« De Fleur et d'Epée »

Lordess Ananda Teenorag


Titre : « De Fleur et d'Epée »

Auteur : Lordess Ananda Teenorag

Série : Fire Emblem Awakening

Genre : Epopée, Romance, Fantasy, Comique – Semi Alternate Universe.

Résumé : De fleur et d'épée – tel un chrysanthème à l'âme du désir, à la couleur de la passion. Une lame nacrée dont le cœur danse, en secret, le rythme des valses de la nuit. Lorsque se tient la Cérémonie des Protecteurs, le Prince Cadet Íñigo songe au plus mystérieux et distant des Chevaliers de l'Ombre.

Personnages principaux : Íñigo, Lucina, Gerome.

Personnages : Tiki, Laurent, Cynthia, Owain, Brady, Linfan, Kjelle, Severa, Noire, Yarne.

Pairings : Íñigo x Gerome, Lucina x Tiki et Lucina x Laurent.

Autres pairings : Owain x Cynthia, Nah x Yarne, Severa x Noire, Brady x Severa, Laurent x Noire, Tiki x Marth, Chrom x Olivia, Frederick x Zelcher.


Awakening V : De Fleur et d'Epée – vers notre Histoire


Palais d'Ylisse.

Chambre Royale.

Beaucoup plus tard.


Frou-frou…

« Il va bien. Une légère bosse à la tête, mais rien de grave. »

Robe de satin… noire, noire clarté.

'…'

« Si Gerome ne l'avait pas suivi… ça aurait pu être beaucoup plus grave. Lorsque les autres sont arrivés, les ennemis étaient déjà tous hors d'état de nuire. On reconnaît bien là sa marque… »

Voix qui chante, note qui danse…

'Je…'

« Cynthia a pu alerter Lucina rapidement, qui a pu dépêcher des troupes aux environs. Owain et Kjelle ont pu libérer les autres prisonniers, et appréhender toute la bande. »

Silence de cristal…

« Selon Laurent, il s'agit de 'Chasseurs de Têtes'. Ils ont dû apercevoir Íñigo lorsqu'il est parti loin du Palais. Et, naturellement, il a fallu que ça tombe sur lui… »

« Au moins, nous avons pu secourir ces malheureux. Ce sera grâce à lui, quelque part. »

Silence, silence, de cristal…

…les Danseuses saluent la tombée du soir.

'Où… suis-je ?'

Il reprit faiblement ses esprits. Les murs dansaient, dansaient…

Le Chrysanthème…

est la Fleur de la Joie.

Sa poitrine se gonfla.

Il se trouvait dans une pièce confortable, lumineuse : ornée de bleu, d'or et d'orange nacré. Des décorations de toutes sortes, des poupées joliment façonnées (ressemblant étrangement à des danseuses), des affiches de festivals et un portrait de ses parents l'entouraient, comme une aura familière et bienfaisante…

'Oh, mais… c'est… c'est ma chambre !'

« Gnnnnneuuhh… mon crâne. »

Il clignait des yeux, incapable de se concentrer. Le drap fin qui le recouvrait était bien celui qui le berçait chaque nuit, avec ses motifs de chevaliers et de dragons en fleur : et le lit portait son baldaquin royal aux rideaux colorés de lumière. Mais il était en plus couvert d'un peignoir royal qu'il ne se souvenait guère avoir enfilé… et ce… bandage… ?

'…'

Le jeune homme en était à ces réflexions, lorsqu'une tornade féminine déferla droit sur lui…

« Íñigoooooooooo ! »

…le plaquant sans ménagement sur le lit. Ce dernier grinça légèrement – mais son propriétaire subit plus de dommages.

« AOUCH ! Aïe, aïe, AÏEEEUUHHHH ! »

De douleur pure, le jeune homme hurla – des larmes perlant aux yeux. Sa tête tournoya, et tout devint flou autour de lui. La forme blanche devint encore plus vague, plus éthérique…

« Oups. Désolée, Íñigo ! Je n'ai pas fait exp-… »

Il tenta d'esquisser un sourire – en vain.

« Ouch, ouch… la prochaine fois, Cynthia, contente-toi de… crier de joie, hein ? »

Penaude, son amie recula un peu – toujours maladroitement. Le Prince cligna une nouvelle fois des yeux, toujours perdu.

« Qu'est-ce qui m'est… ? »

« Íñigo, on était tous très inquiets ! Ne refais plus jamais ça, j'avais cru que tu… tu… »

Sa voix se brisa, dans un sanglot. L'Héroïne… l'Héroïne de la Justice pleurait, sans la moindre retenue. Le Danseur sentit son cœur le déchirer : il tenta de poser la main sur l'épaule de son amie – mais en vain, à cause de la douleur.

« Cynthia… je… je suis désolé. Je… ne voulais pas te blesser… »

Alors que des yeux mouillés le fixaient, une voix dure résonna près d'eux.

« C'est pourtant ce à quoi vous devez vous attendre, lorsque vous mettez votre vie en danger. »

Ce n'était pas Cynthia. Cette dernière avait sursauté, comme Íñigo : et, dans l'entrebâillement de la lourde porte, une silhouette fine se découpait royalement dans la lumière du soir. Ses yeux bleus étincelaient de la lueur des Rois offensés.

« L-Lu… Lucina ? »

La Marque de la Sainte Lignée – dans l'œil gauche – reflétait l'Ombre de leur Histoire : comme jadis, lorsque feu le Grand Souverain Chrom, avait vu mourir Emmeryn la Pacifique, sous le rire satanique de Gangrel le Fou.

« Cynthia, sortez d'ici. Je dois parler avec mon frère. »

Cette dernière, effrayée par le ton sans nuance de leur dirigeant, s'enfuit sans demander son reste. Íñigo eût aimé pouvoir faire de même : mais, il avait déjà assez fui comme ça – et vu le résultat, mieux valait ne pas réitérer.

Il avait blessé tout le monde, avec ses caprices et ses bêtises…

« … »

La future Grande Dirigeante d'Ylisse s'assit sur le lit de son frère, mais lui tourna le dos – sans le regarder dans les yeux. Si le Cadet s'était senti mal devant le désarroi de Cynthia, ce ne fut rien en comparaison de ce qu'il dut endurer maintenant. Les mots qui suivirent furent comme un poignard dans son cœur.

« Íñigo, tu me déçois beaucoup. »

Il baissa les yeux. Rien d'autre n'était possible.

« Je… je sais, Lucina. »

Devant cette réponse, cette dernière explosa.

« 'Je sais' ? 'Je sais' ? C'est TOUT ce que tu trouves à dire ?! Tu aurais pu MOURIR, te faire ENLEVER, ou PIRE ENCORE ! A quoi bon remonter le temps, affronter une guerre, si c'est pour jeter sa vie comme ça et faire de la peine à tout le monde ?! Je ne te pensais pas si égoïste ! »

Des larmes coulèrent sur ses joues – il était incapable, incapable de les retenir. Toutes ces émotions… toutes ces incertitudes… c'était trop, c'était… trop. Adoucie par le désarroi de son Jumeau, la Maîtresse de la Sainte Lame baissa légèrement le ton.

« Qu'est-ce qu'il t'a pris, de quitter les alentours du Palais comme ça, sans prévenir ?! »

« Je… je cherchais… mon Protecteur, car… »

Un son mat résonna dans la pièce : c'était la protection de métal sur le bras de Lucina, qui avait heurté son front dans un mouvement d'exaspération pure.

'Luce… porte ça ?! Cela veut dire… qu'elle était prête à partir au combat, et… !'

« Mais, Íñigo… c'était évident pour tout le monde que Gerome voulait devenir ton Protecteur ! C'est lui qui t'a écrit cette Lettre Vassalique ! Tu ne l'as PAS reconnu ?! »

Il bégaya, pour se défendre.

« Mais, Cynthia ne savait pas non plus… et Owain disait… »

Lucina manqua de le frapper lui avec sa protection de métal.

« Mon dieu, tu te fies vraiment à leur avis pour ce genre de chose ?! »

Le Cadet se sentit soudainement stupide. C'est vrai, quelle personne saine d'esprit écouterait l'avis de Cynthia et d'Owain, à fortiori des deux réunis ? Non pas qu'il n'aimât pas sa meilleure amie et son cousin, mais de là à leur faire confiance pour leur jugement réaliste et éclairé…

« Tu connais Gerome aussi bien que moi – et peut-être mieux que moi, quelque part. Il n'est pas du genre à exprimer ses sentiments… écrire cette Lettre, c'était le moyen de te dire ce qu'il ressent, en gardant son masque. Je lui ai toujours dit d'être plus ouvert avec toi. Tu as besoin de marques d'affection… tu as toujours été comme ça, même depuis tout petit… »

Íñigo fit une grimace de bouderie enfantine – malgré lui.

« Oh, Luce, arrête ! On dirait nos parents ! »

Alors, pour la première fois depuis son entrée, la Princesse sourit – malgré elle. Elle se rapprocha de son petit frère, lui caressant paternellement les cheveux.

« Il faut bien que je m'occupe de toi… comme nos parents nous ont quittés. Mais, s'il te plaît, fais attention à toi. Tu as toujours dit que tu ne supporterais pas que je te quitte… tu sais que moi non plus, je ne le supporterais pas, que tu me quittes ? »

Il renifla doucement, acquiesçant.

« Tu étais inquiet… n'est-ce pas ? Tu n'étais pas sûr que Gerome veuille devenir ton Protecteur ? »

« Il… il a été absent si longtemps. J'avais peur que… »

Lucina soupira, comme vaincue par l'inconscience de son Cadet.

« Íñigo, c'est à cause de toi qu'il a été absent si longtemps. »

« Hein ? »

Elle leva un doigt réprobateur.

« Tu ne te souviens pas ? L'autre jour, à ce dîner, tu as déclaré, alors qu'on te demandait ce qui te ferait le plus plaisir : 'Eh bien, j'aimerais qu'on prépare une fête en mon honneur ! Mais toi, Gerome, qui détestes tout ce qui est joyeux et fun, je suis sûr que tu n'en serais pas capable !' »

« Mais… je disais ça comme ça, moi ! Je ne pensais pas qu'il me prendrait au sérieux… »

Il protestait : mais les yeux de sa sœur étaient encore plus profonds que le masque de Gerome (et c'était dire).

« Il te prend toujours au sérieux, Íñigo. Et c'est pourquoi il s'est attelé, d – avec l'aide de Laurent – à la Préparation de la Fête des Protecteurs. Rien que faire cette Lettre Vassalique lui a pris un temps monstre. Il a tout fait à la main. »

« … »

Ces révélations le laissaient sans voix : pour la première fois, il réalisa à quel point ses amis l'aimaient – à leur façon, de leur façon. Et il comprit que la confiance qu'il leur portait ne devait avoir d'égal…

…que la leur pour lui.

« Tu doutes trop de lui. Il est loyal et fidèle… et il te porte des sentiments plus forts que tu ne le penses. Enfin, c'est pour ça que chacun d'entre nous a un Protecteur. »

« Que veux-tu dire ? »

« Pour que nous restions dans le droit chemin, lorsque nos défauts nous en écartent. Moi, j'ai Laurent… car il sait m'inspirer la sagacité nécessaire pour gouverner et m'occuper des miens… et quant à toi, c'est… oh. »

La Princesse venait de dresser les oreilles, vive comme un chat : les membres de la Sainte Lignée semblaient avoir le don de percevoir la présence des leurs. Aussi se redressa-t-elle, laissant son jeune frère.

« Je crois que ton… enfin, qu'il vient te voir. »

« Qui ça ? »

Devant la question si naïve, la jeune femme prit congé de lui, avec un sourire entendu.

« Je vous laisse, mon frère. »

Elle ouvrit la porte royalement – et dégagea tout aussi royalement un Chevalier Pégase qui regardait par le trou de la serrure.

« Cynthia, ce n'est pas la peine d'espionner. Vous attendrez dehors, et loin de cette porte. »

Cette dernière couina de protestation (et un petit peu de douleur), mais Lucina l'agrippa sans ménagement par le col. Leurs voix se dispersèrent, dans les halls royaux.

(« Mais, Lucina, je veux les voir quand… »)

(« Il suffit, Cynthia ! Vous ne savez donc jamais quand il faut se retirer ? »)

Très perplexe, le Cadet de la Sainte Lignée écouta les bruits de pas diminuer.

« …euh… au revoir ? »

Toc toc.

Le bruit. Cette façon de s'annoncer. Ce ne pouvait être que…

« …e-entrez. »

'…Lui.'

Une silhouette puissante se découpa devant la porte. Soudainement, Íñigo sentit sa gorge devenir sèche.

« Mon Prince. »

Le ton était froid, sans émotion – tout comme à l'ordinaire.

'Ça y est, il me déteste ! Je suis vraiment le dernier des imbéciles… !'

Mais, alors qu'il s'apprêtait à fuir le regard inexpressif en prenant ses jambes à son cou, le Chevalier Wyverne s'avança d'un pas imposant devant son lit. Puis, avec toute la majesté d'un guerrier qui offre sa puissance à son maître, il s'agenouilla calmement devant lui.

« Euh… Gerome ? »

Le masque regarda le sol, comme pour éviter son regard à lui.

« Je voulais… m'excuser pour mes mots de tout à l'heure. Si j'avais été moins dur, nous n'en serions pas là. »

Et – dans un éclair de lucidité – Íñigo remarqua que son ami ne portait pas son Masque Noir. Celui-là avait des teintes bleues dorées et orange nacré, dans sa couleur sombre. Etait-ce… un message ?

« J-je… j-je… non, c'est… c'est totalement ma faute… j'ai été vraiment… totalement s-stupide ! Pardon pardon pardon ! Tu… tu as raison, en plus. Je suis… je ne suis qu'un écervelé… si j'avais… »

Il laissa échapper un sanglot, sa voix de ténor se brisant sur chaque mot.

« O-oublie tout ce que j'ai dit ! J'ai été h-horrible, vraiment horrible… »

« Non. »

Pour la première fois, le Masque le regarda droit dans les yeux.

« Tu n'as pas tort, Íñigo. Comme tu l'as dit… il y a plus gentil, plus sociable et plus empathique que moi. C'est un fait contre lequel… je ne puis lutter. Néanmoins… quels que soient mes défauts… je désire rester à tes côtés, pour assurer ta protection. »

Devant son absence de réponse, le Chevalier Wyverne continua, plus incertain – comme s'il redoutait de ne s'être fait comprendre.

« Si toi, tu le veux, je serai ton Protecteur. »

Et, de sa poche, il sortit une Bague finement ciselée – représentant un Dragon protégeant une Fleur de Nacre. L'animal, à l'air sauvage, était aussi sombre que la fleur était irisée : elle semblait danser, comme lui, lors des soirs de pleine lune…

'Les détails sont splendides. Quand a-t-il… !'

Íñigo sentit ses yeux sortir de ses orbites.

« Mais, Gerome… c'est… c'est magnifique ! C'est… »

Devant son expression, son ami s'éclaircit la gorge, comme gêné.

« L'Objet pour le Serment Vassalique. Il m'a fallu beaucoup de temps pour le faire monter… c'était pour ça que je n'ai pu assister à tes dernières séances d'entraînement en danse. »

Face à son silence, le Chevalier sépara l'Objet en deux – pour remettre les parties à son Prince. Ce dernier resta suspendu, sans pouvoir réagir.

« Prince Cadet de la Sainte Lignée. M'acceptez-vous comme Chevalier Protecteur, à compter de ce jour ? »

Je jure de protéger votre vie au mépris de la mienne, et de dévouer mon âme à la vôtre. Seule la mort nous séparera, si elle devait le faire.

Íñigo était toujours incapable de réagir. Etait-ce un rêve… ou la réalité ? Il ferma les yeux. C'était un rêve, c'était un rêve. Bientôt il allait se réveiller, et Gerome allait lui parler comme à un gêneur, un gêneur que l'on méprise mais que l'on tolère occasionnellement dans les pattes. Tout serait fini, et…

…il ouvrit les yeux. Le Masque le regardait, comme attendant sa réponse.

'Gerome…'

Enfin, il parvint à articuler.

« Si… je le veux ?! »

Il sentit frémir le puissant Chevalier Wyverne. Cette fois, même le masque ne put cacher son désarroi. Il avait des émotions – malgré tout ce qu'il prétendait : et Íñigo… le savait bien.

« Je comprendrai parfaitement que tu n'acceptes pas. Après tout, beaucoup d'autres personnes désirent devenir ton Protecteur et tu préférerais certainement quelqu'un de plus… »

Alors il bondit sur lui – trop heureux pour pouvoir l'exprimer.

« BIEN SÛR QUE JE LE VEUX ! Ça a toujours été… ce que j'ai voulu ! »

'C'est le plus BEAU jour de ma vie ! YIPEEEEEEEEE !'

Alors, pour la première fois – Gerome sourit. Même le masque ne put cacher la joie qui le traversait, à ce moment-là. Le Prince fut même tenté de le lui enlever – mais il décida de ne pas encore tenter sa chance.

« Íñigo… tu sais à quoi t'attendre. Je ne suis pas un homme doux. Je ne suis pas un poète. Mais même si je me montre dur envers toi… je ne te méprise pas. Car si tu as mon attention… c'est que je juge que tu le mérites. »

Emu par les paroles de son ami, l'Héritier voulut poser la main sur son épaule : mais lorsque ses doigts effleurèrent un point particulier, le Chevalier Wyverne se déroba, comme physiquement gêné.

« D'où… te vient cette blessure ?! »

« … »

Soudainement soucieux, le Prince tenta de se redresser, malgré sa tête flageolante.

« Reste couché, Íñigo. »

« Attends, ne me dis pas que… ces bandits t'ont blessé ?! »

Pour qu'il se tienne tranquille, le Maître Dragon consentit à s'expliquer.

« Minerva n'a pas aimé… »

« Hein ? »

Il découvrit sans ménagement son épaule, là où une morsure avait marqué son bras.

« Elle n'était pas la seule. Ne pas te voir danser… m'a terriblement manqué. »

« … »

En entendant cela, le Prince sentit le cœur lui manquer – tant il était ému. Et, pour la première fois, ces paroles lui donnèrent le courage d'étreindre le Chevalier dans ses bras – et ce dernier ne se déroba point, malgré la proximité physique et émotionnelle. Il en oublia presque la Bague Vassalique, qui tomba sur les draps bleus.

« Ouuuuuuuuuiinnnn ! »

Son ami avait presque l'air amusé, à présent.

« Tu pleures encore ? Tu es vraiment sensible… »

'Gerome qui sourit. Non, qui rit. Le monde ne va plus bien…'

La main calleuse caressa son visage, comme pour essuyer ses larmes. Íñigo sentit sa gorge devenir sèche. Le masque était si près – qu'il lui eût suffi d'une pichenette pour l'enlever.

« Ne doute plus de toi. »

Il renifla doucement.

« …parce que je suis un Prince d'Ylisse ? »

L'autre murmura dans son oreille – l'effleurant de ses lèvres.

« Non. Parce qu'il n'y a pas de raison pour que tu doutes. »

Íñigo frémit – avec une passion que la Danse des Nuits Nacrées (héritée de sa Mère, pour fêter le Mariage Nuptial Royal) n'aurait rien à lui envier. Il regarda Gerome avec une telle expression, que ce dernier fut heureux de porter encore son masque. Mais déjà ses mains montaient, prêtes à retirer la protection…

« … ! »

…pour effleurer les filaments ornementaux, aux couleurs si étranges pour un être si ténébreux.

Ce fut alors qu'il comprit.

La Nacre de Chrysanthème

Chante un soleil orangé de vie

C'est l'Azur des Sentiments

Qui danse sur l'Or de Cœur.

Je suis la Nacre qui chante,

Et la Fleur qui valse.

Bleu or et orange nacré, c'était…

…ses couleurs.

(Bleu or et blanc pur étaient les couleurs de Lucina, son Aînée)

Aussi…

avait-il fait ce Masque rien que pour lui.

« … »

Des pétales de rose volèrent dans la brise du soir, chantant le moment comme une douce lumière : la lumière du cœur, qui retrouve sa clarté dans son infini pèlerinage. Un éternel amour, qui se retrouve après mille chemins et à travers mille sentiments.

Íñigo ne put s'empêcher de rire.

'Cynthia… je te retiens, toi et tes mises en scène dramatique… attends, les projecteurs, ça c'est Owain…'

Des larmes de bonheur embuèrent ses yeux, alors qu'un sourire fleurit sur ses lèvres – cette fois, pour de vrai.

'Vous m'emmerdez vraiment tous !'

Quelque chose se brisa en lui – se déversa, comme un torrent. Comme une cascade, comme un univers, comme une étoile.

Le bonheur.

Alors il chanta.

« Nacre et Soleil sont ma vie

Nous sommes ensemble, sur cette Terre

Et je danse pour vous dire ma passion.

Notre ronde est comme une histoire

Un Amour éternel qui se raconte… »

C'était pour Lui, pour Luce – et pour tous ses fidèles amis. Pour ceux qui avaient un jour prié pour son salut, et qui aujourd'hui vivaient cet instant avec lui.

Pour eux tous.

« … »

Le Masque frémit.

Faillit-il tomber ? Non, c'était une illusion…

Pourtant, quand sa voix répondit au chant du cœur, le timbre était étrangement rauque.

« Íñigo. J'ignorais que tu chantais. »

Essuyant le reste de ses larmes, le Prince eut un sourire d'excuse.

« Ah… pardon. Je me suis laissé emporter… j'espère que je ne t'ai pas trop cassé les oreilles, et que… »

« Tu es doué. »

Gerome n'avait jamais mâché ses mots – et il ne le ferait sans doute jamais. Aussi, cette toute petite phrase fut comme une libération pour lui : et il étreignit plus fort son cher ami. Ce dernier ramassa la Bague Vassalique, pour la poser dans sa main.

« Il semblerait que le Cadet de la Sainte Lignée ait hérité de tous les talents artistiques. Un homme de ton envergure serait précieux, pour aider le Royaume. »

Ses yeux noisette se levèrent sur lui – alors qu'il recevait les Deux Parties de l'Objet Vassalique.

« Tu… le penses vraiment ? »

'Une pour moi, une pour lui.'

« Bien entendu. Les arts ont, de tout temps, été un facteur de partage et d'harmonie. Si tu parviens à surmonter ta peur d'être jugé… tu pourras apporter de la joie dans le cœur des gens… et aider le peuple ainsi. »

Alors le Prince blottit sa tête contre lui.

'Ensemble, deux par deux.'

« Dans ce cas… aide-moi à atteindre ce but, Gerome. Aide-moi, afin que je devienne un bon Prince pour mon peuple. Je ne peux peut-être pas devenir un dirigeant exceptionnel comme Lucina… mais moi aussi, j'ai mon rôle à jouer. »

« Je ferai de mon mieux, Votre Altesse. »

'C'est notre serment.'

Et le voile noir protégea le secret de leur nuit.


'Ensemble, deux par deux, toujours deux par deux…'

« Est-ce donc là votre Serment, honorables Jumeaux de la Sainte Lignée ? »

Dans le Jardin des Fleurs en Paix, une silhouette sage se détachait sous la nuit étoilée. Ces astres portaient les espoirs, qu'elle avait toujours cru disparus, lorsqu'elle songeait à lui…

à tous ses propres amis.

« Oh, Mar-mar… toi qui me contemples du ciel… est-ce que tu peux voir cela ? Même après ton départ… les êtres de ce monde ne cessent de tisser des liens. Ils ne peuvent renoncer à s'aimer, quelles que soient les difficultés. Pour cela, j'admire tant les humains… »

'Tu m'avais tant manqué, quand tu es parti. Mais à présent, que tu m'as confié cette mission…'

L'Oracle Dragon ferma les yeux, souriant enfin.

'…je sais que je ne suis plus seule. Non seulement tu veilles sur moi, mais en plus…'

Ses orbes émeraude s'ouvrirent – là où une future grande Reine d'Ylisse contemplait le ciel, attendant et son Protecteur, et son Guide.

« Tu m'as donné l'Amie et la Reine dont j'avais besoin. Elle te ressemble, tu sais ? Mais, de même que tu m'as offert ta protection, c'est à moi de lui faire don de mon cœur. Elle me donne les sentiments dont j'ai besoin… alors je lui offrirai le peu de sagacité que je possède. C'est mon Serment, à moi, en tant que Guide. »

Et Tiki marcha vers sa destinée, là où les êtres humains répétaient la même et éternelle histoire d'amour.