir de repas pour un Dragon, une Héroïne intervint, se positionnant entre lui et son tortionnaire.

« Tu es vraiment puérile, Nah ! S'il veut se prendre des râteaux de la part de toutes les filles d'Ylisse, c'est son affaire ! De quel droit l'en empêches-tu ?! »

« Mais c'est l'hôpital qui se moque de la charité. Vous l'encouragez dans cette voie, Cynthia ?! »

Les mâchoires de la Manekete claquaient férocement, mais la jeune Chevalier Pégase ne reculait pas d'un pas.

'Cynthiaaaaaaaaaa ! Mon héroooooïneeee !'

« Alors, laisse-moi monter sur ta tête, et on verra si je change d'avis ! J'en rêve depuis des lustres… »

Íñigo s'affaissa par terre.

'Oublie ce que j'ai pensé. Je suis vraiment seul au monde…'

« Il n'en est pas question, Cynthia ! »

« Roooooohhh, alleeeeeeeeezzz ! Fais pas ta gamine ! »

Le centre de l'affaire leva timidement un doigt, toujours assis par terre.

« Hé, les filles, je suis là, au cas où vous l'auriez oublié… »

Peine perdue. Les jeunes femmes l'avaient complètement sorti de leur esprit. Bon, bah autant en profiter. Mais, alors qu'il s'apprêtait à filer en douce, une pointe de flèche le regarda droit dans les yeux.

« Hiiiiiiiiiiiiiiiiii ! »

« Ne bouge pas, Íñigo. »

Une jeune Archère à l'air timide tenait son arme à la main – et une flèche pointée directement sur lui.

« Noire ?! Mais que… ! »

« Je tiens les hyènes à distance. Ne t'inquiète pas, et ne fais pas attention à moi. »

Íñigo parvint presque à avoir l'air blasé (Mon Dieu, quel spectacle donnaient-ils, devant tout ce monde ?!)

« Ce serait plus facile si vous ne pointiez pas votre flèche droit sur moi… »

« Je dois assurer ta protection. C'est pour ton bien, tu sais. »

Il sourit nerveusement à la flèche encochée.

« Essayez de… ne pas me tuer, en même temps, hein ? »

Le visage de la douce Archère se changea en un démon de furie.

« INSOLENT ! ABRUTI ! TU OSES DISCUTER MES INITIATIVES ?! »

« Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! »

La 'transformation' de leur camarade fut aussi brusque que terrifiante. Pour la millième fois depuis la soirée, le Prince couina (fort peu virilement) et se réfugia derrière la marchande qu'il avait – malencontreusement – tenté de séduire.

« P-Prince… Íñigo ! Mon… mari risque de mal l'interpréter, et… »

« Oh attends mon gaillard ! Prince ou pas, personne touche à ma femme et… ! »

C'était la pagaille la plus absolue. Tout le monde riait et criait tout à la fois, et sur n'importe qui. Alors que l'Héritier sentait ses oreilles bourdonner (alors qu'il tentait d'apaiser un mari en furie), son ouïe capta l'arrivée de personnes connues. Et, par un miracle du Saint-Esprit, ces dernières calmèrent les protagonistes du conflit. Le jeune Prince entendit même vaguement des déclarations d'amitié et d'amour voler à côté de lui…

(« Yarne ?! »)

(« Nah ! Je veux devenir… ton Protecteur ! »)

(« Oh... voilà un vrai gentleman… »)

Ou encore :

(« S-Se… Severa ? »)

(« Noire, je t'attendais depuis deux minutes ! Gagne-moi ce bijou-là, et vite ! Je peux quand même pas porter celui d'Íñigo pour la Fête des Protecteurs ! »)

Quand retentit…

Ding, ding, ding !

La Cloche des Dix Heures.

Íñigo en oublia tous ses soucis, avant d'agripper rapidement la manche de sa meilleure amie.

« Vite, Cynthia, viens avec moi ! »

Prise de court, la Chevalière Pégase trébucha lourdement – l'entraînant avec elle dans sa chute. Mais ils se relevèrent tous les deux promptement.

« Quoi, quoi, quoi ? »

« J'ai toujours pas trouvé l'auteur de la Lettre Vassalique… Luce va me tuer ! La Cérémonie a déjà bien commencé ! J'ai jusqu'à ce soir, à minuit ! »

Sous le regard étonné de la foule et l'absence de réaction de leurs camarades (ils étaient bien trop occupés à être émus), les deux amis filèrent en catimini. Si appliqués étaient-ils dans leur fuite qu'ils négligèrent l'essentiel – à savoir, regarder devant eux – et pénétrèrent dans l'ombre d'un grand stand…

« Dis, Íñigo, tu es sûr que… »

« Bien sûr que oui ! »

Cynthia le regarda d'un air inquiet.

« …qu'on a le droit d'aller ici ? Ça ressemble à un stand… »

« Hein ? »

C'est alors qu'un hurlement grossier accueillit les deux aventuriers, manquant de les faire couiner de terreur.

« Oh, pas de ça, mes petits ! »

« AAAAHHHH ! Un bandit ! Un band-… ! »

Les deux amis se retrouvèrent brusquement face à un visage barré d'une cicatrice. Des yeux terrifiants regardaient droit au fond d'eux. Ce fut alors qu'ils réalisèrent leur méprise.

« Oups, pardon, Brady. »

Un hurlement exaspéré fit tinter leurs oreilles.

« ABRUTI ! Je prépare la musique de TON festival, Íñigo, et tout ce que tu trouves à faire, c'est de me prendre pour un BANDIT ?! Prends ce macaron dans la figure ! »

Le Prince reçut le gâteau dans la figure, mais la friandise fut réceptionnée par la Chevalière Pégase, qui l'engloutit sur le champ.

« Miam miam slurp ! Délicieux, c'est toi qui l'as fait ? »

« Hééé ! C'est sur moi qu'il l'a lancé, c'est moi qui devais le manger ! »

Un déluge de macarons les assomma sans répit. Íñigo soupçonnait qu'il y avait quelques pupitres et quelques baguettes de chef d'orchestre dans le tas – mais on ne pouvait jurer de rien.

« Aïe. »

Le Maestro gesticula comme s'il voulait leur coller un macaron dans la figure – mais peut-être y renonça-t-il de peur ce dernier disparaisse dans leur estomac.

« Vous avez fini, bande de comiques ?! J'ai pas que ça à faire, de faire la nounou pour des attardés mentaux ! Grrr, pourquoi vous allez embêter le vieux Brady, hein ?! »

« En fait… j'ai… un gros problème… »

Les traits rustres du Vicaire s'adoucirent soudainement.

« Qu'est-ce qui se passe ? T'es blessé ? Quelqu'un t'a agressé ? Ou insulté ? Si c'est le cas, dis-moi qui c'est, je lui referai le portrait et… »

« Je n'ai pas trouvé mon Chevalier Protecteur. »

Cette fois, le regard que lui darda le Maestro lui fit vraiment peur.

« Íñigo. »

« V-voui ? »

Cynthia se cacha derrière lui, pour éviter de voir la tête de leur ami.

'Et pourquoi je dois me coltiner ça, MOI ?'

« Tu viens plusieurs fois me déranger, alors que j'prépare un concert important, pour savoir où est ton Protecteur. Alors que t'avais au moins des semaines pour y songer, au lieu de faire chier le monde tout le temps. Mais voilà ce que j'te suggère. »

Íñigo sourit angéliquement.

« Merci Brady, je savais que je pouvais compter sur ton aid-… »

« Tu te creuses les méninges, et tu me laisses en paix ! »

Un déluge d'objets non identifiés le poussa hors de son champ de vision, tombant dans un fatras de projectiles exaspérés. Le Prince culbuta lourdement sur le tas, accompagné de son amie qui trébucha sur lui.

'Nous voilà un beau ramassis d'imbéciles…'

« Foutu caractère… »

Il se frotta le crâne meurtri.

« En même temps, on l'a quand même dérangé pendant son concert… attends, tu crois qu'il m'en veut parce que j'ai marché sur son archet l'autre jour ? »

« Ah, ceci explique cela. »

Une partition lui arriva sur la tête.

« Aïe. »

« JE VOUS AI ENTENDU, BANDE DE RUSTRES ! »

Alors qu'ils s'apprêtaient à déguerpir, la voix de leur ami retentit encore – avec une tonalité toujours exaspérée, mais quelque peu radoucie.

« Íñigo, celui que tu cherches n'est pas loin de toi ! Alors ARRÊTE de te prendre la tête, et magne-toi pour le trouver ! Tu sais bien qu'il est PAS du genre à exprimer ses sentiments ouvertement… »

'Celui ? Il ? C'est donc…'

Soudain, sa stature entière se figea comme une statue de stupeur – et ses mâchoires tombèrent de choc.

« Oh mon Dieu. »

'Je peux mourir après avoir vu ça.'

Son Aînée Lucina – magnifique dans sa Robe de Princesse Guerrière – marchait gracieusement, Falchion se balançant harmonieusement dans un fourreau ciselé. A sa droite, lié à elle comme dans un serment proféré – se tenait Laurent, majestueusement calme dans sa tenue de Mage Royal. Plus important : l'Objet Vassalique – un Diadème divisé en deux parties – parait la tête de sa sœur et le cou de leur ami.

« Bonsoir, mon frère. Quelle belle soirée, ne trouvez-vous point ? »

A sa gauche, Tiki observait la scène – souriant doucement. Pour en être le Guide attitré de la Princesse, elle n'en profitait pas moins de sa compagnie en ce temps de réjouissances.

« Je vous présente mon Protecteur, Laurent. Chef des Mages Royaux, Grand Administrateur Royal et occasionnellement mon médecin. Mais je suppose que vous avez déjà été présentés. »

Le nouveau Mage Protecteur le salua en inclinant son chapeau.

« Bonsoir, Prince Íñigo. C'est un honneur. »

« … »

Quand le Cadet parvint à retrouver l'usage de la parole, ce fut pour balbutier.

« M-mais… tu avais dit… que c'était Gerome qui… »

L'Aînée ne put s'empêcher de sourire finement. Elle regarda l'Administrateur Royal, qui, à côté d'elle, partageait son amusement.

« Je n'ai jamais dit que Gerome serait mon Protecteur. J'ai énormément de respect pour lui. Son talent et sa perspicacité ne sont plus à prouver. Mais je pense qu'il devrait protéger quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui a besoin de lui, plus que moi. »

La curiosité piqua au vif le jeune homme.

« Qui donc ? »

Bien que la Cérémonie des Protecteurs tournât autour des Jumeaux de la Sainte Lignée, elle ne concernait pas que les rejetons royaux : de nombreuses personnes – si elles le désiraient – pouvaient y participer et se lier à un Chevalier. D'où la pertinence de cette question.

« Oh, mon frère. Cela vous est donc si difficile de le deviner ? Votre Protecteur vous recherche depuis longtemps. Il s'agit de… »

Alors qu'Íñigo s'apprêtait à être délivré d'un grand poids, les yeux de Lucina s'agrandirent sous le choc – en voyant la scène à côté.

« Non, Cynthia, NON ! »

Cette dernière venait d'engloutir de magnifiques fruits devant un stand – sous le regard amusé du marchand. Le jus de pêche barbouillait sa figure juvénile.

« Vous ne pouvez pas vous servir comme ça, et… oh, diantre, mais quand se comportera-t-elle comme une adulte ?! »

« Mais, j'ai payé, Lucina ! »

« Encore heureux ! Mais cela ne signifie guère que vous devez manger comme une enfant ! »

S'ensuivit un sermon que le Cadet préféra fuir (et qui lui rappelait vaguement le temps de leur enfance, où c'était lui qui en était la cible).

Il se retrouva bientôt seul, face aux passants qui se dispersaient.

'Je me retrouve le SEUL sans Protecteur maintenant…'

« Bon, bah, il ne me reste plus qu'à partir vers la forêt, pour trouver Aversa. Avec un peu de chance, j'y arriverai avant minuit… »

Un souffle de dragon – et une ombre surgit devant lui. Noire comme la mort qui annonce son échéance, ses ténèbres ne firent pourtant que protéger Íñigo.

« Hiiiiii ! »

Ce qui ne l'empêcha guère de couiner, faiblement, comme un chaton surpris. Autant pour la démonstration de virilité : ce soir serait la déchéance de sa masculinité…

« Je m'y oppose. »

Un masque sombre le regardait, inexpressif.

« Gerome ! »

Enfin. Il était là. Pourtant – malgré les yeux masqués de son ami – le Prince put sentir qu'il était mécontent.

« Je… »

« Il n'est pas question que tu t'éloignes des environs. Malgré l'ambiance festive, le danger n'est jamais loin, particulièrement pour un homme de sang royal. Les Chasseurs de Têtes rôdent toujours. »

Le jeune Danseur n'avait cure de ces mots. Tout ce qui comptait, c'était celui qui se trouvait devant lui, ainsi que toutes les questions qu'il avait pour lui.

« Ah, tu tombes bien, Môssieur. Alors, comme ça, tu es encore vivant ? Pour un peu, je m'étais dit que Minerva t'avait dévoré. Tu sais que je t'ai attendu longtemps ? »

« … »

Le masque le fixait, sans mot dire. Íñigo enchaînait, sans pouvoir se contenir.

« Il y a un truc que tu dois me dire. Pourquoi n'as-tu pas choisi Lucina comme Protégée ? »

« … »

Devant l'éternel silence, l'Héritier explosa soudainement.

« C'est pas la peine de me faire ton silence à deux balles, cette fois, je te laisserai pas t'en tirer comme ça ! Tu t'entends bien pourtant avec elle, vous êtes sur la même longueur, à parler de trucs rasoirs comme les conseils de guerre ou la stratégie… »

« … »

« Attends… ne me dis pas que même ma sœur n'est pas assez bien pour toi ?! »

Íñigo se sentait blessé : que lui ne puisse prétendre aux services du mystérieux mais talentueux Chevalier Wyverne, c'était légitime quand on savait qu'il n'était que le Cadet de la Sainte Lignée. Malgré toute son côté désinvolte, il était assez lucide sur lui-même, et connaissait bien son absence de don pour mener une armée ou gérer un pays (et Gerome avait toujours bien fait savoir – pour le peu de mots qu'il usait – qu'il n'avait d'intérêt que pour la bonne marche des choses : ni plus ni moins.) Aussi, Íñigo ne se faisait guère d'illusion quant à ses chances d'être choisi par lui…

« … »

Néanmoins, il pensait sincèrement que Lucina serait assez qualifiée. Il n'y avait pas meilleur dirigeant qu'elle. Ni de meilleure personne. Si quelqu'un pouvait rassembler les cœurs sous une même cause, c'était bien elle. Et, secrètement, il avait souhaité que l'obscur Chevalier Wyverne se lie à leur famille – et reste avec lui, par la même occasion. Malheureusement, ce dernier n'avait pas dû perdre ses velléités d'indépendance…

« Pourquoi… »

« Íñigo. »

Ce dernier sursauta devant cette soudaine prise de parole : plus encore, lorsque son 'interlocuteur' s'avança vers lui, poursuivant.

« Une guerrière comme elle n'a pas besoin de protection. En revanche… »

« Quoi ? »

Les yeux inexpressifs du masque le contemplèrent.

« …en revanche, toi, oui. »

'Merci. Ça, c'est Gerome pour vous, rabat-joie devant l'Eternel.'

Les orbes noisette du Prince s'élargirent – sous l'effet de la colère.

« Dis tout de suite que je suis faible ! Non mais, parce que Môssieur a de gros muscles, un masque, et une dizaine de femmes qui chantent ses louanges, il croit qu'il peut… »

« Tes capacités au combat sont décentes, mais contrairement à elle, tu es crédule et influençable. De plus, ta tendance à la légèreté et à l'irresponsabilité t'attire autant d'ennuis qu'elle t'éloigne les femmes. En tant que Descendant des Serviteurs de la Maison d'Ylisse, il est de mon devoir d'empêcher un de ses Princes de courir à sa perte. »

La colère commençait à faire rage, dans le cœur du jeune Danseur. Il s'apprêta à lancer une répartie bien cinglante – lorsqu'il réalisa la portée des paroles de son interlocuteur.

« Attends, tu… t-tu… tu veux devenir… le Protecteur du Prince Cadet ?! »

« Qui d'autre le pourrait ? »

Íñigo ne savait pas s'il devait se sentir profondément vexé, ou sincèrement touché. Il choisit une alternative entre les deux – c'est-à-dire, de rougir de colère et d'embarras.

« Tu es vraiment… ! »

« Être ton Protecteur ne consiste pas qu'à te protéger des lames, mais également de tes faiblesses. Je pense être le plus qualifié pour remplir cette tâche. »

Plus le Chevalier Wyverne parlait, plus Íñigo sentait la moutarde lui monter au nez. Gerome n'avait pas son pareil pour l'énerver (même si pour certains, la réciproque était également vraie).

« Et mon avis, dans tout ça ? »

Alors que les orbes noisette le foudroyaient de leur rage, le masque emportait le secret de ses sentiments pour lui.

« Ce soir, je le saurai, Íñigo. Si je suis celui qui te convient… »

Celui qui restera à tes côtés jusqu'à la mort.

A minuit, lorsque sonne la Cloche des Douze Heures, le Protégé choisit son Prétendant parmi tous les autres…

D'embarras – mais aussi d'émotion – le jeune Danseur lança vertement.

« Et il ne t'est peut-être pas venu à l'esprit, que j'avais en tête quelqu'un d'autre ? Quelqu'un d'un peu plus gentil, sociable et empathique que toi, peut-être ?! »

« … »

De nouveau, ce silence. L'éternel silence qui les avait rassemblés, pour la première fois, lorsqu'Íñigo avait pris la décision de fraterniser avec l'obscur Chevalier Wyverne – pour se faire allégrement rejeter. Il se souvenait de ce temps : sombre époque, où ils étaient encore loin l'un de l'autre… les choses avaient changé depuis – quoique.

Alors le Cadet murmura, plus doucement.

« Pourquoi n'es-tu pas venu, hier soir ? »

Je t'attendais près du Lac de la Lune.

Les orbes masqués restaient impénétrables.

« J'avais à faire. »

'C'est bien ce que je pensais. Rien n'a changé. Je ne suis qu'un boulet pour lui… autant que je le laisse. Il est bien mieux sans moi…'

Des larmes humidifiant ses yeux, le Prince tourna brusquement talon.

« Où vas-tu ? »

« Me promener. J'ai besoin d'être seul. »

Mais le Chevalier Wyverne lui barra le passage.

« C'est impossible. Avec la Fête des Chevaliers Protecteurs, ta sécurité est beaucoup plus relative. Tu ne peux pas errer sans compagnie. Attends, ne me dis pas que tu comptes aller en ville pour draguer les fill-… »

« Et si c'était le cas ?! Tu m'en empêcherais ?! »

Une main musclée le secoua, l'empêchant de s'échapper.

« Mais, bon sang ! Es-tu inconscient, ou stupide… ! »

« En tant que Prince d'Ylisse, je t'ordonne de me lâcher ! »

Íñigo avait hurlé – bien plus fort qu'il ne l'eût souhaité. Surpris tout d'abord, Gerome s'était contenté de le fixer, toujours étonnamment inexpressif à travers le masque.

Tout le monde s'était arrêté, les regardant.

« Est-ce un ordre, Votre Altesse ? »

« … »

« C'est bien ce que je pensais. Tu es puérile et capricieux. Tu ne cesses d'agir sur des coups de tête et tes propres désirs ne te causent qu'indécision. Tu me fais perdre mon temps... »

Cette fois, c'en fut trop. Les larmes jaillirent de ses orbes noisette – et il s'enfuit vivement, comme pour ne plus jamais le voir.

'Je suis… je ne suis vraiment qu'un boulet pour lui. Je ne sers à rien… ni à personne…'

« Íñigo… ! Tu… »

« Laisse-moi ! »

Il força le passage à travers la foule, sans regarder quiconque.


Loin du Palais Royal.

Soirée avancée.

Plus tard.


Un Chant de Douceur…

Ses yeux larmoyèrent, sa gorge hoqueta.

telles les Larmes du Chrysanthème.

Il renifla – désormais seul dans la nuit.

« J'ai été stupide… mais pourquoi, pourquoi, faut-il toujours qu'il me parle comme ça ?! »

La clairière s'étendait à perte de vue – solitaire comme son cœur, qui criait face à la Lune. Et lui, était seul comme peut l'être un homme rejeté.

« … »

'Bon… il n'y a personne. Puisque je suis seul… je peux sans crainte…'

Íñigo aimait danser – mais ce n'était pas la seule passion qu'il ait héritée de sa mère. Cœur de Rose ne charmait pas seulement ses spectateurs avec ses danses merveilleuses : sa voix pouvait subjuguer les anges, et asservir les démons. Et lui – Nacre de Chrysanthème – était bien le fils de cette artiste timide, mais si talentueuse.

« Les Larmes du Chrysanthème

Racontent l'histoire d'une âme

Qui cherchait sa sœur, dans la nuit… »

Il dansa sur un pas : léger comme la clarté, magnifique comme la Lune. Un secret de soleil, qui, dans la nuit, devenait astre de désir et de mystère. Sa voix parla aux étoiles, et devint filante devant la valse qu'il dessinait : vœu irréalisé, mais rêveur, d'un chrysanthème qui vivait la joie et contait le sourire.

Je suis la Nacre qui chante et le Chrysanthème qui danse.

Même Gerome – et Minerva, sa Wyverne – ne lui connaissait pas ce talent…

« La Nacre de mon cœur

Chante avec toi, mon amie.

Es-tu là, dans la nuit, en mon âme ? »

La ressemblance avec Olivia, la Légendaire Danseuse Cœur de Rose, devenait plus flagrante dans ces instants de vulnérable douceur…

« Hé, mais y'a quelqu'un là-bas ! »

Il s'arrêta soudainement – comme pétrifié. Repéré – il venait d'être repéré. Il voulut plonger, se cacher dans un fourré ou une cascade – avant de réaliser qu'il se trouvait dans une clairière, sans la moindre cachette.

Fait comme un Prince.

« Eh, ramenez-vous ! On va voir qui c'est ! »

'Oh, mince, du monde ! Et j'ai toujours des larmes aux yeux…'

Íñigo essaya de s'essuyer les yeux, hâtivement, mais ne put qu'enlever vaguement les traces d'eau. Entretemps, les individus qui l'avaient aperçu venaient d'arriver à côté de lui.

« Bonsoir, on se promène ? »

Il y avait quelque chose, dans ce ton, qui eût alerté les oreilles du jeune Mercenaire – s'il n'avait pas été si secoué. Au lieu de cela, il essaya de cacher son expression – inattentif à celles, autrement plus dangereuses, de ses interlocuteurs.

« Euh… je peux quelque chose pour vous ? »

Íñigo espérait que le clair de lune ne dévoilait pas trop son visage… ça le faisait pas trop, de pleurer devant les autres ! Aussi fut-il pris de court lorsqu'il entendit la suite.

« Tu danses merveilleusement, et tu chantes divinement bien... oh, mais tu es un garçon ! »

Les yeux du jeune Prince s'élargirent vivement – signe de choc et d'embarras.

'AAAAAAAAHHHHH ! Ils m'ont vraiment vu ! C'est trop la honteuuuuuuhhh !'

« … »

Incapable de dire quoi que ce soit, il rougit profondément. Mais les autres ne firent que rire, devant sa gêne croissante.

« Ha ha ha… ne sois pas si timide. C'en est presque mignon… »

« L-laissez-moi ! C-c'est… ! »

Un autre intervint, l'air pensif.

« Je ne pensais pas qu'il existait des Danseurs masculins. Le Royaume d'Ylisse peut se vanter d'abriter des spécimens intéressants. On a bien fait de passer par là, non ? Avec la Fête des Protecteurs… »

Un de ses camarades renchérit.

« Même si c'est un homme, il est très doué. Et il a une belle silhouette… plus un joli visage. Il a le profil parfait. »

Parmi toutes les Classes possibles, les plus rares étaient ceux qui dansaient. Une très bonne Danseuse, capable d'inspirer la joie et de remonter le moral des troupes, valait son pesant d'or : d'où la célébrité de sa mère, la grande Cœur de Rose. Quant aux Danseurs masculins, ils étaient encore plus rares – sinon complètement inexistants. Íñigo savait cela, mais ne s'était jamais considéré comme un oiseau rare. Cette opinion devait changer à partir de ce moment.

« Dis donc, toi… tu pourrais devenir un Courtisan du Royaume Sombre. »

Le Royaume Sombre. Une cité perdue dans une terre inhospitalière, qui avait rassemblé de rares mais tenaces ennemis à la paix d'Ylisse et à la bonté de Lucina. L'on racontait qu'ils étaient aussi féroces que talentueux – plus féroce que Ferox, plus talentueux que Plegia même. Ils étaient issus des ténèbres qu'ils s'efforçaient de ramener sur le continent, et habitaient les enfers qu'ils voulaient ressusciter.

Le jeune Prince sentit son sang se glacer.

« Désolé, mais mon peuple a besoin de moi. Et je ne laisserai pas Lucina, ni tous les autres, seuls. »

Au moment où il prononça ces mots, Íñigo comprit qu'il avait commis une grave erreur.

« Mais c'est qu'il est dans les petits papiers avec la Princesse, dis donc… 'Lucina'… tu es issu des Nobles, ou de la Royauté, donc ? »

« NON ! PAS DU TOUT ! Je veux dire, euh… je ne vois pas de quoi vous parlez… »

Pas dupe de sa pitoyable tentative de tromperie, le groupe se rapprocha, l'examinant de plus près. L'un deux – un connaisseur sans doute – l'observa avec attention.

« Je crois qu'on a tapé dans le mille. Regarde ces cheveux bleutés. Et… dans son œil droit… mais c'est la marque de la Sainte Lignée ! »

Tout d'un coup, les individus le fixèrent avec une intensité démesurée.

« C'est le Prince Íñigo. La Lame Nacrée, celui qui porte le sabre 'Nacre de Chrysanthème'. On dit qu'il n'a pas son pareil pour la danse et le chant, et qu'il excelle au combat aussi. Il a participé au Combat Légendaire contre le Dragon Déchu avec sa Jumelle, la Lame Blanche. »

Le jeune Danseur déglutit difficilement.

« Euh… merci, merci, merci. Et… maintenant qu'on a fait les présentations… est-ce que je peux m'en all-… »

« Un Héritier de la Maison Royale. Le Cadet des Jumeaux de la Sainte Lignée. Tu vaux cher, Votre Altesse. »

Un gars à la mine patibulaire posa sa main sur son bras droit.

'Euuuh… à l'aide ?'

« Bon, maintenant qu'on a bien parlé… je peux m'en aller ? On m'attend à la maison… »

« Non. »

Le groupe se resserra autour de lui, formant un étau implacable.

« Héééééé… ça, c'est pas très cool, les mecs. Ça vous dérangerait de laisser vos doléances à l'Administrateur Royal ? Je suis sûr que Laurent se ferait un plaisir de… »

« Capturez-le ! »

'…de vous foudroyer avec son Tome de Foudre, et moi de vous donner une bonne correction… SI J'AVAIS MA LAME ! ARGH !'

Le Prince bondit, ses instincts guerriers reprenant le dessus.

« Et n'oubliez pas : il le faut vivant, et indemne ! »

'Bah encore heureux, bande de tarés ! Non mais, on est censé être en temps de paix, et puis… oh zut !'

D'un geste aussi vif que gracieux, le jeune Danseur s'empara d'une lame, la faisant glisser du fourreau de l'un de ses ennemis.

« Technique Danse de Nacre ! »

Un éclat nacré illumina le soir, éblouissant momentanément ses adversaires. Mais Íñigo jura, devant l'effet à moitié réussi de sa Technique Secrète.

« Quelle lame bidon… aucun raffinement, aucune grâce… chuis sûr que ma Technique a perdu en efficacité à cause de ça… »

Heureusement, cela avait suffi à faire reculer ses ennemis.

« Ce gars n'est pas une plaisanterie, en combat. Aux grands maux… les grands remèdes ! »

'Les… grands remèdes ?'

Pointant la lame avec une grâce renouvelée, le jeune homme se positionna comme pour combattre et danser tout à la fois.

« Les mecs, j'ai vraiment pas envie de rigoler. Déguerpissez, avant que je m'énerve. »

« Tant pis. Amène-la. Il vaut mieux l'avoir lui qu'elle. Il a beaucoup plus de valeur… »

« Qu'est-ce que… oh, non. »

Les bandits avaient amené une jeune femme – probablement une de leurs acquisitions, songea Íñigo avec amertume. Et leurs intentions étaient claires – à en juger par le couteau pointé sur son cou.

« Si tu ne te rends pas gentiment, elle paiera pour toi. Tu ne voudrais pas qu'un de tes sujets ne meure pas ta faute, Votre Altesse ? »

Le Danseur grimaça, mais s'efforça de sourire pour garder son calme.

'Merde, je DETESTE quand les bandits sont intelligents.'

« Okay, okay, on se calme, les gars. Si je pose mon épée doucement sur le sol… vous allez laisser cette jolie villageoise tranquille ? »

« Non, mon Prince ! Ils veulent vous piéger. Ne les écoutez pas ! De toute façon ils projetaient de… AAAHHH ! »

« Ferme-la, toi ! »

Devant la brutalité des bandits, le jeune homme hoqueta de rage – mais sourit à l'infortunée.

« Ne t'inquiète pas, chérie. Je suis Íñigo, Prince Cadet de la Sainte Lignée et futur grand Danseur devant l'Eternel, increvable étalon qui sert les belles damoiselles en détresse ! »

'…et je suis dans la merde, aussi.'

Comme pour prouver ses bonnes intentions, il laissa glisser son épée sur le sol, et s'avança, les bras levés. Aussitôt, un choc l'étourdit – et il s'écroula par terre.

« ABRUTI ! Ne le frappe pas, il le faut en un seul morceau ! »

Une main tâta le pouls du jeune homme inconscient, vérifiant une quelconque blessure sur sa tête.

« Ça va. Il est juste sonné, pas blessé. Attache-le solidement mais ne l'endommage pas. Et emmène la femme avec les autres. Si on parvient à le vendre aux Souverains du Royaume Sombre, on en tirera un très bon prix. Ils recherchent des Courtisans et des Mercenaires de haute qualité. Sans compter que celui-ci est le Prince d'un Royaume adverse. Et, au pire, on pourra toujours le rançonner pour son propre Royaume… »

Une voix glaciale les interrompit.

« Je ne crois pas. »

Le ton était si sinistre, que même ces bandits rompus à la plus vile des ignominies tremblèrent inconsciemment.

« Q-qui… q-qui es-tu ?! »

C'était la mort qui s'avançait vers eux. Un Chevalier au Dragon, plus profond que l'obscurité ambiante, plus terrible que les ténèbres qui les envahissaient. Sa Lance Loup Solitaire étincela d'une lueur écarlate – signe du carnage qui se préparait.

« Vous n'avez pas besoin de le savoir. Les cadavres… ne parlent pas. »

« Que… que… »

La vision était effroyable : un homme imposant, vêtu de noir, au masque sombre comme la mort.

Íñigo. Lorsque je porte mon Masque Noir, c'est pour tuer.

Ne le porte jamais, alors.

« Vous avez attaqué mon Prince. »

A côté de lui, un dragon crachait les ténèbres de leur colère...

Je ne peux rien te promettre. Si Lucina ou toi deviez être en danger, je suis prêt à devenir un démon.

Ni elle ni moi ne voulons que tu en deviennes un. Et quelqu'un comme moi… ne le mérite pas. Je préfère encore… que tu me détestes. Je ne suis qu'un écervelé, pleurnichard et loser avec les filles…

« Íñigo. »

Le sombre Chevalier Wyverne contempla la silhouette inconsciente, sur le sol. Qu'importât que son visage fût masqué : les sentiments qui y restaient cachés étaient plus puissants que jamais.

« Je suis le seul à décider de mes actions. En s'en prenant à toi, ces mécréants ont violé le Serment du Serviteur de la Famille Royale que je suis. Je ne leur pardonnerai jamais, quelque soit ta volonté. »

Le Masque Noir refléta la mort. Et cette dernière s'avança inexorablement vers les bandits.

« Mais par respect envers ta charité, je limiterai les dégâts dans mes assauts – autant que possible. »

Le bruit des lames tinta. Au plus profond de son inconscient, Íñigo pria…

'Gerome… je t'en prie…'